Artiste principal :
Clara Haskil
Genre : Classique
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- 1 I. Allegro
- 2 II. Andantino
- 3 III. Rondo (Presto)
- 4 I. Allegro
- 5 II. Allegretto
- 6 III. Allegro assai
- 1 I. Allegro
- 2 II. Larghetto
- 3 III. Allegretto (Variations)
- 4 I. Allegro
- 5 II. Romanze
- 6 III. Allegro assai
DISQUE 1
Piano Concerto No.9 in E flat, K.271 - "Jeunehomme" (Wolfgang Amadeus Mozart)
Piano Concerto No. 19 in F major, K. 459
DISQUE 2
Piano Concerto No.24 in C minor, K.491
Piano Concerto No.20 in D minor, K.466
À propos
Concerto n°9 en mi bémol majeur K.271 "Jeune Homme" - Concerto n°19 en fa majeur K.459 - Concerto n°24 en ut mineur KV 491 - Concerto n°20 en ré mineur K.466 / Clara Haskil, piano
Inclus
1 Livret numérique
Détails de l'enregistrement original :
60:51 - 59:19 - ADD - Enregistré le 8 juin 1955 au Théâtre de Beaulieu à Lausanne (Concerto n° 9), le 6 septembre 1956 au Théâtre municipal de Besançon (Concerto n° 19), le 8 décembre 1955 au Théâtre des Champs-Elysées à Paris (Concerto n° 24) et le 25 juillet 1948 au Festival d’Aix-en-
Provence (Concerto n° 20) - Notes en français et anglais
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Concertos pour piano & orchestre
N° 9 en mi bémol majeur, K 271 "Jeunehomme"
N° 19 en fa majeur, K 459
N° 24 en ut mineur, K 491
N° 20 en ré mineur, K 466
Clara Haskil (1895-1960), piano
Concerto n° 9
Orchestre National de la radio-télédiffusion française
Direction Igor Markevitch
Concerto n° 19
Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire
Direction Jerzy Katlewicz
Concerto n° 24
Orchestre National de la radio-télédiffusion française
Direction André Cluytens
Concerto n° 20
Orchestre des Cadets du Conservatoire
Direction Ernest Bour
Portrait Le 7 décembre 1960, Clara Haskil mourait à Bruxelles, quelques heures après avoir fait une chute dans le grand escalier de la gare du Midi. Trépanée avec retard,
elle succombera à une hémorragie cérébrale dont on ne sait si elle est consécutive à sa chute ou si elle l’a provoquée. Elle avait soixante-cinq ans. Les journaux du monde entier salueront la
disparition d’une artiste adulée par le public et admirée par ses pairs. Mieczyslaw Horszowski notera sobrement dans son journal que Clara Haskil était l’une des plus grandes pianistes et
musiciennes qu’il avait entendues. Le 1er décembre, Clara Haskil avait donné ce qui sera son dernier récital. Elle avait retrouvé le violoniste Arthur Grumiaux, à Paris, pour
une séance de sonates. Des dizaines et des dizaines de chaises avaient été ajoutées sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées qui jouait à guichets fermés ce soir-là, comme chaque fois que la
pianiste s’y produisait. Moins de vingt ans plus tôt, réfugiée dans le château de la comtesse Pastré près de Marseille, Haskil était opérée sous anesthésie locale d’une
tumeur au nerf optique par une jeune médecin qui avait franchi la ligne de démarcation pour pouvoir opérer la pianiste qui perdait peu à peu la vue et souffrait de maux de tête intolérables.
