Artiste principal :
Dietrich Fischer-Dieskau
Genre : Classique > Mélodies & Lieder
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Qualité Studio Masters
Qualité CD (Lossless 16 bits 44.1 kHz)
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Qualité Standard (320 kpbs)
9.99€
- 1 Gute Nacht
- 2 Die Wetterfahne
- 3 Gefrorne Tränen
- 4 Erstarrung
- 5 Der Lindenbaum
- 6 Wasserflut
- 7 Auf dem Flusse
- 8 Rückblick
- 9 Irrlicht
- 10 Rast
- 11 Frühlingstraum
- 12 Einsamkeit
- 13 Die Post
- 14 Der greise Kopf
- 15 Die Krähe
- 16 Letzte Hoffnung
- 17 Im Dorfe
- 18 Der stürmische Morgen
- 19 Täuschung
- 20 Der Wegweiser
- 21 Das Wirtshaus
- 22 Mut
- 23 Die Nebensonnen
- 24 Der Leiermann
Winterreise (Le Voyage d'hiver), D 911 (Franz Schubert)
À propos
Voyage d'hiver, op.89 D. 911 / Dietrich Fischer-Dieskau, baryton - Gerald Moore, piano (Prades 1955)
Détails de l'enregistrement original :
70:42 - ADD transfert 24-bit - Enregistré le 4 juillet 1955 par la Radiodiffusion Française, dans le cadre du Festival de Prades (Diffusion le 10 août 1955) et *en 1953 par la Radio de Berlin - Notes en français et anglais (sans les textes des lieder)
Franz Schubert (1797-1828)
Voyage d'hiver, cycle de lieder sur des poèmes de Wilhelm Müller, op. 89, D. 911
Gute Nacht (Bonne nuit)
Die Wetterfahne (La Girouette)
Gefrorne Tränen (Larmes glacées)
Erstarrung (Engourdissement)
Der Lindenbaum (Le Tilleul) *
Wasserflut (Inondation)
Auf dem Flusse (Sur le Fleuve)
Rückblick (Regard en arrière)
Irrlicht (Feu follet)
Rast (Repos)
Frühlingstraum (Rêve de printemps)
Einsamkeit (Solitude)
Die Post (La Poste)
Der greise Kopf (La Tête de Vieillard)
Die Krähe (La Corneille)
Letzte Hoffnung (Dernier espoir)
Im Dorfe (Au Village)
Der stürmische Morgen (Matinée orageuse)
Täuschung (Illusion)
Der Wegweiser (Le Poteau indicateur)
Das Wirtshaus (L'Auberge)
Mut (Courage)
Die Nebensonnen (Les Soleils fantômes)
Der Leiermann (Le Joueur de vielle) Dietrich Fischer-Dieskau, baryton
Gerald Moore, piano
Voyage d'hiver, cycle de lieder sur des poèmes de Wilhelm Müller, op. 89, D. 911
Gute Nacht (Bonne nuit)
Die Wetterfahne (La Girouette)
Gefrorne Tränen (Larmes glacées)
Erstarrung (Engourdissement)
Der Lindenbaum (Le Tilleul) *
Wasserflut (Inondation)
Auf dem Flusse (Sur le Fleuve)
Rückblick (Regard en arrière)
Irrlicht (Feu follet)
Rast (Repos)
Frühlingstraum (Rêve de printemps)
Einsamkeit (Solitude)
Die Post (La Poste)
Der greise Kopf (La Tête de Vieillard)
Die Krähe (La Corneille)
Letzte Hoffnung (Dernier espoir)
Im Dorfe (Au Village)
Der stürmische Morgen (Matinée orageuse)
Täuschung (Illusion)
Der Wegweiser (Le Poteau indicateur)
Das Wirtshaus (L'Auberge)
Mut (Courage)
Die Nebensonnen (Les Soleils fantômes)
Der Leiermann (Le Joueur de vielle) Dietrich Fischer-Dieskau, baryton
Gerald Moore, piano
Non seulement ce Voyage d'hiver est, sauf erreur, la seule version "live", par Fischer-Dieskau, dont on ait connaissance, mais il est chanté par un jeune homme de tout juste de trente ans.
Cette version de Prades exceptionnelle, qui révèle tout l'art du baryton, le montre déjà à son sommet technique et stylistique. Admirablement épaulé par Gerald Moore, le chanteur nous donne à
entendre le Voyage d'hiver le plus émouvant de sa discographie.
