Lorsque le jeune Niels Gade envoya la partition de sa Première symphonie à Mendelssohn, pour évaluation, la réaction du directeur du Gewandhaus fut sans équivoque : bravo. L’œuvre fut rapidement
programmée à ce prestigieux orchestre, de sorte que Gade put obtenir une bourse du gouvernement danois pour aller poursuivre ses études à Leipzig. C’est ainsi qu’il devint l’assistant, puis l’ami,
puis carrément le successeur de Mendelssohn à l’orchestre, même s’il dut précipitamment quitter le poste un an après sa nomination pour cause de guerre entre la Prusse et le Danemark, une idiote
affaire de Schleswig-Holstein… Mais sa réputation était faite, et son amitié avec Schumann dura au-delà de ces événements militaires. Rentré au Danemark, Gade y développa
considérablement la vie musicale au cours des cinquante années suivantes, et encouragea les vocations naissantes, en particulier celles de Nielsen et Grieg. On comprendra donc son attachement à la
chose nordique, à telle enseigne que d’aucuns le considèrent comme l’un des grands personnages du Nationalisme romantique scandinave, à l’instar de son contemporain Smetana du côté tchèque. Cela
dit, l’auditeur français aura sans doute plus de mal à déceler les tournures danoises ou même nordiques, moins caractéristiques sans doute que les inflexions d’Europe centrale ; mais Gade puise néanmoins dans le fonds folklorique de sa partie du monde, à divers niveau. Les trois Sonates pour violon et piano datent d’époques très
différentes dans la carrière de Gade : la Première, de 1842, dédiée à Clara Schumann, aborde sereinement le romantisme sous son aspect le plus tendre et féminin, évitant tout éclat ; on penserait souvent à Schubert. La Seconde, de 1849 – dédiée à Schumann – adopte un ton résolument romantique, sombre (c’est à cette époque que le compositeur dut quitter
précipitamment l’Allemagne). La création fut assurée par Joseph Joachim et Schumann, duo de rêve. Enfin, la Troisième sonate de 1885, quasiment symphonique d’ampleur, semble évoquer avec nostalgie
le romantisme dorénavant dans ses dernières années ; mais Gade s’amuse malgré tout à jouer de certains modernismes. C’est là que les sonorités nordiques apparaissent
le plus clairement, en particulier dans le second mouvement, bourré de trolls !