Artiste principal :
Stephen Layton
Genre : Classique > Musique vocale sacrée
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Qualité Studio Masters
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- 1 Shepherd's Pipe Carol
- 2 Nativity Carol
- 3 There is a flower
- 4 Sans Day Carol
- 5 What sweeter music?
- 6 I wonder as I wander
- 7 Jesus Child
- 8 Wild Wood Carol
- 9 The very best time of the year
- 10 Away in a manger
- 11 Angel Tidings
- 12 Christmas Lullaby
- 13 Dormi Jesu
- 14 Love came down at Christmas
- 15 Star Carol
- 16 Carol of the Children
- 17 Mary's Lullaby
- 18 Silent night
- 19 Angels' Carol
- 20 Candlelight Carol
- 21 Second Amen
- 22 Donkey Carol
Shepherd's Pipe Carol (John Rutter)
Nativity Carol
There is a flower
Sans Day Carol
What sweeter music?
I wonder as I wander
Jesus Child
Wild Wood Carol
The very best time of the year
Away in a Manger
Angel Tidings
Christmas lullaby
Dormi Jesu
Love came down at Christmas
Star carol
Carol of the Children
Mary's Lullaby
Silent Night
Angels' Carol
Candlelight Carol
Second Amen
Donkey Carol
À propos
Shepherd's Pipe Carol - Nativity Carol - There is a flower - Sans Day Carol - What sweeter music - I wonder as I wander - Jesus Child... / Polyphony - City of London Sinfonia, dir. Stephen Layton
Inclus
1 Livret numérique
Détails de l'enregistrement original :
73:30 - DDD - Enregistré à "All Saints Church", Tooting (Londres) en janvier 2001 - Notes en français
John Rutter (né en 1945)
Shepherd's Pipe Carol
Nativity Carol
There is a flower
What sweeter music
I wonder as I wander
Jesus Child
Wild wood carol
The very best time of year
Away in a Manger
Angel Tidings
Christmas Lullaby
Dormi Jesu
Love came down at Christmas
Star Carol
Carol of the Children
Mary's Lullaby
Silent Night
Angels' Carols
Candlelight Carol
Second Amen
Donkey Carol Polyphony
The City of London Sinfonia
Direction Stephen Layton
Shepherd's Pipe Carol
Nativity Carol
There is a flower
What sweeter music
I wonder as I wander
Jesus Child
Wild wood carol
The very best time of year
Away in a Manger
Angel Tidings
Christmas Lullaby
Dormi Jesu
Love came down at Christmas
Star Carol
Carol of the Children
Mary's Lullaby
Silent Night
Angels' Carols
Candlelight Carol
Second Amen
Donkey Carol Polyphony
The City of London Sinfonia
Direction Stephen Layton
Malgré ce que pourraient faire croire certaines inflexions de son langage musical, Rutter n’est pas américain, mais bel et bien sujet de sa très gracieuse Majesté Elizabeth Rex, dite II. Ces Noëls
sont pour la plupart de sa composition, dans un ton traditionnel “imaginaire” ; d’autres sont des arrangements de thèmes anciens ou populaires, même si le terme d’arrangement ne s’applique plus
réellement à ces pièces qui sont plutôt des compositions empruntant des mélodies des Noëls traditionnels. Des traditions, d’ailleurs, qui ne viennent pas seulement d’Angleterre : Pays de Galles,
Appalaches, Caraïbes, Moravie... Un album bourré de jolies miniatures, arrivant à point nommé pour les fêtes, et qui changera de l’éternel sirupeux Petit papa Noël de nos enfances.