Voilà un enregistrement inédit absolument indispensable. En plus de la "Note de l'éditeur" figure également dans le livret un entretien de Dietrich Fischer-Dieskau paru dans le journal "Le Monde" en juin 2000.
Voilà un enregistrement inédit absolument indispensable. En plus de la "Note de l'éditeur" figure également dans le livret un entretien de Dietrich Fischer-Dieskau paru dans le journal "Le Monde" en juin 2000.
Portrait
par Renaud MachartRenaud Machart
“Un Voyage d’hiver de plus“, dira-t-on peut-être de celui-ci, qui s’ajoute il est vrai à une liste déjà fournie d’enregistrements du cycle de Franz Schubert par Dietrich Fischer-Dieskau. Mais peut-on mépriser un témoignage inédit de l’art du jeune chanteur, qui venait de fêter ses trente ans et allait, de l’avis général, devenir le “baryton du siècle“ ? Cet enregistrement de la radiodiffusion française, fait en juillet 1955 au Festival de Prades, est, sauf erreur, la seule version live disponible du Voyage d’hiver par Dietrich Fischer-Dieskau, hormis un pirate américain d’une Liederabend au Festival de Salzbourg, le 23 août 1978, avec Maurizio Pollini, de circulation fantômatique.
Les trois premières, reportées sur CD par des labels pirates italiens, sont en fait des bandes de studio enregistrées pour et diffusées par la radio allemande juste après la seconde guerre mondiale, dans les conditions qui sont, en fait, celles, accélérées et allégées, d’un disque réalisé en studio, sans la présence du public : une première version, avec Klaus Billing, en 1947 (dont Dietrich Fischer-Dieskau, qui avait alors 22 ans, ne garde pas le meilleur souvenir), une deuxième avec le compositeur Hermann Reutter au piano, en 1952, une troisième avec Hertha Klust, formidable musicienne pour laquelle le baryton avait une tendresse particulière, en 1953. Il faut rappeler combien chanter et enregistrer ce cycle de Schubert était “à l’époque une entreprise aussi vaste qu’inhabituelle“, ainsi que l’écrit Dietrich Fischer-Dieskau dans ses mémoires, Nachklang (1987) publiées en français sous le titre de Résonance (Editions Belfond, 1991).
Le premier enregistrement officiel du Voyage d’hiver par Dietrich Fischer-Dieskau est réalisé en janvier 1955, à Berlin, avec Gerald Moore, quelques mois avant ce concert du 4 juillet au Festival de Prades. En novembre 1962, le duo réalise un deuxième enregistrement officiel, toujours pour EMI. Trois ans plus tard, en mai 1965, le baryton s’adjoint cette fois la collaboration de Jörg Demus, un pianiste “concertiste“ mais familier de l’univers du lied, pour sa troisième version officielle du cycle, cette fois-ci publiée par Deutsche Grammophon. En août 1971, de nouveau avec Gerald Moore, Dietrich Fischer-Dieskau regrave ce cycle dans le cadre de l’intégrale des lieders de Schubert pour Deutsche Grammophon. Les trois derniers enregistrements en studio du Voyage d’hiver se feront avec trois pianistes concertistes de taille : en janvier 1979 avec Daniel Barenboïm, en juillet 1985 avec Alfred Brendel puis, pour la dernière fois, en juillet 1990 avec Murray Perahia. Ils sont la “mise au net“ de multiples concerts donnés avec ces artistes, dont beaucoup sont conservés par les archives des radios d’Europe ou d’Asie. La raison pour laquelle toute trace enregistrée de ce Voyage d’hiver par Dietrich Fischer-Dieskau est essentielle tient précisément au fait que l’artiste a tenu à le graver souvent. On ne peut voir rien d’autre, chez cet inlassable défricheur de répertoires rares – qui a fait à lui seul pour le vaste corpus du lied germanique davantage que tous les Liedersänger du siècle réunis – que le désir implacable, organique, de revisiter un chef d’œuvre familier depuis toujours (le meilleur moyen de ne pas craindre ce cycle qu’on dit réservé aux années de maturité – et de ce fait souvent interprété par des artistes trop âgés – est de l’aborder dès que possible) et le désir de le partager avec des pianistes de très haut vol qui pouvaient risquer de lui voler la vedette.
