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Franz Schubert Kennst du das Land ?
Note des internautes :
1 2 3 4 5
Paru le 24 novembre 2008 chez Alpha
Artiste principal : Arthur Schoonderwoerd
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Qualité Studio Masters
Qualité CD (Lossless 16 bits 44.1 kHz) 11.99€
Qualité Standard (320 kpbs) 9.99
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ALBUM : 1 disque - 14 pistes - Durée totale : 01:04:50
    Fantasia in C minor, D. 2E (Franz Schubert)
  1. 1 Fantasia in C minor, D. 2E Arthur Schoonderwoerd, Pianoforte
  2. Suleika I (Was bedeutet die Bewegung), Op. 14, No. 1, D. 720
  3. 2 Suleika I (Was bedeutet die Bewegung), Op. 14, No. 1, D. 720 Johannette Zomer, Soprano - Arthur Schoonderwoerd, Pianoforte
  4. Suleika II (Ach um deine feuchten Schwingen), Op. 31, D. 717
  5. 3 Suleika II (Ach um deine feuchten Scwingen), Op. 31, D. 717 Johannette Zomer, Soprano - Arthur Schoonderwoerd, Pianoforte
  6. Minuet in A major, D. 334
  7. 4 Minuet in A major, D. 334 Arthur Schoonderwoerd, Pianoforte
  8. Ellens Gesang I (Raste krieger), Op. 52, No. 1, D. 837
  9. 5 Ellens Gesang I (Raste krieger), Op. 52, No. 1, D. 837 Johannette Zomer, Soprano - Arthur Schoonderwoerd, Pianoforte
  10. Ellens Gesang II (Jäger, ruhe), Op. 52, No. 2, D. 838
  11. 6 Ellens Gesang II (Jäger, ruhe), Op. 52, No. 2, D. 838 Johannette Zomer, Soprano - Arthur Schoonderwoerd, Pianoforte
  12. Ellens Gesang III (Ave Maria), Op. 52, No. 6, D. 839
  13. 7 Ellens Gesang III (Ave Maria), Op. 52, No. 6, D. 839 Johannette Zomer, Soprano - Arthur Schoonderwoerd, Pianoforte
  14. Adagio in G, D. 178
  15. 8 Adagio in G, D. 178 Arthur Schoonderwoerd, Pianoforte
  16. Gretchen am Spinnrade, Op. 2, D. 118
  17. 9 Gretchen am Spinnrade, Op. 2, D. 118 Johannette Zomer, Soprano - Arthur Schoonderwoerd, Pianoforte
  18. Minuet in A minor, D. 277A
  19. 10 Minuet in A minor, D. 277A Arthur Schoonderwoerd, Pianoforte
  20. Mignon's Gesang, D. 321
  21. 11 Mignon's Gesang, D. 321 Johannette Zomer, Soprano - Arthur Schoonderwoerd, Pianoforte
  22. Lied der Mignon No. 2, Op. 62, D. 877
  23. 12 Lied der Mignon No. 2, Op. 62, D. 877 Johannette Zomer, Soprano - Arthur Schoonderwoerd, Pianoforte
  24. Lied der Mignon No. 4, Op. 62, D. 877
  25. 13 Lied der Mignon No. 4, Op. 62, D. 877 Johannette Zomer, Soprano - Arthur Schoonderwoerd, Pianoforte
  26. Lied der Mignon No. 3, Op. 62, D. 877
  27. 14 Lied der Mignon No. 3, Op. 62, D. 877 Johannette Zomer, Soprano - Arthur Schoonderwoerd, Pianoforte

À propos

Œuvres pour pianoforte seul et lieder de Schubert / Johannette Zomer, soprano & Arthur Schoonderwoerd, pianoforte
Note des internautes : 1 2 3 4 5
Détails de l'enregistrement original : 64:58 - DDD - Enregistré en janvier 2003 dans la Salle de Musique de La Chaux-de-Fonds en Suisse - Notes en français et anglais et textes des lieders en allemand avec traductions française et anglaise. Avec un commentaire de Denis Grenier sur le tableau en couverture des albums de la collection "Ut pictura musica" (La musique est peinture, la peinture est musique)
Franz Schubert (1797-1828)

Pièces pour clavier
Fantaisie en do mineur, D 2 E (1811)
Adagio en sol majeur, D.178 (1815)
Menuets (1815) en la majeur D.334 & la mineur, D.277 A

