Victoria de LOS ANGELES (1er novembre 1923 - 15 janvier 2005)
soprano
"Insurpassable pour son timbre absolument ravissant, sa sensibilité délicieuse et élégante, son aisance déconcertante." ANTHONY TOMMASINI
Victoria de LOS ANGELES est née en Espagne, à Barcelone, dans une... - 1 La violette
- 2 Chanson du papillon
- 3 Air de Josué
- 4 Dein blaues Auge, op. 59 n° 8
- 5 Der Nussbaum, op. 25 n° 3
- 6 Zueignung, op. 10 n° 1
- 7 El amor es como un niño
- 8 N° 2 : Madre, unos ojuelos vi
- 9 N° 11 : La maja dolorosa n° 3 : "De acquel majo amante"
- 10 N° 2 : Mañanica era
- 11 N° 6 : Iban al pinar
- 12 N° 1 : El paño Moruno
- 13 N° 2 : Seguidilla murciana
- 14 N° 4 : Jota
- 15 Farruca, op. 45 n° 1
- 16 E se un giorno tornasse
- 17 Stornellatrice
- 18 Stornellatrice
- 19 N° 11 : La maja dolorosa n° 3 : "De acquel majo amante"
- 20 N° 6 : Iban al pinar
- 21 N° 11 : La maja dolorosa n° 3 : "De acquel majo amante"
- 22 N° 3 : Cantares
- 23 Canto del Lliadre (Trad. catalan)
- 24 Clavelitos
À propos
André Campra (1660-1744) : Chanson du papillon (extrait des Fêtes vénitiennes)
Georg Friedrich Händel (1685-1759) : Air de Josué
Robert Schumann (1810-1856) : Der Nussbaum, Op. 25 n° 3
Johannes Brahms (1833-1897) : Dein blaues Auge, Op. 59 n° 8
Richard Strauss (1864-1949) : Zueignung, Op. 10 n° 1
Joaquin Nin (1879-1949) : El amor es como un niño
Eduardo Toldra (1895-1962)
Madre, unos ojuelos vi (extrait de Seis canciones, n° 2, 1940-41)
Enrique Granados (1867-1916)
La maja dolorosa n° 3 «De acquel majo amante» (extrait de Coleccion de tonadillas n° 11) - Mañanica era (extrait des Canciones amatorias, n° 2) - Iban al pinar (extrait des Canciones amatorias, n° 6)
Manuel de Falla (1876-1946)
Siete canciones populares espanolas (extraits) : El Paño Moruno (n° 1) - Seguidilla murciana (n° 2) - Jota (n° 4)
Joaquin Turina (1882-1949) : Farruca, Op. 45 n° 1 - Cantares (Poema en forma de canciones, n° 3, 1923)
Ottorino Respighi (1879-1936)
E se un giorno tornasse (P.096, 1920) - Stornellatrice (P.069, 1906 ?) - Stornellatrice (reprise)
Enrique Granados (1867-1916)
La maja dolorosa n° 3 «De acquel majo amante» (extrait de Coleccion de tonadillas n° 11) - Iban al pinar (extrait des Canciones amatorias, n° 6) -
Anonyme : Canto del Lliadre (Traditionnel catalan)
Joaquin Valverde (1846-1910) : ¡Clavelitos! (cadenas) Victoria de Los Angeles (1923-2005), soprano
Au piano : Madge Wilmotte & Madame R. Cayla
La question, pour chacun des nouveaux titres de la collection Ina, mémoire vive est : pourquoi ce disque ? Sa nécessité doit s'imposer, mais il y a tant de façons d'être nécessaire. Pour nous, pour l'Institut national de l'audiovisuel, un nouveau titre a pour fonction première de rendre hommage à un artiste oublié, une œuvre inédite, voire une institution. Pour dire les choses simplement : Ina, mémoire vive a plutôt vocation à pallier les manques des catalogues "officiels". Parfois – le cas est plus rare – il s'agit de donner un éclairage nouveau à une partition déjà enregistrée en studio.Victoria de Los Angeles a souvent chanté, rechanté, souvent enregistré et réenregistré des pièces et mélodies qui lui étaient chères ; aussi les aficionados trouveront-ils, sûrement, des traces discographiques de