- 1 Variations on "Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen"
- 2 Symphonic choral "Ach bleib mit deiner Gnade" E flat major, Op. 87 No. 1
- 3 L'Annonciation
- 4 La Nativité
- 5 Les Rameaux
- 6 Prière C sharp minor, op. 20
- 7 In Organo, Chordis et Choro
- 8 Improvisation
À propos
Variations sur "Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen" (1863)
Sigfrid Karg-Elert (1877-1933)
Choral symphonique "Ach bleib mit Deiner Gnade", Op. 87/1 (1911)
Jean Langlais (1907-1991)
Trois Poèmes Évangéliques (1932 - I. L'Annonciation - II. La Nativité - III. Les Rameaux)
César Franck (1822-1890)
Prière, Op. 20 (1860)
Naji S. Hakim (né en 1955)
In organo, chordis et choro (2001) - Improvisation Naji Hakim, orgue Georg Stahlhuth de l'église Saint Martin de Dudelange au Luxembourg (1912 / Rénové en 2001-2002 par Thomas Jann)
Un très beau récital.
Le programme enregistré sur ce disque est celui qu’a donné Naji Hakim en concert le 14 avril 2002 en l’église Saint-Martin de Dudelange (Grand Dûché de Luxembourg) lors de l’inauguration de l’orgue Stahlhuth de 1912 rénové par Thomas Jann. L’idée centrale du programme était de juxtaposer des œuvres romantiques, postromantiques et symphoniques allemandes et françaises, afin de répondre au niveau musical à la principale caractéristique sonore de l’orgue rénové.
FRANZ LISZT
Naji Hakim commença ce concert par les Variations sur "Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen" de Franz Liszt, œuvre avec laquelle s’était achevé en 1912 le récital d’inauguration donné par le
facteur d’orgues Eduard Stahlhuth lui-même. Franz Liszt avait écrit cette œuvre à la suite de la mort précoce de sa fille Blandine. D’abord composée pour le piano, c’est Liszt lui-même qui la
transcrivit pour l’orgue en 1863. La composition est basée sur l’entrée de la cantate homonyme de Johann Sebastian Bach et le basso ostinato du «Crucifixus» de la Messe en si
mineur. Le caractère résigné est omniprésent tout au long de l’œuvre qui s’achève dans la reconnaissance de l’impuissance devant la volonté de Dieu : Liszt clôture sa composition en citant le
choral «Was Gott tut, das ist wohlgetan».
SIGFRID KARG-ELERT
Parmi les compositeurs allemands du début du siècle, Sigfrid Karg-Elert est une des personnalités les plus fascinantes et ses œuvres, malgré leur succès dans les pays anglo-saxons, sont beaucoup
trop rarement présentes aux programmes de nos concerts. Si nous entreprenons aujourd’hui de faire connaître son œuvre, c’est en essayant de la sortir de l’ombre d’un véritable culte ‘Reger’
parfois écrasant. Le caractère différent de sa façon de composer peut paraître, aujourd’hui encore, quelquefois étrange. Il écrit, déprimé par cette incompréhension : ”Ma passacaille chérie
tient dix fois la route avec les choses pour orgue tellement anarchiques, brutales, jamais vraiment travaillées de Reger. Est-ce que les mélomanes ne remarquent pas que ce qui les irrite dans ma
musique, ce qui leur paraît illogique, bizarre, obscur, écrit dans une sorte de «Sturm und Drang», n’est en rien dû au hasard et qu’il se cache derrière cette chose incomprise un certain système
très logique. [...] Je n’écris pas sous l’effet d’une inspiration à la «Sturm und Drang», je m’occupe beaucoup trop à peaufiner, à sonder le détail!...”
L’importance de Karg-Elert comme compositeur de la transition vers le 20ème siècle est indéniable. Ses œuvres tardives comportent les dernières valeurs d’une harmonie moderne et d’une nouvelle
façon de diriger les voix dans une synthèse géniale. Ses Trois Chorals Symphoniques, op. 87 ont été écrits en 1911. Le Choral Symphonique enregistré sur ce CD, «Ach bleib mit Deiner Gnade»
présente la structure d’une partita en six parties. Elle permet au compositeur de mettre en évidence tous les timbres de l’orgue. La composition reflète le langage musical propre à Karg-Elert —
modulations judicieuses même dans les tonalités les plus éloignées, raffinement rythmique et signification musicale inépuisable — tout comme son sens pour les formes et les proportions musicales.
