Georges Prêtre est mort

Baguette fétiche de Maria Callas, le grand chef d'orchestre français s'est éteint à l'âge de 92 ans.

Par Marc Zisman | Chers disparus | 5 janvier 2017
Réagir
Qobuz

Georges Prêtre est décédé le 4 janvier 2017 à Navès dans le Tarn. Celui qui restera comme l’un des plus célèbres chefs d’orchestre français était âgé de 92 ans. Même s’il aborda un vaste éventail de répertoires, Prêtre fut d’abord une figure majeure de l’opéra. Accompagnateur toujours attentif et d’un enthousiasme contagieux, il était constamment à l'écoute de ses chanteurs. Et notamment d’une certaine Maria Callas aux côtés de laquelle, à l'opéra comme en récital, il laissera parmi les heures les plus essentielles de l’histoire de l’art lyrique au XXe siècle et des enregistrements pour EMI qu’il est difficile de ne pas qualifier d’historiques. Francis Poulenc fut aussi l’autre grand nom auquel le chef restera associé. En 2015, dans une interview accordée à l'AFP, celui qui était également un très solide judoka avait déclaré avoir eu le « déclic » à sept ans et demi en entendant une ouverture symphonique : « Ça m'a donné un choc. J'ai su que je voulais être musicien… Mais j'aime toutes les musiques ! » L’art lyrique le suivait jusqu’à la ville puisqu’il fut marié à la mezzo-soprano Suzanne Lefort en 1947 puis à la soprano Gina Marny en 1950.



Comme sa terre natale ne loua pas véritablement ses talents à ses débuts, Georges Prêtre mena l’essentiel de sa carrière à l’étranger, tenant la baguette des plus prestigieuses phalanges, de Chicago au Metropolitan Opera de New York en passant par la Scala de Milan ou l’Orchestre Philharmonique Royal de Londres. En 2010, il dirigeait encore le très médiatisé Concert du Nouvel An comme il l'avait déjà fait en 2008. Fin connaisseur de la tradition musicale viennoise, il avait dirigé à de nombreuses reprises les orchestres locaux et fut notamment directeur musical de l’Orchestre Symphonique de Vienne entre 1986 et 1991. Georges Prêtre se sentait d’ailleurs très proche de la culture de la capitale autrichienne, connaissant parfaitement la musique des Strauss, et demeurant peut-être l’un des rares à pouvoir assumer l’héritage de soixante-dix ans de Concert du Nouvel An, après les figures majeures du XXe siècle, qui l’ont illustré, de Clemens Kraus à Nikolaus Harnoncourt en passant par Willi Boskovsky, Lorin Maazel ou Riccardo Muti. Parmi ses nombreux faits d’arme, les créations de La Voix humaine de Poulenc le 6 février 1959 à Paris, salle Favart, avec la soprano Denise Duval, mais aussi de la Symphonie n°4 de Marcel Landowski (qui lui est dédiée) en 1988 sans oublier celle du fameux Opéra d’Aran de Gilbert Bécaud au Théâtre des Champs-Élysées le 25 octobre 1962 !



Né le 24 août 1924 à Waziers près de Douai dans le Nord de la France, Georges Prêtre était entré au Conservatoire de Paris à l’âge de 15 ans pour en sortir avec un premier prix de trompette sous le bras. Là-bas, il est l'élève du chef André Cluytens et étudie l'harmonie avec le compositeur Maurice Duruflé. A 22 ans, il fait ses débuts à l’Opéra de Marseille, enchaîne à Lille deux ans plus tard pour être ensuite engagé, entre 1951 et 1955, au Capitole de Toulouse. En 1956, il débarque à l'Opéra-Comique où il crée notamment La Voix humaine de Poulenc trois ans plus tard, puis à l'Opéra Garnier où il demeure jusqu'en 1963. En 1961, il fait ses débuts à Londres à Covent Garden. L’année suivante, il devient chef associé de l'Orchestre Philharmonique Royal de Londres. En 1970, il est nommé directeur musical de l'Opéra de Paris avant de démissionner l'année suivante, son fort caractère ne trouvant guère de compromis avec celui des musiciens de l’orchestre. En 1986, il devient premier chef invité de l'Orchestre Symphonique de Vienne. Le 13 juillet 1989, c’est lui encore qui tient la baguette pour la soirée inaugurale de l'Opéra Bastille, et en 1994, à Turin, celle du premier concert du nouvel orchestre symphonique national de la RAI aux côtés de Giuseppe Sinopoli. En 2013, Georges Prêtre avait dirigé l'Orchestre Philharmonique de Vienne au Théâtre des Champs-Élysées. Au Musikverein de Vienne, en octobre dernier, il donnait un dernier concert d’œuvres de Beethoven, Ravel, Offenbach et Strauss...

ÉCOUTEZ NOTRE PLAYLIST GEORGES PRÊTRE :




Pour suivre tout ce qui se passe sur Qobuz, rejoignez-nous sur Facebook !

À découvrir autour de l'article

Votre avis

Vos lectures


Inscrivez-vous à nos newsletters