La musique pour Noël de John Rutter
« Rutter », écrivait un journaliste il y a peu de temps, « est devenu l’équivalent musical de Dickens, un synonyme de la saison ». De la saison de Noël, cela va sans dire. Mais d’aucuns noteront que Dickens n’écrivit qu’un seul Christmas Carol, tandis que ce disque ne représente qu’un infime soupçon du répertoire de Rutter qui a coloré les Noëls de par le monde entier depuis plus de trois décennies. Et si le compositeur peut bien parcourir du doigt la liste complète de ses œuvres comme pour souligner que son catalogue embrasse un répertoire bien plus large que celui attaché à la Nativité, il ne semble soulever aucune objection à l’idée que c’est en grande partie la musique de Noël qui fit son nom. « Les carols furent mes cartes de visite » note-t-il. On ne peut écrire un large corpus d’œuvres dans un genre spécifique sans éprouver une solide sympathie pour l’ethos et la tradition qui l’entourent. Noël et la musique de Noël ont coulé depuis bien des lustres dans le sang de Rutter – et sont même capables de susciter, admet-il, un brin de sentimentalité. « Quand j’étais étudiant à Highgate School, à Londres, notre office de Noël était le point fort de l’année musicale – il était étroitement modelé sur le Festival de neuf leçons et carols mis au point par le fameux chœur de King’s College de Cambridge. Si bien que j’ai grandi en chérissant l’opportunité de chanter cette musique au sein du chœur de la chapelle de l’école. Et notre directeur musical, Edward Chapman, nous encourageait, puisque nous étudions la musique, à composer des carols afin d’expérimenter dans une forme d’art miniature. Mais en fait j’écrivis mon tout premier carol en m’apercevant qu’un de mes camarades de classe – John Tavener en personne – en avait composé un ! Et cela me mit sur la voie ! » « Je pense avoir été inexorablement attiré vers la composition de carols parce qu’il existe une tradition native d’une force immense. Les carols de Noël constituent la forme la plus ancienne de littérature chorale vernaculaire autorisée par l'église, dès les XIVe et XVe siècles. Même avant la Réforme, on pouvait entendre des carols associant des textes anglais et latins. Au XIXe siècle, Bramley et Stainer réunirent la première édition majeure – Christmas Carols New and Old – et durant tout le siècle dernier, maints compositeurs anglais d’importance en écrivirent : Britten, Vaughan Williams, Holst et bien d’autres. Ils créèrent une tradition moderne d’une tenue aussi haute que dans tout autre pays sur terre. Le carol de Noël est avant tout une des rares formes musicales qui permette aux musiciens de formation classique de s’autoriser à écrire des mélodies sans se soucier d’une sorte de « politiquement correct » compositionnel ! Il faut se rappeler que du temps où j’étais plus jeune, il était bien plus difficile de se convaincre qu’on avait le droit d’écrire une musique de tonalité définie. Mais pendant le mois de décembre, on avait au moins la possibilité de forger des mélodies ! » Et entre autres choses, souligne Rutter, écrire des carols apporte un frisson et une motivation supplémentaires avec la conscience que Noël est pour bien des gens la seule occasion de l’année où ils sont en contact avec la musique chorale. Le nom de John Rutter apparut pour la première fois sous les feux de la rampe au début des années 1870 grâce à son travail sur le second volume de l’ouvrage immensément populaire, Carols for Choirs, publié par Oxford University Press. Ce mélange magique de pièces familières et de musique moins connue soigneusement choisie devint une partie intrinsèque de la saison de Noël. Il fut invité par David Willcocks à éditer conjointement Carols for Choirs 2 qui vit émerger à profusion le logo « arr. Rutter ». « Je crois que du temps où j’étais étudiant à Clare College, à Cambridge, je m’étais taillé une certaine réputation pour l’écriture et l’arrangement de carols. David Willcocks était bien entendu chargé du chœur d’à côté, à King’s College. Il avait travaillé au premier Carols for Choirs avec Reginald Jacques, mais quand OUP se décida à commanditer un second volume, Jacques s’était malheureusement éteint. David avait entendu dire qu’il existait quelqu’un sur place, à Cambridge, qui travaillait sur des carols … si bien que c’est moi qui finis par obtenir le travail. » Carols for Choirs 2 commença à son tour à engendrer d’autres ouvrages dans la même série, contenant encore plus d’exemples de l’art de Rutter. Un rapide coup d’œil à l’index indique que dans de nombreux cas, Rutter écrivit des mélodies sur des textes de son cru. Non pas qu’il ait des aspirations littéraires supérieures à sa position musicale, insiste-t-il ; il s’agit seulement de ce que le procédé créatif musical engendre. « Il m’est souvent impossible de trouver des mots qui conviennent à une mélodie qui m’est apparue – si bien que j’ai