Fischer-Dieskau a souvent dit à quel point il avait aimé être confronté à la personnalité de pianistes qui avaient “un tigre dans leur piano“, ainsi qu’il l’a écrit à propos de Leonard Bernstein : on se souvient de ce fameux Dichterliebe, de Schumann, un soir de mai 1976 à Carnegie Hall, dont on ne sait pas qui le menait, de notre baryton ou de son pianiste d’un soir, Vladimir Horowitz… À la répétition, selon Fischer Dieskau bien meilleure que le concert, enregistré par CBS, le baryton se souvient avoir eu le plaisir “d’accompagner“ le pianiste… On se rappelle aussi ces partenariats avec Sviatoslav Richter, “Russe effréné aux allures léonines“ avec lequel le baryton acceptait tout simplement d’inverser les rôles et de se laisser mener. Mais revenons à cette assiduité de Dietrich Fischer-Dieskau à remettre le cycle de Schubert sur le métier : “Pour moi il en va de nombreux lieders comme des livres qui me sont chers. Ils demandent à être toujours repris en main et, chaque fois, ils agissent avec une force nouvelle. En cela, le Voyage d’hiver ne fait pas exception, il apparaîtrait plutôt comme une confirmation de la règle : plus la relation à l’œuvre s’intensifie dans les profondeurs, plus son rayonnement intérieur devient naturel et non-intentionnel.“
Cette déclaration du chanteur semble contredire ceux qui aiment à répéter que, dans ses années de jeunesse, Fischer-Dieskau mettait moins d’affectation, moins de surcharge dans la volonté de signifier. D’ailleurs, dans ses mémoires, le baryton dit de son premier Voyage d’hiver, enregistré pour la RIAS (“Radio allemande en secteur américain“), qu’il en regrette le “ton larmoyant qui domine généralement“ qu’il ne “laisserait plus passer“. On dira pour notre part, dans ce cadre, que Dietrich Fischer-Dieskau est de ces artistes qui ne cherchent pas mais trouvent. Cette nouvelle version du Voyage d’hiver dit en tout cas une chose indéniable : tout l’art du baryton est là, d’emblée, royal, presque surhumain de perfection, d’aisance, de hauteur de vue. La voix, encore un rien mate dans l’enregistrement de 1953 avec Hertha Klust, a pris du brillant, non de la couleur mais des couleurs.
Cette version de Prades, que nous jugeons exceptionnelle par ses qualités artistiques et acoustiques (la prise de son, signée Michel Philippot, musicien metteur en ondes, a de la présence et de la clarté) présente néanmoins un inconvénient : Der Lindenbaum (“Le Tilleul“), l’une des mélodies les plus connues et cinquième du cycle, manque dans la bande originale. Le rapport d’écoute ne mentionne pas ce fait et les annonces de la speakerine, à l’occasion de la première transmission radiophonique du 10 août 1955, confirment que cette section de la bande faisait défaut dès sa diffusion. L’explication est donnée par Dietrich Fischer-Dieskau lui même dans ses Mémoires lorsqu’il évoque son unique participation au Festival de Prades : “Je chantai […] dans l’église Le Voyage d’hiver. Avec la complicité d’un électricien, j’avais tenté d’atténuer l’effet écrasant de l’autel baroque qui se dressait derrière moi – sans succès ! Au début du Tilleul, le courant vint à manquer. Une obscurité totale règnait. Mais Gerald [Moore] continua de jouer sans s’émouvoir le moins du monde, sans hésiter même dans la transition difficile qui amène la dernière strophe. Je pus donc enfin, tout entier consacré à la musique, savourer le lied que je chantais. Malheureusement, les projecteurs reprirent du service au dernier accord.“
Malgré la disparition de ce Tilleul, par le sort d’une fée Electricité mal avisée ce soir-là, nous ne voulions ni renoncer à ce Voyage d’hiver d’exception ni tronquer son architecture de vingt-quatre lieders. Aussi avons-nous prélevé ce cinquième lied dans l’enregistrement (libre de droits) effectué deux ans plus tôt par le baryton avec Hertha Klust pour la Radio de Berlin et l’avons inclus à celui-ci. Les prises de son étant sensiblement différentes (surtout pour ce qui est de la voix), Jean-François Pontefract, l’ingénieur responsable de la restauration de ce document, a effectué un travail d’homogénéisation qui atténue la différence de perspective sonore sans pour autant vouloir masquer l’évidence de ce “copié-collé“. Nous tenons à remercier Dietrich Fischer-Dieskau pour la générosité avec laquelle il a accueilli ce projet. Il y a du grand seigneur en lui, chez le chanteur autant que chez l’homme.
