Artiste principal :
Barthold Kuijken
Genre : Classique > Musique de chambre
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Qualité Studio Masters
Qualité CD (Lossless 16 bits 44.1 kHz)
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Qualité Standard (320 kpbs)
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- 1 I. Prélude
- 2 II. Allemande : "La Royalle"
- 3 III. Rondeau : "Le Duc d'Orléans"
- 4 IV. Sarabande : "La d'Armagnac"
- 5 V. Gavotte : "La Meudon"
- 6 VI. Menuet n° 1 : "Le Comte de Brion"
- 7 VII. Menuet n° 2
- 8 VIII. Gigue : "La Folichon"
- 9 I. Prélude
- 10 II. Allemande : "L'Atalante"
- 11 III. Sarabande : "La Fidelle"
- 12 IV. "Petit Air tendre"
- 13 V. Gavotte en Rondeau : "La Maillebois"
- 14 VI. Gavotte n° 2
- 15 VII. Rondeau : "Le Baron"
- 16 I. Allemande : "La Chauvet"
- 17 II. "La Messinoise"
- 18 III. Rondeau : "Le Lutin"
- 19 IV. Gigue : "La Perousine"
- 20 I. Prélude
- 21 II. Allemande
- 22 III. Courante
- 23 IV. Rondeau
- 24 V. Grave
- 25 VI. Gigue
- 26 I. Prélude
- 27 II. Caprice
- 28 III. Allemande
- 29 IV. Sarabande
- 30 V. Menuet n° 1
- 31 VI. Menuet n° 2
- 32 VII. Sicilienne
- 33 VIII. Gavotte
- 34 IX. Gigue
- 1 I. Prélude
- 2 II. Allemande : "La Fontainebleau"
- 3 III. Sarabande : "Le Départ"
- 4 IV. Air : "Le Fleuri"
- 5 V. Gavotte : "La Mitilde"
- 6 VI. Branle de Village : "L'Auteüil"
- 7 VII. Menuet n° 1 : "Le Beaulieu"
- 8 VIII. Menuet n° 2
- 9 I. Allemande : "La Cascade de St. Cloud"
- 10 II. Sarabande : "La Guimon"
- 11 III. Courante : "L’lndiferente"
- 12 IV. Rondeau tendre : "Le Plaintif"
- 13 V. Menuet : "Le Mignon"
- 14 VI. Gigue : "L'Italienne"
- 15 I. Prélude
- 16 II. Allemande
- 17 III. Sarabande
- 18 IV. Menuet n° 1
- 19 V. Menuet n° 2
- 20 VI. Gavotte
- 21 VII. Rondeau
- 22 VIII. Gigue
- 23 I. Prélude
- 24 II. Allemande
- 25 III. Courante
- 26 IV. Grave
- 27 V. Gigue
DISQUE 1
Suite n° 1 en ré majeur (Premier livre de pièces pour la flûte traversière avec la basse) (Jacques Hotteterre "Le Romain")
Suite n° 2 en sol majeur (Premier livre de pièces pour la flûte traversière avec la basse)
Suite n° 5 en mi mineur (Premier livre de pièces pour la flûte traversière avec la basse)
Suite n° 4 en si mineur (Deuxième livre de pièces pour la flûte traversière avec la basse)
Suite n° 1 en sol mineur (Deuxième livre de pièces pour la flûte traversière avec la basse)
DISQUE 2
Suite n° 4 en mi mineur (Premier livre de pièces pour la flûte traversière avec la basse)
Suite n° 3 en sol majeur (Premier livre de pièces pour la flûte traversière avec la basse)
Suite n° 2 en ut mineur (Deuxième livre de pièces pour la flûte traversière avec la basse)
Suite n° 3 en ré majeur (Deuxième livre de pièces pour la flûte traversière avec la basse)
À propos
Premier et Deuxième Livre de Pièces pour la Flûte Traversière avec la Basse / Barthold Kuijken, flûte traversière - Wieland Kuijken, viole de gambe - Robert Kohnen, clavecin
Distinctions
Diapason d'or (février 2001)
Inclus
1 Livret numérique
Détails de l'enregistrement original :
63:31 - 55:29 - DDD - Enregistré en janvier et mai 2000 en l'Eglise de la Congrégation Ménnonite à Harlem (Pays-Bas) - Notes en français, anglais & allemand
Jacques Hotteterre "Le Romain" (1674-1763)
Premier & Deuxième livre de pièces pour la flûte traversière avec la basse (1715)
Premier livre
Suite n° 1 en ré majeur
Suite n° 2 en sol majeur
Suite n° 3 en sol majeur
Suite n° 4 en mi mineur