CÉSAR FRANCK
César Franck, musicien d’origine allemande et belge longtemps méconnu du public français, menait une vie modeste de compositeur, d’organiste et de professeur du Conservatoire de Paris. En 1859,
il fut nommé titulaire de l’orgue de la basilique Sainte-Clotilde à Paris, où le célèbre facteur d’orgues Aristide Cavaillé-Coll avait construit un grand trois-claviers, orgue qui devint pour
César Franck une source d’inspirations pour ses «Six Pièces», un cycle d’œuvres charnières d’une grande importance pour le développement de la musique d’orgue romantique-symphonique.
Sa Prière, op. 20 (1860) est — à côté des «Trois chorals» de 1890 — la seule œuvre pour orgue de Franck qui annonce un contenu religieux. Elle sait trouver ”un juste équilibre entre
contemplation et sentiment, mysticisme et sensualité, union de l’esprit et de l’humain, que les fonds mœlleux de l’orgue romantique servent avec une ardeur très persuasive.” (François
Sabatier)
JEAN LANGLAIS
Jean Langlais, né en 1907 et aveugle dès son très jeune âge, fut l’un des organistes-titulaires successeurs de César Franck à Sainte Clotilde, un poste auquel il avait accédé en 1945. Parmi ses
professeurs on peut citer André Marchal, Marcel Dupré et Charles Tournemire (pour l’orgue) et Paul Dukas (pour la composition). Lauréat du concours d’orgue des «amis de l’orgue» pour
l’interprétation en 1931, il avait l’intention de remporter également ce concours l’année suivante pour la composition. Les participants devaient écrire une suite en trois mouvements d’une durée
maximale de 15 minutes. Son but était d’égaliser le succès brillant de Maurice Duruflé en 1929/1930. À cette fin, il composa ses Trois Poèmes évangéliques d’après les textes sacrés.
Il s’agit d’une musique à programme d’inspiration religieuse qui puise son contenu dans les Évangiles. Ils portent comme titre «L’Annonciation», «La Nativité» et «Les Rameaux». Dans la partition,
Jean Langlais cite en tête de chaque mouvement un extrait de l’Évangile respectif. Rétrospectivement, ces œuvres d’une écriture très soignée présentent pour la première fois le style propre à
Langlais. Il abandonne la tonalité sans pour autant s’engager dans l’atonalité. L’emploi des modes, un élément central de son langage musical tout comme le chromatisme constituent déjà une
caractéristique essentielle de ces œuvres (par exemple, 2e mode de Messiaen au début de l’«Annonciation»). À sa grande déception, son œuvre ne reçut pas d’éloges de la part du jury qui attribua
les distinctions à ses concurrents Jean-Ermend Bonnal (In media vita), André Fleury (Triptyque») et Daniel-Lesur (La Vie intérieure).
Christoph Martin Frommen
traduit par Alex Christoffel
NAJI HAKIM
La Fantaisie In Organo, Chordis et Choro de Naji Hakim est une commande des «Amis de l’Orgue Saint-Martin Dudelange», Luxembourg, pour l’inauguration de l’orgue Stahlhuth (1912) rénové par
la manufacture Thomas Jann (2001-2002). Son titre — Par les orgues, les cordes et la danse — s’inspire du Psaume 150. Il s’agit d’une paraphrase sur des thèmes grégoriens et populaires, dans
l’esprit d’une procession jubilatoire, d’un monde livré à la Joie, au lendemain de Noël. La partition répond, dans un style naïf et flamboyant, aux majestueuses fresques de la nef centrale de
l’église Saint-Martin, figurant des saints et saintes rayonnant à partir de Bethléem et de Dudelange. Les principaux thèmes développés sont l’Alleluia de l’Epiphanie, l’hymne «Jesu Redemptor
omnium», un chant populaire breton «Salut, Ô Sainte Crèche» et une chanson populaire alsacienne «Uff em Berjel, bin ich g’sässe» (Quand je suis à la montagne). Ils se développent sous une forme
libre avec des caractéristiques de la variation symphonique et de la forme sonate.
