Altiste – après avoir été longtemps violoniste virtuose, à telle enseigne qu’il occupa dès dix-neuf ans le poste de violon solo à l’Opéra de Francfort – Hindemith a largement contribué à sortir
l’instrument du carcan de « troisième violon » ou de « cinquième roue du carrosse » où il avait été enfermé pendant longtemps. Quatre sonates pour alto seul, trois pour alto et
piano (que voici), trois Kammermusiken avec alto en vedette, un concerto, une Musique funèbre pour alto et orchestre, le répertoire a de quoi réjouir tout altiste désireux de se faire
plaisir. Comme toujours chez Hindemith, le langage allie une immense fantaisie et une écriture contrapuntique stricte, implacable, y compris dans les moments les plus tendres
– et la tendresse, on en trouve beaucoup, chez cet étonnant ours extraordinairement bien léché : tous ses mouvements lents sont d’étonnant(e)s hymnes, hymnes féminines pour l’état extatique
quasi-religieux qui s’en dégage, hymnes masculins pour la célébration lyrique et parfois héroïque de ses phrases. L’altiste britannique Lawrence Power, fort de ses
récompenses aux concours Maurice Vieux de Paris, Primrose au Canada, s’est rapidement imposé comme the altiste de la jeune génération, à découvrir à travers les nombreux enregistrements déjà
réalisés ou à venir.
Critique
La musique de Paul Hindemith a encore du mal à s'imposer de ce côté-ci du Rhin. Pourtant, cette formidable musique est l'une des plus poignantes de la première moitié du XXe siècle, particulièrement lorsque le compositeur écrit pour son instrument fétiche, l'alto. La tessiture médiane de l'instrument permet une multitude de couleurs aptes à décrire les circonvolutions de la pensée de Paul Hindemith. Lawrence Power et...