La littérature pour violon solo (je dis bien violon, et non pas viole) de la fin de la Renaissance et du début du baroque est très peu explorée. Certes, le terme “sonate” ici utilisé par les divers
compositeurs de ce 17ème naissant ne désigne pas encore une forme définitive, mais plutôt une pièce en un mouvement construite sur divers thèmes et mouvements enchaînés rappelant qui le récitatif,
qui la canzone. On retrouvera par ailleurs la plus traditionnelle construction à base de danses : courante, gigue ou sarabande. Des œuvres fascinantes, rarement éditées à leur époque, qui jettent
une lumière sur une charnière importante de notre histoire musicale, dont on connaît bien la musique vocale — avec Monteverdi, par exemple — mais peu les merveilles instrumentales.
LES SONATES ITALIENNES DES PREMIÈRES ANNÉES DU BAROQUE
La fin du 16ème siècle est caractérisée, surtout en Italie, par d’importants changements dans la musique. La polyphonie vocale de la renaissance fit place au fur et à mesure à un style monodique
favorisant la voix de solo et laissant aux autres voix la simple fonction d’accompagnement, ce qui donna par la suite naissance à l’opéra. On peut découvrir ces tendances déjà plus avant dans
certaines compositions instrumentales profanes. Dans ce contexte il faut citer certaines musiques de danse ou bien la «canzona instrumentale» qui trouve ces racines dans les chansons françaises.
À partir de ces divers éléments se constitue pendant la deuxième moitié du 16ème siècle la forme de la sonate. La sonate fut — contrairement à la sonata da chiesa (la sonate d’église) un
genre profane qui fut pratiqué dans les cours. Elle servait de divertissement mais n’était pas destinée à la danse. L’instrument solo (souvent le violon) est accompagné ou par le luth, ou un
instrument à clavier, parfois les deux ensemble. Lorsque la sonate s’est établie, la canzona s’y adapta petit à petit. Cet enregistrement témoigne de cette métamorphose. Les œuvres de
Selma et de Notari portent pour titre «Canzona» et ont le rythme caractéristique de la canzona. La sonate de Farina est également caractérisée par les figures typiques de la canzona mais
porte pour titre «sonata». Les premières œuvres nommées «sonate» sont des pièces composées de plusieurs parties avec une alternance de mouvements rapides et lents qui s’enchaînent. Souvent, comme
chez Mealli, une des parties est une passacaille. Dans les parties lentes se trouvent des passages qui font appel aux récitatifs des premiers opéras. Il était d’usage d’imiter la voix du soliste
avec l’instrument, c’est-à-dire de «chanter sur l’instrument».
En même temps que ces genres nouveaux, le violon se développe et devient un instrument indépendant. Il s’établit rapidement comme instrument mélodique (Monteverdi s’en sert déjà en 1607 comme
instrument d’orchestre dans Orféo) et remplace des instruments plus anciens comme la viole de gambe ou le cornet. La musique pour violon du 17ème siècle est riche en œuvres fascinantes
dont la plupart sont aujourd’hui tombées dans l’oubli. Ainsi les compositeurs enregistrés sur ce disque sont rarement présents sur les programmes de concerts. Beaucoup d’œuvres n’ont même pas été
éditées. Certaines de ces sonates sont ici enregistrées pour la première fois.
Giovanni Paolo Cima
Quand en 1610 parut la collection «concerti ecclesiastici a una, due, tre, quattro voci, con doi a cinque, et uno a otto, messa, e doi Magnificat & falsi bordoni a 4, & set sonate, per
instrumentali a due, tre, e quatro ... con la partitura per l’organo» de Giovanni Paolo Cima (1570 à 1622 environ), apparut pour la première fois une œuvre pour instrument solo portant pour titre
«sonate». Cima, né d’une famille de musiciens et de compositeurs milanais fut maître de chapelle et organiste à Santa-Celsa à Milan. Il fut à la tête de l’école instrumentale de Milan au début du
17ème siècle. Sa «Sonata per Cornetto over Violino» en ré est la deuxième des six sonates parues en 1610. Son titre ainsi que l’étendue de la voix mélodique laisse penser que cette sonate fut
composée à l’époque ou pour violon ou pour cornet.
