Artiste principal :
Sophie Karthauser
Genre : Classique > Mélodies & Lieder
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- 1 Cantate "Die ihr des unermeßlichen Weltalls", K 619
- 2 Das Traumbild, K 530
- 3 Die Zufriedenheit, K 349
- 4 An die Freude, K 53
- 5 Ich würd' auf meinem Pfad, K 390
- 6 Sei du mein Trost, K 391
- 7 Verdankt sei es dem Glanz, K 392
- 8 Komm, liebe Zither, K 351
- 9 Die Alte, K 517
- 10 An die Freundschaft, K 148
- 11 Die Verschweigung, K 518
- 12 Der Zauberer, K 472
- 13 Die Zufriedenheit, K 473
- 14 Die betrogene Welt, K 474
- 1 Das Veilchen, K. 476
- 2 Als Luise die Briefe ihres ungetreuen Liebhabers verbrannte, K 520
- 3 Das Lied der Trennung, K 519
- 4 Des kleinen Friedrichs Geburtstag, K 529
- 5 Lied der Freiheit, K 506
- 6 Lied zur Gesellenreise, K 468
- 7 Oiseaux, si tous les ans, K 307
- 8 Dans un bois solitaire, K. 308
- 9 Ridente la calma, K 152
- 10 An Chloe, K. 524
- 11 Die kleine Spinnerin, K 531
- 12 Wie unglücklich bin ich nit, K 147
- 13 Lied beim Auszug in das Feld, K 552
- 14 Sehnsucht nach dem Frühlinge, K 596
- 15 Der Frühling, K 597
- 16 Das Kinderspiel, K 598
- 17 Abendempfindung an Laura, K 523
DISQUE 1
Cantate "Die ihr des unermeßlichen Weltalls", K 619 (Wolfgang Amadeus Mozart)
Das Traumbild, K 530
Die Zufriedenheit, K 349
An die Freude, K 53
3 Lieder de "Sophiens Reise"
Komm, liebe Zither, K 351
Die Alte, K 517
An die Freundschaft, K 148
4 Lieder sur des textes de Christain Felix Weiße
DISQUE 2
Das Veilchen, K. 476
Als Luise die Briefe ihres ungetreuen Liebhabers verbrannte, K 520
Das Lied der Trennung, K 519
Des kleinen Friedrichs Geburtstag, K 529
Lied der Freiheit, K 506
Lied zur Gesellenreise, K 468
Oiseaux, si tous les ans, K 307
Dans un bois solitaire, K. 308
Ridente la calma, K 152
An Chloe, K. 524
Die kleine Spinnerin, K 531
Wie unglücklich bin ich nit, K 147
Lied beim Auszug in das Feld, K 552
Sehnsucht nach dem Frühlinge, K 596
Der Frühling, K 597
Das Kinderspiel, K 598
Abendempfindung an Laura, K 523
À propos
Cantate: Die ihr des unermeßlichen Weltalls - Das Traumbild, Die Zufriedenheit - An die Freude - Ich würd’ auf meinem Pfad - Sei du mein Trost - Verdankt sei es dem Glanz... / Sophie Karthäuser, soprano - Stephan Loges, baryton - Eugene Asti, piano
Détails de l'enregistrement original :
41:07 - 40:30 - DDD - Enregistré en janvier 2007 au Studio de la Fondation Tibor Varga à Sion en Suisse - Notes en français & anglais et textes chantés donnés en langue originale avec traductions française et anglaise
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Cantate "Die ihr des unermeßlichen Weltalls" (Vous qui honorez le Créateur de l'Univers), cantate maçonnique pour une voix avec piano ("Petite cantate allemande"), K 619 (F.H. Ziegenhagen)
Das Traumbild (La vision), K.530 (Ludwig Heinrich Christoph Hölty)
Die Zufriedenheit (Le Contentement), K.349 (Johann Martin Miller)
An die Freude (À la joie), K.53 (Johann Peter Uz)
Trois Lieder tirés de Sophiens Reise (Le voyage de Sophie) de Johann Timotheus Hermes
Ich würd' auf meinem Pfad mit Tränen (Sur mon sentier baigné de larmes), K.390
Sei du mein Trost (Sois mon réconfort), K.391
Verdankt sei es dem Glanz der Großen (Grâce soit rendue à la splendeur du Grand), K.392
Komm, liebe Zither (Viens, chère cithare), K.351 (Anonyme)
Die Alte (La Vieille), K.517 (Friedrich von Hagedorn)
An die Freundschaft (À l'amitié), K.148 (Ludwig Friedrich Lenz)
Quatre Lieder sur des poèmes de Christain Felix Weiße
Die Verschweigung (Réticence), K.518
Der Zauberer (Le magicien), K.472
Die Zufriedenheit (Le contentement), K.473
Bie betrogene Welt (Le monde abusé), K.474
Das Veilchen (La violette), K.476 (Johann Wolfgang Goethe)
