- 1 Kyrie Fons bonitatis
- 2 I. Gloria
- 3 Propter veritatem
- 4 II. Credo
- 5 Beata Dei genitrix
- 6 Ave rosa sine spinis
- 7 Nesciens mater
- 8 Fantaisie en la mineur
- 9 Regina caeli
- 10 Salve intemerata
- 11 Ave regina caelorum
- 12 III. Sanctus
- 13 IV. Benedictus
- 14 Beata viscera
- 15 V. Agnus Dei
À propos
«Tallis est mort, et la musique se meurt». Ainsi se concluait l’élégie de William Byrd déplorant la mort de Tallis. Cette dernière ligne, probablement de sa main,
peut effectivement avoir reflété le sentiment général éprouvé en l’an 1585 face à la disparition de l’une des personnalités majeures de la scène musicale anglaise du XVIe siècle. Byrd avait aussi
de bonnes raisons de ressentir personnellement sa perte : il avait collaboré avec le vieux compositeur, son aîné de presque quarante ans, lorsque, après avoir reçu le privilège et le monopole de
l’édition musicale et du papier manuscrit en 1575, il avait entrepris sa première publication. On a parfois fait remarquer que Byrd, en homme d’affaires avisé, avait probablement besoin d’une
source de musique liturgique en latin peu connue qui soit immédiatement accessible et puisse faire pendant à ce qu’il avait lui-même l’intention de réaliser pour les Cantiones Sacrae. Qui
d’autres solliciter que Tallis, son collègue organiste comme lui à la chapelle royale, un homme dont la longue carrière avait su embrasser les vicissitudes des changements politiques et religieux
? Durant «Fower sovereygnes reignes» [plusieurs règnes de souverains], selon son épitaphe, Tallis avait servi à la chapelle royale au cours du règne d’Henry VIII, pendant ceux d’Edouard VI et de
Marie Ire, jusqu’à l’ère élisabéthaine. Dans sa jeunesse, avant la Réforme, Tallis avait produit maintes partitions pour le culte catholique. Il n’est pas impossible qu’il ait pu sortir de ses
vieux cartons la plupart de ses contributions aux Cantiones Sacrae. Ce disque est ainsi consacré au répertoire le plus ancien que Tallis ait écrit, celui dédié à l’adoration de la Vierge Marie.
Si l’on estime que Tallis a vu le jour autour de 1505, son nom n’est mentionné pour la première fois que dans une source datée de 1532 : il était alors organiste au
Prieuré bénédictin de Douvres. Courant 1537, il partit pour Londres afin de se joindre à St Mary-at-Hill, un important centre musical, et environ un an plus tard, il se rendit à l’Abbaye de
Waltham où il résida jusqu’à sa dissolution, en 1540. Il semble alors avoir été transféré à Canterbury où il demeura pendant plusieurs années, rejoignant le chœur séculier nouvellement fondé de
la Cathédrale. Autour de 1543, il devint Gentilhomme de la chapelle royale où quelque trente ans plus tard, il rencontra Byrd avec qui il servit comme organiste de 1575 jusqu’à son dernier
souffle. Il se maria en 1552, mais lui et sa femme Joan n’eurent pas d’enfants. C’est à l’église paroissiale de Greenwich qu’il fut inhumé, probablement parce qu’à l’époque, il était au service
de la reine Elisabeth qui y résidait alors dans son palais. De plus, il ne faut pas oublier ses attaches profondes avec le comté du Kent.
Les Cantiones Sacrae renferment un répertoire rétrospectif qui ne pouvait en aucun cas être en usage à l’époque de leur parution. Seul un nombre d’œuvres
relativement restreint parmi toute la production de Tallis (et aucune de ses compositions sur textes latins) a fait l’objet d’une appréciation constante au cours des siècles. Certains motets de
1575 ont été adaptés sur des textes anglais. En fait, «I call and cry» – une adaptation tardive de «O sacrum convivium» – un service concis, quelques psaumes, des preces et répons constituent
pratiquement la totalité de ce qui a fait passer Tallis à la postérité. Dans les années 1920, la collection monumentale Tudor Church Music réalisée grâce au mécénat du Carnegie Trust fit revivre
un grand nombre de ses œuvres. Le comité éditorial, présidé par R.R. Terry, semble avoir éprouvé la nécessité de passer au peigne fin le répertoire ancien afin de trouver une musique anglaise à
même d’augmenter le fonds disponible pour célébrer la messe catholique, et d’élargir l’horizon musical de la Cathédrale (catholique) de Westminster inaugurée peu auparavant à Londres. Le
renouveau des œuvres de Tallis en représente les premiers fruits. En dépit de quelques reproductions en fac-similé parues dans les années 1970, il n’y avait pourtant pas à proprement parler
d’éditions pratiques fiables. Ce n’est qu’au cours des vingt dernières années que la plupart du répertoire ancien de Tallis est devenu plus largement accessible. Et encore, ceci n’a été rendu
possible que grâce à ceux qui ont entrepris la tâche ardue mais nécessaire de reconstruire ou compléter les parties manquantes de ses œuvres qui auraient autrement été imparfaites. La messe
Salve intemerata est l’une de ces compositions.