Suite n° 5 en mi mineur
Deuxième livre
Suite n° 1 en sol mineur
Suite n° 2 en ut mineur
Suite n° 3 en ré majeur
Suite n° 4 en si mineur
Barthold Kuijken, flûte traversière (Alain Weemaels, Bruxelles 1999, d'après une flûte fabriquée par Hotteterre vers 1710 [conservée au Johanneum à Graz])
Wieland Kuijken, viole de gambe (Nicolas Bertrand, Paris 1705)
Robert Kohnen, clavecin (Alain Anselm, Villemandeur 1985 d'après Collesse, Lyon vers 1760)
Premier & Deuxième livre de pièces pour la flûte traversière avec la basse (1715)
Premier livre
Suite n° 1 en ré majeur
Suite n° 2 en sol majeur
Suite n° 3 en sol majeur
Suite n° 4 en mi mineur
Suite n° 5 en mi mineur
Deuxième livre
Suite n° 1 en sol mineur
Suite n° 2 en ut mineur
Suite n° 3 en ré majeur
Suite n° 4 en si mineur
Barthold Kuijken, flûte traversière (Alain Weemaels, Bruxelles 1999, d'après une flûte fabriquée par Hotteterre vers 1710 [conservée au Johanneum à Graz])
Wieland Kuijken, viole de gambe (Nicolas Bertrand, Paris 1705)
Robert Kohnen, clavecin (Alain Anselm, Villemandeur 1985 d'après Collesse, Lyon vers 1760)
C’est sur une copie exacte de la flûte fabriquée par Hotteterre lui-même en 1710 que l’on peut entendre ici ses propres œuvres ; car non content d’être compositeur, Hotteterre était également
bassoniste de l’orchestre de la Grande Ecurie du Roy et flûtiste de la Chambre du Roy, et s’adonnait à la facture instrumentale ! Pour parfaire son curriculum, il écrivit aussi le premier traité de
flûte traversière, au profit de ses nombreux élèves – car l’activité royale se bornait à jouer parfois pour les levers, repas, promenades ou couchers royaux, une sorte de juke-box vivant, ce qui
lui laissait beaucoup de liberté. Fin stratège, il indiqua également dans son traité (Principes de la flûte traversière, 1707, réédité en 1720, 1722 et 1741, remanié en 1760, piraté dans
l’Europe entière) que quiconque désirait des exemples précis des instructions fournies pouvait venir les acquérir chez lui en personne… Et ce manuel fut suivi assez rapidement – 1708 et 1715 – de
deux recueils de Pièces pour la flûte traversière, que voici.
En évitant soigneusement tout excès d’ornementation, Barthold Kuijken reprend les enseignements de Quantz et de Hotteterre lui-même qui mettaient en garde contre le style extravagant et bizarre à l’italienne qui détruit la structure de la phrase musicale. Il faut ajouter que Hotteterre indique avec précision de quelle manière ornementer les lignes mélodiques !
La couleur sombre de la flûte Hotteterre apporte à cette musique pastorale du Grand Siècle une profondeur inhabituelle. Voilà un enregistrement indispensable à la découverte du répertoire de la flûte et la façon de l’interpréter, ici avec un grand art par Barthold Kuijken.
En évitant soigneusement tout excès d’ornementation, Barthold Kuijken reprend les enseignements de Quantz et de Hotteterre lui-même qui mettaient en garde contre le style extravagant et bizarre à l’italienne qui détruit la structure de la phrase musicale. Il faut ajouter que Hotteterre indique avec précision de quelle manière ornementer les lignes mélodiques !
La couleur sombre de la flûte Hotteterre apporte à cette musique pastorale du Grand Siècle une profondeur inhabituelle. Voilà un enregistrement indispensable à la découverte du répertoire de la flûte et la façon de l’interpréter, ici avec un grand art par Barthold Kuijken.
