Le producteur parle...
Un des objectifs des disques Alpha est d’attirer l’attention des amateurs de musique sur les rapports esthétiques qui existent entre les œuvres enregistrées et les tableaux choisis pour orner la jaquette. Denis Grenier, professeur à l’Université Laval (Québec) et grand passionné de musique baroque, a pris en charge cette mission. Il a aussi trouvé ce qui est devenu la devise de la collection ; Ut Pictura Musica, la musique est peinture, la peinture est musique. Je lui en suis ... VOIR TOUTE LA PRESENTATION
doublement reconnaissant.
Le présent disque va plus loin dans cette voie. À l’écoute de l’enregistrement des sonates pour violoncelle de Vivaldi par Bruno Cocset, j’ai eu le sentiment que les musiciens avaient touché quelque chose de très profond, un peu de l’âme de Venise peut-être, de cette cîté qui ne laisse pas indemne ses visiteurs. Cette âme vénitienne, je ne la retrouvais pas dans les vedutte de Canaletto et Guardi, ni dans les saynètes de Longhi, qui paraissaient pourtant le choix logique, par habitude. Il fallait répondre à la richesse de l’écriture musicale de Vivaldi par la force et l’opulence d’une peinture qui éviterait le cliché de la carte postale. Au détour d’une flânerie au Louvre, le choix s’est imposé : Les Noces de Cana de Véronèse. Un foisonnement de personnages, de couleurs, de gestes chorégraphiés, de tissus et de visages. Et surtout, au centre du tableau gigantesque, un groupe de musiciens en train de jouer, identifiés par certains historiens comme les portraits en instrumentistes de quatre peintres majeurs : Titien, Bassano, Tintoret, Véronèse lui-même... En miroir à Vivaldi, peintre sonore de la Sérénissime, la musique comme sujet central du tableau le plus emblématique de la peinture vénitienne : Ut Pictura Musica.
La forme particulière de ce disque est issue de cette rencontre. La peinture prend la parole, à travers un long développement de l’analyse picturale et musicale du tableau de Véronèse.
Jean-Paul Combet
Un vivaldi aux multiples facettes
La découverte il y a quelques années de manuscrits comprenant trois nouvelles sonates pour violoncelle et basse continue de ’Antonio Vivaldi est venue compléter les six sonates éditées à Paris en 1740 et a quelque peu modifié notre vision à l’égard de ces dernières. En effet, outre l’apport en nouvelle musique, certaines des six sonates de l’édition de Paris sont présentes dans les nouvelles sources de la Bibliothèque du Conservatoire de Naples et de la Bibliothèque du château du comte de Schönborn (Allemagne). L’accès à ces sources est une donnée fondamentale dans la façon d’appréhender, relire, revivre cette musique.
Avec ces sonates, Vivaldi dégage un plaisir narratif aux multiples facettes ... Dans le cadre simple et rigoureux de la sonate d’église (quatre mouvements pour chaque sonate toujours « lent-vif-lent-vif »), Vivaldi oppose bel canto et réthorique dans une succession de danses (sarabandes, allemandes, gigues, sicilienne ...), esquisse une forme « Aria » dans quelques mouvements lents sans reprise, nous emmène furtivement dans l’univers du concerto grosso par un jeu de « tutti-soli », le tout au service d’un discours d’une grande densité. De l’équilibre entre tous ces éléments naît le caractère propre à chaque sonate et le choix de la couleur vient naturellement, comme une évidence, définissant la texture, le grain. Modeler alors la basse continue afin d’en laisser émerger la ligne mélodique est un plaisir que seule la musique baroque nous réserve : l’utilisation du 16 pieds (théorbe, contrebasse, violone) élargit le spectre harmonique, créant plus d’espace pour le violoncelle narrateur. La palette sonore en est étoffée, toutes les combinaisons sont possibles avec l’orgue et le clavecin et, de par sa tessiture, cette littérature pour violoncelle n’est pas sans rappeler son archétype, la canzone du XVIIe siècle pour basso solo, basse ornée s’émancipant peu à peu, même si ici une nouvelle voix de ténor apparaît, plus didactique. Les reprises, ornées ou non, apportent un équilibre à l’architecture. Elles permettent, avec les mêmes paroles, de re-dire, d’en dire plus, ou de le dire différemment, incluant à ces vers un élément d’instance. Associées à une pulsation rythmique omniprésente, elles définissent par leur côté inéluctable la notion du temps ... tout en se jouant parfois de la perception que nous en avons.
Ainsi, d’une allégresse parfois tumultueuse à la poésie la plus douce et la plus tendre, le discours nous offre bien des surprises, avec souvent ce sentiment d’évoquer des choses profondes, voire essentielles, avec des mots simples.
Bruno Cocset
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