Artiste principal :
Janos Ferencsik
Genre : Classique > Musique vocale sacrée
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Qualité Studio Masters
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- 1 Introduction
- 2 I. Arrivée d'Elizabeth à Wartburg : Elle est saluée par le peuple et par landgrave Hermann
- 3 I. Arrivée d'Elizabeth à Wartburg : Discours du magnat hongrois et salut du chœur
- 4 I. Arrivée d'Elizabeth à Wartburg : Réplique du langrave Hermann
- 5 I. Arrivée d'Elizabeth à Wartburg : Premier entretien de Louis et Elizabeth
- 6 I. Arrivée d'Elizabeth à Wartburg : Jeux et chœur des enfants
- 7 II. Landgrave Ludwig : Air de chasse
- 8 II. Landgrave Louis : Louis rencontre Elizabeth
- 9 II. Landgrave Louis : Le miracle de la rose
- 10 II. Landgrave Louis : Action de grâce de Louis et Elizabeth, accompagnée du chœur
- 11 III. Les Croisés : Chœur des croisés
- 12 III. Les Croisés : Récitatif du Langrave Louis
- 13 III. Les Croisés : Louis fait ses adieux à Elizabeth
- 14 III. Les Croisés : Marche des croisés
- 1 IV. Comptesse Sophie : Dialogue de la Comptesse Sophie et du Sénéchal
- 2 IV. Comptesse Sophie : Complainte d'Elizabeth
- 3 IV. Comptesse Sophie : Elizabeth est chassée de Wartbourg
- 4 IV. Comptesse Sophie : L'orage
- 5 V. Elizabeth : Prière
- 6 V. Elizabeth : Rêve du pays natal et souvenir
- 7 V. Elizabeth : Interlude
- 8 V. Elizabeth : Chœur des pauvres, chant sur les œuvres de miséricorde
- 9 V. Elizabeth : Mort d'Elizabeth
- 10 V. Elizabeth : Chœur des anges
- 11 VI. Enterrement solennel d'Elizabeth : Interlude
- 12 VI. Enterrement solennel d'Elizabeth : L'empreur Frédéric II de Hohenstaufen
- 13 VI. Enterrement solennel d'Elizabeth : Chœur funèbre des pauvres et du peuple
- 14 VI. Enterrement solennel d'Elizabeth : Défilé des croisés
- 15 VI. Enterrement solennel d'Elizabeth : Chœur d'Eglise. Evêques hongrois et germaniques
DISQUE 1
La Légende de Sainte Elizabeth (Franz Liszt)
DISQUE 2
À propos
Kolos Kovats (Hermann) - Erzsebet Komlossy (Comtesse Sophie) - Sandor Solyom-Nagy (Ludwig Landgrave) - Eva Andor (Elizabeth) - Jozsef Gregor (Frederick II de Hohenstaufen)... - Orchestre Philharmonique Slovaque - Janos Ferencsik, direction
Distinctions
5 de Diapason (janvier 2008)
Détails de l'enregistrement original :
69:48 - 68:41 - AAD - Enregistré à la Salle de concert Reduta de l'Orchestre Philharmonique Slovaque à Bratislava en juin et juillet 1973 - Notes en français, anglais, allemand et hongrois avec texte de l'oratorio dans les quatre langues
Franz Liszt (1811-1886)
La Légende de Sainte Elizabeth, oratorio sur des paroles de Otto Roquette (1824-1869), R. 477 (1862) Créée à Pest en août 1865
Chanté en allemand
I. Arrivée d'Elizabeth à la Wartburg
II. Le Landgrave Ludwig
III. Les Croisés
IV. La margravine Sophie
V. Elizabeth
VI. Funérailles solennelles d'Elizabeth Éva Andor, soprano (Elizabeth, fiancée puis femme de Ludwig)
Erzsébet Komlóssy, mezzo-soprano (Comtesse Sophie, femme de Hermann)
Sándor Sólyom-Nagy, baryton (Landgrave Ludwig)
Kolos Kováts, basse (Hermann, Landgrave de Thuringe)
József Gregor, basse (Frédéric II de Hohenstaufen)
Lajos Miller, baryton (Un magnat hongrois)
György Bordás, baryton (Sénéchal)
Dušan Turinic, contralto (Ludwig enfant)
Eugenia Kraicirová, soprano (Elizabeth enfant)
Chœur d’Enfants de la Radio de Bratislava
Chœur & Orchestre Philharmonique Slovaque
Direction János Ferencsik
La Légende de Sainte Elizabeth, oratorio sur des paroles de Otto Roquette (1824-1869), R. 477 (1862) Créée à Pest en août 1865
