- 1 Premier tableau : Fête populaire de la semaine grasse
- 2 Premier tableau : Danse russe
- 3 Deuxième tableau : Chez Pétrouchka
- 4 Troisième tableau : Chez le Maure
- 5 Troisième tableau : Danse de la Ballerine - Vlase
- 6 Quatrième tableau : Fête populaire de la semaine grasse (vers le soir)
- 7 Quatrième tableau : Danse des nounous
- 8 Quatrième tableau : L'Ours et le paysan
- 9 Quatrième tableau : Un Marchand fêtard avec deux tziganes
- 10 Quatrième tableau : Danse des cochers et des palefreniers
- 11 Quatrième tableau : Les déguisés
- 12 Quatrième tableau : La rixe - Le Maure et Pétrouchka
- 13 Quatrième tableau : Mort de Pétrouchka
- 14 Quatrième tableau : La police et la charlatan
- 15 Quatrième tableau : Apparition du double de Pétrouchka
- 16 Première partie : L'Adoration de la terre : Introduction
- 17 Première partie : Danses des adolescentes
- 18 Première partie : Jeu du rapt
- 19 Première partie : Rondes printanières
- 20 Première partie : Jeux des cités rivales
- 21 Première partie : Cortège du Sage
- 22 Première partie : Adoration de la terre - Le Sage
- 23 Première partie : Danse de la Terre
- 24 Seconde partie - Le Sacrifice : Introduction
- 25 Seconde partie : Cercles mystérieux des adolescentes
- 26 Seconde partie : Glorification de l'Elue
- 27 Seconde partie : Evocation des ancêtres
- 28 Seconde partie : Action rituelle des ancêtres
- 29 Seconde partie : Danse sacrale. L'Elue
À propos
Pétrouchka * (1911, rév. 1947), scènes burlesques en quatre tableaux sur un argument du compositeur et d'A. Benois
(I. Fête populaire de la Semaine Grasse - II. Dans la baraque de Pétrouchka - III. Dans la baraque du Maure [Danse de la Ballerine - La Ballerine et le Maure] - IV. Grand Carnaval et Mort de Pétrouchka [Fête populaire de la Semaine Grasse - Danse des nounous - L'ours et un paysan - Un marchand fêtard avec deux tziganes - Danse des cochers et des palefreniers - Les déguisés - La rixe : Le Maure et Petrouchka - Mort de Petrouchka - La police et le charlatan - Apparition du double de Petrouchka]
Le Sacre du Printemps **, "tableaux de la Russie païenne" (ballet en deux parties) : I. L'Adoration de la terre [Introduction - Les Augures printaniers. Danses des adolescentes - Jeu du rapt - Rondes printanières - Jeux des cités rivales - Cortège du Sage - Adoration de la Terre. Le Sage - Danse de la Terre] - II. Le Sacrifice [Introduction - Cercle mystérieux des adolescentes - Glorification de l'Elue - Evocation des ancêtres - Action rituelle des ancêtres - Danse sacrale. L'Elue]
Orchestre Philharmonique Tchèque
Direction Karel Ancerl (1908-1973)
Rares sont ceux qui aujourd’hui considèrent Pétrouchka et Le Sacre du Printemps de Igor Stravinski comme des œuvres attendant encore de se faire valoir. Naturellement nous les considérons comme des œuvres classiques et nous allons y revenir régulièrement à l’avenir tout comme à celles de Beethoven ou Dvořák. On estime souvent que Le Sacre du Printemps est pour l’histoire de la musique tout aussi important que L’Art de la fugue de Bach ou la Neuvième Symphonie de Beethoven. En consultant l’histoire de l’exécution de ces partitions de Stravinski nous y trouvons des réactions intéressantes du public même si elles sont très diverses. Déjà la création du Sacre du printemps à Paris au Théâtre des Champs-Elysées le 29 mai 1913 suscita l’indignation. Le scandale provoqué par cette première montre que le public n’était pas prêt pour ce grand changement de style qui se produisit avec la venue du nouveau siècle tout en éveillant en même temps un grand intérêt quant à cette œuvre et aussi son compositeur. Mais dans les milieux spécialisés et aux idées modernes Le Sacre du printemps éveilla l’enthousiasme ! Quand il est question de cette période créatrice de Stravinski trois ballets sont mentionnés – à savoir L'Oiseau de feu (1910), Pétrouchka (1911) et Le Sacre du printemps (1913). Dans la littérature ils sont mentionnés ensemble et pourtant leurs différences sont évidentes. Nous pouvons même suivre ainsi l’intéressante évolution de Stravinski qui s’effectua en quatre ans seulement. Dans L’Oiseau de feu, bien qu’il s’agisse d’une œuvre qui lui est typique, il ne renie pourtant pas son origine russe pas plus que l’influence de Nikolaï Rimski-Korsakov dont il fut l’élève. Dans Pétrouchka le rythme y joue déjà son rôle révolutionnaire alors que le caractère mélodieux du XIXe siècle disparaît. La polyrythmie s’annonce avec force ainsi que d’autres effets jamais entendus jusqu’alors. L’action se déroule dans un milieu urbain, les chants des rues prennent le pas sur le folklore russe que nous trouvons encore dans L'Oiseau de feu. Pour sa part Le Sacre du printemps cherche à pénétrer dans le mysticisme païen, inconnu pour le sentiment chrétien européen. Bien qu’un an seulement sépare Pétrouchka de L'Oiseau de feu cette œuvre en diffère considérablement et elle incline déjà sérieusement au pittoresque caractère poétique du Sacre du printemps, qui fascine encore de nos jours. La différence entre ces deux mondes d’idées est encore confirmée par le fait que L'Oiseau de feu eut sa première à l’Opéra de Paris tandis que les deux autres furent présentés par les avant-gardistes Ballets Russes alors à Paris avec leur administrateur Serge Diaghilev qui inspira par la suite de nombreux autres ballets immortels. Ce n’est pas par hasard si dans les années soixante Karel Ančerl avec l’Orchestre Philharmonique Tchèque n’enregistra de ces trois œuvres que Pétrouchka et Le Sacre du printemps alors que L'Oiseau de feu attendit encore bien des années le chef d’orchestre Gaetan Delogu.