Lieder
Suleika, op. 14 (1819) - Suleikas zweiter Gesang, op. 31 (1822)
(Textes de Marianne von Willemer, adapté par J.W. von Goethe)
Chants d'Ellen I, II, III (1825)
(Poèmes de Walter Scott tirés de la Femme du Lac, traduit par Adam Storck)
Ellens erster Gesang, op. 52 n° 1 - Ellens zweiter Gesang, op. 52 n° 2 -
Ellens dritter Gesang (Hymne an die Jungfrau), op. 52 n° 6

Gretchen am Spinnrade (Marguerite au rouet), op. 2
(1814. Extrait de Faust de Goethe)
Mignon's Gesang (Chant de Mignon : "Kennst du das Land...") (1815. Poème de Goethe)
Lieder der Mignon n° 2 ("Heiß mich nicht reden..."), n° 3 ("Nur wer die Sehnsucht kennt..."), n° 4 ("So lasst mich scheinen..."), op. 62 (1826. Poèmes de Goethe) Johannette Zomer, soprano
Arthur Schoonderwoerd, pianoforte (Copie de Anton Walter, 1800 par Paul Poletti & Gerard Tuinman)
Les textes que Franz Schubert choisit pour ses lieder dévoilent un aspect essentiel de sa personnalité. Il vit en ces poèmes un moyen d'expression, un exutoire. La musique, le rythme, la mélodie et l'harmonie furent le vecteur de ses commentaires les plus personnels sur l'élément textuel. S'il choisit le plus souvent des poètes utilisant une thématique masculine, il fut parfois particulièrement touché par des textes dans lesquels une femme jouait le rôle principal. Ce sont ceux-là que ce disque se propose de mettre en lumière. Schubert dépeignit un certain nombre de caractères féminins dans de petits cycles : Suleika, Ellen, Gretchen et Mignon, lieder composés sur des textes de Goethe, Marianne von Willemer et Sir Walter Scott. Il se sentit très proche de ces tragiques personnages féminins exprimant un désir inassouvi, une dimension mystique de l'être, des sentiments religieux, une confiance en un avenir meilleur...
Les lieder alternent ici avec les plus anciennes pièces pour piano de Schubert, composées vers 1813. Le piano-forte de Anton Walter apporte un éclairage nouveau à ces merveilleuses compositions.
L’édition des lieder de Franz Schubert :
un parcours du combattantArthur Schoonderwoerd

    Dès qu’un compositeur rend son dernier soupir et quitte notre monde terrestre, l’œuvre de ce dernier, abandonnée à elle-même, suit son propre destin. Elle peut perdre peu à peu sa beauté, oubliée dans une sombre bibliothèque, s’étioler, et tomber dans l’oubli pour cause de changement de mode, d’esthétique et d’esprit du temps. Elle peut être aussi divulguée par des élèves, des admirateurs et des collectionneurs et connaître une renaissance qui lui donne un nouvel éclat et apporte au compositeur une autorité et un charisme dont il n’aurait pu que rêver de son vivant. Elle peut aussi être re-découverte plus tard, des centaines d’années après, et être dévorée avec avidité par le regard d’une nouvelle époque pour devenir une nouvelle œuvre d’art exemplaire.

    L’œuvre de Franz Schubert ne devint célèbre qu’après le décès du compositeur en 1828. Durant toute sa vie, il fut miné par des problèmes d’argent et n’obtint le respect que de cercles restreints d’initiés. Au cours de son existence, il s’exprima le plus volontiers par l’intermédiaire de sa musique, mais ne put en vivre qu'avec la plus grande difficulté. Le jeune compositeur fut en grand crédit auprès de ses meilleurs amis, dont il fit connaissance durant sa scolarité au Stadtkonvikt. À la force du poignet, ceux-ci essayèrent de le faire sortir de cette situation financière oppressante mais n’y parvinrent pas complètement.

