A une époque où Bartók écrivait des œuvres majeures, séminales, fondatrices de son dernier langage – quatuors, Musique pour cordes, percussion et célesta, la Sonate pour deux pianos et
percussion – il n’hésitait pourtant pas à s’écarter de ce chemin des plus sérieux, pour produire ces pièces destinées à des chœurs d’enfants ou de femmes. A la fois didactique et
ethnomusicologique, son propos agrémente le fonds folklorique d’Europe centrale d’une écriture purement bartókienne, avec ses rythmes complexes, son harmonie très particulière, sa conduite
contrapuntique implacable ; bref, voici des petits bijoux de concision et de difficulté vocale. Par conséquent, il faut faire appel à un chœur d’enfants ou de jeunes
femmes particulièrement aguerri, capable de s’accommoder des mille et un pièges vocaux de la partition, tout en chantant en hongrois (qui n’est certes pas la langue la plus facile à maîtriser, que
ce soit en chantant ou même en commandant un pörkölt à une terrasse de Pécs). Et peu de cultures nationales peuvent s’enorgueillir d’une telle excellence en termes de chœurs d’enfants (et de chœurs
tout court) autant que la Hongrie : voici donc un hommage hongrois rendu par deux chœurs hongrois au plus hongrois des compositeurs hongrois.