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  <title><![CDATA[RENCONTRE - Magazine Qobuz]]></title>
  <link>http://www.qobuz.com/info/-Qobuz-LIFE/Rencontre-Interview130</link>
  <description><![CDATA[]]></description>
  <language>fr-FR</language>
  <copyright>&#xA9; Qobuz</copyright>
    
    <item>
    <title><![CDATA[Benjamin Biolay : interview loto]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Benjamin-Biolay-interview-loto57707</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x256_arton57707.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><b>Qu'est-ce qui vous inspire ?</b><br>
— Un mélange savant de tout et de rien. Et a priori les choses les plus futiles que mon œil aperçoit puis magnifie. Un détail va me trotter dans la tête puis remonter au bon moment. C'est de l'écriture automatique. Je ne suis pas écrivain mais parolier.  
<br>
<br>
<b>Avec qui rêvez-vous de chanter ?</b><br>
— Lauryn Hill mais ça ne se fera jamais. C'est l'une des deux voix au monde — avec Stevie Wonder — qui me fasse ressentir à peu près toutes les émotions. Quand je ne vais pas bien, je regarde sur Youtube son <a href="http://www.youtube.com/watch?v=hwNlQRvV-b4">duo avec Ziggy Markey</a>. Ce qui sort de cette voix est merveilleux.  
<br>
<br>
<b>On a tous en nous quelque chose de Johnny. Et vous ?</b><br>
— <i>Quelque chose de Tennessee</i>, non ? Et aussi de la volonté, une formation classique — on voit bien qu'il a appris la guitare avec un onglet — et l'amour d'Elvis.  </p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><i><H3><center>POURQUOI TU PLEURES ?</H3></i><br>
<H3>Une bande très originale</center></H3>
<br>
<br>
<i><b>Pourquoi tu pleures ?</b></i>, l'album signé <b>Biolay</b>, est le disque que le héros du film aurait pu écrire s'il avait été chanteur. Explication de l'auteur : « <i>Pour composer cette BO inspirée par le scénario, j'ai reconvoqué le personnage après le tournage et imaginé d'autres situations. Par exemple, comment il allait vieillir.</i> »</p>

<p class="spip"><center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_230x230_3298499018850_230.jpg" /></span></center>
<i><big>Pourquoi tu pleures ?</big></i><br>
<a href="http://www.qobuz.com/album/pourquoi-tu-pleures-benjamin-biolay/3298499018850"><big>Écouter et télécharger</big></a> <br>
<b>Disponible en qualité CD (LossLess)</b></center>
</p></div>

<p class="spip"><b>Vous aimeriez écrire pour lui ?</b><br>
— Oui, c'est récent. Son regard me tue, me bouleverse.</p>

<p class="spip"><b>Quelle est votre pire chanson ?</b><br>
— <i>Dernier souper au château</i>, la face B de <i>Négatif</i>. Je voulais donner l'impression que l'on chantait à la cour. Il aurait fallu un clavecin, j'ai fait comme si, et j'ai complètement raté. Les gens qui s'expriment sur mes chansons dans des forums la détestent. </p>

<p class="spip"><b>Avez-vous une superstition avant d'entrer en scène ?</b><br>
— Non. La seule chose que je puisse dire, c'est que je déteste chanter en "civil". Je me sens trop moi-même, un individu, pas un chanteur. Et puis, j'ai le sentiment d'être impoli. J'aime le processus qui consiste à passer une chemise et un costume, cela m'aide à me concentrer, un peu comme les sportifs qui lacent et relacent leurs chaussures avant un match et font un quadruple nœud. Mon dernier geste avant d'entrer sur scène, c'est d'enfiler mes boots. Dès que je les ai aux pieds, je suis une pile électrique. Trac ou pas, je suis heureux.  </p>

<p class="spip"><b>Et la question complémentaire : et si à votre tour vous lanciez une rumeur ?</b><br>
— Ce serait drôle. (Il réfléchit). Non. Trop violent.  </p>

<p class="spip"><b>Un mot sur celle dont vous avez été récemment l'objet, comme quoi vous écririez des chansons pour Vanessa Paradis ?</b><br>
— Un journaliste m'a demandé avec qui j'aimerais bien travailler et j'ai répondu : "Vanessa Paradis". Le lendemain, j'ai lu sur un site internet : "Biolay va travailler avec Vanessa". Cela a été repris partout et du coup, sa maison de disques, Barclay, s'est sentie obligée de démentir par un communiqué officiel. J'ai été gazé de son album sans avoir rien demandé. C'est très humiliant. Ce genre de situation me rend hystérique.  </p>