Chanté en allemand
I. Arrivée d'Elizabeth à la Wartburg
II. Le Landgrave Ludwig
III. Les Croisés
IV. La margravine Sophie
V. Elizabeth
VI. Funérailles solennelles d'Elizabeth Éva Andor, soprano (Elizabeth, fiancée puis femme de Ludwig)
Erzsébet Komlóssy, mezzo-soprano (Comtesse Sophie, femme de Hermann)
Sándor Sólyom-Nagy, baryton (Landgrave Ludwig)
Kolos Kováts, basse (Hermann, Landgrave de Thuringe)
József Gregor, basse (Frédéric II de Hohenstaufen)
Lajos Miller, baryton (Un magnat hongrois)
György Bordás, baryton (Sénéchal)
Dušan Turinic, contralto (Ludwig enfant)
Eugenia Kraicirová, soprano (Elizabeth enfant)
Chœur d’Enfants de la Radio de Bratislava
Chœur & Orchestre Philharmonique Slovaque
Direction János Ferencsik
Sainte Elisabeth de Hongrie vécut au début du 13e siècle, en Allemagne – en Thuringe, plus précisément, mais elle naquit quand même en Hongrie, fille du roi André II. L’histoire a vanté sa bonté,
sa générosité envers les pauvres, alors qu’elle aurait pu tranquillement vivre dans le confort de son château royal. Selon ce qu’affirme la légende, son mari la surprit alors qu’elle portait
secrètement du pain aux pauvres – il n’aimait guère qu’elle traînât ainsi dans les rues mal famées, sans doute – et exigea qu’elle ouvrît son manteau : miracle, ce n’était plus du pain mais des
roses. Toute sa vie, elle dispensa ainsi la charité, ce qui ne fut pas bien long puisqu’elle mourut à l’âge de 24 ans…
Liszt se saisit de cette personnalité et tissa autour des réalités historiques et des traditions religieuses un gigantesque oratorio, entre le dernier Mendelssohn, Wagner, Saint-Saëns, Berlioz surtout. Ce génial chef-d’œuvre date de 1857 à 1862, peu après la répression de la guerre d’indépendance hongroise de 1849 : on peut sans doute y voir une sorte de pèlerinage musical dans sa Hongrie de cœur. D’ailleurs, le compositeur se servit de diverses mélodies populaires, de thèmes liturgiques hongrois, de tout un fonds musical plus ou moins ancien, pour brosser cette impressionnante fresque-oratorio qui s’apparente plus à une mega-symphonie vocale.
Voilà un ouvrage rarement entendu en concert ; trop ample et trop long pour un simple oratorio, trop symphonique pour un opéra, trop foisonnant d’idées… c’est bien dommage car c’est là le plus grand Liszt, le plus innovant, le plus hardi, le plus révolutionnaire même, le plus fascinant en tous les cas. À découvrir d’urgence pour ceux qui ne connaissent pas.
Liszt se saisit de cette personnalité et tissa autour des réalités historiques et des traditions religieuses un gigantesque oratorio, entre le dernier Mendelssohn, Wagner, Saint-Saëns, Berlioz surtout. Ce génial chef-d’œuvre date de 1857 à 1862, peu après la répression de la guerre d’indépendance hongroise de 1849 : on peut sans doute y voir une sorte de pèlerinage musical dans sa Hongrie de cœur. D’ailleurs, le compositeur se servit de diverses mélodies populaires, de thèmes liturgiques hongrois, de tout un fonds musical plus ou moins ancien, pour brosser cette impressionnante fresque-oratorio qui s’apparente plus à une mega-symphonie vocale.
Voilà un ouvrage rarement entendu en concert ; trop ample et trop long pour un simple oratorio, trop symphonique pour un opéra, trop foisonnant d’idées… c’est bien dommage car c’est là le plus grand Liszt, le plus innovant, le plus hardi, le plus révolutionnaire même, le plus fascinant en tous les cas. À découvrir d’urgence pour ceux qui ne connaissent pas.
