- 1 I. Gloria in excelsis Deo. Allegro vivace
- 2 II. Domine Deus, rex caelestis. Andante
- 3 III. Quoniam tu solus sanctus. Vivace & ritmico
- 4 Come down, O Love divine
- 5 Lord, make me an instrument of thy peace
- 6 To everything there is a season
- 7 I my Best-Beloved's am
- 8 Praise the Lord, O my soul
- 9 I will lift up mine eyes
- 10 As the bridegroom to his chosen
- 11 A Clare Benediction
- 12 The Lord is my light and my salvation
- 13 Go forth into the world
- 14 Thy perfect love
- 15 Te Deum
À propos
'Dès l’instant où ma vie musicale a commencé, la musique d’église n’a cessé d’y occuper une place importante et chère.'
Il suffirait naturellement de se pencher sur l’oeuvre de John Rutter pour deviner une telle affinité sans qu’il soit besoin de l’apprendre du compositeur lui-même.
Mais on pourrait tout aussi facilement ne pas apprécier véritablement la profondeur du puits d’où celui-ci tire son inspiration, tandis que s’allonge sans cesse la liste de ses mises en musique
de textes sacrés.
La passion naquit dans les rangs des sopranos de la chorale de la Highgate School, à Londres, où chantait le jeune Rutter – et où il était particulièrement bien
entouré, puisque la vie musicale de la Highgate School nourrissait à l’époque bien d’autres talents exceptionnels, parmi lesquels le compositeur John Tavener et le pianiste Howard Shelley. Rutter
devint un organiste accompli dès l’adolescence, et, durant ses années d’études à l’Université de Cambridge, n’aura qu’à respirer l’air ambiant pour s’enivrer des gloires de la musique de l’église
anglicane résonnant de chapelle en chapelle.
Il devint directeur de musique de son ancienne école, Clare College, à la fin des années 1970. Là, ses talents de direction insufflèrent un nouvel élan à la chorale
de la chapelle (la première à Cambridge à mélanger des voix d’hommes et de femmes), qu’il allait emmener jusqu’à la reconnaissance internationale. La série d’enregistrements qu’il réalisa alors
avec ses Cambridge Singers furent le reflet d’une exploration sans cesse plus large des vastes richesses du répertoire de musique sacrée. (Et chaque fois que la possibilité se présentait, il
allait enregistrer dans le merveilleux cadre visuel et acoustique de la chapelle de la Vierge de la Cathédrale d’Ely, au nord de Cambridge.)
Ainsi s’établit la toile de fond de la remarquable contribution que doit aujourd’hui le répertoire de musique sacrée à l’oeuvre de Rutter. Et force est de constater,
étant donné la réticence de plus en plus marquée du compositeur à écrire sur commande, que sa tendance à se tourner vers l’église pour y trouver l’inspiration relève du réflexe naturel. Ce qui ne
veut pas dire que Rutter n’écrive pas avec des artistes ou des occasions spécifiques en tête. Loin de là. Cet album en témoigne suffisamment, quelques-unes des oeuvres qu’il contient étant le
fruit de l’extraordinaire relation qu’entretient Rutter avec un certain nombre de chorales américaines. On mesure peu à quel point ses voyages aux Etats-Unis sont devenus fréquents – notamment
pour aller diriger ses oeuvres au Carnegie Hall de New York, où il fait désormais pratiquement partie des meubles.
Gloria (une oeuvre de concert, bien que basée sur un texte religieux) marque en fait le tout premier engagement de Rutter aux Etats-Unis. Elle fut commandée
par The Voices of Mel Olson, une chorale de Omaha, au Nebraska, qui invita Rutter à diriger sa première représentation en 1974. Le texte est tiré de la deuxième section (cantique des louanges) de
l’ordinaire de la messe, qui suit le ‘Kyrie’ dans la liturgie. Les paroles ouvrant ce cantique sont celles des anges proclamant la naissance de Jésus dans le deuxième chapitre de l’Evangile selon
Luc. La musique de Rutter s’inspire principalement de l’un des chants grégoriens associé au texte. Le compositeur décrit les trois mouvements comme '… correspondant grossièrement à la structure
symphonique traditionnelle', les différentes sections exprimant tour à tour '… l’exaltation, la dévotion et la joie'. Dans le premier et le troisième mouvements, l’orgue, les cuivres et les
percussions exhalent une énergie digne des élans de Walton, que vient contraster la légèreté quasi surnaturelle du second mouvement.
I will lift up mine eyes est également associé à ce premier voyage du compositeur aux Etats-Unis – et doit sa première exécution au même Mel Olson. Faisant
suite à la première du Gloria, donnée un samedi dans la salle de concert, I will lift up mine eyes (sur un texte tiré du psaume 121) fut présenté le lendemain même par le choeur de
la maîtrise de Olson dans la première église méthodiste unifiée du Nebraska. L’orchestration fut écrite ultérieurement. I will lift up mine eyes se caractérise par la délicate subtilité de
son flux rythmique (qui n’est pas sans évoquer les Chichester Psalms de Bernstein), basé sur une mesure 7/4 aux accents lyriques faisant place par endroits à des excursions inattendues.
