Philippe Entremont représente une tradition de l'école française de piano, peut-être plus admirée encore à l'étranger qu'en France. Élève de Rose Aye Lejour, de Marguerite Long et de Jean Doyen, il fut un éminent ambassadeur, particulièrement aux États-Unis, de la musique de Ravel, Saint-Saëns ou Satie, qu'il fut l'un des premiers à redécouvrir. Cet enregistrement est l'écho d'un concert de 1970, grand moment des célébrations parisiennes du 200e anniversaire de Beethoven : une interprétation saisissante d'enthousiasme et de grandeur, où l'élégance du pianiste trouve un parfait répondant dans la direction lumineuse de Jean Martinon.
Grande actualité cet été autour de Philippe Entremont, également chef d'orchestre depuis 1967, à l'occasion de son 75e anniversaire : presse, radio, concerts...
Et pourtant son jeu ne s’embarrasse d’aucune des scories de l’école française, ni de ses limitations de répertoire. Les graves sont amples, le cantabile très dans le clavier, son jeu n’effleure pas mais dit, cependant la clarté globale du spectre, l’art des couleurs rappellent tout de même ce long cursus dans le sérail parisien.
Finaliste en 1952 du Concours de la Reine Elisabeth de Belgique, premier lauréat à l’édition 1953 du Concours Long Thibaud, il assure la même année la création américaine du Concerto d’André Jolivet et d’emblée les Etats-Unis l’adoptent. Son interprétation, si imaginative et puissamment assumée par une technique sans faille, fera l’objet d’une captation vidéo par la Radio Télévision Française.
La critique américaine insistera dés le début sur la virtuosité et la musicalité d’Entremont. Il s’y fera l’ambassadeur de la musique française, et d’abord de Ravel, apportant au public transatlantique une vision bien plus inquiétante et complexe que celle à laquelle le ton très droit et le piano exclusivement lumineux de Robert Casadesus l’avaient habitué. Avant tous les autres il se fit l’avocat de Satie ; ses lectures brillantes, hautement fantaisistes, des Concertos de Saint-Saëns ont renouvelé le sujet et fait le tour de la planète.
Autre passion tôt venue, la direction d’orchestre. Né à Strasbourg dans une famille de musiciens professionnels, Philippe Entremont fut rapidement initié aux sortilèges de l’orchestre par son père, chef fameux de l’Opéra de la capitale alsacienne. Dés 1967 il prendra à son tour la baguette et une décennie plus tard l’Orchestre de chambre de Vienne le nommera directeur musical et chef permanent.
Derrière le pianiste français on n’allait pas tarder à découvrir un interprète majeur des classiques, baguette solaire pour Mozart et du piano un jeu subtilement équilibré, aux sonorités naturellement rayonnantes : Haydn, Mozart, et Beethoven surtout, joué avec une économie d’effet, un art d’aller droit au but qu’illustre particulièrement l’Empereur publié ici (fait significatif, l’Empereur n’est pas, des cinq concertos, le favori du pianiste, il est précédé dans son goût par le 4e et le 1er).
Le cantabile de l’Andante, subtilement détaillé, montre des tendresses inédites : Entremont ne craint pas d’y chanter plus que ses pères, mais avec une élégance, un goût, un modelé subtil qui tirent l’oreille. L’élan solaire de l’Allegro, les fusées du finale montrent à l’œuvre un classique absolu, secondé exemplairement par la battue vive et légère de Jean Martinon.
En 1970 la France, et particulièrement l’Orchestre National, fêtait le bicentenaire de la naissance de Beethoven. Coupler l’Empereur et la Fantaisie procédait bien d’un esprit festif : le ton exalté de ce concert est demeuré intact.
//
CHERS DISPARUS - 12/01/2010 - 15h09
COMPOSITEUR - 18/11/2009 - 18h50
BONNES FEUILLES - 20/03/2009 - 18h05
CURIOSITÉS - 03/11/2008 - 18h53
RENCONTRES - 01/07/2008 - 12h03
À LIRE - 22/04/2008 - 14h37
ÉCOUTE COMPARÉE CLASSICA - 26/06/2008 - 14h32
Philippe Entremont et l'Orchestre national de l'ORTF nous offrent un {Empereur} de belle facture avec un piano luxueux et voluptueux. Ce Beethoven capté en concert souffre parfois de baisses de tensions. Toutefois, on ressent la concentration des pupitres et l'accompagnement efficace de Martinon qui cherche constamment le dialogue avec un soliste au toucher superbe et délié. Le {Finale} est peut-être trop appuyé avec des dynamiques...