Naji Hakim
Les deux thèmes de l’improvisation sont un chant marial luxembourgeois («Léiw Mamm»), et un chant composé à l’occasion de l’inauguration du premier train au Luxembourg («De Feierwon»)NAJI HAKIM, organiste
Naji Subhy Paul Irénée Hakim est l’un des plus importants représentants de la grande tradition française d’organistes-compositeurs-improvisateurs des vingt dernières années. Né à Beyrouth en
1955, il fit ses études avec Jean Langlais ainsi qu’au Conservatoire de Paris, dans les classes de Roger Boutry, Jean-Claude Henry, Marcel Bitsch, Rolande Falcinelli, Jacques Castérède et Serge
Nigg, où il obtint les premiers prix d’harmonie, de contrepoint, de fugue, d’orgue, d’improvisation, d’analyse et d’orchestration.
Il remporte les premiers prix aux Concours Internationaux d’Orgue de Haarlem, Beauvais, Lyon, Nuremberg, St. Albans, Strasbourg et Rennes, le prix de composition des Amis de l’Orgue pour sa
Symphonie en Trois Mouvements (Paris, 1984), et le premier prix de composition du Concours International de Composition pour orgue, à la mémoire de Anton Heiller pour The Embrace of
Fire (Collegedale, Tennessee, 1986). En 1991, il reçoit le Prix de Composition Musicale André Caplet de l’Académie des Beaux-Arts.
De 1985 à 1993, il fut l’organiste titulaire de la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, avant de succéder à Olivier Messiaen à l’église de la Sainte-Trinité. Il est professeur d’analyse au
Conservatoire National de Région de Boulogne-Billancourt, et "visiting professor" à la Royal Academy of Music de Londres. Il est ingénieur de l’École Nationale Supérieure des Télécommunications
de Paris. En 2000, il devient membre de la Consociatio Internationalis Musicae Sacrae de Rome. En 2002, il obtient le titre de Docteur «honoris causa» de l’Université Saint-Esprit de Kaslik,
Liban.
LES FACTEURS D’ORGUES GEORG et EDUARD STAHLHUTH
L'orgue de Saint-Martin de Dudelange
Fils du facteur d’orgues et de pianos Wilhelm Stahlhuth, Georg Stahlhuth est né le 14 novembre 1830 à Hildesheim. À l’âge de 7 ans, il apprenait l’harmonisation à l’aide de petits tuyaux d’orgues
qu’il avait construits lui-même sous la direction de son père. Il apprit le métier de facteur d’orgues auprès de Joseph Merklin à Bruxelles de 1849 à 1853. En 1853, il fonda sa propre manufacture
d’orgues à Hildesheim avant de déménager en 1864 à Borcette près d’Aix-la-Chapelle.
Son fils Eduard témoigne, dans un éloge posthume paru dans l’édition de 1913 de la revue «Zeitschrift für Instrumentenbau», de la grande estime que Joseph Merklin avait envers son ancien élève et
ami Georg Stahlhuth. Cette amitié s’établit plus tard également entre Merklin et Eduard Stahlhuth qui évoque les bons souvenirs de ses séjours chez Merklin à Lyon.
Pendant la dernière décennie de sa vie, Georg Stahlhuth se retira de ses fonctions et put se réjouir du développement remarquable de sa manufacture d’orgues sous la direction de son fils Eduard
et de l’intérêt que son petit-fils Ludwig Georg manifesta pour la facture d’orgues.
Georg Stahlhuth mourut en 1913. Un destin tragique frappa alors ses successeurs : Eduard Stahlhuth mourut en 1916 à la suite d’une longue maladie et Ludwig, son petit-fils le plus talentueux,
tomba au début de la Grande Guerre le 10 septembre 1914.
La manufacture Stahlhuth a construit des orgues en Allemagne, en Belgique, au Luxembourg, aux Pays Bas, en Angleterre, en Irlande et au Danemark. D’origine allemande et établis en Allemagne,
Georg et Eduard Stahlhuth connaissaient parfaitement la facture d’orgues romantique allemande. De formation belge et française, ils suivaient de près le développement de la facture d’orgues
symphonique française. Enfin, les commandes en Angleterre et en Irlande leur permettaient de faire connaissance avec l’esthétique romantique anglaise. C’est ainsi qu’on peut les compter parmi les
très rares facteurs d’orgues de 1’époque capables d’intégrer des éléments des esthétiques française et anglaise dans les orgues d’esthétique allemande. Ainsi ils étaient des défenseurs des idées
«européennes» d’Albert Schweitzer.
