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Le son chaud de l’hiver

Le 20e festival Sons d’hiver se tient du 21 janvier au 12 février dans le Val de Marne et à Paris.

Par Isabelle Couillens | Concerts, festivals et tournées | 24 janvier 2011
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Sons d’hiver fête ses 20 ans. Depuis la première année des artistes s’y retrouvent pour faire passer leur passion de la musique, du jazz, de l’improvisation et du rythme, à travers des musiques urbaines créatives rock et hip-hop, du flamenco ou des musiques d’Afrique. Tous les styles s’y côtoient. Cette année, le festival débutera le 21 janvier, avec une orchestre créé pendant l’été 2010 au festival d’Uzeste : l’UZ-Quintet. Il est suivi par un autre né dans le club de John Zorn à New York : le Stone Quartet. Ces deux ensembles s’attaquent à l’improvisation et visent à toucher la sensibilité de leur public. Deux autres ensembles suivent leur exemple : le duo Wadada Leo Smith/Günther « Baby » Sommer qui se produit 8 février, et les pianistes Marylin Crispell et Matthew Shipp en concert respectivement les 25 et 28 janvier.

Autre pianiste, autre technique. Le vendredi 28 janvier également, Geri Allen, propose un nouveau trio avec un invité : le « tap dancer » TimeLine. Ensembles ils évoquent l’héritage afro-américain dans la musique actuelle. Le lendemain, le 29 janvier, le jeune chanteur de blues de Chicago Ladell McLin et son trio, suivi de l’Ethnic Heritage Ensemble de Kahil El’Zabar auquel s’est jointe la chanteuse de soul Nona Hendryx, font également référence à la tradition. Les premiers utilisent la musique comme un trait d’union entre les générations en associant dans leurs compositions le passé et l’avant-garde. Les second revisitent les rythmes et les harmonies pour y introduire de nouvelles sonorités et textures afin d’aller plus en profondeur dans l’imaginaire "afro-futuriste" du jazz. Un projet qui n’est pas sans ressembler à celui de Chico Freeman Quartet, sur scène le 1er février, qui souhaite recontextualiser les rythmes be-bop pour en tirer de nouveaux effets et de nouvelles réalités, tout en apportant la tradition musicale des grands saxophonistes de l’histoire de jazz.

Les standards du jazz sont aussi redécouverts et explorés le 10 février par l’Impromptu Quartet composé des quatre meilleurs solistes français actuels : François Corneloup au saxophone, Bojan Z au piano, Bruno Chevillon à la contrebasse et Bernard Lubat à la batterie. Leur objectif est de faire évoluer les racines. Selon eux, c’est une tradition en jazz de reprendre et recycler, car rien n’est jamais achevé et tout reste à faire et à refaire.

Cette année Sons d’hiver met Miles Davis à l’honneur, et s’intéresse particulièrement à l’électrique Bitches Brew revisitée lors de deux soirées. Pour la première, le 4 février, Graham Haynes s’entoure d’un ensemble de musiciens expérimentateurs hors-normes et ajoute de nouvelles machines et platines, comme Miles Davis l’avait fait à l’époque avec un groupe composite et des instruments électrifiés.

Le 5 février l’œuvre du célèbre trompettiste est reprise par Greg Tate avec son groupe Burnt Sugar The Arkestra Chamber. Ils se basent principalement sur deux sources d’inspirations : le jazz des années 70 et la "conduction", qui brouille les pistes et perturbe les déroulements logiques de la musique en re-dirigeant les échanges et les flux ; et "les procédures de jeu" développées par Miles Davis sous l’influence de James Brown notamment pour orchestrer sa musique à partir de Bitches Brew. La boucle est bouclée : en jouant dans un premier temps leur version de la chanson puis en rendant hommage à James Brown dans un deuxième temps, Burnt Sugar démontre l'influence du chanteur sur le grand Miles Davis.

Son d’hiver s’ouvre aussi sur d’autres espaces, à commencer par l’Afrique contemporaine et la créolisation des cultures à la façon originale du saxophoniste Jean-Rémy Guédon qui se produit avec son trio Ka-Tam le 1er février. Dans le même esprit interviendront Ebo Taylor et Afro Beat Academy le 4 février. L’Espagne sera aussi mise à l’ordre du jour lors d'une soirée réservée au Flamenco avec Carmen Linares, le 11 février.

Steve Lehman sera sur scène le 22 janvier, afin de présenter son nouvel octet, dont la musique associe les timbres et l’improvisation d’une manière novatrice. Et un autre Steve, Steve Coleman, va se lancer dans un pari audacieux sur le rythme et le mélange des sons, dans un spectacle intitulé "Lingua Franca", qui aura lieu le 8 février.

Enfin, c’est un appel à la liberté que lance la création de Sylvain Kassap, The World is too small far walls qui aura lieu le 10 février, où il s’interroge sur la politique de séparation des Hommes par la construction de mur sur les frontières. Le Tinissima Quartet de Francesco Bearzatti répond à ce projet par un appel à l’aventure et à la destruction de barrière. Le festival s’achève sur un concert hip-hop, le 12 février, avec Kokayi & the Caesaerz et Pharoahe Monch qui confronte la musique électronique, DJ et rock, et fait tomber les limites pré-établies.

Tout le programme des concerts

Site officiel du festival Sons d’hiver

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