Esthétique contemporaine souvent décriée, le postmodernisme, qui consiste à mettre en perspective des ouvres venues de temps et de lieu divers, n'a pas encore dit son dernier mot. Le second album de Mariana Aydar, l'une des figures de proues de la MPB (Musique Populaire Brésilienne) en témoigne. Peixes, Passaros, Pessoas, soit en français littéral Poissons, Oiseaux, Peuples s'affirme ainsi comme un judicieux dialogue à trois voix entre titres récents, titres anciens et titres écrits par Aydar elle-même qui, avec cet album s'est découvert une vocation de compositrice : « J'ai commencé à écrire parce que j'éprouvais le besoin de parler de thèmes spécifiques, et d'être au début de la création musicale ».
Portée par une voix élégante et gracieuse, Aydar se réapproprie ainsi la tradition brésilienne, la rencontre pour mieux la transformer, ressuscite l'esprit innovant qui l'anime plutôt que la lettre. Amusant pastiche Florindo a tout des Velhas Guardas, ces vieux standards brésiliens, jusqu'à l'affectation de la voix, et la patine de l'instrumentation. Titre tout récent, car écrit en 2007 par la chanteuse Luisa Maita, Beleza donne lieu à un émouvant duo avec Mayra Andrade ; ici, l'esthétique world est très présente, via notamment l'usage d'élans chromatiques assez orientalisants. Tudo que eu trago no bolso (littéralement Tout ce que je peux porter dans ma poche) compte parmi les titres composées par Aydar (ici en collaboration avec Nuno Ramos) ; il s'agit sans doute du titre le plus expérimental, et celui dont l'esthétique rappelle le plus le précédent album d'Aydar, Kavita1 Soutenue par une instrumentation minimaliste, la voix s'élève seule et s'engage dans une déclamation tragique nettement inspirée du folklore méditerranéen.
Avec Peixes, Passaros, Pessoas, Marina Aydar a su trouver le ton et le son juste qui fait d'elle un classique de la chanson brésilienne.