Als Luise die Briefe ihres ungetreuen Liebhabers verbrannte (Quand Louise brûla les lettres de son amant infidèle), K 520 (Gabriele von Baumberg)
Das Lied der Trennung (Chant de séparation), K.519 (Klamer Eberhard Karl Schmidt)
Des kleinen Friedrichs Geburtstag (L'anniversaire du petit Frédéric), K.529 (Johann Eberhard Friedrich Schall / Joachim Heinrich Campe)
Lied der Freiheit (Chant de liberté), K.506 (Johannes Aloys Blumauer)
Lied zur Gesellenreise (Chant du voyageur), K.468 (Joseph Franz von Ratschky)
Deux Ariettes françaises
Oiseaux, si tous les ans, K.307 (Antoine Ferrand)
Dans un bois solitaire, K.308 (Houdar de la Motte)
Ridente la calma (Calme souriant), K.152 (Anonyme)
An Chloe (À Chloé), K.524 (Johann Georg Jacobi)
Die kleine Spinnerin (La petite fileuse), K.531 (Anonyme)
Wie unglücklich bin ich nit (Comme je suis malheureux), K.147 (Anonyme)
Lied beim Auszug in das Feld (Chanson pour le départ à la bataille), K.552 (Anonyme)
Sehnsucht nach dem Frühlinge (Attente du printemps), K.596 (Christian Adolf Overbeck)
Der Frühling (Le printemps), K.597 (Christoph Christian Sturm)
Das Kinderspiel (Jeu d'enfants), K.598 (Christian Adolf Overbeck)
Abendempfindung (Sentiment crépusculaire), K.523 (Anonyme ? Joachim Heinrich Campe ?)
Sophie Karthäuser, soprano
Stephan Loges, baryton
Eugene Asti, piano
Cantate "Die ihr des unermeßlichen Weltalls" (Vous qui honorez le Créateur de l'Univers), cantate maçonnique pour une voix avec piano ("Petite cantate allemande"), K 619 (F.H. Ziegenhagen)
Das Traumbild (La vision), K.530 (Ludwig Heinrich Christoph Hölty)
Die Zufriedenheit (Le Contentement), K.349 (Johann Martin Miller)
An die Freude (À la joie), K.53 (Johann Peter Uz)
Trois Lieder tirés de Sophiens Reise (Le voyage de Sophie) de Johann Timotheus Hermes
Ich würd' auf meinem Pfad mit Tränen (Sur mon sentier baigné de larmes), K.390
Sei du mein Trost (Sois mon réconfort), K.391
Verdankt sei es dem Glanz der Großen (Grâce soit rendue à la splendeur du Grand), K.392
Komm, liebe Zither (Viens, chère cithare), K.351 (Anonyme)
Die Alte (La Vieille), K.517 (Friedrich von Hagedorn)
An die Freundschaft (À l'amitié), K.148 (Ludwig Friedrich Lenz)
Quatre Lieder sur des poèmes de Christain Felix Weiße
Die Verschweigung (Réticence), K.518
Der Zauberer (Le magicien), K.472
Die Zufriedenheit (Le contentement), K.473
Bie betrogene Welt (Le monde abusé), K.474
Das Veilchen (La violette), K.476 (Johann Wolfgang Goethe)
Als Luise die Briefe ihres ungetreuen Liebhabers verbrannte (Quand Louise brûla les lettres de son amant infidèle), K 520 (Gabriele von Baumberg)
Das Lied der Trennung (Chant de séparation), K.519 (Klamer Eberhard Karl Schmidt)
Des kleinen Friedrichs Geburtstag (L'anniversaire du petit Frédéric), K.529 (Johann Eberhard Friedrich Schall / Joachim Heinrich Campe)
Lied der Freiheit (Chant de liberté), K.506 (Johannes Aloys Blumauer)
Lied zur Gesellenreise (Chant du voyageur), K.468 (Joseph Franz von Ratschky)
Deux Ariettes françaises
Oiseaux, si tous les ans, K.307 (Antoine Ferrand)
Dans un bois solitaire, K.308 (Houdar de la Motte)
Ridente la calma (Calme souriant), K.152 (Anonyme)
An Chloe (À Chloé), K.524 (Johann Georg Jacobi)
Die kleine Spinnerin (La petite fileuse), K.531 (Anonyme)
Wie unglücklich bin ich nit (Comme je suis malheureux), K.147 (Anonyme)
Lied beim Auszug in das Feld (Chanson pour le départ à la bataille), K.552 (Anonyme)
Sehnsucht nach dem Frühlinge (Attente du printemps), K.596 (Christian Adolf Overbeck)
Der Frühling (Le printemps), K.597 (Christoph Christian Sturm)
Das Kinderspiel (Jeu d'enfants), K.598 (Christian Adolf Overbeck)
Abendempfindung (Sentiment crépusculaire), K.523 (Anonyme ? Joachim Heinrich Campe ?)
