On ne joue que trop rarement Mendelssohn, et encore plus rarement, par exemple, ses Sonates pour violon et piano. La présente Sonate en fa majeur (la seconde du genre) de 1838 est pourtant
un magnifique bijou, purement mendelssohnien dans l’enthousiasme, l’ampleur, la générosité et ce petit je-ne-sais-quoi de transparence qui, dès les premières notes, atteste que c’est bien du
Mendelssohn et ni du Schumann, ni du Schubert ni personne d’autre. Chose curieuse, il apparaît que le compositeur n’en fut pas trop satisfait, à telle enseigne qu’il la remania l’année suivante –
il n’acheva toutefois que la réécriture des 151 premières mesures du premier mouvement, laissant le reste tel qu’écrit en 1838. Résultat, l’ouvrage fut oublié pendant plus d’un siècle, jusqu’en
1953 quand Menuhin le ressortit enfin de l’obscurité. Tout aussi oublié pendant cent vingt-cinq ans, le Concerto pour violon, piano et cordes de 1823 (deux ans donc avant le
phénoménal Octuor) fut ressorti des archives par le même Menuhin en 1957. Naturellement, il faut garder à l’esprit que c’est là l’œuvre d’un marmot de quinze ans, mais pas n’importe quel marmot.
Cela dit, on y entend encore l’influence de Mozart/Beethoven, de Rossini, de Schubert et surtout de Weber dans la brillante virtuosité et l’utilisation effrénée des neuvièmes majeures
! Voilà de quoi ajouter une pierre à la connaissance de ce compositeur trop souvent décrié comme « facile » :
est-ce sa faute si la musique coulait de son cœur comme le miel coule d’un rayon d’abeilles ?