Outre la musique de l’ordinaire de la messe, cinq antiennes votives de Tallis ont survécu, dont trois sur des textes marials. La messe est élaborée sur l’antienne
votive Salve intemerata et c’est parce que l’antienne a survécu dans des exemplaires plus largement diffusés – quoique dans une série de deux versions contemporaines légèrement différentes
– que le processus de recréation de la partie de ténor qui faisait défaut à cette messe a été rendu moins hasardeux. Les deux œuvres sont considérées parmi les plus anciennes de Tallis à nous
être parvenues. On sait que le texte de Salve intemerata a été publié en 1527. De par la disposition de la musique dans une des sources, il semblerait que l’antienne ne puisse avoir été
composée après 1530.
Dans la plupart des larges prieurés et monastères bénédictins, le culte marial s’était tellement développé depuis le XIIIe siècle que des chapelles somptueusement
décorées consacrées à la Vierge avaient été construites dans la partie orientale de l’édifice principal dédiée aux dévotions mariales. C’était bien souvent la seule place de l’édifice où l’on
pouvait entendre de la polyphonie. L’organiste de la chapelle de la Vierge n’avait pas obligatoirement une fonction au sein du chœur monacal où la liturgie était chantée en plain-chant. On
dispose de certains éléments qui indiquent que vers la fin du XVe siècle, l’expertise des musiciens de la chapelle de la Vierge avait été sollicitée afin de rehausser le culte du chœur monacal.
L’Abbaye de Waltham disposait certainement d’un petit chœur pour la chapelle de la Vierge, tout comme Winchester, si bien que c’est certainement à cet ensemble de chanteurs que Tallis destinait
ses premières compositions. Cela ne contredit nullement l’hypothèse qu’il y ait eu un chœur spécialiste similaire à Douvres à son époque qui ait le premier interprété son œuvre.
La seule source de la messe Salve intemerata – et une de celles de l’antienne – est un recueil de quatre des cinq parties séparées originales qui aurait été
réalisé pour la Cathédrale de Canterbury, lors de sa refondation en 1540. L’essentiel de ce manuscrit pourrait en fait représenter le répertoire alors en usage au Magdalen College d’Oxford, dont
un des chanteurs se rendit à Canterbury en même temps que Tallis. Certaines pages de ce dernier auraient très bien pu être ajoutées pour supplémenter le volume. Ceci expliquerait pourquoi
figurent deux versions de l’antienne Salve intemerata copiées dans le manuscrit, la première étant peut-être une adaptation utilisée à Oxford et la seconde la version authentique présentée
par le compositeur en personne. Ave rosa sine spinis, l’autre antienne votive présente sur ce disque, appartient également au même manuscrit de Canterbury et figure également dans d’autres
sources. A la Cathédrale de Canterbury, dans la chapelle de la Vierge, on chantait alors quotidiennement une messe en l’honneur de la Vierge Marie ainsi qu’une des antiennes votives, telles
Salve intemerata, Gaude gloriosa et Ave rosa sine spinis, tout comme d’autres l’avaient fait autrefois. Lors de la refondation séculaire, le culte bénédictin avait été
remplacé par celui du Sarum dont le cérémonial était élaboré et particulier. La fonction de l’antienne votive semble avoir été celle d’une dévotion liturgique vespérale séparée, souvent exécutée
devant l’image de la sainte Vierge.
Si les chœurs des chapelles de la Vierge s’orientaient généralement vers des effectifs réduits, les statistiques variaient en fait considérablement au sein des
établissements séculaires et le nombre de chanteurs croissait rapidement. Par exemple, en 1529, Winchester employait seulement quatre chanteurs professionnels exclusivement pour le chœur de la
chapelle de la Vierge, tandis qu’en 1538, il y avait huit garçons. Canterbury y consacrait douze hommes et dix garçons. Ailleurs, le nombre de chanteurs adultes dépassait largement celui des
enfants, même s’il n’apparaît pas clairement que tous les hommes aient chanté ensemble à la même occasion. De nos jours, avec la formation chorale moderne, la puissance vocale d’environ seize
garçons peut être difficilement soutenue par les efforts de six hommes dans certaines cathédrales, ce qui a pour conséquence une prépondérance bien trop fréquente de la ligne supérieure de la
polyphonie au lieu de favoriser la richesse et l’égalité de la texture. A l’époque de l’enregistrement, de nombreux garçons de la maîtrise de Winchester étaient tombés malades. Ce simple concours
de circonstances nous a poussés à expérimenter en nous servant d’un effectif de jeunes chanteurs considérablement réduit par rapport à la normale. L’équilibre vocal entre voix de garçons et voix
d’hommes s’est trouvé nettement amélioré dans cette musique.
Les œuvres au programme de ce disque ne constituent pas une reconstruction liturgique de la messe de la Vierge, les sections de l’ordinaire de la messe étant
intercalées avec les propres. Il s’agit plutôt d’un récital autour de certaines polyphonies mariales de Tallis ayant pour cadre les mouvements de la messe Salve intemarata, intercalés avec
les chants du Sarum des propres de l’Assomption et de la Nativité. Le programme est ponctué par un court solo d’orgue. Autant que possible, le plain-chant a été exécuté à partir de sources
contemporaines.
Andrew Parker © Hyperion, 2001
Traduction : Isabelle Battioni