<p class="spip"><b>Par contre, la reformation de <i><b>Home</b></i>, le duo que vous formez avec Chiara Mastroianni n'est pas une fausse rumeur ?</b><br>
— Non. Il y aura bientôt un <i>Home 2</i>. Ne pas faire de musique manque beaucoup à Chiara. Elle écrit très bien. <i>Home</i> a une vie overseas. J'ai chanté en Argentine devant 14000 personnes. Au moment où j'ai entonné <i>La Ballade du mois de juin</i> (de <i>Home</i>), planqué derrière ma guitare — car sans Chiara c'est dur de l'interpréter — le public l'a reprise en chœur. C'est l'une des plus grosses émotions de ma vie. J'ai appelé Chiara en sortant de scène, elle ne m'a pas cru. Le lendemain, elle m'a rappelé, elle avait vu la vidéo sur Youtube.  
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<H2>FILMS CONDUCTEURS</H3>
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<i><b>E. T., EXTRATERRESTRE</b></i> <br>
STEVEN SPIELBERG (1982) <br>
« C'est le premier film que j'ai vu au cinéma. J'avais 8 ans. J'y suis allé avec mon père, persuadé que E. T. était Elliot, le personnage du dessin animé <i>Peter et Elliot le dragon</i>. La scène d'introduction m'a assaisonné : un début à la Spielberg, hyperviolent, intense. <i>E. T.</i> m'a donné l'envie de retourner dans les salles obscures. J'étais heureux d'avoir traversé tous ces sentiments en une heure et demie : la peur, la tristesse, la tolérance... Le décorum du film correspond à l'Amérique qui me faisait rêver enfant : les sweats à capuche, les livreurs de pizzas et le vélocross.»
<br>
<br>
<i><b>SUPERGRAVE</b></i> <br> 
GREG MOTTOLA (2007)<br>
« Les comédies américaines peuvent être d'une grande élégance, comme d'une vulgarité assumée et ça me plaît. Je suis un fan de Billy Wilder, Jerry Lewis, Woody Allen. Ce dernier a ouvert une brèche énorme avec <i>Coups de feu sur Broadway</i> et Ben Stiller et Judd Apatow (producteur de <i>Supergrave</i>), notamment, s'y sont engouffrés. Cette vague a amené de grands acteurs comme Robert de Niro et Dustin Hoffman vers la comédie. Comme je n'ai pas le temps d'aller en salle, je regarde les films chez moi en VOD et c'est une expérience assez bizarre que de se retrouver tout seul mort de rire devant <i>Supergrave</i> ou <i>Les Rois du patin</i>. Il y a une génération d'acteurs comiques désinhibés — Ben Stiller, les frères Owen, Jonah Hill — qui s'avèrent aussi excellents dans d'autres registres. Et quand je suis de mauvaise humeur, je regarde le bêtisier de <i>Menteur, menteur</i>. Jim Carrey est vraiment le génie de la connerie.»
<br>
<br>
<i><b>TOUS LES FILMS AVEC</b></i> <br> 
MARILYN MONROE<br>
« Mon histoire d'amour avec Marilyn a commencé avec <i>Bus Stop</i> et elle n'est pas finie. Je suis devenu fou d'elle en la voyant jouer la cinglée dans ce film. Entre son visage, son regard et ses courbes, il est difficile de ne pas replonger. C'était la Femme, une grande actrice, une chanteuse à la voix d'oiseau du paradis. Par extension, je me suis intéressé à ceux qui lui ressemblent et partagent avec elle cette beauté et cette détresse, comme Montgomery Clift, par exemple. Lorsque j'ai enregistré mon premier album, <i>Rose Kennedy</i>, il était impossible que Marilyn n'apparaisse pas. Elle arrive à la fin des <i>Cerfs-Volants</i> par cet extrait de <i>River of No Return</i> [La Rivière sans retour], et la chanson s'envole. Les droits d'auteur étaient tellement exorbitants que cela ne me rapporte toujours rien...»
<br>
<br>
<i><b>JOHNNY S'EN VA-T-EN GUERRE</b></i> <br>
DALTON TRUMBO (1971)<br>
« Chaque fois que j'évoque le soleil dans un texte, et cela arrive souvent (<i>Sous le soleil du mois d'août, Le Grand Retour de la chance, La Superbe</i>, etc.), c'est une référence à <i>Johnny s'en va-t-en guerre</i>, un des films fondateurs qui m'ont éclaté le cerveau, adolescent. Je suis tombé dessus un peu trop jeune, à la télé, au <i>Cinéma de minuit</i>. C'est l'époque où je vivais seul à Lyon, il n'y avait plus de contrôle parental. Je n'aurais jamais pensé prendre une décharge aussi terrible. Je ne l'ai jamais revu depuis mais je me souviens très bien du soleil, des flash-back, de la scène de la canne à pêche... Mille autres chansons sont nées de films que j'ai aimés.»
<br>
<br>
<i><b>LES SENTIERS DE LA GLOIRE</b></i> <br>
STANLEY KUBRICK (1957)<br>
« <i>Orange mécanique</i> m'avait impressionné car c'était la première fois que j'avais eu le sentiment d'avoir été manipulé au cinéma. Pour rentrer chez moi, à Lyon, je devais passer dans un souterrain très très bruyant et j'étais prêt à cogner si quelqu'un me faisait une réflexion, moi qui suis totalement non violent. Mes Kubrick de chevet sont ses deux films de guerre. <i>Les Sentiers de la gloire</i>, implacables, parfaits, m'ont montré la vérité des choses de la Grande Guerre et un moment où l'on est relativement moins fier d'être français. Dans <i>Full Metal Jacket</i>, Kubrick réussit le prodige de réaliser un film de genre avec seulement 15 % de scènes de bataille.»<br>
<br>
<div align=right>Propos recueillis par <b>Gilles Médioni</b></div></p>