fini par faire le travail moi-même. Parfois un fragment de texte me vient à l’esprit qui entraîne un processus où les mots et la musique se développent de manière concomitante. Dans le cas de Shepherd’s Pipe Carol, par exemple, tout ce que j’avais au début était la phrase rythmique ‘ … on-the-way-to-Beth-le-hem ‘ [… sur le chemin de Bethléem]. Ce qui souleva une foule de questions : qui se rendait à Bethléem ? pourquoi ? Et ainsi de suite. J’ai trouvé le procédé d’écriture du texte de plus en plus satisfaisant, même si c’est beaucoup plus difficile que de composer. Je ne prétends pas être un écrivain […] Je n’ai pas des ambitions démesurées ! Ce que j’ai appris cependant, c’est que la simplicité est l’élément clé ; et que l’on n’écrit pas une poésie destinée à être parlée – ce qui importe c’est comment elle s’associe à la musique. » Quant à l’art d’arranger que l’on pourra aussi découvrir sur ce disque, Rutter tend à le considérer comme quelque chose de plus éphémère que de véritables compositions. « Les arrangements ont une nette tendance à refléter les styles musicaux à la mode de la période où ils ont été réalisés. Avec pour conséquence qu’ils peuvent parfois sembler vraiment désuets. Une bonne partie de mes arrangements remonte à cette sorte de musique légère usuelle dans les années 60 et 70. Je suis toujours étonné d’entendre qui sont toujours exécutés à l’heure actuelle ! Si aujourd’hui je devais arranger le même matériau, mon style serait bien plus austère. Mais je n’ai jamais voulu écrire de pastiches […] vous savez Quem Pastores ou quelque chose historique dans le genre, ce n’est pas pour moi. »
***
Célébrant un jeune berger jouant du pipeau sur son chemin vers Bethléem où il compte voir l’Enfant-Christ, Shepherd’s Pipe Carol est la quintessence du
Rutter festif – animé, syncopé, rythmiquement précis. Un must pour toute liste des pièces sélectionnées afin de représenter l’indicatif musical de Rutter. Ce carol vit le jour dans les
années 1960 à l’occasion d’un concert avec orchestre donné à Clare College de Cambridge alors que Rutter y était étudiant. Selon lui, son inspiration aurait pu germer de l’expérience acquise en
chantant lorsqu’il était enfant Amahl and the Night Visitors, le légendaire opéra de Noël de Menotti. « Je pense que le pipeau entendu alors qu’Amahl se rend à Bethléem avec les Rois mages
s’est ancré dans mon esprit ». Rutter savoure également l’histoire improbable mais apparemment véridique de ce carol qui devint quasiment un talisman aux Etats baltes dans les années
difficiles de domination soviétique avant que finalement le rideau de fer ne tombe. « J’ai entendu dire qu’il circulait en secret sous forme de photocopies et de fax […] que des chœurs le
chantaient en guise de badge de résistance ! » Sur des mots de John Audelay, un poète du XVe siècle, le nostalgique There is a Flower pour chœur seul vit le jour au
milieu des années 80 à la demande de l’organiste et chef de chœur de St John’s College de Cambridge, le légendaire George Guest. Sa première audition eut lieu au cours d’un service de carols
de l’Avent – une forme de service qui est devenu (et demeure) immensément populaire dans le climat intensément musical de l’Université de Cambridge, d’autant plus que les étudiants quittent le
campus plusieurs semaines avant que la saison de Noël ne débute à proprement parler. Le solo initial rappelle les talents d’un jeune sopraniste de l’époque appartenant au chœur de St John’s dont le
nom n’est toutefois pas passé à la postérité. Tressant un lien entre les messages de Noël et de Pâques, Sans Day Carol est une variante du fameux The Holly and the
Ivy. Carol traditionnel de Cornouailles, il atteignit une large diffusion lorsqu’il fut incorporé à l’Oxford Book of Carols, édité dans les années 1920 par Percy Dearmer, Martin
Shaw et Ralph Vaughan Williams, ce collecteur infatigable de chants et mélodies folkloriques. Pour « Sans Day », à lire « Saint’s Day » [Fête du Saint] – le carol célèbre apparemment un
saint cornouaillais local. Rutter réalisa son arrangement alors qu’il n’était qu’étudiant. Mary’s Lullaby date de l’époque où Rutter était directeur musical de Clare
College, entre 1975 et 1979. Il doit son inspiration à la panique d’un producteur d’une émission télévisée sur la musique de Noël avec le chœur de Clare College : celui-ci calcula après une
répétition générale qu’il lui manquait trois minutes de musique. « Il me demanda si par hasard, je pouvais écrire quelque chose que le chœur puisse chanter le lendemain matin ! » se remémore
Rutter. Ce fut ainsi que naquit Mary’s Lullaby, une pièce rêveuse dans un doux flot de mesures ternaires caractéristiques des carols plus lents de Rutter. Cette œuvre est dédiée à son
épouse, JoAnne. D’une beauté lancinante, I wonder as I wander pourrait être un authentique carol du folklore appalachien tout comme il pourrait ne pas l’être.