L’orgue de l’église Saint-Martin de Dudelange fut construit en 1912 dans l’intention de réaliser les recommandations du «régulatif international en matière d’orgues» établi en 1909 à Vienne sous
l’influence d’Albert Schweitzer.
Doté de sommiers à pistons et d’une traction pneumatique, l’orgue avait 45 jeux (et trois transmissions) répartis sur 3 claviers et pédalier et fut alimenté en vent par trois moteurs à eau de
fabrication anglaise. Une autre caractéristique anglaise était le Tuba mirabilis 8’ à haute pression (300 mm de colonne d’eau) du Positif expressif.
L’esthétique symphonique française était représentée par les nombreux jeux harmoniques, très caractéristiques pour Stahlhuth, et les anches françaises dont trois au moins étaient même de
fabrication française (manufacture Vve Jules Sézerie à Paris) : Vox humana 8’, Tuba 8’ et Posaune 16’ «octave grave de bombarde 16’, grosse taille». C’était cependant l’esthétique romantique
allemande qui était prépondérante, par les nombreux jeux de fonds de 8’, une différenciation des claviers pour les mensurations (large, normale, étroite) et de la dynamique (f, mf, p). À côté du
Tuba mirabilis à haute pression, l’orgue disposait de deux jeux supplémentaires capables de remplir par leur sonorité à eux seuls tout l’édifice : Seraphon Gedackt 8’ et Seraphon Flöte 8’, jeux
de fonds à double bouche. Grâce à ces trois jeux forts, l’abondance des jeux de fonds, les deux boites expressives et les nombreux accouplements en octave aiguë et grave, l’orgue avait une
dynamique sonore remarquable.
C’est en 1962, sous l’influence de la prédilection d’alors pour l’esthétique néo-classique, que l’orgue a été profondément modifié : abaissement de la pression du vent, élimination de la traction
pneumatique et de la console, modifications des tuyaux et de l’harmonisation, déplacement de jeux d’un sommier à un autre, ajout de jeux aigus et d’un quatrième clavier d’esthétique néo-classique
et élimination de jeux caractéristiques de Stahlhuth.
À la suite de graves problèmes de fonctionnement de l’orgue au milieu des années 90, un projet de rénovation, développé à partir de la fin des années 80, a pu être réalisé. C’est de 2001 à 2002
que la manufacture d’orgues bavaroise Thomas Jann a restauré et reconstruit les jeux et les sommiers de l’orgue de 1912, tout en élargissant la palette sonore au niveau des esthétiques romantique
allemande et symphonique française en harmonie avec la sonorité d’origine de l’orgue. Les jeux ajoutés en 1962 ont été éliminés, les modifications d’alors annulées et le quatrième clavier
d’esthétique néoclassique de 1962 a été remplacé par un clavier de bombardes en chamade. L’orgue a également été doté d’une nouvelle console avec combinateur électronique, interface MIDI et un
système replay.
C’est ainsi qu’en 2002 l’orgue a retrouvé sa composition de 1912, signalée sur la console par une coloration noire des jeux.
Les modifications les plus importantes qui ont été réalisées se caractérisent par :
— un développement des jeux gambés (du 16’ jusqu’à la Terzgamba 1 3/5’),
— l’ajout de nombreux jeux orchestraux et solistes d’esthétique allemande et française,
— une augmentation considérable (en tout 23) et une plus grande différenciation des jeux d’anche (allemands et français) sur tous les claviers
— un fonds d’orgue très solide basé sur le 32’ (Untersatz 32’ à partir du do grave et Contrebombarde 32’ à longueur réelle),
— une grande quinte 5 1/3’ et une grande tierce 3 1/5’ et des mixtures graves au Grand Orgue.
L’harmonisation de l’orgue, qui a pris plusieurs mois, a été réalisée strictement d’après les principes d’harmonisation romantique-symphonique. La caractéristique essentielle de l’orgue rénové
est constituée par la possibilité d’une interprétation fidèle du grand répertoire de musique d’orgue romantique et symphonique allemande, française et anglaise.
Alex Christoffel
© AEOLUS 2002 – Reproduction interdite