certaines des pièces ici présentes. Mais ils ne trouveront pas forcément ailleurs cette couleur, cette tonalité propre au concert, au "vif du sujet". Les amateurs le savent : tout nouvel enregistrement d'une œuvre est autre chose qu’une redite.Cette grande cantatrice espagnole aime la France (qui le lui rend bien), aime le français, une langue qu'elle trouvait aisée à chanter, contrairement à beaucoup de ses consœurs. On se souvient de l'exceptionnelle Manon qu'elle venait d'être, sous la direction de Thomas Beecham. La voici, quelques années plus tard, lors de ses premiers récitals en France, en 1950 et 1951, à Toulouse puis à Paris, dans des œuvres espagnoles, allemandes et italiennes dont certaines sont des raretés. La voix de Victoria de Los Angeles a cette couleur et cette fraîcheur particulières qu'elle n'a jamais perdues, reconnaissables entre toutes.Dans ces documents qui ravivent le souvenir des premiers concerts de Victoria de Los Angeles en France, la voix de la soprano catalane a rarement montré autant ce sourire intérieur, cette couleur à la fois ensoleillée et tamisée, presque burinée, la couleur des couchants magnifiques de La Vie antérieure, le poème de Charles Baudelaire mis en musique par Henri Duparc. Cette voix semble, dans sa jeunesse éclatante et généreuse, contenir déjà son devenir, sa maturité. C'est certainement pourquoi, cinquante après, Victoria de Los Angeles a gardé ce timbre, cette ligne, cette couleur égaux à eux-mêmes.Éditer un disque, lorsqu'on a les moyens et la liberté de le faire, peut tenir à bien peu en apparence. Mais on se souvient du bonheur d'artistes, aujourd'hui disparus, confrontés à des enregistrements qu'ils avaient oubliés : la soprano Suzanne Danco (qui masquait son émotion en se trouvant tous les défauts du monde), le baryton Bernard Kruysen, réécoutant, les larmes aux yeux, un extrait de concert donné avec Francis Poulenc au piano, des mélodies de Debussy qu'il avait tant chantées et enregistrées intégralement en studio. Et pourtant, il pleurait.Puisse ce cadeau que nous faisons à Victoria de Los Angeles, quelque cinquante ans après ses débuts en France, lui procurer l'émotion qui fut la nôtre lorsque nous avons restauré ces disques Pyral originaux oubliés, qui ont été soigneusement restaurés afin de donner la meilleure image sonore possible à cette immense artiste dont ces concerts inédits sont pour la première fois reportés sur support discographique. Publier un document radiophonique n'est pas toujours qu'une affaire de catalogue, mais une affaire d'âme.
Renaud Machard
© INA mémoire vive - Reproduction interdite.
Victoria de Los Angeles
C'est tout un collège de bonnes fées qui semble s'être penché sur le berceau de Victoria de los Angeles. Les dons, à eux seuls, étaient prodigieux : la qualité d'un timbre d'or et d'ambre, la sensibilité artiste innée, et par-dessus tout, cette capacité de communication qui d'emblée met l'auditeur dans l'au-delà du simple chant : la vérité du cœur. Mais plus encore que pour ces dons exceptionnels, remercions les fées pour les conditions qui permirent à la jeune soprano de s'épanouir en cette lente et bénéfique maturation qui fit d'elle l'une des artistes essentielles de notre siècle.