Sophie Karthäuser, soprano
Stephan Loges, baryton
Eugene Asti, piano
Cette intégrale des mélodies de Mozart viendrait-elle comme la cerise de trop, ponctuant un dîner déjà bien copieux ? En d’autres termes, l’année Mozart a-t-elle gavé le discophile jusqu’à la
nausée de projets du Divin Wolfie ? C’est bien sûr parce que nous ne le croyons pas que nous vous proposons ce disque. Car les mélodies de Mozart, comme le dit si bien Sylvain Fort dans sa notice,
ont été bien négligées ; trop souvent considérées comme le parent pauvre de son œuvre. Or, à qualité inégale, on y décèle des merveilles, des pièces facétieuses, tendres et nostalgiques. C’est
aussi un cheminement intéressant à travers toute la période créatrice de Mozart, qui va, comme on le sait, de sa plus tendre enfance jusqu’au seuil de son existence.
Pour donner corps à ce projet, nous avons choisi trois artistes formidables dont les destins n’ont cessé de se croiser : Sophie Karthäuser, belge et Stephan Loges, allemand, se sont rencontrés – étudiants – à la Guildhall School of Music and Drama de Londres où enseignait un certain Eugene Asti. Plus tard, c’est dans le cadre du prestigieux Wigmore Hall Song Contest que les deux chanteurs se sont croisés : alors que lui l’emporte, elle, reçoit le prix du public. Puis c’est La Monnaie qui les réunit dans sa Flûte Enchantée. Eugene Asti eut l’idée brillante de les réunir autour de ces mélodies de Mozart. Un trio était né !
Pour donner corps à ce projet, nous avons choisi trois artistes formidables dont les destins n’ont cessé de se croiser : Sophie Karthäuser, belge et Stephan Loges, allemand, se sont rencontrés – étudiants – à la Guildhall School of Music and Drama de Londres où enseignait un certain Eugene Asti. Plus tard, c’est dans le cadre du prestigieux Wigmore Hall Song Contest que les deux chanteurs se sont croisés : alors que lui l’emporte, elle, reçoit le prix du public. Puis c’est La Monnaie qui les réunit dans sa Flûte Enchantée. Eugene Asti eut l’idée brillante de les réunir autour de ces mélodies de Mozart. Un trio était né !