Nicolò Corradini
La Sonata «La Sfondrata» de Nicolò Corradini, compositeur et organiste, contemporain de Monteverdi, porte pour titre le nom d’un personnage extrêmement important à l’époque : celui de
Nicolò Sfondrato, évêque de Crémone, mécène, et qui fut élu pape Gregor XIV plus tard. Non seulement Sfondrato mena la ville de Crémone à une prospérité éblouissante en musique sacrée, mais
encore il fonda l’«accademia degli animosi», un cercle d’intellectuels qui firent issue au soutien des arts, de la musique et de la littérature. Ces cercles firent école par la suite. Corradini
fut en dehors de sa fonction de musicien d’église directeur de cette académie dont Monteverdi fut également membre.
Angelo Notari
Angelo Notari (1566 à 1663), né à Padoue, vécut d’abord à Venise. Vers 1610 il s’installa en Angleterre où il resta jusqu’à sa mort et où en dehors de ses activités musicales il se manifeste
comme espion de l’ambassadeur d’Espagne. Le titre passaggiata de la «Canzona Passaggiata» indique que Notari lui-même envisagea la solution d’une version ornementée de la canzona. D’habitude les
ornements sont le résultat de l'inspiration de l’interprète au moment du concert.
Carlo Farina
Carlo Farina naquit à Mantoue. Il y fut d’abord violoniste sous Monteverdi mais s’installa par la suite très jeune à Dresde où à partir de 1625 il tint pendant quatre ans le poste de premier
violon sous l'autorité de Heinrich Schütz. Nous n’avons pas d’indications sur le reste de sa vie, sinon que vers 1637 on le trouve à Danzig. Peu après il mourut très probablement de la peste en
Italie. Son œuvre nous paraît assez importante au vu des techniques instrumentales utilisées, des techniques que Paganini perfectionnera plus tard. La sonata est dédiée à son confrère Biagio
Marini qui, comme Farina, travailla dans une cour d’Allemagne.
Bartolomé de Selma y Salaverde
Nous disposons de très peu d’informations sur l’espagnol Bartolomé de Selma y Salaverde, moine augustin et compositeur. On le trouve entre 1628 et 1630 comme bassoniste à la cour d’Innsbruck.
Vers 1638 parut un recueil de sa musique à Venise dont la «Canzona Terza» est un extrait. Ce recueil est tout-à-fait remarquable parce qu’il contient les premières œuvres pour basson solo.
Giovanni Antonio Pandolfi Mealli
Les circonstances de la vie de Giovanni Antonio Pandolfi Mealli, compositeur représenté sur ce CD avec quatre sonates, ne nous sont pas connues. Nous savons seulement qu’il fût violoniste de la
cour d’Innsbruck jusqu’en 1660, année pendant laquelle furent publiés ses sonates op.3 et 4 pour violon et basse continue. Un manuscrit datant de 1609 qui indiquerait un passage a Messine reste
contestable. Il nous reste donc les 12 sonates qui portent presque toutes des titres particuliers ; des personnages de l’entourage du compositeur semblent en être à l’origine. Certains titres
restent cependant indéchiffrables. Dans le cas de la «Cesta» op.3,2 la situation est claire : Marc Antonio Cesti fût un compositeur d’opéras et qui vécut à Innsbruck en même temps que Mealli. La
première des sonates est intitulée ainsi «La Prima». «La Vinciolina» porte le nom de la signora Teodora Vincioli. «La Stella» est dédiée au moine cistercien D. Benedetto Stella de Perugia.
