Pas facile d’être né en même temps que Richard Strauss, d’être un de ses copains d’enfance, et de vouloir composer de la musique moderne ! Alors Ludwig Thuile tourna son langage plutôt vers la
double lumière de Brahms et de Wagner : Brahms pour le classicisme formel et l’ampleur des développements thématiques, Wagner pour la hardiesse chromatique et un certain esprit grandiose-théâtral,
curieux mélange pourtant très efficace, comme en témoignent le Sextuor Op. 6 de 1888 et plus encore le Quintette Op. 20 de 1901. Une écoute plus attentive pourra malgré tout y découvrir quelques
tournures straussiennes, mais aussi une transparence plus française. De là à affirmer que Thuile ne possède pas de style propre… allez savoir. Peut-être faudrait-il
complètement le séparer de l’influence possible des Brahms, Wagner, Strauss ou Liszt, et de voir en lui avant tout un contemporain, par exemple, de Zemlinsky ; à eux
deux, ils formeraient une sorte de classe à part de compositeurs certes « de second rang », mais d’un métier des plus solides et d’une
imagination parfois plus débordante que ce que l’on voudrait bien croire. A découvrir, donc, ces deux ouvrages postromantiques aux dimensions symphoniques, superbes mais inclassables, donc, ne
comptez point sur nous pour les classer.