Liszt
La Légende de Sainte Elizabeth János Mátyás
Liszt fut un révolutionnaire de la musique. Il renouvela non seulement différents moyens d'expression, mais aussi la structure de certains genres. À l'époque où il composait son premier oratorio, La Légende de sainte Elisabeth, il écrivit qu'il était difficile, après Haendel, Bach et Haydn, d'obtenir dans ce genre « que ces maîtres de tout premier plan ont déjà conduit aux sommets les plus lumineux, de nouveaux résultats ». Il ne pouvait pas suivre l'exemple de Mendelssohn, qui avait déjà été de toute évidence le dernier musicien à pouvoir tirer parti de la force des grandes traditions de Haendel en écrivant Paulus (Saint Paul, 1836) et Elijah (Elias, 1846). Le genre de l'oratorio est alors en voie d'épuisement. Il est devenu impératif de trouver des structures nouvelles et originales permettant d'ouvrir des perspectives d'expression neuves par l'élaboration d'une grande forme musicale particulière. Liszt devait trouver un point de départ dans une transposition symphonique de la composition des oratorios, et dans une composition globale embrassant aussi thématiquement l'ensemble de la structure musicale et rendant l'œuvre comparable à une sorte de «symphonie vocale» de grande envergure basée sur des thèmes récurrents.
La première réalisation de cette conception fut La Légende de sainte Elisabeth, que suivirent plus tard Christus (achevé en 1867) et le Via Crucis (terminé en 1879). Les trois œuvres sont étroitement liées au plan de la structure, de la dramaturgie et de la composition, et elles résultent d'une même conception du genre. L’introspection, l'approfondissement et la con- centration croissants que l'on y constate reflètent les étapes successives de la vie et de la carrière de Liszt, et par elles, le développement du genre de l'oratorio s'écarte de la proximité de la drama- turgie musicale scénique pour conduire à un jeu de mystère dans l'âme même. C'est durant ses dernières années à Weimar (à la fin de sa période créatrice médiane) que Liszt entama la composition de La Légende de Sainte Elisabeth. Les longues années de travail relativement tranquille passées a Weimar comme Kapellmeister de la cour ont fait de lui un maître parvenu à la maturité. C'est là qu'il écrit ses douze poèmes symphoniques, ses deux grandes symphonies, ses concertos de piano, sa Sonate en si mineur, et le premier recueil des Années de pèlerinage. Au plan vocal aussi, il expérimente les unes après les autres les possibilités qu'offrent les formes et les effets plus complexes. Après les chœurs de Promethée, la Missa solemnis (1855) représente déjà l'un des sommets de son œuvre. Liszt eut l'idée d'écrire son premier oratorio en voyant la série de fresques que réalisa en 1854 le peintre autrichien Moritz von Schwind (1804-1871) au château de la Wartburg, non loin de Weimar. Cette série est consacrée à la vie tragique et légendaire d'une princesse de la maison royale hongroise qui avait vécu six cents ans plus tôt, sainte Elisabeth de Hongrie. L’imagination de Liszt fut moins séduite par les fresques que par leur thème. Pour parvenir à la racine de la composition de cette œuvre, il nous faut répondre à la question de savoir ce que signifiait pour Liszt l'histoire d'une sainte qui avait vécu tant de siècles plus tôt. La princesse Elisabeth, dont la vie fut fort brève puisqu'elle ne vécut que vingt-quatre ans, s'était faite la protectrice des pauvres et des malheureux. C'était en quelque sorte une sainte « sociale ». On peut rapprocher de son personnage tout d'humanité l'idée goethéenne exaltante et purificatrice de l'« éternel féminin», telle qu'elle est évoquée dans la Faust-Symphonie.
