Avec ses cinq concertos pour piano, Martinů nous permet de le suivre sur vingt ans d’énergie créatrice : du Concertino de 1938 écrit à Paris jusqu’au sombre Cinquième concerto de 1958 (une
année donc avant sa disparition), en passant par le Troisième écrit en 1948. Dix ans séparent ainsi chacune de ces trois œuvres, dix années riches en rebondissements humains puisque de Paris à New
York et de New York à la Suisse, le compositeur a passé le dernier tiers de sa vie en exil, un exil certes confortable mais, malgré tout, loin de sa Bohème natale qu’il ne reverra que furtivement
en 1951 – court séjour qui resta une grande déception pour cet homme né, ne l’oublions pas, en 1890. Naturellement, le style de Martinů reste
reconnaissable dès la première mesure, même si les œuvres de la dernière maturité s’éloignent légèrement du « tout-tchèque » pour
adopter un langage plus âpre, plus universel aussi, là où le Concertino reste dans un genre parfois plus insouciant, plus parisien. N’entend-on pas clairement l’influence d’un Rachmaninov
dans le mouvement lent de cette œuvre… A l’instar de son illustre compatriote, le pianiste Giorgio Koukl qui nous offre ces trois interprétations est né en Bohème et s’est
finalement installé en Suisse en 1968 lorsque les chars soviétiques ont débarqué à Prague. Koukl a étudié, en particulier, avec Rudolf Firkušný, le pianiste qui avait commandé le Concertino
à Martinů et l’avait créé en 1949 : source inestimable d’authenticité, sans aucun doute.