I will lift up mine eyes a depuis été intégré aux neuf mouvements de Psalmfest, dont sont également tirées deux autres oeuvres présentées sur ce CD,
The Lord is my light and my salvation et Praise the Lord O my soul. La génèse de The Lord is my light est là encore associée aux Etats-Unis, l’oeuvre ayant été écrite au
début des années 1990 à la demande d’un ami de Rutter travaillant à l’époque au poste de directeur de musique de la chapelle de Duke University, en Caroline du Nord. Atteint du sida et sachant
ses jours comptés, il avait trouvé un réconfort particulier dans le texte du psaume 27, que Rutter met ici en musique. Marquée par sa partie de clarinette obbligato fluide et distinctive, la
musique reflète la recherche incessante mais fructueuse du psalmiste en quête de consolation. Praise the Lord O my soul – une oeuvre au caractère exhubérant basée sur le texte du psaume
146 – a été écrite à la demande de l’Eglise luthérienne de la Sainte Trinité de Lancaster, en Pennsylvanie, pour célébrer son 250e anniversaire en 1980. Les forces employées dans cette pièce nous
ramènent dans l’univers sonore du Gloria – cuivres, timbales et orgue.
En 1993, neuf des nombreux psaumes mis en musique par Rutter au cours de sa longue carrière furent réunis dans une oeuvre unique intitulée Psalmfest. Celle-ci
fut exécutée pour la première fois au mois de juin de cette même année au Morton Meyerson Symphony Center de Dallas, au Texas, par un choeur rassemblant plusieurs chorales des collèges de Garland
(Texas) et dirigé par le compositeur. Cinq jours plus tard, Psalmfest était présenté au Carnegie Hall.
Lord, make me an instrument of Thy peace (écrit en 1980) doit également sa génèse à une demande provenant des Etats-Unis, l’oeuvre faisant partie d’un groupe
de trois antiennes ayant été commandées par l’Association des chefs de chorale du Texas (TCDA). Les célèbres paroles de Saint François d’Assise donnent ici matière à une mise en musique qui, du
propre aveu du compositeur, est redevable à la fois de Stephen Sondheim et de Gustav Mahler – un fardeau de poids pour une miniature ! La version originale de l’oeuvre tient compte de la forte
proportion de voix d’hommes de la TCDA à l’époque de sa composition, puisqu’elle est écrite pour ténors et basses avec piano. Deux arrangements ont depuis été produits par le compositeur, celui
présenté sur ce CD étant écrit pour SATB avec cordes et harpe.
To everything there is a season – mise en musique d’un texte tiré des célèbres paroles bibliques d’Ecclesiaste – a été composée au milieu des années 1990 en
vue d’être intégrée dans une grande oeuvre chorale basée sur des passages méditatifs et philosophiques de l’Ancien Testament. To everything there is a season demeure à ce jour la seule
section achevée de ce projet, et avait été laissée sous sa forme manuscrite jusqu’à ce qu’il fût suggéré de l’inclure à ce CD lors des discussions préliminaires. Caractérisée par la fluidité de
ses lignes musicales, cette pièce est dédiée à pas moins de trois chorales scolaires américaines.
La fonction de directeur de musique de Clare College, occupée à Cambridge de 1975 à 1979, a fourni à Rutter une vaste source d’inspiration musicale. Bon nombre de ses
compositions de l’époque furent enregistrées sur l’album de musique de Noël – qui contribua, tout comme sa participation à la publication des légendaires Carols for Choirs, à faire connaître
Rutter à un plus large public. Amen (1977), une pièce pour huit voix conçue dans le style du madrigal, fut cependant écrite sous un pseudonyme et chantée a cappella par le choeur de la
chapelle de Clare à l’occasion des actes de culte – s’inscrivant ainsi dans cette tradition de composition d’amens qui incarne l’atmosphère du culte anglican traditionnel. C’est à son propre
mariage, célébré dans cette même chapelle, que Rutter devait être finalement découvert : parmi les invités se trouvait en effet le directeur musical de sa maison d’édition au Royaume-Uni, Oxford
University Press, qui ne tarda pas à être convaincu de la véritable identité du compositeur. On raconte qu’il confisca aussitôt une copie de la partition et qu’il la fit composer en secret avant
d’inviter Rutter à signer un contrat autorisant sa publication.
Rutter entretient des relations intimes avec Clare College depuis 1979 (il vit à quelques kilomètres de Cambridge), produisant lui-même des enregistrements de la
chorale et continuant de lui présenter ses offrandes musicales. Ce CD contient deux oeuvres écrites pour conclure l’office sur un ton contemplatif. Go forth into the world – sur un texte
tiré du livre de messe anglican de 1928 – fut composé pour le choeur et son directeur actuel, Tim Brown, à l’occasion d’une tournée aux Etats-Unis dans les années 1980. Clare Benediction, une
oeuvre concise et tendre, fut écrite à la fin des années 1990 – le terme étant à comprendre dans les deux sens, puisque Rutter est également l’auteur du texte. Il en existe deux versions – celle
retenue pour ce CD étant l’arrangement SATB sans accompagnement.