    En 1816, Franz Schubert ayant quitté le Stadtkonvikt, tenta de subvenir à ses besoins avec des moyens très limités. Au printemps, ses amis essayèrent de trouver un éditeur pour ces lieder qu’ils aimaient tant et qui, vu que Schubert n’habitait plus au Konvikt, furent copiés par un grand nombre pour un usage privé. Un recueil de 14 lieder de Johann Wolfgang von Goethe fut tout d’abord envoyé à ce dernier accompagné d’une lettre de Joseph von Spaun, ami intime de Schubert. Ce recueil comprenait les plus anciens chefs d’œuvre de Schubert, entre autres ceux qu’il baptisa plus tard opus 1 et 2 : sa ballade Erlkönig et son lied Gretchen am Spinnrade dont le texte fut extrait du Faust de Goethe. S’ils avaient eu en leur possession une lettre de recommandation du grand écrivain, cela aurait été naturellement beaucoup plus simple de décider un éditeur d’imprimer la musique d’un compositeur inconnu âgé de dix-huit ans. Goethe renvoya les lieder sans un commentaire. Les maisons d’édition Diabelli et Haslinger refusèrent ensuite tour à tour d’éditer Erlkönig — aucune rétribution financière ne leur avait pourtant été demandée. Il fallut attendre 1820 pour que Leopold von Sonnleithner, Joseph Hüttenbrenner et deux autres amis de Schubert parvinssent à en effectuer une édition pour leur propre compte. Cent exemplaires d’Erlkönig furent alors imprimés et écoulés en une soirée. Avec la recette de cette vente, une deuxième édition put être financée. La société Cappi & Diabelli, convaincue par le succès de cette entreprise et par la vitesse avec laquelle la musique de Schubert trouvait preneur, acheta en 1822 et 1823 les droits et les planches. Schubert n’eut ensuite plus jamais de mal à trouver un éditeur pour son œuvre.


Goethe dédaigna la musique de Schubert, pourquoi ?

    Pour un musicien, le fait que la musique soit un langage universel sans mot, insaisissable, portant en soi plusieurs niveaux d’intelligibilité, ne possédant pas une signification directe mais étant au contraire une langue indirecte abstraite, constitue un obstacle à la compréhension de cette musique. Plus la composition est ancienne, plus sa notation est énigmatique, manque de clarté, et semble s’éloigner des sentiments et du langage de l’interprète. Les sons et les timbres évoquent des sentiments qui ne peuvent jamais être compris de façon univoque. Grâce à ceux-ci, pendant un certain laps de temps, un discours musical peut être tenu et transmettre un message personnel, différent pour chacun. Il existe heureusement des genres dans lesquels le compositeur semble pouvoir être approché de plus près : dès qu’un langage poétique se mêle à la musique, l’interprète et l’auditeur semblent posséder plus de prise sur la musique. C’est comme si le langage parlé rendait la musique moins abstraite, lui donnait une signification tangible. La musique n’a naturellement pas besoin de se soumettre de façon servile à un poème, de suivre à la lettre ses rythmes et ses pieds, de reproduire sa mélodie ou d’imiter son caractère strophique. Elle peut aussi se libérer du texte, le commenter, s’engager sur une voie propre. Elle peut transformer un poème strophique en un récit continu dans lequel le compositeur interprète le texte de façon très personnelle.

    Si Goethe renvoya à Schubert ses œuvres sans réponse, c’est parce qu’il avait une idée précise de la manière dont sa poésie devaient être soutenue par la musique. Ses poèmes, pour la plus grande part influencés par le "lied populaire" strophique devaient être selon lui simples, populaires, précis et compréhensibles par tous. Ils devaient pouvoir être chantés et la mélodie d’accompagnement devait pouvoir convenir à toutes les strophes. Goethe aimait les mélodies douces, claires, avec lesquelles le poème pouvait être accompagné, porté et soutenu. Il se montra extrêmement négatif envers des compositeurs qui ne respectèrent pas le caractère et la structure strophique de ses poèmes. Ces compositeurs transformaient selon lui le poème en aria. Le texte perdait son caractère populaire, naturel, et la musique modifiait trop le poème. Carl Friedrich Zelter, ami musicien de Goethe et professeur de Mendelssohn, fut un des rares compositeurs dont Goethe apprécia les lieder composés sur ses propres textes.

    Schubert était friand de poésie. Des poètes tels que Goethe, Schiller, Klopstock, Matthisson, Hölty Ossian et Salis lui plurent dès l’enfance. Les poèmes incitent au rêve, et Schubert aimait cela naturellement ! La décision de mettre en musique un certain poème est difficile à prendre et ce choix est extrêmement personnel. Dans la plupart des poèmes sélectionnés par Schubert, le sujet, la musicalité du poème et sa teneur dramatique furent décisifs. Les textes d’un grand nombre de ses lieder possédaient un lien avec son histoire personnelle. Le personnage principal est généralement un homme qui présente des similitudes frappantes avec Schubert. Ce dernier fut fortement influencé par des compositeurs tels que Johann Friedrich Reichardt (1752-1814) et surtout Johann Rudolph Zumsteeg (1760-1802). Il s’inspira fortement des ballades dramatiques de ce dernier, développées du début jusqu’à la fin, et auxquelles ce compositeur dut une grande partie de sa renommée. Pour certaines de ses plus anciennes ballades, Schubert reprit des textes déjà mis en musique par Zumsteeg.