Plus important cependant est le fait que Liszt se préoccupa et s'inquiéta toute sa vie durant des problèmes sociaux. Et bien qu'avec le passage des années il n'ait plus guère ressenti les problèmes sociaux que dans leur projection morale, la charité chrétienne imprégna toute sa vie. Il vécut modestement, en faisant don de grosses sommes à des orphelinats, à des institutions de bienfaisance ou pour des buts culturels. Il ne fait pas de doute qu'il para le personnage de sainte Elisabeth de tous les désirs d'humanité véritable et d'amour secourable du prochain qu'il ressentait lui-même. Cet oratorio constitue une profession de foi de Liszt, un hymne à la gloire de la solidarité humaine. Le thème de sainte Elisabeth l'intéressait aussi en raison de ses connexions nationales. En effet, le si cosmopolite Liszt, dont la culture était d'inspiration française et dont les activités se déroulèrent en grande partie en Allemagne, se considéra toujours comme Hongrois. Au cours de ses premières années à l'étranger, ses relations avec la Hongrie prirent la forme de démonstratives tournées de concerts à des fins charitables, de l'adaptation pleine de virtuosité de mélodies de caractère hongrois et de manifestations enthousiastes et parfois théâtrales de ses sentiments patriotiques. Comme l'a écrit le musicologue hongrois Bence Szabolcsi, son pays d'origine représentait pour lui un point d'appui et une source d'énergie morale, beaucoup plus qu'un engagement exclusif. Et dans sa musique, il n'est aussi que l'un de ses coloris les plus importants. Par la suite, les choses changèrent progressivement. Après la répression de la guerre d'indépendance hongroise de 1848/49, Liszt aurait voulu élever la jeune culture musicale nationale hongroise au niveau des pays ouest-européens ; il écrira cependant, après avoir terminé la partition de La Légende de sainte Elisabeth, dans une lettre écrite à Rome le 10 novembre 1862 à son ami, le compositeur hongrois Mihály Mosonyi (Brand) : « Si mes désirs se réalisent, cette œuvre sera un jour partie intégrante de la nouvelle littérature musicale hongroise. » C'est en 1855 que fut écrit le texte de l'oratorio. Le compositeur en confia le soin à l'écrivain et poète allemand Otto Roquette (1824-1896). Selon le témoignage de la correspondance du musicien, c'est la compagne de Liszt, Carolyne von Sayn-Wittgenstein, qui ébaucha une esquisse de l'action d'après les fresques de Schwind, et c'est sur cette esquisse qu'est basé le texte. (Celui-ci conte l'histoire de sainte Elisabeth en six parties, étant donné que les fresques étaient également au nombre de six.) C'est en 1857 seulement que Liszt se mettra au travail, mais il n'avance que très peu. Il ne recevra d'impulsion véritable qu'à la lecture de la « Vie de sainte Elisabeth de Hongrie » de János N. Danielik, qui parut à cette époque. Au mois de juin 1858, il demande à l'écrivain de lui faire parvenir par Mosonyi les matériaux musicaux liturgiques («hymnes et proses ») se rattachant à la personne de la sainte. Mosonyi, grâce au concours du musicologue Gábor Mátray et d'autres encore, parvint à réunir une documentation musicale fort riche et présentant partiellement une réelle valeur historique. De Hongrie, Liszt reçut également du célèbre violoniste Ede Reményi la musique de mélodies de type populaire considérées comme typiques. Quant à l'organiste A. Wilheim Gottschlag, qui avait été l'un de ses élèves, il lui envoya un choral allemand ancien qui était supposé remonter aux croisades.
Liszt choisit parmi ces matériaux, de toute évidence en visant à la plus grande authenticité historique possible, une bonne partie des motifs principaux de sa composition, qui servirent ensuite de base à sa structure musicale. C'est dans des conditions difficiles qu'il acheva l'œuvre. À l'automne 1861, en effet, il quitta Weimar pour s'installer à Rome. Ses rapports avec Weimar ne se rompirent cependant pas tout à fait, et il projetait originalement de donner la première de son oratorio au château de la Wartburg. (La partition qui parut plus tard sera dédiée au roi de Bavière.)
Liszt est également invité à se rendre en Hongrie. La série de concerts prévue pour fêter les vingt-cinq années d'existence du Conservatoire (National) de Pest-Buda (dont la création avait été due en bonne partie au don que Liszt avait fait dans ce but des recettes de l'un des ses concerts) semblait constituer une excellente occasion de donner l'oratorio en première audition. Pour faire plaisir au compositeur, la date prévue fut repoussée, et la première mondiale, en hongrois, eut lieu le 15 août 1865, sous la direction de Liszt, dans la grande salle toute neuve de Vigadó (La Redoute) de Pest. La traduction hongroise était l'œuvre de Kornél Abrányi Sr. Quelques jours avant la création, la revue «Zenészeti Lapok» (Feuilles Musicales) avait publié des extraits du texte, ainsi que la notice de Liszt figurant à la fin de la partition, avec des exemples musicaux indiquant les principaux motifs. Le gigantesque appareil des exécutants (près de 500 personnes en tout) et la réalisation des difficiles effets nouveaux de la musique représentèrent pour les musiciens hongrois d'alors une épreuve de force dont ils se tirèrent brillamment. Ce fut un triomphe. On pouvait, par exemple, lire dans une critique : « II aura droit à la reconnaissance de toute une nation (...), c'est un monde de poésie musicale entièrement neuf qui s'ouvre à nous. » La représentation de l'oratorio eut lieu de nouveau le 23 août, et le succès fut frénétique.