Qu’est-ce que Mozart ?Sylvain Fort
On concède aux Italiens le génie du chant. Sur une barque aux abords de Sorrente, sur une gondole longeant la Salute à Venise, sur une coque de noix tournant autour du Stromboli, une voix puissante de ténor remercie le soleil, la mer et la Sainte Vierge. Cela réchauffe le cœur et gonfle les poumons. À pied sec, dans le théâtre, nous voici étourdis de vocalises et de glissades. Bravo ! Mais le chant qui parle au cœur ? La mélodie qui se fredonne dans la solitude de l’instant ? Mais le chant fait prière, fût-ce profane ? Qui d’autre que Bach, Mozart, Schubert, Schumann, Brahms, Mahler, l’ont su faire naître ? Avec Bach, c’est simple. Le chant est prière. Il a surgi ainsi et c’est ainsi qu’il se manifeste à la mémoire. Avec Schubert, le chant restera célébrant, mais ce ne sera pas seulement de Dieu : la nature, le vent qui passe, les étoiles, seront autant de mystères et de dons à chanter. Entre les deux, une porte s’est ouverte. La ferveur de l’âme s’élevant vers Dieu s’est faite quotidienne, presque ordinaire. Elle s’est faite, disait Horace, pédestre. Ce moment où le sentiment amoureux et les petits riens de l’existence gagnent leur place dans la musique, c’est Mozart. Le chant de Mozart s’épanouit partout. Dans le secret d’un andante de concerto pour piano où la lumière soudain s’adoucit, dans la phrase d’un quatuor pleine d’amertume, dans l’allegro du violon vertigineux. Le chant, naturellement, est à l’opéra. Dans cet air militaire, Non più andrai, que les petites gens se chantaient dans les rues, le lendemain de la première des Noces de Figaro. Le chant de Mozart est aussi dans l’attente nocturne de Susanne au dernier acte des mêmes Noces. Il défait les carcans des styles et des convenances, dans une Clémence de Titus où le chant fait fondre le marbre. Je dis chant. Dis-je mélodie seulement ? Plutôt ce moment où la mélodie, qui n’est pas toujours immédiatement chantable, touche en nous quelque chose dont nous ignorions que ce fût là. Le chant qui épate, le chant qui échauffe, très bien. Mais le chant où la mémoire et la sensibilité miraculeusement se rencontrent (de nervalienne manière), c’est cela qui nous importe. De ces instants, Mozart est profus. Les experts prétendent que ce sens du chant s’insinue partout chez Mozart, sauf dans ses mélodies. Œuvrettes de circonstance, efflorescence d’un moment, impromptus délaissés par l’inspiration. C’est qu’on se trompe d’oreille lorsque l’on écoute ces mélodies. On attend du Schubert. Ou bien du Mozart d’opéra. Du chant qui mène loin. Mais ce chant-là est fait pour être proche, tout proche. Les sujets qu’il choisit sont presque exclusivement familiers. La composition n’est jamais savante. Aussi convient-il de prendre les choses à l’inverse : ni chez Mozart, ni chez Schubert, ni chez personne, on ne trouvera chant aussi limpide, aussi délibérément dépourvu de second degré. Nulle part non plus on ne trouvera de mélodies qui simplement veulent faire sourire, mettre une ride au coin de l’œil, et peut-être une larme furtive. Ces mélodies ne sont pas un reliquat. Elles ne sont pas même du second choix. Elles sont autre chose au sein d’une œuvre abondante et bien plus complexe qu’il ne semble. Mozart a composé ses mélodies sans ordre et sans vraie méthode. Elles lui venaient. Moments de récréation dans le travail créateur, ou bien façon irremplaçable d’exprimer ce que rien d’autre ne pouvait exprimer. Et voici : les mélodies de Mozart expriment souvent le bonheur. Deux d’entre elles, distantes de cinq années, s’appellent Die Zufriedenheit, c’est-à-dire le contentement, la satisfaction simple, le bonheur sans arrières-pensées. Le présent disque commence par la fin. Die ihr des unermeßlichen Weltalls, cette « petite cantate allemande », est d’inspiration maçonnique et date de la dernière année de Mozart – lumière apaisée, théisme tranquille. Ecrite pour ténor, cette cantate perd de son ton déclamatoire lorsqu’elle est chantée par une voix féminine, et y gagne quelque chose comme une tendresse sereine.
Das Traumbild, écrit en 1787, année féconde, présente une quête amoureuse sans tourments, animée d’un suave balancement de triolets. Nouveau pas en arrière avec Die Zufriedenheit (1780). Ecoutons bien : cette mélodie qui fit les délices des petits-bourgeois, dont elle faisait aussi l’éloge (il y a là quelque logique imparable), n’a rien d’une mièvrerie controuvée. Le phrasé, l’élégance, la tenue, sont de grand raffinement.
An die Freude, écrite par un Mozart de douze ans pour se réjouir d’une guérison, présente évidemment une simplicité strophique non sans fadeur. À qui sait mettre là cœur et âme, An die Freude offre le charme d’un hymne d’immédiate fraîcheur. Les années 1780/81 furent assez fertiles en mélodies pour Mozart. C’est le temps où il compose Idomeneo, le temps aussi où il va rompre avec Salzbourg définitivement. La mélodie prude et sentimentale lui est-elle refuge contre l’amertume ? On ne trouvera ici rien de l’agitation et des sentiments intenses d’Idomeneo. C’est, tirée d’un Bildungsroma édifiant et pleurnichard de Hermes, le parcours d’un amour et l’éloge de quelques vertus teutonnes.