Come down, O love divine et Te Deum ont été écrits à l’occasion de deux cérémonies particulières s’étant tenues l’une et l’autre dans une grande
cathédrale anglaise. Come down, O love divine (sur un texte du XVe siècle de Banco da Siena) a été composé à la demande du Fonds de bienfaisance des musiciens pour son office du Festival
de la Sainte-Cécile à l’Abbaye de Westminster, à Londres, en 1999. (L’oeuvre fut interprétée à cette occasion par une chorale réunissant les choeurs de l’abbaye, de la Cathédrale de Westminster
et de la Cathédrale de Saint-Paul.) Ce festival annuel vise à honorer le saint patron de la musique et attirer l’attention sur les musiciens démunis, perpétuant ainsi la tradition séculaire des
offices charitables de la Sainte-Cécile. Comme il est d’usage pour une cérémonie évoquant l’inspiration d’un saint patron, le texte de cette oeuvre invoque l’amour divin et ‘l’ardeur rayonnante’
des cieux. Ces mots ont inspiré à Rutter l’une de ses musiques les plus méditatives et les plus intenses, évoquant par endroits l’univers sonore de cet autre grand compositeur du XXe siècle
auquel le culte anglican doit également tant d’oeuvres, Herbert Howells. Faut-il y voir un rapport avec le fait que la dédicace de l’oeuvre mentionne également le regretté Sir Thomas Armstrong,
musicien de distinction et ami intime de Howells ? Quoiqu’il en soit, il s’agit là d’une pièce à la fois magnifique et obsédante, qui représente une véritable gageure pour les meilleures
chorales.
Te Deum est une mise en musique d’un texte du Ve siècle qui, sous divers chants, est associé à l’office des matines anglican traditionnel. L’oeuvre de Rutter
(écrite à l’origine pour choeur et orgue, mais arrangée ultérieurement pour orchestre – la version qui figure sur le présent CD) a été composée en 1988 pour l’office du Centenaire de la Guilde
des musiciens d’église. L’événement s’est tenu à la Cathédrale de Canterbury, foyer de la communion anglicane mondiale. Rutter fut lui-même nommé membre de la Guilde des musiciens d’église cette
année-là – et recevra peu de temps après le doctorat en musique de Lambeth, que lui remettra l’archevêque de Canterbury en reconnaissance de sa contribution à la musique sacrée.
I my best-beloved's am est une oeuvre non accompagnée qui rappelle l’univers musical de Come down, O love divine. Elle fut écrite à l’occasion d’un
concert donné à la Cathédrale de Canterbury par les BBC Singers, sous la direction de Stephen Layton, en octobre 1999. Le concert ayant pour thème les septs sacrements, et en l’absence d’une
oeuvre jugée appropriée pour représenter le sacrement du mariage, Rutter fut invité à combler ce vide. Le texte mêle des passages des répons nuptiaux en latin de l’ancien rite tridentin (traités
à la manière d’un plaint-chant) à la profession de foi personnelle du poète du XVIIe siècle Frances Quarles.
Comme on l’aura déjà deviné, l’amitié pure et simple fournit l’une des sources d’inspiration clés de la musique de Rutter. As the Bridegroom to his chosen fut
écrit pour le mariage de Jeremy Taylor et Mary Muir, deux membres de la propre chorale du compositeur, les Cambridge Singers. Le texte du XIVe siècle est de John Tauler (hormis quelques modestes
altérations de Rutter lui-même). Il s’agit ici de l’un des meilleurs exemples du talent caractéristique de Rutter pour créer des mélodies tendres et gracieuses qui caressent l’esprit pendant des
jours. C’est encore une mélodie cadencée et délicatement équilibrée qui embrasse le texte de Thy perfect love, une pièce écrite en 1974 à la demande d’un ami, John Preston Bell, pour la
chorale de l’église paroissiale du petit village de Meopham, dans le comté du Kent, au sud de Londres. Le texte est emprunté à un auteur inconnu du XVe siècle. Les arrangements de ces deux
dernières oeuvres ayant été retenus pour ce CD sont des orchestrations ultérieures des versions originales.
* * *
C’est John Rutter lui-même qui aurait dû écrire ces notes. Au moment où il allait les rédiger, son fils Christopher venait de se tuer dans un accident, à l’âge de
19 ans, dans une rue de Cambridge. Chris avait suivi les traces de son père à Clare College, où il avait reçu une bourse pour chanter dans la chorale de la chapelle. Aussi ne pouvait-il pas être
plus approprié que de dédier cet enregistrement d’oeuvres de musique sacrée de son père, si profondément consolatrices, à la mémoire de Chris.
© Hyperion, 2000






