Artiste principal :
Michael Tilson Thomas
Genre : Classique > Mélodies & Lieder
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- 1 I. Waldmarchen. Langsam und träumerisch (Conte sylvestre)
- 2 II. Der Spielmann. Sehr gehalten (Le ménestrel)
- 3 Hochzeitsstück. Heftig bewegt (La noce)
Das klagende Lied (Gustav Mahler)
À propos
Marina Shaguch, soprano - Michelle DeYoung, mezzo-soprano - Thomas Moser, ténor - Sergei Leiferkus, baryton - San Francisco Symphony - Michael Tilson Thomas, direction
Distinctions
Qualité Studio Masters Garantie (mars 2012)
Inclus
1 Livret numérique
Studio Masters
24 bits / 96.0 kHz
Détails de l'enregistrement original :
67:12 - DDD & multicanal - Enregistré en "live" au Davies Symphonoy Hall de San Francisco en mai & juin 1996 - Notes & texte chanté en français, anglais & allemand
Gustav Mahler (1860–1911)
Das klagende Lied (Le chant de la plainte), cantate sur des poèmes du compositeur (version originale 1880)
I. Waldmärchen (Conte sylvestre)
II. Der Spielmann (Le ménestret)
III. Hochzeitsstück (La noce) Marina Shaguch, soprano
Michelle DeYoung, mezzo-soprano
Thomas Moser, ténor
Sergei Leiferkus, baryton
Chœur & Orchestre Symphonique de San Francisco
Direction Michael Tilson Thomas
Das klagende Lied (Le chant de la plainte), cantate sur des poèmes du compositeur (version originale 1880)
I. Waldmärchen (Conte sylvestre)
II. Der Spielmann (Le ménestret)
III. Hochzeitsstück (La noce) Marina Shaguch, soprano
Michelle DeYoung, mezzo-soprano
Thomas Moser, ténor
Sergei Leiferkus, baryton
Chœur & Orchestre Symphonique de San Francisco
Direction Michael Tilson Thomas
Il y a beaucoup à dire sur cette première œuvre achevée de Gustav Mahler, écrite par un jeune compositeur de 20 ans qui n’a encore jamais pu éprouver l’efficacité de son orchestration « en vrai ».
Lui-même, retrouvant le manuscrit dans ses archives treize ans plus tard, s’exclama : « Je ne puis pas comprendre qu'une œuvre aussi étrange et aussi puissante ait pu jaillir de la plume d'un jeune
homme de vingt ans... L'essentiel du Mahler que vous connaissez s'est révélé là d'un seul coup. Le plus incompréhensible selon moi, c'est qu'il n'y ait rien à changer, même dans l'orchestration,
tant elle est étrange et nouvelle ! ». Ce qui ne l’empêcha pas de réviser la partition, sans réellement changer grand-chose, hormis que la très longue première partie était carrément
supprimée…
Le présent enregistrement donne quand même une version complète, comprenant ce premier volet ainsi que les deux suivantes parties dans la version révisée de 1899. On y entend, d’emblée, le vrai Mahler, autant dans l’orchestration que dans l’humour grinçant, dans les accents faussement populaires, dans la fluidité mélodique, sans parler même de l’harmonie si personnelle. C’est tout bonnement prodigieux. Une seule chose reste mystérieuse : comment le jury du Concours Beethoven de 1881 a-t-il pu négliger ce chef-d’œuvre, récompensant des pièces de Robert Fuchs (Premier prix ; il était l’un des professeurs de Mahler), Viktor Herzfeld et Hans Fink ?... Bon, qu’un fielleux et rétrograde critique tel que Eduard Hanslick ait pu préférer la bonne vieille tradition à papa, cela se comprend encore. Mais Johannes Brahms, qui était également dans le jury ???
Le présent enregistrement donne quand même une version complète, comprenant ce premier volet ainsi que les deux suivantes parties dans la version révisée de 1899. On y entend, d’emblée, le vrai Mahler, autant dans l’orchestration que dans l’humour grinçant, dans les accents faussement populaires, dans la fluidité mélodique, sans parler même de l’harmonie si personnelle. C’est tout bonnement prodigieux. Une seule chose reste mystérieuse : comment le jury du Concours Beethoven de 1881 a-t-il pu négliger ce chef-d’œuvre, récompensant des pièces de Robert Fuchs (Premier prix ; il était l’un des professeurs de Mahler), Viktor Herzfeld et Hans Fink ?... Bon, qu’un fielleux et rétrograde critique tel que Eduard Hanslick ait pu préférer la bonne vieille tradition à papa, cela se comprend encore. Mais Johannes Brahms, qui était également dans le jury ???
