Bernart de Ventadorn ( ... 1147-1170 ... )
« Bernart de Ventadorn fut du Limousin, du château de Ventadour. Ce fut un homme de pauvre lignage, fils d’un serviteur qui était fournier et qui chauffait le four pour cuire le pain du
château. Il devint bel homme et adroit ; il sut bien chanter et trouver, et devint courtois et instruit…». Bernart de Ventadour compose dans un style leu e plan, léger et facile, des
chansons réglées à la perfection. Il sait marier art de trobar et art d’amor dans lesquels il s’investit tout entier avec talent et maestria : « J’y ai mis mon corps et mon
cœur, mon savoir et mon esprit… ».
Gaucelm Faidit (…1185-1220…)
« Gaucelm Faidit chantait plus mal qu’aucun homme au monde, mais il fit beaucoup d'excellentes mélodies avec de bonnes paroles. Et il se fit jongleur parce qu’il avait perdu tout son avoir au
jeu de dés. C’était un homme qui était d’une grande largesse et il fut très glouton pour manger et boire ; pour cela il devint gros outre mesure. Très long fut le temps des désagréments, sans dons
et sans honneurs à espérer, si bien que plus de vingt ans il alla à pied par le monde et que ni lui ni ses chansons n’étaient appréciés ni souhaités. Et il prit pour femme une prostituée qu’il
emmena longtemps avec lui dans les cours ; elle avait nom Guilhelma Monja. Elle était très belle et très instruite, et elle devint aussi grosse et aussi grasse que lui. »
Avec soixante cinq poésies conservées (
cansos,
tensos,
planhs, chants de croisade et une
rotrouenge en français), son œuvre est l’une des plus abondante du répertoire
des troubadours.
Gui d’Ussel (…1170-1225…)
« Gui d’Ussel fut du Limousin, noble châtelain, et lui, ses frères et son cousin Elias étaient seigneurs d’Ussel, qui est un bon château, et de bien d’autres. Et ses deux frères se nommaient
l’un Ebles et l’autre Peire, et le cousin se nommait Elias. Et tous les quatre étaient troubadours. Gui trouvait des
bonas cansos et Elias des
bonas tensos, et Ebles des
malas
tensos et Peire chantait tout ce que les trois trouvaient… Mais le légat du pape lui fit jurer de ne jamais plus faire de chansons. Et pour lui il abandonna la poésie et le
chant… ».
Maria de Ventadorn (… 1180-1215…)
« Elle fut la plus belle dame et la plus prisée qu’il y eût jamais en Limousin, celle qui fit le plus de bien et se garda le plus du mal[…].Dieu la dota d’un beau corps plaisant et gracieux,
sans aucun artifice[…] Gui d’Ussel avait perdu sa dame[…] Aussi vivait-il dans une douleur profonde et dans une grande tristesse. Depuis longtemps il n’avait plus chanté ni trouvé et toutes les
dames distinguées de la contrée en étaient fort affligées, et madame Marie plus que toute autre, car Gui d’Ussel la louait dans toutes ses chansons… Or Gui d’Ussel se trouvait à la cour de madame
Marie ; et celle-ci, pour le ramener aux chansons et à la joie, fit une cobla dans laquelle elle lui demanda s’il était convenable que l’ami eût autant de suzeraineté sur la dame que la dame sur
lui. Et, sur ce motif, madame Marie le provoqua à échanger une
tenso, et lui dit :
Gui d’Ussel be·m peza de vos… ».
Arnaut de Tintinhac (…1150…)
D’Arnaut de Tintinhac nous ne connaissons que le nom (qui se confond dans le
Breviari d’amor avec celui de Guiraut de Quintenac) et quatre poésies dont le style se rapproche de celui des
premiers troubadours Jaufre Rudel, Bernart Marti ou Marcabru.
Bertran de Born (…1159-1195…)
Seigneur d’Hautefort, issu de la petite noblesse du Limousin, il côtoie les rois et les princes, et se mêle ouvertement et sans discrétion des affaires militaires, politiques et littéraires de son
temps. Le baron Bertran de Born est un personnage haut en couleur. Il chante pour semer la discorde, polémiquer et railler ses pairs en versant l’ironie dans les mots de trobar. Bertran aime la
guerre et l’amour et il chante en toute indépendance sa terre et son Limousin :
No·us cugetz qu’eu fassa motz a vendre… « Ne croyez pas que je fasse des mots à vendre ! »
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