Jacques Hotteterre
Jacques Hotteterre (29 septembre 1674 - 16juillet 1763) fut l'un des membres les plus importants d'une famille qui, durant un siècle et demi, procura à la cour de France de nombreux facteurs d'instruments, des compositeurs et des instrumentistes. Pourtant, malgré une telle renommée, on ne sait que fort peu de choses à son sujet. Il n'y a pas encore quarante ans, on ne savait rien ni de la date de sa naissance ni de celle de son décès. Bien que dans ses publications son nom figure toujours comme Mr. Hotteterre le Romain, il est aujourd'hui encore impossible de présumer comment il obtint cette épithète (d'un voyage à Rome ?). Dans sa fameuse Biographie universelle des Musiciens, Fétis le mentionnait comme Louis Hotteterre le Romain, fils d'Henri. En réalité, Louis était l'un de ses cousins, mais d'un certain Henri il ne subsiste aucun document. Cette erreur a pourtant provoqué beaucoup de confusion, car de nombreux auteurs l'ont reprise.
Probablement dès 1692 – ou fut-ce en 1707 – Hotteterre devint membre de la Grande Ecurie du Roy en qualité de joueur de basson et, d'après le frontispice de ses Principes de la Flûte traversière (1707), il était alors également Flûte de la Chambre du Roy, bien que le poste ne lui fut officiellement offert que le 26 août 1717. Cependant, son traité fut imprimé avec Privilège de sa Majesté !
Johann Friedrich von Uffenbach lui rendit visite en 1715, lors de l'un de ses voyages à travers l'Europe. Ce dernier écrira dans son journal de voyage que Hotteterre lui fit voir plusieurs belles flûtes, qu'il avait faites lui-même. C'est l'unique indication que nous possédions aujourd'hui de l'activité de facteur d'instruments de notre auteur. D'autre part, il reste trois flûtes traversières qu'on lui attribue – puisqu'elles portent le nom de Hotteterre suivi d'une ancre – mais il pourrait aussi bien s'agir d'instruments construits par son grand-père. En outre, seul l'instrument en possession du Joanneum à Graz semble authentique.
On se heurte donc encore à de nombreuses questions, mais il est certain que parmi la noblesse, Hotteterre jouissait d'une excellente réputation en tant que flûtiste et joueur de musette, ainsi que comme enseignant. Une carrière de professeur n'était certes pas exclue, puisque qu'en tant qu'ordinaire de la musique du Roy», il n'était employé qu'un quart de l'année pour servir le roi à son lever, ses repas, ses promenades, son coucher, etc. Il pouvait donc aisément consacrer sa liberté à la rédaction du premier manuel de flûte traversière (le traverse «moderne» en trois parties avec une clef pour le mi bémol) au profit de ses élèves.
Le traité fut un succès immédiat, car il arriva au bon moment. Depuis 1677 et grâce à Jean, Nicolas et Jeannot Hotteterre, le traverse avait commencé à supplanter la flûte à bec dans les orchestres et même les amateurs adoptèrent rapidement ce nouvel instrument plus à la mode. Le manuel fut réédité en 1720, en 1722 et en 1741 et fut retravaillé en 1760 ; à Amsterdam on en publia quatre éditions pirates et des traductions en anglais, en néerlandais et (une partielle) en allemand suivirent. Dans sa préface, Hotteterre mentionna que ceux qui voulaient des exemples précis des instructions fournies dans le traité, pouvaient les obtenir chez lui. Il y remarqua également qu'il avait en préparation un livre de suites avec des pièces spécialement écrites pour la flûte. En effet, en 1708 il publia son Premier livre de pièces pour la flûte tra versière, et autres instruments, avec la basse dédiées au Roy et un Deuxième livre suivit en 1715. Ces recueils eux aussi vinrent à combler un vide : il y avait à l'époque une forte demande de musique pour le traverse, car mises à part les Pièces pour la flûte traversière (1703) de Michel de la Barre, il n'y avait guère de répertoire pour ce nouvel instrument. Les suites de Jacques Hotteterre sont de véritables modèles du style français, car elles font partie d'un mode de vie que Louis XIV cherchait à émaner. Le roi, homme de guerre obstiné et amant incorrigible, était pourtant extrêmement attentif à l'étiquette. Les émotions pouvaient être senties, mais jamais montrées. On encourageait l'ordre, la cérémonie et l'admiration, mais les éruptions sentimentales, les tournures inattendues et les harmonies trop audacieuses étaient considérées comme néfastes. Dans son Traité du bon goût en musique publié en 1705, Jean Laurent le Cerf de La Viéville, Seigneur de Freneuse, défendait la musique française contre le style baroque italien envahissant. Il y a dans la musique de grandes et de petites règles, dit-il, les petites s'apprennent à l'école de musique, les grandes sont les suivantes : une pièce de musique doit être avant tout naturelle et simple, ensuite, il faut qu'elle soit expressive et enfin, qu'elle soit harmonieuse, mélodieuse et agréable. En outre il est indispensable d'éviter tout excès. Johann Joachim Quantz est encore plus clair à ce propos dans son Versuch einer Anweisung, die Flôte traversière zu spielen (1752) :