Les créations dans d'autres villes se suivirent de près : en 1866, l'œuvre fut dirigée à Munich par Hans von Bülow, et à Prague par Smetana. L’année suivante, ce fut la première au château de la Wartburg, sous la direction de Liszt lui-même. Le livret retrace cinq événements décisifs de la vie de la princesse Elisabeth. Nous la voyons d'abord enfant, arrivant en Thuringe, dans ce pays où se déroulera la suite de sa vie, puis jeune épouse radieuse, ange de bienfaisance pour les pauvres. Plus tard, elle fait ses adieux à son époux partant à la croisade, en proie à un sinistre pressentiment. Puis c'est la jeune veuve humiliée qui est chassée par sa belle-mère, Sophie, qui lui arrache ses enfants. Enfin, nous la retrouvons mourante, mais en proie à une vision que lui suggère l'exaltante paix de son âme, partant pour son céleste voyage dans un état d'indicible pauvreté. La composition se divise en deux grandes parties elles-mêmes subdivisées en trois tableaux. La symétrie règne également dans l'ordonnance de ceux-ci: les morceaux se suivent en effet – si l'on en considère le noyau –- selon un schéma rapide-lent-rapide et, dans les deux parties, c'est dans le tableau médian (lent et lyrique), que le contenu et la forme sont le mieux mis en valeur. Dans le même temps, ils sont étroitement liés aux deux piliers extrêmes de la composition, représentés par l'ouverture orchestrale et le chœur final. C'est sur ces quatre points que repose toute la structure architecturale de l'œuvre.
La Légende de Sainte Elizabeth János Mátyás
Liszt fut un révolutionnaire de la musique. Il renouvela non seulement différents moyens d'expression, mais aussi la structure de certains genres. À l'époque où il composait son premier oratorio, La Légende de sainte Elisabeth, il écrivit qu'il était difficile, après Haendel, Bach et Haydn, d'obtenir dans ce genre « que ces maîtres de tout premier plan ont déjà conduit aux sommets les plus lumineux, de nouveaux résultats ». Il ne pouvait pas suivre l'exemple de Mendelssohn, qui avait déjà été de toute évidence le dernier musicien à pouvoir tirer parti de la force des grandes traditions de Haendel en écrivant Paulus (Saint Paul, 1836) et Elijah (Elias, 1846). Le genre de l'oratorio est alors en voie d'épuisement. Il est devenu impératif de trouver des structures nouvelles et originales permettant d'ouvrir des perspectives d'expression neuves par l'élaboration d'une grande forme musicale particulière. Liszt devait trouver un point de départ dans une transposition symphonique de la composition des oratorios, et dans une composition globale embrassant aussi thématiquement l'ensemble de la structure musicale et rendant l'œuvre comparable à une sorte de «symphonie vocale» de grande envergure basée sur des thèmes récurrents.