John Jacob Niles prétendit l’avoir collecté mais d’autres ont soulevé quelques doutes pensant que cette mélodie aurait pu être de son cru. Rutter dévoile dans son arrangement des lignes épurées qui
associent simplicité et une intensité tranquille. Jesus Child et Donkey Carol furent tous deux écrits dans les années 1970 pour être exécutés par le chœur de
l’Ecole St Albans dans l’Hertfordshire, en Angleterre, à la demande du directeur de la musique de l’époque, Simon Lindley. Jesus Child réunit la touche colorée des Caraïbes aux jours peu
ensoleillés de Noël, tandis que le rythme à 5/8 de Donkey Carol suggère la gaîté animée et boiteuse de l’âne emmenant la Vierge Marie vers Bethléem. Wild Wood
Carol est un extrait de la version musicale que Rutter réalisa en 1981 pour The King’s Singers à partir de The Wind in the Willows, le célèbre et immortel ouvrage que Kenneth Grahame
destinait pour un public enfantin. Wild Wood Carol forme un interlude couvrant le voyage entrepris en hiver par Mole [Taupe] et Rat pour se rendre à la maison du Badger [Blaireau]. Si le
texte de cette « fable musicale » est l’œuvre du regretté David Grant, un ami du compositeur depuis leurs jours à Clare College, les mots de ce carol sont en fait de Rutter en personne.
Les sonorités « entrez donc et venez vous réchauffer près du feu » de ce carol séculier The very best time of year attestent de l’immense popularité de la
musique de Rutter aux USA et de ses relations nouées au cours de ses innombrables tournées dans ce pays. Cette œuvre fut écrite pour deux chefs de chœur américains de ses amis, Gene et Audrey Grier
avec qui Rutter eut l’occasion de travailler durant ses premiers voyages. Candleligh Carol (1984) est le fruit d’une requête de John Romeri, directeur de la musique à l’Eglise de
l’Assomption de Pittsburgh désirant un carol célébrant la Vierge Marie. Les arrangements de Away in a Manger et Silent Night (révélant une séduisante
flûte à bec) furent réalisés autour de 1980 pour un projet de l’éditeur américain, Hinshaw Music, consistant à réactualiser les carols les plus appréciés du public. Autre arrangement,
Angel Tiding vit le jour dans les années 1960 pour être incorporé à deux vinyles réalisés par le chœur de Clare College pour La Voix de son Maître. Rutter découvrit le chant de Noël
traditionnel morave dans la bibliothèque de l’Université de Cambridge et jugeant le texte « impénétrable », il choisit d’écrire son propre texte. Christmas Lullaby
(1989) et Star Carol (1972) furent écrits pour le Chœur Bach et son chef de chœur de l’époque, Sir David Willcocks, afin de les exécuter au cours des concerts de Noël immensément populaires
que le chœur a l’habitude de donner au Royal Albert Hall, à Londres. Ces occasions particulières avaient joué depuis longtemps un rôle primordial dans la vie de Rutter puisque dès sa plus tendre
enfance, il avait fait partie du public. Plus tard, il passa de l’autre côté de la scène et devint virtuose à réaliser des arrangements musicaux de dernière minute en coulisse. Christmas
Lullaby fut écrit pour célébrer les soixante-dix ans de Willcocks, en compagnie de deux autres commandes adressées à William Mathias et au fils de Willcock, Jonathan. La conception de Star
Carol répond à la requête d’écrire une œuvre avec un refrain qui puisse être appris et chanté par les enfants durant le concert – ils devaient entrer sur « See his star shining bright » [Vois
son étoile briller avec éclat]. Dormi Jesu (1999) et l’exquis What Sweeter Music ? (1988) furent tous deux écrits pour le chœur de King’s College de Cambridge
et son directeur musical Stephen Cleobury – afin d’être exécutés durant leur Festival des neuf Leçons et Carols diffusé de par le monde entier durant la veillée de Noël. Les mots de Dormi
Jesu (également connus comme The Virgin’s Cradle Hymn) sont tirés d’un ouvrage allemand dépeignant la Vierge Marie, ouvrage découvert par le poète Samuel Taylor Coleridge. Pour cet