par Renaud MachartRenaud Machart
“Un Voyage d’hiver de plus“, dira-t-on peut-être de celui-ci, qui s’ajoute il est vrai à une liste déjà fournie d’enregistrements du cycle de Franz Schubert par Dietrich Fischer-Dieskau. Mais peut-on mépriser un témoignage inédit de l’art du jeune chanteur, qui venait de fêter ses trente ans et allait, de l’avis général, devenir le “baryton du siècle“ ? Cet enregistrement de la radiodiffusion française, fait en juillet 1955 au Festival de Prades, est, sauf erreur, la seule version live disponible du Voyage d’hiver par Dietrich Fischer-Dieskau, hormis un pirate américain d’une Liederabend au Festival de Salzbourg, le 23 août 1978, avec Maurizio Pollini, de circulation fantômatique.
Les trois premières, reportées sur CD par des labels pirates italiens, sont en fait des bandes de studio enregistrées pour et diffusées par la radio allemande juste après la seconde guerre mondiale, dans les conditions qui sont, en fait, celles, accélérées et allégées, d’un disque réalisé en studio, sans la présence du public : une première version, avec Klaus Billing, en 1947 (dont Dietrich Fischer-Dieskau, qui avait alors 22 ans, ne garde pas le meilleur souvenir), une deuxième avec le compositeur Hermann Reutter au piano, en 1952, une troisième avec Hertha Klust, formidable musicienne pour laquelle le baryton avait une tendresse particulière, en 1953. Il faut rappeler combien chanter et enregistrer ce cycle de Schubert était “à l’époque une entreprise aussi vaste qu’inhabituelle“, ainsi que l’écrit Dietrich Fischer-Dieskau dans ses mémoires, Nachklang (1987) publiées en français sous le titre de Résonance (Editions Belfond, 1991).
Le premier enregistrement officiel du Voyage d’hiver par Dietrich Fischer-Dieskau est réalisé en janvier 1955, à Berlin, avec Gerald Moore, quelques mois avant ce concert du 4 juillet au Festival de Prades. En novembre 1962, le duo réalise un deuxième enregistrement officiel, toujours pour EMI. Trois ans plus tard, en mai 1965, le baryton s’adjoint cette fois la collaboration de Jörg Demus, un pianiste “concertiste“ mais familier de l’univers du lied, pour sa troisième version officielle du cycle, cette fois-ci publiée par Deutsche Grammophon. En août 1971, de nouveau avec Gerald Moore, Dietrich Fischer-Dieskau regrave ce cycle dans le cadre de l’intégrale des lieders de Schubert pour Deutsche Grammophon. Les trois derniers enregistrements en studio du Voyage d’hiver se feront avec trois pianistes concertistes de taille : en janvier 1979 avec Daniel Barenboïm, en juillet 1985 avec Alfred Brendel puis, pour la dernière fois, en juillet 1990 avec Murray Perahia. Ils sont la “mise au net“ de multiples concerts donnés avec ces artistes, dont beaucoup sont conservés par les archives des radios d’Europe ou d’Asie. La raison pour laquelle toute trace enregistrée de ce Voyage d’hiver par Dietrich Fischer-Dieskau est essentielle tient précisément au fait que l’artiste a tenu à le graver souvent. On ne peut voir rien d’autre, chez cet inlassable défricheur de répertoires rares – qui a fait à lui seul pour le vaste corpus du lied germanique davantage que tous les Liedersänger du siècle réunis – que le désir implacable, organique, de revisiter un chef d’œuvre familier depuis toujours (le meilleur moyen de ne pas craindre ce cycle qu’on dit réservé aux années de maturité – et de ce fait souvent interprété par des artistes trop âgés – est de l’aborder dès que possible) et le désir de le partager avec des pianistes de très haut vol qui pouvaient risquer de lui voler la vedette.
