émancipation autant architecturale quémotionnelle... Consacrant un jour par suite et le hasard du calendrier mayant fait commencer un lundi, jai ainsi eu lhumble satisfaction de clore le samedi suivant : chaque jour (ou plutôt chaque nuit) pour créer, recréer un monde, et, tel un cheminement, tendre mon fil avec un sentiment de globalité, de tout indissociable.
Jai eu la chance de pouvoir utiliser plusieurs instruments du même luthier, et de choisir pour chaque suite la couleur, le grain, le caractère et les différentes possibilités darticulation propres à chaque instrument : habiter chaque violoncelle, faire siens chaque registre et timbre, révéler chaque identité sonore pour la mettre au service de chaque histoire, et tenter dhonorer ce discours pour un instrument à la vocation habituellement plutôt monodique, un langage où lon doit se faire tour à tour ou simultanément polyphoniste, contrepointiste, harmoniste, mélodiste, maître à danser... conteur.
Jai utilisé quasi systématiquement un archet dun modèle de la fin du 17ème siècle à cambrure inversée (comme un arc) plus apte à varier à linfini les articulations sans avoir à senfermer dans un faux débat sur les coups darchet (on confond souvent les deux pour la musique de cette époque), archet plus à même de jouer avec les différentes voix dans les polyphonies et contrepoints (ces voix que lon doit abandonner pour une autre et que lon reprend quelques notes après) et ainsi jouer avec la mémoire de son public... un archet qui parle en chantant et qui chante en parlant, et dont le rebond et lélasticité nous invitent tout naturellement à la danse.
Après chaque traditionnelle balance, chaque suite a été enregistrée plusieurs fois dans ses continuité et intégralité, enchaînée comme au concert. Si ce procédé est quelque peu à contre-courant de lusage actuel, il est pour moi lun des garants de lintégrité et de lunité de ces pièces, de léquilibre et du bon rapport entre les tempi des danses, dune logique dans lengagement et dune respiration cherchant labandon, dun seul et même souffle.
Bruno Cocset
Charles Riché
À propos des instruments
Il est intéressant de noter quen quatre siècles le violoncelle a très peu évolué, les changements sétant opérés essentiellement sur le montage, cest-à-dire : les cordes, la touche, le renversement, le chevalet, lâme et la barre dharmonie. Les évolutions nettement perceptibles pourraient être situées, pour simplifier, au tournant des siècles, à savoir du 17ème, 18ème et 19ème siècle, très peu de choses ayant changé depuis, si ce nest la matière des cordes passant du boyau au métal au cours du 20ème siècle.
La richesse des différentes époques, révélée petit à petit à nos oreilles et à notre imagination, inspire et encourage notre travail en manque doriginalité, vérité et cohérence, chaque période ayant ses propres particularités de dynamique, timbres, articulations et résonances : le cuir et lécorce laissant place au velours et à la soie, puis aujourdhui à ...! ?
Les instruments ici utilisés sont inspirés de Gasparo Da Salo, autour de 1600, montage 17ème ; Pietro Guarneri 1734, montage 18ème ; Antonio Stradivari, 1700, montage 18ème ; Antonio et Girolamo Amati, 1600, montage 17ème 5 cordes, rencontre avec la basse de viole tout comme avec la viola bastarda, exploitant la richesse et les résonances de lun et les dynamique et projection de lautre.
Merci à Bruno Cocset pour cette collaboration et complicité, riche en tout point de vue et indispensable à nos recherches.
Charles Riché
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