Parmi les œuvres les plus suaves de Fauré, les plus transcendantes aussi, voici les deux Quintettes avec piano, le premier datant de 1906 – créé par le Quatuor Ysaÿe – et le second de la toute fin
de sa vie, 1921. On est aux antipodes du Fauré « de salon », dans un monde à la fois exalté et retenu, constamment en déséquilibre harmonique, dans lequel il n’est pas un instant qui ne soit
pleinement incarné, chargé d’émotions ou de sens. Certains pourraient être tentés de dire qu’en 1921, ce genre de musique était daté : le Sacre a déjà créé son
scandale voici huit ans, Honegger compose Pacific 231, tandis que Fauré s’obstine à écrire une polyphonie rigoureuse à quatre voix, avec des thèmes infinis, des harmonies fluides et fuyantes
mais strictement analysables ! Et pourtant, d’autres pourraient argumenter que cette musique n’a ni âge ni même d’époque, elle appartient au monde onirique de tout un
chacun. Le Fine Arts Quartet, l’un des plus justement célèbres au monde – et l’un des plus stables, puisque trois de ses quatre membres sont là depuis plus de 25 ans –, s’est
adjoint les services de la pianiste brésilienne Cristina Ortiz, qui sait insuffler une incandescence toute latine dans l’écrin rigoureux qu’offre le Fine Arts : parfaite osmose.