Les lieder

    Les lieder enregistrés ici furent composés sur des poèmes issus de célèbres ouvrages et recueils de Goethe et Sir Walter Scott. Dans tous ces poèmes, une jeune femme ose exprimer ses sentiments les plus profonds de douleur, de nostalgie, de pudeur, de honte, et d’amour, sans pouvoir influencer pour autant son destin.

Suleika
    On pensa pendant longtemps que les poèmes du "Westöstlichen Divan" (1819), recueil de poèmes de Goethe, étaient tous de la plume de ce grand écrivain. Jusqu’au jour où en 1869, neuf ans après le décès de Marianne von Willemer, Hermann Grimm dévoila dans le Preusische Jahrbücher une conversation restée jusque-là confidentielle : cette dernière lui avait confié lors d’un entretien que quelques poèmes de ce recueil avaient été écrits par elle. Comédienne sans abri, elle avait été recueillie à l’âge de seize ans dans la famille déjà nombreuse de Johann Jakob von Willemer à Francfort-sur-le-Main. Ce veuf fortuné l’épousa en 1814. Goethe rencontra le couple en 1814 et séjourna pendant un mois chez eux pendant l’été 1815. Durant cette période une belle histoire naquit entre le vieux poète et la jeune femme. Après une séparation difficile en septembre 1815, ils ne communiquèrent plus que par lettres. Marianne envoya à Goethe des lettres et des poèmes. Goethe ne lui répondit qu’avec lenteur et mauvaise volonté. En 1818, Marianne fit une grave dépression nerveuse. En 1819, Goethe lui envoya "Der Westöstliche Divan", recueil dans lequel il avait intégré les poèmes de Marianne, et qui devint ainsi une alliance secrète entre les deux anciens bien-aimés.
    "Der Westöstliche Divan" narre en poèmes l’histoire d’amour de deux amants, Suleika et Hatem. Cette histoire teintée d’Orient est digne des contes des mille et une nuits. Les deux poèmes de Marianne von Willemer dans lesquels le vent d’est frais apporte à Suleika un signe de vie de son bien-aimé et le vent d’ouest, humide, envoie un message de sa part à ce dernier, sont très différents des autres poèmes. Ils traduisent bien le sentiment de Marianne qui, de Francfort, chargea le vent d’ouest d’une missive pour Goethe alors à Weimar, espérant recevoir un message porté par le vent d’est de celui qu’elle aimait. Les lieder que Schubert composa sur ces textes sont spectaculaires. Il transforma les poèmes en récits ininterrompus et dépeignit dans le deuxième poème le souffle doux du vent, le piétinement du messager en route vers l’est, au trot et au galop. Suleika I, édité en 1822, devint l’opus 14 de Schubert. Suleika II, composé pendant la même période, fut édité en 1825 et devint son opus 31.

Les chants d’Ellen
    L’édition en 1810 de "The Lady of the Lake" (Fräulein vom See) de Sir Walter Scott connut un immense succès. En huit mois, 25000 exemplaires de cet ouvrage furent vendus. La renommé du livre se répandit rapidement en Europe et aux Etats-Unis, et en 1820 une traduction libre, poétique, en allemand, effectuée par Adam Storck (1780-1822), fut éditée. Le récit se déroule dans les Highlands écossais, vers Loch Katrine. Il décrit le combat entre le roi Jacques V et les insurgés écossais, les Highland Clans. Le roi, déguisé en guerrier, égaré dans la campagne écossaise, est retrouvé par Ellen. Elle le conduit vers Roderick Dhu, un des chefs des insurgés. Roderick et le roi s’éprennent tous deux d’Ellen et briguent sa main. Elle a, cependant, donné son amour à Malcolm Graeme, un combattant emprisonné par le roi. Lors d’un duel entre le roi et Roderick, ce dernier est mortellement blessé et meurt des suites de ses blessures. Le père d’Ellen, Lord James of Douglas, se soumet au roi et Ellen demande ensuite son pardon. Douglas et le roi se réconcilièrent et Ellen se marie ensuite avec Malcolm.
    Schubert composa un certain nombre de lieder sur des passages de cette épopée entre les mois d’avril et de juillet 1825. L’"Hymne an die Jungfrau" d’Ellen remporta un grand succès. Durant le voyage qu’il fit à Gmunden avec son ami chanteur Johann Michael Vogl, les sept lieder qu’il avait composés sur l’ouvrage de Scott furent exécutés : trois lieder d’Ellen, le lied de Norman, le lied de Malcolm Graem, le lied Coronach pour chœur de femmes, et un chant de marins pour chœurs d’hommes. La comtesse Sophie Weissenwolff, dédicataire des lieder d’Ellen, fut probablement la première chanteuse qui exécuta ces œuvres. Ce fut à ces dernières qu’elle dut son surnom de "Fräulein vom See" !

