Plus ou moins exact contemporain de Beethoven, le compositeur bordelais Pierre Rode commença sa carrière comme violoniste, après de solides études parisiennes auprès du célèbre Viotti. Nommé
ensuite premier violon de la musique particulière du Premier consul, un certain Bonaparte, puis violoniste à la cour du tsar de Russie, il retourna à Paris en 1808 mais son étoile s’était
largement ternie : on lui reprochait ses maniérismes, la froideur de son jeu ; il se lança alors dans une carrière de virtuose itinérant – c’est par exemple lui qui
créa la Sonate Op. 96 de Beethoven avec l’archiduc Rodolphe –, avant de s’établir à Berlin où il gravita dans la sphère de Mendelssohn. Retour à Bordeaux en 1821, un dernier concert complètement
raté en 1828, déception et amertume, mort en 1830, exit Pierre Rode. Ses 24 caprices, me direz-vous, seraient-ils encore un de ces ouvrages « moi-aussi », copiés sur Paganini en l’occurrence ? Rien n’est moins certain ; ceux de Rode furent publiés en 1815,
tandis que ceux de Paganini furent écrits – mais pas publiés, et pas vraiment diffusés – entre 1802 et 1817, avant d’être mis sur le marché en 1820. Quoi qu’il en soit, les objectifs des deux
ouvrages diffèrent radicalement, de sorte qu’il n’y a pas de « meilleurs » et de « moins
bons » caprices en pack de 24 : chacun de ces recueils s’adresse à d’autres techniques, à d’autres envies musicales, et s’il est certain que ceux de Paganini font
exploser la mécanique violonistique d’alors, ceux de Rode gravitent dans un monde de charme et d’élégance bien français, sans jamais outrepasser les limites du difficilement jouable.