Les mélodies de Mozart ont, elles, la douceur étrange d’une soirée entre musiciens. Il y a là quelque chose de sage et bien peigné qui n’est pas sans charme (suranné), à l’instar du Komm, liebe Zither, aimablement lyrique. Veine réellement germanique, Hausmusik (ndlrAM : musique domestique) à l’état pur, dont donne une autre idée la délicieuse mélodie An die Freundschaft. Une nouvelle efflorescence de mélodies caractérisa les années 1785 et 1787. De là la très humoristique Die Alte, vieille femme « chantant un peu dans le nez » et déplorant son époque enfuie, où tout était tellement mieux.
Die Verschweigung incarne la mélodie mozartienne à son meilleur, mélange de délicatesse et de marivaudage.
Der Zauberer (1785) atteste les ressources d’humour et de tendresse que Mozart entendait mettre dans ses mélodies : cette vignette où une jeune fille est séduite par un garçon – sans doute un magicien – a la vivacité d’un Fragonard.
Die Zufriendenheit et surtout Die betrogene Welt (1787) défendent la bonne morale, mais cette dernière mélodie le fait en adoptant les dimensions d’un air d’opéra – on songe aux airs carrés et charmants de La Finta Giardiniera, et on croit entendre quelque Nardo. Mais par-delà l’aisance, le charme désinvolte, l’érotisme affleurant, les années 1785/87 sont celles de purs chefs-d’œuvre, y compris dans la mélodie.
Das Veilchen en est le meilleur exemple : nous approchons ici des lieder les plus champêtres de Schubert. La fragilité de la violette, le drame simple de la fleur foulée aux pieds, la bénignité du dénouement, sont racontés en un récit absolument transparent, où la théâtralité est dans les mots mêmes, et dans l’éloquence intimiste du piano. Le drame affleure plus nettement encore dans la mélodie Als Luise die Briefe, sorte de récitatif d’opéra traversé d’ardeurs contradictoires.
Das Lied der Trennung ménage une expression toujours plus serrée, concentrée, l’interrogation brûlante d’un cœur. Il est intéressant que cette triplette de 1787 s’accompagne d’un moins brillant rejeton, Des kleinen Friedrichs Geburstag – mélodie renouant avec la veine domestique d’un baroque allemand délicatement sentimental.
En somme, la mélodie peut bien se prêter aux sentiments excessifs : son point d’ancrage, c’est toujours l’humeur enjouée et simple d’une maison bourgeoise. Seuls Papageno et Papagena porteront à l’opéra cette humeur si singulièrement chaleureuse. Ainsi, même la mélodie un peu didactique en apparence, Lied der Freiheit, semble sortir du répertoire de l’oiseleur de Schikaneder, et le Lied zur Gesellenreise est d’un Papageno se décidant à franchir les montagnes, dont on ne sait bien si elles sont réelles ou symboliques. Toujours cette bonhomie franche. Où le Mozart plaisantin et bon vivant de ses lettres est-il le mieux apparu ? C’est des temps heureux de Mannheim que jaillirent deux ariettes françaises, Oiseaux si tous les ans et Dans un bois solitaire. Ne soyons pas surpris que ces poèmes contournés ne trouvent face à eux qu’un Mozart précieux et un peu gauche. Décidément, il faut à Mozart des textes sans prétention, des poèmes simples voire simplets, pour trouver cette chaleur et cette sincérité directe qu’il affectionne.
La différence entre ces deux ariettes et le tour de Ridente la calma est éloquent : l’infusion de l’affect, le galbe du style, viennent à Mozart lorsque le poème suggère sans compliquer. Cet air eut une popularité immédiate – et l’on ne sait ce que Mozart emprunta à son confrère Myslivecek, dont il était fort proche. Dans cet air, on entend pointer l’opéra, moins dans la forme que dans la manière d’agencer l’expression du sentiment. À cet égard, An Chloe (1787), fait toucher du doigt la manière mozartienne : lorsque l’affect s’élabore, la mélodie penche vers l’aria. Les confins sont délicats. Les délimitations sont parfois arbitraires. Le Singspiel après tout, genre si chéri de Mozart, n’est-il pas la confluence de la chanson populaire et de la haute forme du théâtre ? Die kleine Spinnerin appartient à cet univers drôle, simple et frais.