Gretchen
    Goethe prépara l’édition de "Faust, eine Tragödie" (1808) pendant une dizaine d’années. Le célèbre récit commence par un pari entre Dieu et le diable, Méphistophélès. Ce dernier, persuadé que l’être humain peut facilement être séduit et détourné du droit chemin de sa vie, veut utiliser le Dr. Heinrich Faust, qui ne se doute de rien, afin de le prouver. Dieu est d’un avis différent. Faust, en effet séduit par Méphistophélès, lui vend son âme, subit une cure de rajeunissement et, aveuglé par le diable, devient amoureux de Marguerite (Margarethe ou Gretchen dans le texte). Avec le diable, Faust essaye de gagner les faveurs de Gretchen, ce à quoi il parvient. Dans une petite maison, une première rencontre, brève mais intime, a lieu entre les amoureux, mais le diable les sépare ensuite rapidement. Gretchen désire profondément revoir Faust et chante alors le célèbre lied : "Meine Ruh is hin…" Elle a cependant des doutes sur la ferveur religieuse de son bien-aimé. Faust, qui désire passer une nuit avec Gretchen, lui donne un élixir grâce auquel il pourra endormir sa mère pour l’éternité. Valentin, le frère de Gretchen, n’apprécie pas vraiment le nouveau soupirant de sa sœur. Durant une bagarre, Valentin est tué par Faust. Faust et Méphistophélès prennent alors les jambes à leur cou. Gretchen, effondrée par la mort de sa mère et de son frère, noie son enfant. Elle est arrêtée et mise en prison. Faust, bouleversé, tente de la faire sortir du cachot grâce à l’aide de Méphistophélès mais Gretchen ne reconnaît plus les deux hommes. Calmement, elle en appelle à la grâce de Dieu. Faust et Méphistophélès disparaissent alors rapidement.
    Schubert composa la première version de Gretchen am Spinnrade, " Meine Ruh is hin" en octobre 1814. Il s’agit d’un lied développé de bout en bout sur un perpetuum mobile, rythme qui imite le mouvement et le bruit du rouet de Gretchen. En 1821, sept-ans après son achèvement, il fut édité par les amis de Schubert et devint l’opus 2 du compositeur. Le 20 février 1823, il fut chanté pour la première fois en public par Sophie Linhart, élève de Anselm Hüttenbrenner lors d’une soirée organisée par la "Gesellschaft der Musikfreunde" de Vienne.