Johannes Hieronymus Kapsberger
Johannes Hieronymus (Giovanni Girolamo) Kapsberger (environ 1580 à 1651), de père allemand, naquit à Venise et passa toute sa vie en Italie, surtout à Rome. Luthiste célèbre, son œuvre comporte
des compositions pour chaque type de luth. A part une série de pièces pour luth il nous reste deux (sur quatre) livres pour chitarrone (luth avec huit cordes de basse supplémentaires qui n’ont
que la fonction de résonateurs). La «Toccata» est un extrait du «Libro primo d’intavolatura di chitarrone» Venise, 1604). Nommé l’«Arpeggiata» elle ne se joue qu’en arpèges, n’étant notée qu’en
accords. La «Toccata» en la majeur et la «Passacaille» en la mineur sont extraites du «Libro quarto d’intavolatura di chitarrone» (Rome, 1640).
Francesco Corbetta
Le guitariste et compositeur Francesco Corbetta a exercé une influence importante sur la musique pour guitare de son époque. Ses pièces pour guitare baroque sont des chefs-d’œuvre, pleines de
nouvelles techniques de jeu. Corbetta qui travailla comme musicien dans beaucoup de cours européennes étendit plus tard, pendant sa période parisienne la forme de la suite. La suite de danses
présentée dans cet enregistrement se termine par une virtuose chaconne.
Giovanni Battista Granata
Giovanni Battista Granata fit ses études à Bologne chez Corbetta. Par la suite ils se disputèrent en s’accusant mutuellement de plagiat. Granata fut un virtuose exceptionnel. Sa suite de danses
est extraite des «Novi capricci armonici musicali in vari toni [...] et altre sonate per la chitarra sola» op.5.
Eva Lichtenberger
(Traduction: Pauline Lepinay)
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LES INTERPRÈTES
CLAUDIA HOFFMANN
Après des études de violon classique à Freiburg en Breisgau (diplôme d’orchestre et de pédagogie), Claudia Hoffmann commence ses études de violon baroque chez Michi Gaigg au Conservatoire
National de Région de Strasbourg. Puis elle travaille successivement avec Sigiswald Kuijken et Ryo Terakado au Koninklijk Conservatorium de La Haye ainsi qu’avec Chiara Banchini à la Schola
Cantorum Basiliensis. Elle participe à des masterclasses avec John Eliot Gardiner, Fabio Biondi, Ingrid Seifert et Reinhard Goebel. Elle a joué à l’orchestre baroque de Stuttgart ainsi que dans
la «Petite bande». Des collaborations avec le «Chœur de chambre de Württemberg», la «Maîtrise de Bâle» et le «Chœur de chambre de Zürich» font également partie de ses activités. Elle a fondé en
1992 l’Ensemble «La Beata Olanda», ensemble de musique baroque qui donne des concerts dans des formations de chambre et d’orchestre en Allemagne et à l’étranger.
THORSTEN BLEICH
Né en 1965 à Möhringen, Thorsten Bleich étudié la guitare aux Conservatoires de Trossingen et de Stuttgart avant de se concentrer sur des instruments anciens (luths et théorbes) en étudiant à
l’Académie de musique ancienne de Brême (avec S. Stubbs), au Conservatoire de Trossingen (avec R. Lislevand - guitare historique) et au Conservatoire de Cologne (Konrad Junghänel). Il compléta sa
formation en étudiant la flûte à bec et le chant en participant également à des masterclasses donnés par Walter van Hauwe, H. Tol, P. Memelsdorff, entre autres. Entre-temps, Thorsten Bleich donne
des concerts en soliste ou avec des ensembles dans toute l’Europe. Des enregistrements pour la radio et la télévision viennent compléter ses activités.
MATTHIAS MÜLLER-MOHR
Matthias Müller-Mohr fit ses études de viole de gambe chez Ekkehard Weber au conservatoire de Freiburg en Breisgau. En tant que concertiste et il est régulièrement invité par de divers ensembles
de musique baroque à des concerts. Il a participé à de nombreux enregistrements radiophoniques et discographiques.