C’est que derrière l’humour se dessine toujours quelque chose de plus foncièrement élégiaque. Telle était la pente de l’adolescent Mozart, comme on l’entend dans Wie unglücklich bin ich nit (1772). Mais cela se perçoit aussi dans le Lied beim Auszug in das Feld, bien plus tardif, où la bonne santé bourrue se marque d’épanchements. Les ultimes pages de Mozart, ses ultimes tentatives en matière de mélodie, présentent de manière touchante la synthèse de ces veines d’expression déjà sensibles dans la prime jeunesse – mais à trente-cinq ans, Mozart, si tragiquement près de la fin, n’était-il pas encore un peu dans le monde de son enfance ? Sehnsucht nach dem Frühling et Der Frühling sont empreints de la nostalgie des jeunes temps et du renouveau, jusqu’aux espiègleries de Das Kinderspiel. Esprit d’enfance, attendrissements juvéniles, chaleur du foyer – tels sont les secrets simples que Mozart glisse dans ses mélodies.
Et certes, il fallait conclure sur la mélodie où s’opère la fusion la plus intense et la plus intime de ces ingrédients : Abendempfindung an Laura nous transporte d’une remémoration familière aux frontières d’un lamento qui n’est pas d’opéra, ni de théâtre, mais simple effusion de l’âme. Cette mélodie, c’est la porte par où entreront les héritiers, et c’est aussi l’accès que devrait emprunter tout mélomane, tout amoureux de la voix, pour répondre à cette question double, et qui cependant n’en fait qu’une : qu’est-ce que le chant ? Qu’est-ce que Mozart ?
On concède aux Italiens le génie du chant. Sur une barque aux abords de Sorrente, sur une gondole longeant la Salute à Venise, sur une coque de noix tournant autour du Stromboli, une voix puissante de ténor remercie le soleil, la mer et la Sainte Vierge. Cela réchauffe le cœur et gonfle les poumons. À pied sec, dans le théâtre, nous voici étourdis de vocalises et de glissades. Bravo ! Mais le chant qui parle au cœur ? La mélodie qui se fredonne dans la solitude de l’instant ? Mais le chant fait prière, fût-ce profane ? Qui d’autre que Bach, Mozart, Schubert, Schumann, Brahms, Mahler, l’ont su faire naître ? Avec Bach, c’est simple. Le chant est prière. Il a surgi ainsi et c’est ainsi qu’il se manifeste à la mémoire. Avec Schubert, le chant restera célébrant, mais ce ne sera pas seulement de Dieu : la nature, le vent qui passe, les étoiles, seront autant de mystères et de dons à chanter. Entre les deux, une porte s’est ouverte. La ferveur de l’âme s’élevant vers Dieu s’est faite quotidienne, presque ordinaire. Elle s’est faite, disait Horace, pédestre. Ce moment où le sentiment amoureux et les petits riens de l’existence gagnent leur place dans la musique, c’est Mozart. Le chant de Mozart s’épanouit partout. Dans le secret d’un andante de concerto pour piano où la lumière soudain s’adoucit, dans la phrase d’un quatuor pleine d’amertume, dans l’allegro du violon vertigineux. Le chant, naturellement, est à l’opéra. Dans cet air militaire, Non più andrai, que les petites gens se chantaient dans les rues, le lendemain de la première des Noces de Figaro. Le chant de Mozart est aussi dans l’attente nocturne de Susanne au dernier acte des mêmes Noces. Il défait les carcans des styles et des convenances, dans une Clémence de Titus où le chant fait fondre le marbre. Je dis chant. Dis-je mélodie seulement ? Plutôt ce moment où la mélodie, qui n’est pas toujours immédiatement chantable, touche en nous quelque chose dont nous ignorions que ce fût là. Le chant qui épate, le chant qui échauffe, très bien. Mais le chant où la mémoire et la sensibilité miraculeusement se rencontrent (de nervalienne manière), c’est cela qui nous importe. De ces instants, Mozart est profus. Les experts prétendent que ce sens du chant s’insinue partout chez Mozart, sauf dans ses mélodies. Œuvrettes de circonstance, efflorescence d’un moment, impromptus délaissés par l’inspiration. C’est qu’on se trompe d’oreille lorsque l’on écoute ces mélodies. On attend du Schubert. Ou bien du Mozart