Fischer-Dieskau a souvent dit à quel point il avait aimé être confronté à la personnalité de pianistes qui avaient “un tigre dans leur piano“, ainsi qu’il l’a écrit à propos de Leonard Bernstein : on se souvient de ce fameux Dichterliebe, de Schumann, un soir de mai 1976 à Carnegie Hall, dont on ne sait pas qui le menait, de notre baryton ou de son pianiste d’un soir, Vladimir Horowitz… À la répétition, selon Fischer Dieskau bien meilleure que le concert, enregistré par CBS, le baryton se souvient avoir eu le plaisir “d’accompagner“ le pianiste… On se rappelle aussi ces partenariats avec Sviatoslav Richter, “Russe effréné aux allures léonines“ avec lequel le baryton acceptait tout simplement d’inverser les rôles et de se laisser mener. Mais revenons à cette assiduité de Dietrich Fischer-Dieskau à remettre le cycle de Schubert sur le métier : “Pour moi il en va de nombreux lieders comme des livres qui me sont chers. Ils demandent à être toujours repris en main et, chaque fois, ils agissent avec une force nouvelle. En cela, le Voyage d’hiver ne fait pas exception, il apparaîtrait plutôt comme une confirmation de la règle : plus la relation à l’œuvre s’intensifie dans les profondeurs, plus son rayonnement intérieur devient naturel et non-intentionnel.“
Cette déclaration du chanteur semble contredire ceux qui aiment à répéter que, dans ses années de jeunesse, Fischer-Dieskau mettait moins d’affectation, moins de surcharge dans la volonté de signifier. D’ailleurs, dans ses mémoires, le baryton dit de son premier Voyage d’hiver, enregistré pour la RIAS (“Radio allemande en secteur américain“), qu’il en regrette le “ton larmoyant qui domine généralement“ qu’il ne “laisserait plus passer“. On dira pour notre part, dans ce cadre, que Dietrich Fischer-Dieskau est de ces artistes qui ne cherchent pas mais trouvent. Cette nouvelle version du Voyage d’hiver dit en tout cas une chose indéniable : tout l’art du baryton est là, d’emblée, royal, presque surhumain de perfection, d’aisance, de hauteur de vue. La voix, encore un rien mate dans l’enregistrement de 1953 avec Hertha Klust, a pris du brillant, non de la couleur mais des couleurs.
Cette version de Prades, que nous jugeons exceptionnelle par ses qualités artistiques et acoustiques (la prise de son, signée Michel Philippot, musicien metteur en ondes, a de la présence et de la clarté) présente néanmoins un inconvénient : Der Lindenbaum (“Le Tilleul“), l’une des mélodies les plus connues et cinquième du cycle, manque dans la bande originale. Le rapport d’écoute ne mentionne pas ce fait et les annonces de la speakerine, à l’occasion de la première transmission radiophonique du 10 août 1955, confirment que cette section de la bande faisait défaut dès sa diffusion. L’explication est donnée par Dietrich Fischer-Dieskau lui même dans ses Mémoires lorsqu’il évoque son unique participation au Festival de Prades : “Je chantai […] dans l’église Le Voyage d’hiver. Avec la complicité d’un électricien, j’avais tenté d’atténuer l’effet écrasant de l’autel baroque qui se dressait derrière moi – sans succès ! Au début du Tilleul, le courant vint à manquer. Une obscurité totale règnait. Mais Gerald [Moore] continua de jouer sans s’émouvoir le moins du monde, sans hésiter même dans la transition difficile qui amène la dernière strophe. Je pus donc enfin, tout entier consacré à la musique, savourer le lied que je chantais. Malheureusement, les projecteurs reprirent du service au dernier accord.“
Malgré la disparition de ce Tilleul, par le sort d’une fée Electricité mal avisée ce soir-là, nous ne voulions ni renoncer à ce Voyage d’hiver d’exception ni tronquer son architecture de vingt-quatre lieders. Aussi avons-nous prélevé ce cinquième lied dans l’enregistrement (libre de droits) effectué deux ans plus tôt par le baryton avec Hertha Klust pour la Radio de Berlin et l’avons inclus à celui-ci. Les prises de son étant sensiblement différentes (surtout pour ce qui est de la voix), Jean-François Pontefract, l’ingénieur responsable de la restauration de ce document, a effectué un travail d’homogénéisation qui atténue la différence de perspective sonore sans pour autant vouloir masquer l’évidence de ce “copié-collé“. Nous tenons à remercier Dietrich Fischer-Dieskau pour la générosité avec laquelle il a accueilli ce projet. Il y a du grand seigneur en lui, chez le chanteur autant que chez l’homme.
Renaud Machart
(Décembre 2004)
© INA mémoire vive 2005 – Reproduction interdite
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