« Dans leurs compositions les Italiens sont indéfinis, superbes, vifs, expressifs, profonds et élevés dans la pensée ; ils sont quelque peu étranges, ouverts, audacieux, téméraires et extravagants [...]. Dans leurs compositions les Français sont vifs d'esprit, énergiques, naturels, agréables et intelligibles au public [...]. La façon de jouer des Italiens est capricieuse, extravagante, pleine d'artifices, obscure, souvent téméraire et bizarre et difficile dans l'exécution. Elle permet l'ajout de nombreux agréments et requiert une bonne connaissance de l'harmonie, mais elle provoque chez l'auditeur ignorant plus d'étonnement que de plaisir. Les Français jouent d'une façon servile, modeste, claire, mais propre et pure dans l'exécution [...]. Elle ne demande que peu de connaissances harmoniques, puisque les agréments sont généralement prescrits par le compositeur ». En effet, Jacques Hotteterre est extrêmement précis dans l'indication de ses agréments, mais donnons-lui la parole :
« Avertissement
Voicy les Pièces que j'avais promises dans le Traité de Flûte que je fis imprimer l'année passée. Elles auraient paru plutôt, si je m'étais rendu aux sollicitations de mes amis : Mais avant que de les produire, j'ay été bien aise de les faire entendre et de consulter le sentiment des personnes capables d'en juger avec connaissance et sans prévension.
Pour ce qui regarde le goût et la propreté, j'ay marqué, autant qu'il a été possible de le faire, les agréments aux endroits les plus essentiels, je ne laisseray pas de donner icy quelques avis sur ce sujet, lesquels pourront servir non seulement pour ces Pièces, mais encore pour toutes les autres qui conviennent à la Flûte.
On observera qu'il faut faire des Flottements presque sur toutes les Notes longues et qu'il les faut faire (aussi bien que les Tremblements et Battements) plus lents ou plus précipitez, selon le mouvement et le caractère des Pièces ; que l'on doit faire un Coulement presque dans tous les intervalles de tierce en descendant ; que l'on fait souvent une double Cadence, lors qu'après les Tremblements on monte d'un degré ; que l'on doit faire des Tremblements presque sur tous les Diézis accidentels, excepté lorsqu'ils se rencontrent sur des Notes fort brèves, comme sur quelques Croches, et sur les doubles Croches, dans les Airs de Mouvement. Je les ay marqués tous dans cette édition.
A l'égard du Port-de-voix, j'ajoûteray qu 'il doit être presque toujours accompagné du Battement.
On ne peut gueres déterminer tous les endroits où l'accent se doit placer ; on le fait ordinairement sur l'extrémité d'une Note pointée, lorsqu'elle est suivie d'une Croche sur le même degré, j'entends dans les Mesures où les Croches sont inégales ; dans les autres Mesures il faudra procéder par rapport à celles-cy. On le fait encore sur certaines Notes longues, mais il en faut user rarement.
Lorsqu 'on trouvera deux Notes l'une sur l'autre, on choisira celle qu 'on voudra.
Voilà ce qui me paroit nécessaire pour l'intelligence de ces Pièces ; si l'on veut bien faire attention à ces petites Remarques, j'espère qu'on parviendra à jouer proprement ces mêmes Pièces, et beaucoup d'autres, puisque ces Règles sont des Règles générales ». Enfin Quantz mentionne encore que dans la musique française, il s'agit plutôt de la composition que de l'exécution, tandis que pour les Italiens l'exécution est presque plus importante. Cela n'est vrai, bien sûr, qu'en partie. La musique française supporte mal en effet les ornements improvisés qui pourraient nuire à la ligne de la composition. Elle doit être exécutée avec précision, mais de sorte que les émotions voilées puissent être perceptibles à un auditeur attentif à travers cette superficialité feinte. Pour y réussir, il faut probablement être armé de plus de musicalité que pour une exécution poignante d’un Capriccio de Locatelli.