d’opéra. Du chant qui mène loin. Mais ce chant-là est fait pour être proche, tout proche. Les sujets qu’il choisit sont presque exclusivement familiers. La composition n’est jamais savante. Aussi convient-il de prendre les choses à l’inverse : ni chez Mozart, ni chez Schubert, ni chez personne, on ne trouvera chant aussi limpide, aussi délibérément dépourvu de second degré. Nulle part non plus on ne trouvera de mélodies qui simplement veulent faire sourire, mettre une ride au coin de l’œil, et peut-être une larme furtive. Ces mélodies ne sont pas un reliquat. Elles ne sont pas même du second choix. Elles sont autre chose au sein d’une œuvre abondante et bien plus complexe qu’il ne semble. Mozart a composé ses mélodies sans ordre et sans vraie méthode. Elles lui venaient. Moments de récréation dans le travail créateur, ou bien façon irremplaçable d’exprimer ce que rien d’autre ne pouvait exprimer. Et voici : les mélodies de Mozart expriment souvent le bonheur. Deux d’entre elles, distantes de cinq années, s’appellent Die Zufriedenheit, c’est-à-dire le contentement, la satisfaction simple, le bonheur sans arrières-pensées. Le présent disque commence par la fin. Die ihr des unermeßlichen Weltalls, cette « petite cantate allemande », est d’inspiration maçonnique et date de la dernière année de Mozart – lumière apaisée, théisme tranquille. Ecrite pour ténor, cette cantate perd de son ton déclamatoire lorsqu’elle est chantée par une voix féminine, et y gagne quelque chose comme une tendresse sereine.
Das Traumbild, écrit en 1787, année féconde, présente une quête amoureuse sans tourments, animée d’un suave balancement de triolets. Nouveau pas en arrière avec Die Zufriedenheit (1780). Ecoutons bien : cette mélodie qui fit les délices des petits-bourgeois, dont elle faisait aussi l’éloge (il y a là quelque logique imparable), n’a rien d’une mièvrerie controuvée. Le phrasé, l’élégance, la tenue, sont de grand raffinement.
An die Freude, écrite par un Mozart de douze ans pour se réjouir d’une guérison, présente évidemment une simplicité strophique non sans fadeur. À qui sait mettre là cœur et âme, An die Freude offre le charme d’un hymne d’immédiate fraîcheur. Les années 1780/81 furent assez fertiles en mélodies pour Mozart. C’est le temps où il compose Idomeneo, le temps aussi où il va rompre avec Salzbourg définitivement. La mélodie prude et sentimentale lui est-elle refuge contre l’amertume ? On ne trouvera ici rien de l’agitation et des sentiments intenses d’Idomeneo. C’est, tirée d’un Bildungsroma édifiant et pleurnichard de Hermes, le parcours d’un amour et l’éloge de quelques vertus teutonnes.
Les mélodies de Mozart ont, elles, la douceur étrange d’une soirée entre musiciens. Il y a là quelque chose de sage et bien peigné qui n’est pas sans charme (suranné), à l’instar du Komm, liebe Zither, aimablement lyrique. Veine réellement germanique, Hausmusik (ndlrAM : musique domestique) à l’état pur, dont donne une autre idée la délicieuse mélodie An die Freundschaft. Une nouvelle efflorescence de mélodies caractérisa les années 1785 et 1787. De là la très humoristique Die Alte, vieille femme « chantant un peu dans le nez » et déplorant son époque enfuie, où tout était tellement mieux.
Die Verschweigung incarne la mélodie mozartienne à son meilleur, mélange de délicatesse et de marivaudage.
Der Zauberer (1785) atteste les ressources d’humour et de tendresse que Mozart entendait mettre dans ses mélodies : cette vignette où une jeune fille est séduite par un garçon – sans doute un magicien – a la vivacité d’un Fragonard.
Die Zufriendenheit et surtout Die betrogene Welt (1787) défendent la bonne morale, mais cette dernière mélodie le fait en adoptant les dimensions d’un air d’opéra – on songe aux airs carrés et charmants de La Finta Giardiniera, et on croit entendre quelque Nardo. Mais par-delà l’aisance, le charme désinvolte, l’érotisme affleurant, les années 1785/87 sont celles de purs chefs-d’œuvre, y compris dans la mélodie.