Pétrouchka est très proche des contes aux personnages analogues à ceux des diverses cultures européennes, comme l’"Eulenspiegel" allemand (soit dit en passant que l’enregistrement de Karel Ančerl à Supraphon fut édité pour la première fois en combinaison justement avec le "Till Eulenspiegel" de Richard Strauss). Pétrouchka qui est une marionnette se présente au public lors d’une authentique fête patronale russe, il se bat avec une autre marionnette – son rival Le Maure qui le tue. Pourtant Pétrouchka fait encore son apparition mais tout à la fin, sur le toit du petit théâtre puisque son âme est immortelle. Stravinski donna une expression géniale à cet happy end – outre de nombreux épisodes où la célèbre valse du Viennois Josef Lanner ne manque pas non plus avec des passages de polyrythmie de Stravinski – tout juste avant la fin de la composition.
Le Sacre du printemps avec pour sous-titre "Tableaux de la Russie païenne" est un mystère sur le réveil de la nature au printemps, encore amplifié par le sacrifice d’une jeune fille choisie. La musique fascinante de Stravinski d’une charge extraordinaire et suggestive, où le principal élément lui donnant sa forme n’est pas la mélodie mais le rythme, tient de la première à la dernière mesure l’auditeur en haleine dans un état particulier d’ivresse et d’exaltation.
Les partitions sont toutes deux extrêmement difficiles quant à l’interprétation et exigent les meilleurs orchestres et à leur pupitre des chefs parfaits, même aujourd’hui lorsque ces deux œuvres sont généralement bien connues. Dans les années soixante elles étaient encore considérées comme exceptionnelles à leur manière et encore insuffisamment étudiées et n’avaient pas été souvent enregistrées. Même les enregistrements effectués directement sous la baguette du compositeur et qui, à cette époque, étaient à disposition ne peuvent être considérés comme idéals. Ces deux œuvres de Stravinski avaient déjà été données plusieurs fois auparavant à Prague (même montées par Talich), mais seule la présentation de Pétrouchka par Karel Ančerl dans les années soixante aux concerts d’abonnement de l’Orchestre Philharmonique Tchèque eut un grand retentissement – d’une part grâce à la connaissance parfaite qu’avait le chef d’orchestre de l’excellente partition et d’autre part grâce à la technique et surtout à la conception moderne de la composition par l’Orchestre Philharmonique Tchèque et son chef. À cette époque cet orchestre avait Le Sacre du printemps à son répertoire – inoubliable est devenue ainsi l’interprétation d’Igor Markevitch au sujet de laquelle ceux qui en furent témoins affirment qu’il n’y en a pas encore eu de pareille à Prague.
Les deux enregistrements de ce CD renseignent du point de vue historique sur le niveau technique élevé de l’Orchestre Philharmonique Tchèque et l’orientation de son répertoire tracée par son chef d’orchestre Karel Ančerl. Dans les partitions de Stravinski il acceptait toujours leur exigence d'objectivité, parfois même une expression presque austère due à la maîtrise technique parfaite prescrite par l’annotation musicale. À l’encontre de nombreux autres enregistrements modernes réalisés par des artistes et orchestres renommés, Karel Ančerl détermina scrupuleusement le rythme comme le principal élément créateur de l’œuvre. Nous trouvons rarement par exemple une composition rythmique aussi parfaitement compréhensible de la célèbre valse. Un autre avantage de ces présentations consiste dans la mosaïque des sons variés formée par les différents instruments occupant des positions dominantes (mentionnons à ce sujet les grands mérites de František Burda, ingénieur du son) – depuis les instruments à vent en bois (le « grincement » de la manivelle de l’orgue de Barbarie dans Pétrouchka) jusqu’au tuba dominant dans la deuxième partie du Sacre du printemps. Par le traitement parfait des moindres détails et la construction générale rythmique et dynamique des compositions, ces enregistrements de Karel Ančerl maintiennent bien haut leurs paramètres artistiques même pour l’avenir.
Bohuslav Vítek
(traduit par Emilia Esserová)
© Supraphon 2002





