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Horace Silver est mort

Auteur de Song For My Father et de nombreuses superbes compositions, le grand pianiste américain de hard bop s’est éteint à l’âge de 85 ans.

Par Marc Zisman | Chers disparus | 19 juin 2014
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Horace Silver est décédé le 18 juin 2014. Le grand pianiste de jazz influencé par le blues, le gospel et le rhythm’n’blues était âgé de 85 ans. Figure majeure du hard bop (son inventeur, pour certains), il signa de grands disques pour le label Blue Note parmi lesquels le chef d’œuvre Song For My Father paru en 1964.

Né le 2 septembre 1928 à Norwalk, Horace Silver commença par d’abord jouer du saxophone ténor, notamment dans les clubs de jazz de son Connecticut natal où il sera découvert par Stan Getz. C’est en débarquant à New York dans les années 50 qu’il passé au piano, formant un trio avec lequel il commence à se produire au club Blue Note. Il signera par la suite avec le label du même nom pour le compte duquel il enregistrera jusque dans les années 80.

Lorsque Getz l’engage en 1950, Horace Silver en profite pour s'affirmer comme compositeur bop. Il effectue les premiers enregistrements sous son nom aux côtés du saxophoniste Lou Donaldson en 1952. L’année suivante, il fonde avec Blakey les mythiques Jazz Messengers marquant ainsi l'entrée dans l'ère du hard bop. Il quittera ensuite le groupe pour fonder le Horace Silver Quintet, un des principaux tremplins de jeunes talents avec les Jazz Messengers et les groupes de Miles Davis.

Tout au long de sa carrière, Horace Silver se produira avec les plus grands, de Lester Young, à Milt Jackson, Lester Young et Coleman Hawkins. Le grand livre d’or du jazz a toujours aimé retenir principalement son album Song For My Father, comme son nom l’indique, un bel hommage rendu à son père photographié sur la pochette du disque. Silver livre dans cette musique datant de 1964 un jazz d’essence funky, blues et même bossa. Il adosse son style contre de solides rythmiques, élément clef de son art, qui donnent à cette merveille discographique un groove des plus précurseurs. Son piano, physique à souhait, embarque la musique dans le torrent d’un swing redoutable. Et dans les instants plus en retenue (Calcutta Cutie), Silver devient félin, agissant avec subtilité. Song For My Father aligne surtout les compositions mythiques, des mélodies accrocheuses qui influenceront des hordes de musiciens.

Dans une interview accordé à NPR en 2008, le contrebassiste Christian McBride expliqua les raisons de sa vénération pour cette musique. « La musique d’Horace Silver a toujours représenté ce que prêchent les musiciens de jazz mais ne pratiquent pas forcément : la simplicité. Ça reste gravé dans la mémoire, c’est facile à chanter. Ça rentre facilement dans votre sang. C’est aisément compréhensible. Et c’est très enraciné et gorgé de soul »

Dans Let's Get To The Nitty Gritty, son autobiographie parue en 2006, le pianiste rappela que sa première influence musicale fut son père qui « jouait du violon, de la guitare et de la mandoline, à l’oreille. Il adorait la musique folklorique du Cap Vert. Ses amis cap-verdiens jouaient aussi de tous ces instruments. Les samedis soirs, ils débarquaient tous à la maison et faisaient le bœuf dans notre cuisine, tout le monde se mettant alors à danser. Les femmes préparaient le poulet et la salade de pommes de terre. Les hommes allaient chercher du whiskey et des bières et invitaient tous leurs amis, cap-verdiens et afro-américains, pour passer du bon temps et faire la fête ».

Dans les années 90, conscient de l’influence de sa musique sur les jeunes générations, Horace Silver signera It's Got To Be Funky pour Columbia, entouré d’Oscar Brashear, Ron Stout, Bob Summers, Bob McChesney, Maurice Spears, Suzette Moriarty, Eddie Harris, Branford Marsalis, Red Holloway, Bob Maize, Carl Burnett et Andy Bey. Et sur Jazz Has A Sense of Humor qui paraitra chez Verve en 1998, il est épaulé par de jeunes sideman comme Ryan Kisor, Jimmy Greene, John Webber et Willie Jones III.

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