Das Veilchen en est le meilleur exemple : nous approchons ici des lieder les plus champêtres de Schubert. La fragilité de la violette, le drame simple de la fleur foulée aux pieds, la bénignité du dénouement, sont racontés en un récit absolument transparent, où la théâtralité est dans les mots mêmes, et dans l’éloquence intimiste du piano. Le drame affleure plus nettement encore dans la mélodie Als Luise die Briefe, sorte de récitatif d’opéra traversé d’ardeurs contradictoires.
Das Lied der Trennung ménage une expression toujours plus serrée, concentrée, l’interrogation brûlante d’un cœur. Il est intéressant que cette triplette de 1787 s’accompagne d’un moins brillant rejeton, Des kleinen Friedrichs Geburstag – mélodie renouant avec la veine domestique d’un baroque allemand délicatement sentimental.
En somme, la mélodie peut bien se prêter aux sentiments excessifs : son point d’ancrage, c’est toujours l’humeur enjouée et simple d’une maison bourgeoise. Seuls Papageno et Papagena porteront à l’opéra cette humeur si singulièrement chaleureuse. Ainsi, même la mélodie un peu didactique en apparence, Lied der Freiheit, semble sortir du répertoire de l’oiseleur de Schikaneder, et le Lied zur Gesellenreise est d’un Papageno se décidant à franchir les montagnes, dont on ne sait bien si elles sont réelles ou symboliques. Toujours cette bonhomie franche. Où le Mozart plaisantin et bon vivant de ses lettres est-il le mieux apparu ? C’est des temps heureux de Mannheim que jaillirent deux ariettes françaises, Oiseaux si tous les ans et Dans un bois solitaire. Ne soyons pas surpris que ces poèmes contournés ne trouvent face à eux qu’un Mozart précieux et un peu gauche. Décidément, il faut à Mozart des textes sans prétention, des poèmes simples voire simplets, pour trouver cette chaleur et cette sincérité directe qu’il affectionne.
La différence entre ces deux ariettes et le tour de Ridente la calma est éloquent : l’infusion de l’affect, le galbe du style, viennent à Mozart lorsque le poème suggère sans compliquer. Cet air eut une popularité immédiate – et l’on ne sait ce que Mozart emprunta à son confrère Myslivecek, dont il était fort proche. Dans cet air, on entend pointer l’opéra, moins dans la forme que dans la manière d’agencer l’expression du sentiment. À cet égard, An Chloe (1787), fait toucher du doigt la manière mozartienne : lorsque l’affect s’élabore, la mélodie penche vers l’aria. Les confins sont délicats. Les délimitations sont parfois arbitraires. Le Singspiel après tout, genre si chéri de Mozart, n’est-il pas la confluence de la chanson populaire et de la haute forme du théâtre ? Die kleine Spinnerin appartient à cet univers drôle, simple et frais.
C’est que derrière l’humour se dessine toujours quelque chose de plus foncièrement élégiaque. Telle était la pente de l’adolescent Mozart, comme on l’entend dans Wie unglücklich bin ich nit (1772). Mais cela se perçoit aussi dans le Lied beim Auszug in das Feld, bien plus tardif, où la bonne santé bourrue se marque d’épanchements. Les ultimes pages de Mozart, ses ultimes tentatives en matière de mélodie, présentent de manière touchante la synthèse de ces veines d’expression déjà sensibles dans la prime jeunesse – mais à trente-cinq ans, Mozart, si tragiquement près de la fin, n’était-il pas encore un peu dans le monde de son enfance ? Sehnsucht nach dem Frühling et Der Frühling sont empreints de la nostalgie des jeunes temps et du renouveau, jusqu’aux espiègleries de Das Kinderspiel. Esprit d’enfance, attendrissements juvéniles, chaleur du foyer – tels sont les secrets simples que Mozart glisse dans ses mélodies.
Et certes, il fallait conclure sur la mélodie où s’opère la fusion la plus intense et la plus intime de ces ingrédients : Abendempfindung an Laura nous transporte d’une remémoration familière aux frontières d’un lamento qui n’est pas d’opéra, ni de théâtre, mais simple effusion de l’âme. Cette mélodie, c’est la porte par où entreront les héritiers, et c’est aussi l’accès que devrait emprunter tout mélomane, tout amoureux de la voix, pour répondre à cette question double, et qui cependant n’en fait qu’une : qu’est-ce que le chant ? Qu’est-ce que Mozart ?
Sylvain Fort
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