Certes, c'est à 17 ans à peine qu'elle incarne sa première Mimi, chez elle à Barcelone, à la suite d'un radio-crochet emporté haut la main. Mais au lieu de se lancer aussitôt dans une carrière scénique qui eût pourtant semblé l'évidence, ne serait-ce que par la perspective d'être enfin à l'abri du besoin matériel, elle a la sagesse de chercher à parfaire encore sa formation de musicienne. C'est José María Lamaña, ingénieur aux chemins de fer espagnols et mélomane pionnier – il avait fondé en 1935 un groupe de musique ancienne Ars Musicae dans lequel on comptera bientôt un certain Jordi Savall… – qui, l'ayant entendue en Amour de l'Orphée de Gluck à sa sortie du Conservatoire en 1941, comprit qu'il fallait protéger cette voix et cette personnalité encore si malléables. Plus que pendant ses trois brèves années de Conservatoire (où les élèves moins doués restent six pleines années !), c'est auprès de lui qu'elle va acquérir tout ce qui fera d'elle cette musicienne hors pair, et cette longévité aussi. Elle savait déjà la guitare ; elle apprend ici la flûte, découvre le monde de la musique de chambre, celui de la musique ancienne, médiévale ou renaissante, et toute cette discipline qui n'est qu'à eux. Cette patience lui permet d'être éminemment prête quand, en janvier 1945, le Liceo de Barcelone lui demande d'incarner la Comtesse des Noces. Son Premier Prix au concours de Genève, en 1947, lui ouvre tous les plus grands théâtres du monde, de la Norvège à la Nouvelle-Zélande, en passant par l'Afrique du Sud et le Japon, avec une Ariane à Naxos à la Scala et Faust au Metropolitan, consécrations suprêmes pour une artiste qui n'a pas encore 30 ans. Les enregistrements suivent avec, raretés absolues surtout pour une Espagnole, des 78 tours où elle impose les plus idiomatiques des Elsa (Lohengrin) et Elisabeth (Tannhäuser) avant deux Brahms et Schumann (respectivement 1950 et 1952). Viendront ensuite de plus attendues Manon, Butterfly (passée par Barcelone, la grande Kousnezoff lui avait laissé son ombrelle de Cio-Cio-San), Traviata, Boccanegra et, fleurons absolus, La Vie brève de de Falla, une miraculeuse Bohème aux côtés de son bien aimé Bjorling, une Mélisande où elle en remontrerait presque à Jansen et Souzay sur leur propre terrain, pour ne rien dire d'un Faust et d'une Carmen toujours considérés comme références insurpassées. Chanteuse "sérieuse", musicienne avant d'être une voix, elle avait su s'imposer comme Elisabeth de Tannhäuser dans la fameuse production de 1961, à Bayreuth, où Wieland Wagner osait une double révolution : une Elisabeth ibérique, et une Vénus noire (Grace Bumbry).
Mais son amour profond pour la mélodie ne se laisse aucunement occulter par les succès opératiques, et le récital devient même son activité essentielle. Quand d'autres se brûlent, de voix comme de nerfs, à faire se succéder répétitions et représentations, elle préfère parcourir le monde dans ses recoins les plus insolites pour y porter, en toute simplicité, le monde de la mélodie et du Lied. Son monde à elle, cela semble aller de soi, si ce n'est que la mélodie espagnole, des chants populaires à Granados et Albeniz, des chants mozarabes et séfarades aux pièces du Siècle d'Or, était bien oubliée. La gageure était encore plus grande peut-être, s'agissant du monde du Lied allemand. Elle se lança pourtant, première Espagnole à s'y oser, dans ce domaine que l'on croyait réservé aux seuls natifs d'Outre-Rhin, osant en 1959 son premier récital de Lieder sur le territoire allemand. Et s'y imposant avec ce naturel qui, quoi qu'elle chantât, installait d'emblée une évidence chez l'auditeur. Il est vrai que, durant la Guerre et ses privations, le seul disque qu'elle ait eu à écouter était un 78 tours de Lieder de Schubert interprétés par le grand Liedersänger allemand Schlusnus ! En 1967, c'est elle qui, caractéristiquement, est aux côtés de Schwarzkopf et de Fischer-Dieskau pour le gala d'adieux de Gerald Moore.
Le miracle de Victoria de los Angeles tient un peu à tout cela, cette patience et cette rigueur, cette évidente honnêteté faite de simplicité – en récital, elle n'hésitait pas à prendre sa guitare pour s'accompagner quelque chanson espagnole devant un public peu habitué à de si simples manières de la part d'une telle diva ! – et de sourire, ce sourire dans la voix qui chez personne n'aura semblé à ce point palpable, visible.
© Ina mémoire vive 2002 - Reproduction interdite
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