La première réalisation de cette conception fut La Légende de sainte Elisabeth, que suivirent plus tard Christus (achevé en 1867) et le Via Crucis (terminé en 1879). Les trois œuvres sont étroitement liées au plan de la structure, de la dramaturgie et de la composition, et elles résultent d'une même conception du genre. L’introspection, l'approfondissement et la con- centration croissants que l'on y constate reflètent les étapes successives de la vie et de la carrière de Liszt, et par elles, le développement du genre de l'oratorio s'écarte de la proximité de la drama- turgie musicale scénique pour conduire à un jeu de mystère dans l'âme même. C'est durant ses dernières années à Weimar (à la fin de sa période créatrice médiane) que Liszt entama la composition de La Légende de Sainte Elisabeth. Les longues années de travail relativement tranquille passées a Weimar comme Kapellmeister de la cour ont fait de lui un maître parvenu à la maturité. C'est là qu'il écrit ses douze poèmes symphoniques, ses deux grandes symphonies, ses concertos de piano, sa Sonate en si mineur, et le premier recueil des Années de pèlerinage. Au plan vocal aussi, il expérimente les unes après les autres les possibilités qu'offrent les formes et les effets plus complexes. Après les chœurs de Promethée, la Missa solemnis (1855) représente déjà l'un des sommets de son œuvre. Liszt eut l'idée d'écrire son premier oratorio en voyant la série de fresques que réalisa en 1854 le peintre autrichien Moritz von Schwind (1804-1871) au château de la Wartburg, non loin de Weimar. Cette série est consacrée à la vie tragique et légendaire d'une princesse de la maison royale hongroise qui avait vécu six cents ans plus tôt, sainte Elisabeth de Hongrie. L’imagination de Liszt fut moins séduite par les fresques que par leur thème. Pour parvenir à la racine de la composition de cette œuvre, il nous faut répondre à la question de savoir ce que signifiait pour Liszt l'histoire d'une sainte qui avait vécu tant de siècles plus tôt. La princesse Elisabeth, dont la vie fut fort brève puisqu'elle ne vécut que vingt-quatre ans, s'était faite la protectrice des pauvres et des malheureux. C'était en quelque sorte une sainte « sociale ». On peut rapprocher de son personnage tout d'humanité l'idée goethéenne exaltante et purificatrice de l'« éternel féminin», telle qu'elle est évoquée dans la Faust-Symphonie.
Plus important cependant est le fait que Liszt se préoccupa et s'inquiéta toute sa vie durant des problèmes sociaux. Et bien qu'avec le passage des années il n'ait plus guère ressenti les problèmes sociaux que dans leur projection morale, la charité chrétienne imprégna toute sa vie. Il vécut modestement, en faisant don de grosses sommes à des orphelinats, à des institutions de bienfaisance ou pour des buts culturels. Il ne fait pas de doute qu'il para le personnage de sainte Elisabeth de tous les désirs d'humanité véritable et d'amour secourable du prochain qu'il ressentait lui-même. Cet oratorio constitue une profession de foi de Liszt, un hymne à la gloire de la solidarité humaine. Le thème de sainte Elisabeth l'intéressait aussi en raison de ses connexions nationales. En effet, le si cosmopolite Liszt, dont la culture était d'inspiration française et dont les activités se déroulèrent en grande partie en Allemagne, se considéra toujours comme Hongrois. Au cours de ses premières années à l'étranger, ses relations avec la Hongrie prirent la forme de démonstratives tournées de concerts à des fins charitables, de l'adaptation pleine de virtuosité de mélodies de caractère hongrois et de manifestations enthousiastes et parfois théâtrales de ses sentiments patriotiques. Comme l'a écrit le musicologue hongrois Bence Szabolcsi, son pays d'origine représentait pour lui un point d'appui et une source d'énergie morale, beaucoup plus qu'un engagement exclusif. Et dans sa musique, il n'est aussi que l'un de ses coloris les plus importants. Par la suite, les choses changèrent progressivement. Après la répression de la guerre d'indépendance hongroise de 1848/49, Liszt aurait voulu élever la jeune culture musicale nationale hongroise au niveau des pays ouest-européens ; il écrira cependant, après avoir terminé la partition de La Légende de sainte Elisabeth, dans une lettre écrite à Rome le 10 novembre 1862 à son ami, le compositeur hongrois Mihály Mosonyi (Brand) : « Si mes désirs se réalisent, cette œuvre sera un jour partie intégrante de la nouvelle littérature musicale hongroise. » C'est en 1855 que fut écrit le texte de l'oratorio. Le compositeur en confia le soin à l'écrivain et poète allemand Otto Roquette (1824-1896). Selon le témoignage de la correspondance du musicien, c'est la compagne de Liszt, Carolyne von Sayn-Wittgenstein, qui ébaucha une esquisse de l'action d'après les fresques de Schwind, et c'est sur cette esquisse qu'est basé le texte. (Celui-ci conte l'histoire de sainte Elisabeth en six parties, étant donné que les fresques étaient également au nombre de six.) C'est en 1857 seulement que Liszt se mettra au travail, mais il n'avance que très peu. Il ne recevra d'impulsion véritable qu'à la lecture de la « Vie de sainte Elisabeth de Hongrie » de János N. Danielik, qui parut à cette époque. Au mois de juin 1858, il demande à l'écrivain de lui faire parvenir par Mosonyi les matériaux musicaux liturgiques («hymnes et proses ») se rattachant à la personne de la sainte. Mosonyi, grâce au concours du musicologue Gábor Mátray et d'autres encore, parvint à réunir une documentation musicale fort riche et présentant partiellement une réelle valeur historique. De Hongrie, Liszt reçut également du célèbre violoniste Ede Reményi la musique de mélodies de type populaire considérées comme typiques. Quant à l'organiste A. Wilheim Gottschlag, qui avait été l'un de ses élèves, il lui envoya un choral allemand ancien qui était supposé remonter aux croisades.