Jacques Hotteterre (29 septembre 1674 - 16juillet 1763) fut l'un des membres les plus importants d'une famille qui, durant un siècle et demi, procura à la cour de France de nombreux facteurs d'instruments, des compositeurs et des instrumentistes. Pourtant, malgré une telle renommée, on ne sait que fort peu de choses à son sujet. Il n'y a pas encore quarante ans, on ne savait rien ni de la date de sa naissance ni de celle de son décès. Bien que dans ses publications son nom figure toujours comme Mr. Hotteterre le Romain, il est aujourd'hui encore impossible de présumer comment il obtint cette épithète (d'un voyage à Rome ?). Dans sa fameuse Biographie universelle des Musiciens, Fétis le mentionnait comme Louis Hotteterre le Romain, fils d'Henri. En réalité, Louis était l'un de ses cousins, mais d'un certain Henri il ne subsiste aucun document. Cette erreur a pourtant provoqué beaucoup de confusion, car de nombreux auteurs l'ont reprise.
Probablement dès 1692 – ou fut-ce en 1707 – Hotteterre devint membre de la Grande Ecurie du Roy en qualité de joueur de basson et, d'après le frontispice de ses Principes de la Flûte traversière (1707), il était alors également Flûte de la Chambre du Roy, bien que le poste ne lui fut officiellement offert que le 26 août 1717. Cependant, son traité fut imprimé avec Privilège de sa Majesté !
Johann Friedrich von Uffenbach lui rendit visite en 1715, lors de l'un de ses voyages à travers l'Europe. Ce dernier écrira dans son journal de voyage que Hotteterre lui fit voir plusieurs belles flûtes, qu'il avait faites lui-même. C'est l'unique indication que nous possédions aujourd'hui de l'activité de facteur d'instruments de notre auteur. D'autre part, il reste trois flûtes traversières qu'on lui attribue – puisqu'elles portent le nom de Hotteterre suivi d'une ancre – mais il pourrait aussi bien s'agir d'instruments construits par son grand-père. En outre, seul l'instrument en possession du Joanneum à Graz semble authentique.
On se heurte donc encore à de nombreuses questions, mais il est certain que parmi la noblesse, Hotteterre jouissait d'une excellente réputation en tant que flûtiste et joueur de musette, ainsi que comme enseignant. Une carrière de professeur n'était certes pas exclue, puisque qu'en tant qu'ordinaire de la musique du Roy», il n'était employé qu'un quart de l'année pour servir le roi à son lever, ses repas, ses promenades, son coucher, etc. Il pouvait donc aisément consacrer sa liberté à la rédaction du premier manuel de flûte traversière (le traverse «moderne» en trois parties avec une clef pour le mi bémol) au profit de ses élèves.
Le traité fut un succès immédiat, car il arriva au bon moment. Depuis 1677 et grâce à Jean, Nicolas et Jeannot Hotteterre, le traverse avait commencé à supplanter la flûte à bec dans les orchestres et même les amateurs adoptèrent rapidement ce nouvel instrument plus à la mode. Le manuel fut réédité en 1720, en 1722 et en 1741 et fut retravaillé en 1760 ; à Amsterdam on en publia quatre éditions pirates et des traductions en anglais, en néerlandais et (une partielle) en allemand suivirent. Dans sa préface, Hotteterre mentionna que ceux qui voulaient des exemples précis des instructions fournies dans le traité, pouvaient les obtenir chez lui. Il y remarqua également qu'il avait en préparation un livre de suites avec des pièces spécialement écrites pour la flûte. En effet, en 1708 il publia son Premier livre de pièces pour la flûte tra versière, et autres instruments, avec la basse dédiées au Roy et un Deuxième livre suivit en 1715. Ces recueils eux aussi vinrent à combler un vide : il y avait à l'époque une forte demande de musique pour le traverse, car mises à part les Pièces pour la flûte traversière (1703) de Michel de la Barre, il n'y avait guère de répertoire pour ce nouvel instrument. Les suites de Jacques Hotteterre sont de véritables modèles du style français, car elles font partie d'un mode de vie que Louis XIV cherchait à émaner. Le roi, homme de guerre obstiné et amant incorrigible, était pourtant extrêmement attentif à l'étiquette. Les émotions pouvaient être senties, mais jamais montrées. On encourageait l'ordre, la cérémonie et l'admiration, mais les éruptions sentimentales, les tournures inattendues et les harmonies trop audacieuses étaient considérées comme néfastes. Dans son Traité du bon goût en musique publié en 1705, Jean Laurent le Cerf de La Viéville, Seigneur de Freneuse, défendait la musique française contre le style baroque italien envahissant. Il y a dans la musique de grandes et de petites règles, dit-il, les petites s'apprennent à l'école de musique, les grandes sont les suivantes : une pièce de musique doit être avant tout naturelle et simple, ensuite, il faut qu'elle soit expressive et enfin, qu'elle soit harmonieuse, mélodieuse et agréable. En outre il est indispensable d'éviter tout excès. Johann Joachim Quantz est encore plus clair à ce propos dans son Versuch einer Anweisung, die Flôte traversière zu spielen (1752) :