Mignon
    Dans Wilhelm Meisters Lehrjahre (1795/1796), Goethe raconta en huit chapitres une histoire quasi autobiographique, celle du fils d’un marchand qui désirait partir dans le monde afin de connaître la liberté. Après un amour malheureux pour Marianne, une marionnettiste, il doit faire face à une période de crise personnelle. Il réintègre alors la vie active comme homme d’affaires. Lors d’un déplacement, il rencontre les membres d’une compagnie de théâtre démantelée, la coquette Philine, Laertes, et le couple Melina, qu’il essaye d’aider financièrement. Deux personnages féeriques se joignent au groupe : Mignon, un jeune fille mystérieuse, androgyne, que Wilhelm arrive à sortir des griffes de forains qui l’avaient enlevée, et un vieil harpiste introverti. Wilhelm se joint à la compagnie comme poète, dramaturge et régisseur et joue même le rôle d’Hamlet. Après de nombreux événements et de grandes incertitudes quant à son avenir, Wilhelm retrouve Nathalie, une amazone qui le sauva lors d’un voyage alors qu’il était attaqué par des brigands. Il va passer le reste de sa vie à ses côtés. Ce n’est que vers la fin de l’ouvrage que l’identité de Mignon et du harpiste est dévoilée. Mignon, originaire d’Italie, est née d’une relation incestueuse entre le harpiste et sa sœur. Le harpiste, moine défroqué, mène une vie de vagabond jusqu’à ce qu’il entre dans la compagnie.
    Dans "Kennst du das Land", Mignon exprime dans un langage évocateur sa confiance en Wilhelm et lui demande s’il connaît son pays, sa maison natale et la région où elle est née. C’est là qu’elle aimerait retourner. Ce lied composé en 1815 ne fut édité qu’après la mort du compositeur. Dans "Heiß mich nicht reden", Mignon supplie Wilhelm : à cause d’un serment qu’elle a fait auparavant, elle doit taire pour toujours ses secrètes origines. Dans "So lasst mich scheinen", Nathalie, devenue le professeur de Mignon, vient de lui attribuer le rôle d’un ange. Les enfants qui assistent au spectacle restent sans voix à l’apparition de cet ange et veulent le toucher et lui poser des questions. Mignon chante qu’elle veut garder son costume, qu’elle veut être un ange, translucide, ni homme ni femme. "Nur, wer die Sehnsucht kennt" est en réalité un duo entre le harpiste et sa fille, chanté après que Wilhelm échappe à la mort, grâce à l’intervention de Nathalie. Schubert avait déjà composé deux lieder sur ce texte, un pour cinq voix d’homme et un autre pour ténor et soprano. Les trois derniers lieder évoqués ici, composés en 1826, furent édités en 1827 (opus 62).


Schubert pianiste

    "C’était un véritable plaisir que de l’entendre exécuter ses propres compositions pour clavier. Il possédait un beau toucher, une main calme, un jeu clair et limpide, une intelligence vive et une grande sensibilité. Il appartenait encore à l’ancienne école des joueurs de claviers qui ne se jetaient pas encore sur les pauvres touches tels des rapaces."

    Cette description que Albert Stadler donna du jeu de Schubert donne une image intéressante du pianiste. Habitué aux pianos viennois du dix-huitième siècle à cinq octaves, sans attrape marteau, au toucher extrêmement léger, sa technique instrumentale devint économique. Elle se composait principalement de mouvements de doigts et de poignets, sans faire appel aux muscles plus puissants. De nombreux collègues de Schubert avaient un autre style de jeu et utilisaient des mouvements de bras extravagants, ceux-ci devenant réalisables sur les pianoforte plus modernes munis d'attrapes-marteaux. Schubert prit brièvement des cours avec son frère aîné, Ignaz, mais il fit des progrès si rapides que son frère ne put rapidement plus rien lui apprendre. Schubert commença à composer pour le piano dès 1808.

Les pièces pour piano
    Les plus anciennes compositions de Schubert furent composées pour un piano à 5 octaves. Le piano, tout comme l’ordinateur de nos jours, connut un développement spectaculaire au début du dix-neuvième siècle. Entre 1800 et 1815, l’étendue du clavier passa de cinq à six octaves et demie, les genouillères disparurent peu à peu pour laisser place aux pédales etc. Schubert possédait toutefois un ancien modèle, un pianoforte de type Walter que son père lui avait offert pour son anniversaire. Les plus anciennes œuvres pour piano de Schubert et presque tous ses lieder furent conçus pour ce type de piano. L’enregistrement présent a été effectué sur un instrument de ce type, construit par Gerard Tuiman et Paul Poletti.
    La Fantaisie en do fut probablement la première œuvre que Schubert composa pour piano solo. Elle date de 1811, époque où Schubert était encore au Stadtkonvikt. Dans cette improvisation de style plutôt libre, Schubert cite expressément plusieurs mesures de la célèbre Fantaisie en do de Mozart. Cette œuvre a été publiée pour la première fois dans "The Piano Quarterly" (no 27, 1978-1979).
Les deux Menuets, composés en 1815, furent probablement conçus à l’origine comme des mouvements de sonates ou de symphonies.
L’Adagio en sol fut composé le 8 avril 1815. Schubert l’offrit comme cadeau d’anniversaire à sa demi-sœur, Josefia Teresia. On retrouve ici de nombreux éléments propres à l’improvisation qui caractérisent si bien le style du compositeur.

Arthur Schoonderwoerd
Traduction : Clémence Comte
© Alpha 2003 – Reproduction interdite

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