Liszt choisit parmi ces matériaux, de toute évidence en visant à la plus grande authenticité historique possible, une bonne partie des motifs principaux de sa composition, qui servirent ensuite de base à sa structure musicale. C'est dans des conditions difficiles qu'il acheva l'œuvre. À l'automne 1861, en effet, il quitta Weimar pour s'installer à Rome. Ses rapports avec Weimar ne se rompirent cependant pas tout à fait, et il projetait originalement de donner la première de son oratorio au château de la Wartburg. (La partition qui parut plus tard sera dédiée au roi de Bavière.)
Liszt est également invité à se rendre en Hongrie. La série de concerts prévue pour fêter les vingt-cinq années d'existence du Conservatoire (National) de Pest-Buda (dont la création avait été due en bonne partie au don que Liszt avait fait dans ce but des recettes de l'un des ses concerts) semblait constituer une excellente occasion de donner l'oratorio en première audition. Pour faire plaisir au compositeur, la date prévue fut repoussée, et la première mondiale, en hongrois, eut lieu le 15 août 1865, sous la direction de Liszt, dans la grande salle toute neuve de Vigadó (La Redoute) de Pest. La traduction hongroise était l'œuvre de Kornél Abrányi Sr. Quelques jours avant la création, la revue «Zenészeti Lapok» (Feuilles Musicales) avait publié des extraits du texte, ainsi que la notice de Liszt figurant à la fin de la partition, avec des exemples musicaux indiquant les principaux motifs. Le gigantesque appareil des exécutants (près de 500 personnes en tout) et la réalisation des difficiles effets nouveaux de la musique représentèrent pour les musiciens hongrois d'alors une épreuve de force dont ils se tirèrent brillamment. Ce fut un triomphe. On pouvait, par exemple, lire dans une critique : « II aura droit à la reconnaissance de toute une nation (...), c'est un monde de poésie musicale entièrement neuf qui s'ouvre à nous. » La représentation de l'oratorio eut lieu de nouveau le 23 août, et le succès fut frénétique.
Les créations dans d'autres villes se suivirent de près : en 1866, l'œuvre fut dirigée à Munich par Hans von Bülow, et à Prague par Smetana. L’année suivante, ce fut la première au château de la Wartburg, sous la direction de Liszt lui-même. Le livret retrace cinq événements décisifs de la vie de la princesse Elisabeth. Nous la voyons d'abord enfant, arrivant en Thuringe, dans ce pays où se déroulera la suite de sa vie, puis jeune épouse radieuse, ange de bienfaisance pour les pauvres. Plus tard, elle fait ses adieux à son époux partant à la croisade, en proie à un sinistre pressentiment. Puis c'est la jeune veuve humiliée qui est chassée par sa belle-mère, Sophie, qui lui arrache ses enfants. Enfin, nous la retrouvons mourante, mais en proie à une vision que lui suggère l'exaltante paix de son âme, partant pour son céleste voyage dans un état d'indicible pauvreté. La composition se divise en deux grandes parties elles-mêmes subdivisées en trois tableaux. La symétrie règne également dans l'ordonnance de ceux-ci: les morceaux se suivent en effet – si l'on en considère le noyau –- selon un schéma rapide-lent-rapide et, dans les deux parties, c'est dans le tableau médian (lent et lyrique), que le contenu et la forme sont le mieux mis en valeur. Dans le même temps, ils sont étroitement liés aux deux piliers extrêmes de la composition, représentés par l'ouverture orchestrale et le chœur final. C'est sur ces quatre points que repose toute la structure architecturale de l'œuvre.
János Mátyás
© Hungaroton 1974 - 2007 – Reproduction interdite
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