« Dans leurs compositions les Italiens sont indéfinis, superbes, vifs, expressifs, profonds et élevés dans la pensée ; ils sont quelque peu étranges, ouverts, audacieux, téméraires et extravagants [...]. Dans leurs compositions les Français sont vifs d'esprit, énergiques, naturels, agréables et intelligibles au public [...]. La façon de jouer des Italiens est capricieuse, extravagante, pleine d'artifices, obscure, souvent téméraire et bizarre et difficile dans l'exécution. Elle permet l'ajout de nombreux agréments et requiert une bonne connaissance de l'harmonie, mais elle provoque chez l'auditeur ignorant plus d'étonnement que de plaisir. Les Français jouent d'une façon servile, modeste, claire, mais propre et pure dans l'exécution [...]. Elle ne demande que peu de connaissances harmoniques, puisque les agréments sont généralement prescrits par le compositeur ». En effet, Jacques Hotteterre est extrêmement précis dans l'indication de ses agréments, mais donnons-lui la parole :
« Avertissement
Voicy les Pièces que j'avais promises dans le Traité de Flûte que je fis imprimer l'année passée. Elles auraient paru plutôt, si je m'étais rendu aux sollicitations de mes amis : Mais avant que de les produire, j'ay été bien aise de les faire entendre et de consulter le sentiment des personnes capables d'en juger avec connaissance et sans prévension.
Pour ce qui regarde le goût et la propreté, j'ay marqué, autant qu'il a été possible de le faire, les agréments aux endroits les plus essentiels, je ne laisseray pas de donner icy quelques avis sur ce sujet, lesquels pourront servir non seulement pour ces Pièces, mais encore pour toutes les autres qui conviennent à la Flûte.
On observera qu'il faut faire des Flottements presque sur toutes les Notes longues et qu'il les faut faire (aussi bien que les Tremblements et Battements) plus lents ou plus précipitez, selon le mouvement et le caractère des Pièces ; que l'on doit faire un Coulement presque dans tous les intervalles de tierce en descendant ; que l'on fait souvent une double Cadence, lors qu'après les Tremblements on monte d'un degré ; que l'on doit faire des Tremblements presque sur tous les Diézis accidentels, excepté lorsqu'ils se rencontrent sur des Notes fort brèves, comme sur quelques Croches, et sur les doubles Croches, dans les Airs de Mouvement. Je les ay marqués tous dans cette édition.
A l'égard du Port-de-voix, j'ajoûteray qu 'il doit être presque toujours accompagné du Battement.
On ne peut gueres déterminer tous les endroits où l'accent se doit placer ; on le fait ordinairement sur l'extrémité d'une Note pointée, lorsqu'elle est suivie d'une Croche sur le même degré, j'entends dans les Mesures où les Croches sont inégales ; dans les autres Mesures il faudra procéder par rapport à celles-cy. On le fait encore sur certaines Notes longues, mais il en faut user rarement.
Lorsqu 'on trouvera deux Notes l'une sur l'autre, on choisira celle qu 'on voudra.
Voilà ce qui me paroit nécessaire pour l'intelligence de ces Pièces ; si l'on veut bien faire attention à ces petites Remarques, j'espère qu'on parviendra à jouer proprement ces mêmes Pièces, et beaucoup d'autres, puisque ces Règles sont des Règles générales ». Enfin Quantz mentionne encore que dans la musique française, il s'agit plutôt de la composition que de l'exécution, tandis que pour les Italiens l'exécution est presque plus importante. Cela n'est vrai, bien sûr, qu'en partie. La musique française supporte mal en effet les ornements improvisés qui pourraient nuire à la ligne de la composition. Elle doit être exécutée avec précision, mais de sorte que les émotions voilées puissent être perceptibles à un auditeur attentif à travers cette superficialité feinte. Pour y réussir, il faut probablement être armé de plus de musicalité que pour une exécution poignante d’un Capriccio de Locatelli.
Pieter Andriessen
Traduction : MarcVanscheeuwijck
© Accent 2007 – Reproduction interdite
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