Il faut une bonne dose de cran pour proposer un CD comportant des œuvres pour piano et violon de Kabalevski, Volkonski et Khandochkine (à vous souhaits !), mais la violoniste Lydia Mordkovitch a
l’adresse de terminer l’enregistrement par quelques bonbons de Prokofiev et Stravinski, ce qui lui permet ainsi de justifier les œuvres inconnues de compositeurs inconnus, du moins en France. Sans
compter que le contraste est on ne peut plus abrupt entre la sonate pour alto du très schnittkien Andreï Volkonski, et le quasi-baroque Ivan Khandochkine qui écrit dans le style italien alors en
vogue à Saint-Pétersbourg ! Il est assez curieux de remarquer que sa Sonate pour violon en Sol mineur dure presque une demi-heure, qu’elle est écrite pour violon seul, et que le compositeur
y fait appel autant au langage italien qu’à des inflexions harmoniques et thématiques russes, sans doute une rareté en cette fin de XVIIIe siècle. Quant à Kabalevski, bah… on
ne lui pardonne guère ses accointances avec le Parti, ni son relatif classicisme musical à l’époque d’un Chostakovitch ou d’un Prokofiev ; et pourtant, son rôle dans la promotion de la musique
auprès des enfants et des jeunes a été plus que primordial, et quoi qu’il en soit, son Improvisation ne fait qu’ouvrir le CD en quatre minutes de musique douce et
aérienne. Pour finir, quelques moments de Cendrillon de Prokofiev, transcrits d’après sa propre transcription pour piano par Mikhaïl Fichtenholz, et deux moments
russes de Stravinski adaptés aux alentours des années 1940 pour violon et piano à partir de Pétrouchka et Mavra. Quant à la violoniste Lydia Mordkovitch, elle
fut élève puis assistante d’Oïstrakh, avant de s’installer en Grande-Bretagne à partir de 1980 pour y poursuivre une carrière de soliste et de pédagogue. Elle a dans sa manche plusieurs Diapasons
d’or, Gramophone Awards et autres distinctions couronnant ses quelque cinquante enregistrements.