Das Klagende LiedMichael Steinberg
En concert, les plus anciennes œuvres de Mahler qu'on a des chances d'entendre sont les Chants d'un compagnon itinérant de 1883-1884. Das klagende Lied (Le Chant plaintif) nous ramène plus loin en arrière, à une période qui débute en 1878 – alors que Mahler, à dix-sept ans, est encore élève au Conservatoire de Vienne – et se termine en octobre 1880 – après que le jeune homme a commencé sa carrière de chef d'orchestre. Dans Das klagende Lied, on sent combien il avait raison d'affirmer que c'était ici qu'on discerne pour la première fois le vrai Mahler. Mahler, jeune homme inconnu de vingt ans, n'avait pas les soutiens qui lui auraient permis de faire exécuter une œuvre aussi vaste que Das klagende Lied. On attendit donc vingt ans avant d'entendre la partition, et encore ce ne furent que les deuxième et troisième sections. C'est seulement en 1934, vingt-trois ans après la mort de Mahler, que la création de la version en trois mouvements fut retransmise par la Radio de Brno, en Tchécoslovaquie. Le titre Das klagende Lied n'est pas facile à traduire, et « Le Chant plaintif » n'est pas tout à fait satisfaisant. Car si le sens premier de klagen est bien « se plaindre », « se lamenter », ce verbe signifie aussi « déposer une plainte » en justice. Klagen évoque également son dérivé, ankiagen, accuser. Toutes ces connotations sont présentes dans Das klagende Lied, dont voici l'histoire.
Première partie (Waldmarchen / Conte sylvestre) : Une reine belle et fière accepte de se donner en épouse au chevalier qui trouvera une certaine fleur rouge dans la forêt – une fleur aussi belle qu'elle. Deux frères partent à la recherche de cette fleur ; le cadet est beau et doux, tandis que l'aîné « ne sait que jurer ». Le plus jeune des deux frères trouve la fleur, puis s'allonge pour dormir. Le frère aîné le découvre et le tue, puis prend la fleur et réclame sa récompense.
Deuxième partie (Der Spielmann / Le ménestrel) : Un musicien errant dans la forêt trouve un os qui brille et en fait une flûte. Lorsqu'il joue de son nouvel instrument, celui-ci se met à raconter l'histoire du meurtre. Le ménestrel décide qu'il doit aller trouver la reine.
Troisième partie (Hochzeitsstück / La noce) : Au banquet nuptial de la reine et du chevalier-assassin, le ménestrel joue de sa flûte, qui relate l'histoire du crime. Le nouveau roi s'empare de la flûte et la porte à ses lèvres, où elle l'accuse en personne. La reine s'évanouit, les invités prennent la fuite, et les murs du château s'effondrent. La cantate est très probablement un amalgame de contes de Ludwig Bechstein, folkloriste du XIXe siècle, et des frères Grimm, le tout revu par l'imagination de Mahler lui-même. Dans la musique, on perçoit l'écho d'autres compositeurs, de Wagner, surtout. L’échelle grandiose de la version originale en trois parties de Das Klagende Lied témoigne d'une ambition intrépide qui rend le jeune Mahler de vingt ans aussitôt reconnaissable. Le sens de l'orchestre que révèle Mahler est extraordinaire, et étonnant pour quelqu'un qui n'avait jamais entendu une note de sa propre musique orchestrale. Le compositeur possède également un sens remarquable de l'atmosphère.
Dès les premiers instants du prélude de Waldmarchen, l'on est prêt à croire que cette musique est du compositeur qui écrira le Jugement dernier, avec son tableau d'une terre dévastée, dans le finale de sa Deuxième Symphonie, ou le prélude évoquant les gorges montagneuses de Goethe dans la Scène de Faust de sa Huitième Symphonie. Mahler avait encore beaucoup à apprendre sur le plan de l'agogique. Mais là encore, il allait devenir un maître, et, parmi les nombreuses choses impressionnantes dans Das klagende Lied, on note que chacune de ses parties est sensiblement plus assurée et inventive que celle qui la précède.