enregistrement, John Rutter a spécialement réalisé un arrangement pour cordes. What Sweeter Music ? (sur un texte du poète Robert Herrick) représente, nous dit Rutter « … la première
opportunité dans ma longue et amicale collaboration avec King’s College qui s’est présentée à moi de coucher quelque chose sur le papier destiné au chœur. J’ai particulièrement apprécié la
possibilité d’écrire pour le moment situé juste après la lecture du voyage des Rois mages – une chance d’accentuer dans le texte les cadeaux que nous pouvons apporter. »
Sur un texte de Christina Rossetti, Love came down at Christmas vit le jour dans les années 1960 sur une commande de l’OUP. « Il me semble que Noël approchait »,
raconte Rutter, « et OUP se rendit compte qu’aucun nouveau carol n’avait vu le jour cette année-là – et en commandita rapidement un ! » Carol of the Children date de la fin des années
1970 en réponse à une requête du docteur de Rutter qui souhaitait offrir une pièce de musique à St Colette’s School de Cambridge afin de remercier l’école de l’éducation prodiguée à ses enfants.
« Rutter », écrivait un journaliste il y a peu de temps, « est devenu l’équivalent musical de Dickens, un synonyme de la saison ». De la saison de Noël, cela va sans dire. Mais d’aucuns noteront que Dickens n’écrivit qu’un seul Christmas Carol, tandis que ce disque ne représente qu’un infime soupçon du répertoire de Rutter qui a coloré les Noëls de par le monde entier depuis plus de trois décennies. Et si le compositeur peut bien parcourir du doigt la liste complète de ses œuvres comme pour souligner que son catalogue embrasse un répertoire bien plus large que celui attaché à la Nativité, il ne semble soulever aucune objection à l’idée que c’est en grande partie la musique de Noël qui fit son nom. « Les carols furent mes cartes de visite » note-t-il. On ne peut écrire un large corpus d’œuvres dans un genre spécifique sans éprouver une solide sympathie pour l’ethos et la tradition qui l’entourent. Noël et la musique de Noël ont coulé depuis bien des lustres dans le sang de Rutter – et sont même capables de susciter, admet-il, un brin de sentimentalité. « Quand j’étais étudiant à Highgate School, à Londres, notre office de Noël était le point fort de l’année musicale – il était étroitement modelé sur le Festival de neuf leçons et carols mis au point par le fameux chœur de King’s College de Cambridge. Si bien que j’ai grandi en chérissant l’opportunité de chanter cette musique au sein du chœur de la chapelle de l’école. Et notre directeur musical, Edward Chapman, nous encourageait, puisque nous étudions la musique, à composer des carols afin d’expérimenter dans une forme d’art miniature. Mais en fait j’écrivis mon tout premier carol en m’apercevant qu’un de mes camarades de classe – John Tavener en personne – en avait composé un ! Et cela me mit sur la voie ! » « Je pense avoir été inexorablement attiré vers la composition de carols parce qu’il existe une tradition native d’une force immense. Les carols de Noël constituent la forme la plus ancienne de littérature chorale vernaculaire autorisée par l'église, dès les XIVe et XVe siècles. Même avant la Réforme, on pouvait entendre des carols associant des textes anglais et latins. Au XIXe siècle, Bramley et Stainer réunirent la première édition majeure – Christmas Carols New and Old – et durant tout le siècle dernier, maints compositeurs anglais d’importance en écrivirent : Britten, Vaughan Williams, Holst et bien d’autres. Ils créèrent une tradition moderne d’une tenue aussi haute que dans tout autre pays sur terre. Le carol de Noël est avant tout une des rares formes musicales qui permette aux musiciens de formation classique de s’autoriser à écrire des mélodies sans se soucier d’une sorte de « politiquement correct » compositionnel ! Il faut se rappeler que du temps où j’étais plus jeune, il était bien plus difficile de se convaincre qu’on avait le droit d’écrire une musique de tonalité définie. Mais pendant le mois de décembre, on avait au moins la possibilité de forger des mélodies ! » Et entre autres