Trop souvent, l’activité d’organiste liturgique de Franck est oubliée à la faveur du Franck compositeur ; et pourtant, c’est aux buffets qu’il passa le pus clair de
son temps – les buffets d’orgue, s’entend, pas les cocktails des ministères – : Notre-Dame-de-Lorette, Saint-Jean-Saint-François dans le Marais, puis Sainte-Clothilde où il inaugure en 1859 le
somptueux Cavaillé-Coll. Donc, il lui échéait d’accompagner les services (messes, vêpres, saluts, fêtes, mariages, funérailles), de s’occuper de la maîtrise, et d’écrire des brouettes d’œuvres pour
les offices. Ce CD explore les aspects moins connus de la production de Franck, où le meilleur côtoie le plus pompier, voire l’hilarant. L’hilarant, d’abord : la Messe à
trois voix Op. 12 de 1861 a fait écrire à D’Indy que le Gloria comportait « certains passages vraiment vulgaires et indignes de la main de qui écrivit les
Béatitudes », tandis que Charles Bordes en rajoutait une couche « tonitruant et moins digne d’un soliste que d’un chantre
quelque peu en goguette ». Bon, les deux personnages reconnaissaient quand même que le Kyrie était une « exquise prière » et l’Agnus une « perle d’ingénuité musicale ». Mais l’époque était marquée par la trivialité dont le goût
liturgique était décidément épais. Et pourtant, avec sa harpe et son orgue comme seuls accompagnateurs, certains moments rappellent la texture du Requiem de Fauré : y a-t-il un pont
? Autre chose : le Magnificat de 1858 intègre le plain-chant habituel, de courtes (heureusement !) interventions accompagnés par l’orgue, et des pièces d’orgue qui
sont, elles, de Franck, le Franck de la première manière sans doute, mais déjà de fameux moments d’écriture complexe et foisonnante. On peut imaginer que le compositeur a repris le genre de ses
improvisations. Même principe pour le Kyrie pour une Messe de Noël (1858) : les pièces d’orgue solo sont de Franck, les interventions chorales appartiennent à la liturgie
classico-ronflante. Il est à noter que le chœur et les chanteurs du CD chantent selon la prononciation à la française du latin, et non pas celle (d’ailleurs
artificielle et souvent aberrante) à l’italienne, officiellement adoptée en 1903 seulement.