Elle reviendra à Montredon, dans le cadre du tout neuf Festival d’Aix... pour jouer un concerto de Mozart, sous la direction d’Ernest Bour en compagnie de l’Orchestre des
cadets du Conservatoire. Document miraculeusement retrouvé dans les archives de l’Ina et qui nous vaut cette publication. Concert remake de celui qu’avait donné la pianiste avec le National réfugié
en zone libre juste après son opération, dans le même jardin. La veille du jour où les Allemands envahissaient la zone libre, Clara Haskil passait en Suisse dont elle prendra
la nationalité. Née à Bucarest, le 7 janvier 1895, juive issue d’une famille athée, Haskil serait rentrée en Roumanie qu’elle aurait vraisemblablement été déportée par le régime fasciste, dont on
sait aujourd’hui qu’il a mis en œuvre sur son territoire le génocide des juifs et des tziganes sans l’aide des nazis. Elle serait restée en France, qu’elle aurait pu, comme
son amie Youra Guller, passer le reste de la guerre cachée on ne sait où, à souffrir de la faim. Elle aurait plus vraisemblablement été arrêtée, comme elle l’avait été à Marseille, ne devant son
salut qu’à une intervention rapide de la comtesse Pastré. Mais revenons à Paris, le 1er décembre 1960. Ce soir-là, comme chaque fois qu’elle joue, Clara Haskil remporte un
triomphe indescriptible. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui l’attachement singulier qu’a pu avoir le public parisien pour cette pianiste et plus encore de se figurer qu’il a fallu que Clara
Haskil attende d’avoir cinquante-cinq ans pour qu’elle sorte d’un anonymat dans lequel elle replongeait systématiquement, avant la Seconde Guerre mondiale, entre les rares récitals et concerts
qu’elle donnait en France, en Suisse, et même aux Etats-Unis où elle fera un triomphe avec l’Orchestre de Philadelphie et Leopold Stokowski au milieu des années 1920 en jouant le Concerto de
Schumann. A la fin des années 1950, elle retournera aux Etats-Unis, le pianiste Eugene Istomin ayant contraint son agent à inviter la pianiste ! Tournée triomphale avec
commentaires critiques ne manquant pas de piquants : mais que font les impresarios qui nous cachent de tels talents... Clara Haskil avait-elle, comme le pense Jérôme Spycket,
son biographe inspiré (Clara Haskil, Payot, 1975), un jeu classique, en avance sur son temps, égaré en plein âge d’or du piano virtuose ? Je ne le pense pas. Il n’existe pas de style
pianistique d’interprétation caractéristique propre à une époque. Et à l’impossibilité qu’il y a de se faire une idée précise de celui qui dominerait la nôtre, alors même que nous la vivons, répond
l’épineux problème de ce qui nous est parvenu des temps anciens. Ces enregistrements ne peuvent synthétiser une époque qui va de 1900 à la veille de la Seconde Guerre
mondiale : ils ne sont que la collection incomplète de la multitude d’approches qui coexistent en permanence, rendant impropre l’idée même d’un jeu d’époque. Et plus encore vain de prétendre
estimer ce que le public accepte ou n’accepte pas dans ce domaine. Le public n’existant d’ailleurs pas davantage : il est lui-même divers. Souvenons-nous juste que
c’est Cortot qui distinguera en 1933 le jeune Dinu Lipatti et démissionnera du jury du Concours de Vienne pour protester contre le fait que le jeune Roumain n’avait obtenu qu’un second prix.
Peut-on imaginer deux styles plus opposés que ces deux-là ? Ou que ceux de Martha Argerich et de Maurizio Pollini aujourd’hui ? Il en était rigoureusement de même du temps
des études puis de ce qui aurait dû être l’envol de la carrière de Clara Haskil. La raison est donc à chercher ailleurs : car quand elle jouait, le public lui faisait des triomphes et les plus
grands musiciens de son temps la tenaient pour leur égale. Les concerts, rares, se suivaient sans que rien ne se construise de durable. Car aucun agent ne voulait en réalité s’occuper d’elle d’une
façon sérieuse. Immédiatement aimée du public, distinguée par la critique qui parle de génie pour qualifier son art, Clara Haskil était dans sa jeunesse une virtuose au jeu
passionné, emporté, extériorisé, porté par une technique pianistique éblouissante. Elle jouait Rachmaninov, Albéniz, Brahms, Chopin, Liszt, Saint-Saëns. La Clara Haskil, mozartienne,
« gentille », n’était pas encore de mise, comme elle le sera dans des interprétations discographiques de studio qui ne sont, à leur tour, qu’un reflet d’un des aspects de son art. Ses
captations de concerts montrent un tout autre visage du jeu de la pianiste. Clara Haskil était une sacrée emmerdeuse, voilà la vérité. Enfin, une partie de la vérité que
Jérôme Spycket évoque également sans lui donner, à mon avis, l’importance qu’elle revêt et sans souligner assez que le comportement même de la pianiste a changé, un peu, avec l’âge. Jamais
contente, douée « pour la dispute » comme elle le disait elle-même, Haskil avait le don rare de se dénigrer, de se diminuer, de se rendre désagréable tant elle était farouche et
peu sûre d’elle. Auprès de ses amis qui lui pardonnaient, comme des musiciens qui auraient pu l’aider entre les deux guerres et ne l’ont pas fait sauf exceptions : le chef Ernest
Ansermet, par exemple. Ne pas être content de soi est une chose, passer son temps à pester en est une autre. Le récital que Clara Haskil donne le 6 septembre 1956 pour
l’ouverture du Festival de Besançon ? Le concerto de Mozart qu’elle joue le lendemain au même endroit ? « Récital et concerto, infects »... voilà ce qu’elle en écrit. Ce fameux
récital publié une première fois par la Fnac sous forme de microsillons, puis dans la collection « Ina mémoire » est pourtant l’un des grands témoignages du jeu de Clara Haskil en public.
