Ne cherchez pas le nom du compositeur, il n'y en a pas : ces Villancicos reprennent des thèmes populaires en provenance du fin fond de la Renaissance, probablement d’avant même, et ce sont Sandra
Hurtado et Gérard Zuchetto qui ont réalisé les adaptations. Des adaptations dans le langage spécifiquement ancien, mais également – pour certaines – dans un langage de chanson populaire
contemporaine, ou encore selon les modes arabo-andalous, dans des idiomes proches du Flamenco, quand bien même les instruments véhiculent tous des sonorités anciennes et folkloriques.
Initialement, le Villancico était un chant spirituel, à la gloire de l’Enfant Jésus : de fil en aiguille, le modèle s’est transformé en un chant de Noël, mais en dehors de
toute célébration officielle. Il reste toujours d’expression populaire, comme ces crèches en pâte à sel, en argile, en paille, même en mie de pain (mais oui !) que l’on trouve à travers toute
l’Amérique latine sur les marchés les plus reculés et les moins touristiquement souillés.
De la musique populaire dans son expression la plus raffinée et recherchée.
Histoire des villancicos
Le mot « villancico » vient des villages médiévaux qu’on appelait « villas », lesquels étaient habités par de simples villageois et paysans. Tous ceux qui interprétaient ces
chansons étaient appelés « villanos ». À l’origine les villancicos n’avaient presque jamais de rapport avec Noël. Ils avaient un caractère populaire profane, marqué par les chansons villageoises de
composition vive, ironique et picaresque. Ceux parmi lesquels on retrouvait une thématique religieuse étaient dédiés à la Vierge, à la célébration du Corpus, etc. Les villancicos religieux
auraient pu faire partie des représentations médiévales, pourtant lorsque celles-ci furent interdites dans les temples, ils restèrent comme des chants de Noël à part. Le
villancico est une forme musicale qui surgit à la Renaissance espagnole. L’appellation de villancico n’apparaît pas avant le XVe siècle. Les premiers villancicos actuellement
connus furent composés par les évangélisateurs qui avaient pour but d’apporter la Bonne Nouvelle. Lorsque Saint François d’Assise avec ses disciples inventent les représentations de la Naissance du
Seigneur, les villancicos de Noël, qui se réfèrent de préférence aux sentiments de la Vierge et des bergers devant la pauvreté dans laquelle le Christ a choisi de vivre, commencent à se
répandre. Chanter des villancicos aide à préparer la commémoration de la Naissance du Christ.
Aujourd’hui, parmi les villancicos les plus connus, on retrouve : Los peces en el río (Les poissons dans la rivière), Vamos pastores, vamos (Allons
bergers, allons), Campana sobre campana (Les cloches sonnent), et Fum, fum, fum… Le chant grégorien « Puer natus est », à cause de ses allusions à la Nativité
du Christ, est considéré comme l’un des premiers villancicos de l’histoire ; en effet, la traduction des premiers vers latins de ce chant est : « Un Enfant nous est né, un Enfant nous est
donné ». Alors comment ne pas le considérer comme un chant de Noël ?
L’existence de ces chants populaires date du Moyen Âge et bien qu’on manque de traces écrites qui cautionneraient leur existence à cette époque, il est certain qu’ils
existaient avant la Renaissance espagnole. La tradition du villancico, qui est basée sur les tonadillas (chansons populaires), s’est transmise de bouche à oreille jusqu’à ce qu’au
XIVe et XVe siècles on commence à avoir une véritable production de chansons et qu’on l’adopte définitivement. La mélodie est simple et claire à la fois et s’adapte à la
couleur du texte. Les villancicos ont une structure poétique simple, de contenu joyeux, dans laquelle alternent un refrain et des strophes différentes de forme, rythme et mesure. Quant à sa
forme musicale, elle consiste dans l’alternance d’un refrain et de couplets. Chaque strophe a deux parties : la première est appelée « mudanza ». La deuxième est appelée « vuelta ».
Curieusement dans l’Andalousie Arabe, il existait au temps des troubadours une forme de structure très ressemblante appelée « zégel », qui consistait à alterner des strophes
chantées par un soliste avec un refrain repris par un chœur. Les villancicos s’étendirent à l’Amérique Latine et au reste de l’Europe. Si à l'origine le
villancico n’avait pas de contenu religieux, c’est pourtant ce dernier qui se développera avec le plus d’importance jusqu'à nos jours. Aujourd’hui le villancico est devenu
incontournable pendant les fêtes de Noël et il est présent dans chaque coin du monde. Les villancicos se diversifient avec des chansons plus complexes liées à la musique sacrée, la pop, le
jazz, la salsa, la rumba et en définitive avec des rythmes plus variés. Pourtant, le Roi des fêtes de Noël reste, et certainement pendant longtemps encore, le villancico traditionnel
d’origine hispanique.
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Les Interprètes
Sandra Hurtado-Ròs
Les études de chant au Conservatoire de musique de Narbonne puis à Aix-en-Provence permettent à Sandra Hurtado-Ròs de découvrir la musique baroque et médiévale. Après
quelques expériences dans le chant choral, elle étudie la lyrique des troubadours aux côtés de Gérard Zuchetto et devient soliste de Troubadours Art Ensemble.
Sandra Hurtado-Ros est également co-compositeur avec Gérard Zuchetto de l’oratorio
Milgrana Clausa et de
Flamenca !
Dans ses interprétations Sandra Hurtado-Ròs exprime sa passion pour la mélodie des
cansos des troubadours et renoue ainsi avec ses racines sévillanes et le chant
profond de son Andalousie natale qu’elle nous dévoile en partie dans cet enregistrement.
Troubadours Art Ensemble / Gérard Zuchetto
L'Ensemble qui s'est constitué au fil des années autour de Gérard Zuchetto, chercheur, auteur, compositeur et interprète des troubadours, regroupe chanteurs et
instrumentistes parmi les meilleurs musiciens dans le domaine de la lyrique des Troubadours des XIIe et XIIIe siècles.
Depuis ses premiers enregistrements en 1985, c’est par une recherche nouvelle et personnelle que Gérard Zuchetto actualise l'art des troubadours, dans une interprétation
racée et colorée, loin des conventions académiques. En parfaite conscience du sens profond des
cansos et en “trouvant” mots et mélodies dans les sonorités des instruments anciens et les
ornementations de la voix.
La particularité de Troubadours Art Ensemble c'est la rencontre et le partage des expériences. La recherche, comme voyage dans L'art de Trobar, ainsi que l'interprétation
vivante des chansons des troubadours, s'appuient sur la connaissance du Moyen Âge occitan et du contexte poétique et musical au sens large.
Gérard Zuchetto et ses amis musiciens, remarquables solistes passionnés des musiques occitanes et de la Méditerranée, ont déjà donné de nombreux concerts dans le monde
entier (Canada, Brésil, Etats Unis, Japon…), en Europe (France, Espagne, Italie, Allemagne, Roumanie, Pologne, Hongrie, Suède, Danemark…) ou au Moyen Orient (Tunisie, Irak, Jordanie, Syrie,
Liban…).