choses, souligne Rutter, écrire des carols apporte un frisson et une motivation supplémentaires avec la conscience que Noël est pour bien des gens la seule occasion de l’année où ils sont en contact avec la musique chorale. Le nom de John Rutter apparut pour la première fois sous les feux de la rampe au début des années 1870 grâce à son travail sur le second volume de l’ouvrage immensément populaire, Carols for Choirs, publié par Oxford University Press. Ce mélange magique de pièces familières et de musique moins connue soigneusement choisie devint une partie intrinsèque de la saison de Noël. Il fut invité par David Willcocks à éditer conjointement Carols for Choirs 2 qui vit émerger à profusion le logo « arr. Rutter ». « Je crois que du temps où j’étais étudiant à Clare College, à Cambridge, je m’étais taillé une certaine réputation pour l’écriture et l’arrangement de carols. David Willcocks était bien entendu chargé du chœur d’à côté, à King’s College. Il avait travaillé au premier Carols for Choirs avec Reginald Jacques, mais quand OUP se décida à commanditer un second volume, Jacques s’était malheureusement éteint. David avait entendu dire qu’il existait quelqu’un sur place, à Cambridge, qui travaillait sur des carols … si bien que c’est moi qui finis par obtenir le travail. » Carols for Choirs 2 commença à son tour à engendrer d’autres ouvrages dans la même série, contenant encore plus d’exemples de l’art de Rutter. Un rapide coup d’œil à l’index indique que dans de nombreux cas, Rutter écrivit des mélodies sur des textes de son cru. Non pas qu’il ait des aspirations littéraires supérieures à sa position musicale, insiste-t-il ; il s’agit seulement de ce que le procédé créatif musical engendre. « Il m’est souvent impossible de trouver des mots qui conviennent à une mélodie qui m’est apparue – si bien que j’ai fini par faire le travail moi-même. Parfois un fragment de texte me vient à l’esprit qui entraîne un processus où les mots et la musique se développent de manière concomitante. Dans le cas de Shepherd’s Pipe Carol, par exemple, tout ce que j’avais au début était la phrase rythmique ‘ … on-the-way-to-Beth-le-hem ‘ [… sur le chemin de Bethléem]. Ce qui souleva une foule de questions : qui se rendait à Bethléem ? pourquoi ? Et ainsi de suite. J’ai trouvé le procédé d’écriture du texte de plus en plus satisfaisant, même si c’est beaucoup plus difficile que de composer. Je ne prétends pas être un écrivain […] Je n’ai pas des ambitions démesurées ! Ce que j’ai appris cependant, c’est que la simplicité est l’élément clé ; et que l’on n’écrit pas une poésie destinée à être parlée – ce qui importe c’est comment elle s’associe à la musique. » Quant à l’art d’arranger que l’on pourra aussi découvrir sur ce disque, Rutter tend à le considérer comme quelque chose de plus éphémère que de véritables compositions. « Les arrangements ont une nette tendance à refléter les styles musicaux à la mode de la période où ils ont été réalisés. Avec pour conséquence qu’ils peuvent parfois sembler vraiment désuets. Une bonne partie de mes arrangements remonte à cette sorte de musique légère usuelle dans les années 60 et 70. Je suis toujours étonné d’entendre qui sont toujours exécutés à l’heure actuelle ! Si aujourd’hui je devais arranger le même matériau, mon style serait bien plus austère. Mais je n’ai jamais voulu écrire de pastiches […] vous savez Quem Pastores ou quelque chose historique dans le genre, ce n’est pas pour moi. »
Datant des années 1980, Angels’ Carol fut conçu, selon le témoignage de Rutter, comme un « … tour d’honneur » à chanter par les vainqueurs du défunt Concours
des chœurs d’enfant qui se tenait annuellement à Londres. Il l’arrangea ultérieurement pour chœur mixte. En parlant de tours d’honneur, ce disque contient également le second des deux délicieux
Amen pour chœur de Rutter, écrit comme le premier pour le chœur de Clare College de Cambridge.
Andrew Green
© HYPERION 2001 – Reproduction interdite
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