En concert, les plus anciennes œuvres de Mahler qu'on a des chances d'entendre sont les Chants d'un compagnon itinérant de 1883-1884. Das klagende Lied (Le Chant plaintif) nous ramène plus loin en arrière, à une période qui débute en 1878 – alors que Mahler, à dix-sept ans, est encore élève au Conservatoire de Vienne – et se termine en octobre 1880 – après que le jeune homme a commencé sa carrière de chef d'orchestre. Dans Das klagende Lied, on sent combien il avait raison d'affirmer que c'était ici qu'on discerne pour la première fois le vrai Mahler. Mahler, jeune homme inconnu de vingt ans, n'avait pas les soutiens qui lui auraient permis de faire exécuter une œuvre aussi vaste que Das klagende Lied. On attendit donc vingt ans avant d'entendre la partition, et encore ce ne furent que les deuxième et troisième sections. C'est seulement en 1934, vingt-trois ans après la mort de Mahler, que la création de la version en trois mouvements fut retransmise par la Radio de Brno, en Tchécoslovaquie. Le titre Das klagende Lied n'est pas facile à traduire, et « Le Chant plaintif » n'est pas tout à fait satisfaisant. Car si le sens premier de klagen est bien « se plaindre », « se lamenter », ce verbe signifie aussi « déposer une plainte » en justice. Klagen évoque également son dérivé, ankiagen, accuser. Toutes ces connotations sont présentes dans Das klagende Lied, dont voici l'histoire.
Première partie (Waldmarchen / Conte sylvestre) : Une reine belle et fière accepte de se donner en épouse au chevalier qui trouvera une certaine fleur rouge dans la forêt – une fleur aussi belle qu'elle. Deux frères partent à la recherche de cette fleur ; le cadet est beau et doux, tandis que l'aîné « ne sait que jurer ». Le plus jeune des deux frères trouve la fleur, puis s'allonge pour dormir. Le frère aîné le découvre et le tue, puis prend la fleur et réclame sa récompense.
Deuxième partie (Der Spielmann / Le ménestrel) : Un musicien errant dans la forêt trouve un os qui brille et en fait une flûte. Lorsqu'il joue de son nouvel instrument, celui-ci se met à raconter l'histoire du meurtre. Le ménestrel décide qu'il doit aller trouver la reine.
Troisième partie (Hochzeitsstück / La noce) : Au banquet nuptial de la reine et du chevalier-assassin, le ménestrel joue de sa flûte, qui relate l'histoire du crime. Le nouveau roi s'empare de la flûte et la porte à ses lèvres, où elle l'accuse en personne. La reine s'évanouit, les invités prennent la fuite, et les murs du château s'effondrent. La cantate est très probablement un amalgame de contes de Ludwig Bechstein, folkloriste du XIXe siècle, et des frères Grimm, le tout revu par l'imagination de Mahler lui-même. Dans la musique, on perçoit l'écho d'autres compositeurs, de Wagner, surtout. L’échelle grandiose de la version originale en trois parties de Das Klagende Lied témoigne d'une ambition intrépide qui rend le jeune Mahler de vingt ans aussitôt reconnaissable. Le sens de l'orchestre que révèle Mahler est extraordinaire, et étonnant pour quelqu'un qui n'avait jamais entendu une note de sa propre musique orchestrale. Le compositeur possède également un sens remarquable de l'atmosphère.
Dès les premiers instants du prélude de Waldmarchen, l'on est prêt à croire que cette musique est du compositeur qui écrira le Jugement dernier, avec son tableau d'une terre dévastée, dans le finale de sa Deuxième Symphonie, ou le prélude évoquant les gorges montagneuses de Goethe dans la Scène de Faust de sa Huitième Symphonie. Mahler avait encore beaucoup à apprendre sur le plan de l'agogique. Mais là encore, il allait devenir un maître, et, parmi les nombreuses choses impressionnantes dans Das klagende Lied, on note que chacune de ses parties est sensiblement plus assurée et inventive que celle qui la précède.
Michael Steinberg
Traduction : Dennis Collins
© San Francisco Symphony 2007 – Reproduction interdite
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