Martinů a depuis assez longtemps trouvé la place qu’il mérite dans le grand panthéon des musiciens. Nielsen est en passe, sans doute ; Koechlin ne semble pas même
avoir encore pris le chemin de la réelle reconnaissance, ou pire encore, le regain d’intérêt des années 80 n’a pas donné de bien juteux fruits. Passons donc rapidement sur les deux magnifiques
œuvres de Martinů (même si le Quatuor pour clarinette, cor, violoncelle et caisse claire mériterait un paragraphe à lui seul, eu égard à son extraordinaire originalité) et jetons un coup d’oreille
aux deux autres. Nielsen d’abord, le plus grand des compositeurs Danois, dont on connaît vaguement les titres de quelques symphonies, dont L’Inextinguible, et surtout
le Quintette à vent qui fait les délices de tout quintette à vent qui se respecte. Ensuite… Voici donc sa Sérénade en vain, dont le titre explique sans doute l’aspect plutôt mélancolique et
un peu amer – car la sérénade est faite pour être jouée sous les fenêtres d’une belle afin de capturer son attention vespérale et, éventuellement, la persuader de descendre boire un dernier petit
verre. Sans doute la Sérénade en vain est-elle réservée aux amoureux transis et malheureux… même si la toute fin de l’œuvre semble annoncer « bah, une de
perdue, dix de retrouvées » ! Quant à son Canto serioso, il fut initialement conçu pour un concours de quatrième cor, ce qui explique la tessiture grave de la
pièce. Quelle chance pour les candidats d’avoir le droit de déchiffrer une si jolie pièce… Koechlin, ensuite, et sa curieuse partition Les Confidences d’un joueur de
clarinette. Singulier titre, me direz-vous ; en effet, il s’agit là d’une musique de film pour un film qui ne fut jamais réalisé. Le script, de Koechlin lui-même
(qui se piquait, un peu vainement, d’écrire des films), se base sur un roman d’Erckman-Chatrian. Abandonnée sous forme d’autographe, la pièce dut attendre les années 80 avant d’être déterrée,
remaniée et proposée sous la forme d’une suite de 18 petits numéros, dont la majorité ne font appel qu’à la clarinette et au cor ; mais on y entend également une bien
belle sonnerie de trompes de chasse, et un court trio pour clarinette, alto et violoncelle. L’auditeur comprendra aisément que ce sont là des petits morceaux caractéristiques, destinés à former un
pont entre diverses scènes ou une illustration légèrement bucolique du propos littéraire. La couverture ne le mentionne pas, mais le CD s’achève avec, en guise de bis, une
courte pièce de Luciano Berio : Musica Leggera, un canon strict « par mouvement contraire et rétrograde, avec un intermède », un
beau moment de rigueur d’écriture datant de 1974, cadeau d’anniversaire pour Goffredo Petrassi. On notera le discret mais efficace accompagnement au tambour de basque, un effet quasi magique, assez
proche de celui du Quatuor de Martinů mentionné plus haut.