Un jeu emporté, nerveux, tendu, inquiet qui tient l’auditoire suspendu à chaque note tant la pianiste y prend des risques insensés. Nous sommes loin d’un piano mesuré,
classique, d’un style classique et sobre. Tout dans ce disque n’est que tempête et passion. Vient s’y ajouter aujourd’hui le fameux concerto de Mozart qu’elle estimait tout aussi infect et qui
pourtant surclasse d’une grande coudée ceux qu’elle a enregistrés en studio pour Philips sous la direction de Paul Sacher. Notons qu’elle les trouvait encore plus
« infects », ne trouvant dans tous ses disques de studios que quelques bribes acceptables ici ou là... Mais en 1956, la gloire venue, elle pouvait se le permettre. En 1930,
assurément non. Clara Haskil avait malgré son caractère difficile le don d’être adoptée par des amis qui passaient sur son caractère un peu particulier. Chaplin était tombé
en pâmoison devant le jeu d’Haskil à l’issue d’un concert donné par le Quartetto Italiano à Vevey. Se demandant, dans un premier temps, quelle idée saugrenue avait eu une personne présente de
demander à cette femme effacée de se mettre au piano, après un si beau concert, il se ravisera pour écrire dans ses Mémoires qu’elle était l’un des trois génies qu’il avait rencontrés au
cours de son existence, les autres étant Sir Winston Churchill et Einstein. La princesse de Polignac la protégea jusqu’à sa mort à travers une relation ambiguë dont
l’héritière Singer avait le secret, elle qui traitait les musiciens tantôt comme des employés qu’elle faisait manger à la cuisine, tantôt comme le plus bel ornement de son salon, tantôt pour ce
qu’ils étaient vraiment. Et quantité d’autres personnes qui ont soutenu sans relâche cette pianiste dont la carrière ne décollait jamais. Les Desmarets payèrent sa tournée
états-unienne des années 1920 et nombre de ses récitals parisiens pour ne rien dire de la pension qu’ils lui versaient pour qu’elle puisse subsister. Ex-enfant prodige, Haskil ne donnait pas de
leçons pour survivre. L’enseignement n’était pas du tout dans ses cordes. En fait, Haskil n’était pas douée pour l’entregent, pas douée pour construire des relations
professionnelles, pas douée pour faire la cour et même pas douée du tout pour envisager le minimum vital qui est demandé à un artiste pour faire une carrière. Elle ne comprenait rien ou quasi au
monde professionnel qui l’entourait, refusant même parfois des propositions solides pour des motifs plus ou moins recevables. Il a fallu deux hommes pour que sa carrière
décolle enfin vraiment : Konig, un impresario néerlandais qui a organisé concerts et tournées sur ses propres fonds, perdant longtemps de l’argent car il était certain d’en gagner un jour vu qu’il
croyait dans le talent de cette pianiste déjà âgée. Et Michel Rossier, un jeune Suisse. Il n’était pas agent, pas musicien, juste un ami de la pianiste. Elle trouvera auprès de lui et de sa femme
Louki une seconde famille. Un ami totalement désintéressé financièrement qui a pris les affaires d’Haskil en mains, aidant la pianiste à acquérir son indépendance, à s’émanciper financièrement de
l’aide des autres, mais décidant largement pour elle avec son agent néerlandais de ce qui était bon pour la carrière d’Haskil. Elle lui faisait totalement confiance. Et elle
avait raison : c’est grâce aux Rossier que Clara Haskil a pu finalement élargir le cercle de ses auditeurs au point de devenir l’une des pianistes les plus écoutées du public des années 1950 à nos
jours. Guidée par Konig et Rossier, Clara Haskil pouvait continuer à être douée pour la dispute, pouvait se dénigrer : plus rien ne pouvait gripper la machine. Récitals et
concerts se suivaient, le public exultait, les organisateurs la réclamaient puisqu’elle jouait à guichets fermés. Clara Haskil était devenue intouchable. Après sa mort, on fera même d’elle une
icône bien pratique dont la vie et la carrière délivrent le message suivant : tout vrai talent finit par se faire entendre quelque soit l’environnement et les
embûches. Quand, finalement, les deux seules raisons au fait qu’Haskil a fait une carrière si tardive sont à rechercher chez elle, un peu, et chez les impresarios, beaucoup.
Alain Lompech
mars 2009
© INA Mémoire vive 2009 – Reproduction interdite
mars 2009
© INA Mémoire vive 2009 – Reproduction interdite
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