<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_57707</guid>
    <author>Gilles Médioni </author>
    <pubDate>Thu, 16 Jun 2011 21:30:48 +0200</pubDate>
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    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Benoît Poelvoorde : "Je dormirai mieux le jour où j'arrêterai le cinéma"]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Benoit-Poelvoorde-Je-dormirai51845</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x274_arton51845.jpg" /><br /><br /><p class="spip">Avec lui, peu importe si on a raté les épisodes précédents. À chaque interview, <b>Benoît Poelvoorde</b> refait le film, avançant, tel un funambule, sans filet, se livrant sans compter, répondant à chaque question par une histoire, ou plutôt toutes. Il y a celle du gamin issu d'un milieu modeste et secoué par le décès prématuré de son père. Celle d'un comédien "existentiel", comme le décrit son amie, la cinéaste <b>Anne Fontaine</b>, mal à l'aise avec sa notoriété et jamais aussi heureux que devant la bibliothèque de sa maison refuge de Namur, où il est né il y a quarante-six ans et où il réside toujours. L'histoire d'un acteur, surtout, chatouillé depuis plusieurs années par l'envie de se retirer d'un milieu auquel il n'a jamais eu l'impression d'appartenir. En février dernier, après dix-huit ans de carrière, près de trente films et un épisode dépressif, le héros de <i>C'est arrivé près de chez vous</i>, des <i>Randonneurs</i> et de <i>Podium</i> annonçait dans les colonnes de <i>L'Express</i> l'arrêt de sa carrière. Depuis... Depuis, il a changé d'avis, bien sûr. Il se trouve aujourd'hui à Paris pour parler des <i><b>Emotifs anonymes</b></i>, comédie tout en délicatesse de <b>Jean-Pierre Améris</b>, et de <i><b>Rien à déclarer</b></i>, où il donne la réplique à Dany Boon. </p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_261x347_19534514_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20101006_095517.jpg" /></span></center>
<br>
<br>
<font color=black><b>En salles le 22 décembre 2010</b>
<br>
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<center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_261x347_19542535_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20101020_024327.jpg" /></span></center>
<br>
<br>
<b>En salles le 26 janvier 2011</b></font></center>
<br>
</p></div>

<p class="spip">L'humeur est joyeuse. Le chien, baptisé Billy, aussi chaleureux que son maître. Et l'appartement, immense, forcément trop étroit pour ce génie de la démesure.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous n'avez pas l'habitude de voir les films dans lesquels vous jouez. Allez-vous faire une exception pour <i>Les Emotifs anonymes</i> ? </b></font><br>
— Oui, parce que j'adore Jean-Pierre Améris et Isabelle (Carré) et parce que le thème de l'hyper-émotivité me touche beaucoup. Regardez les gens au pied des marches de Cannes : même le plus antipathique des producteurs y a l'air d'un crétin et gagne en humanité. Mais après, je reviens à mes anciennes habitudes. Je ne regarde rien, je ne lis pas les interviews, je zappe les photos. C'est logique de ne pas aimer s'entendre ou se voir à l'écran, ou alors, on est très con...</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Jean-René, le héros des Emotifs anonymes, se sent étranger au monde et panique à l'idée de tout contact physique avec une femme. Jean-René, c'est un peu l'histoire de Benoît Poelvoorde acteur, non ?</b></font><br>
— Oui... Je suis vachement pudique sur ces choses-là... Et, pourtant, j'ai fait des progrès. J'ai embrassé Audrey [Tautou], Isabelle [Huppert], avec qui je tourne en ce moment le prochain film d'Anne Fontaine... Sur le tournage de <i>Entre ses mains</i>, j'étais insupportable, une vraie cocotte. La nudité ne me gêne pas, il arrive même qu'elle me serve d'armure, mais livrer des sentiments à l'image, je trouve ça indécent. Je suis comme un gamin qui tourne la tête quand les deux héros du film s'embrassent.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Cela vous étonne que l'on vous envisage en héros romantique ?</b></font><br>
— Toujours. À chaque fois que je lis "type séduisant" dans le scénario, je me demande ce que je viens faire dans cette histoire. Ce n'est pas de la modestie, plutôt de la lucidité. Dans la vie, tout est possible, mais au cinéma, les codes sont de plus en plus rigides. Je ressens une forme d'imposture face à ce genre de rôles.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Ce mot revient souvent dans vos propos. Certains acteurs ont du mal à apprivoiser la réalité entre deux tournages. Vous, c'est l'inverse.</b></font><br>
— Gérard [Depardieu] a eu cette phrase géniale, un jour, me concernant : "Il refuse la danse et après il se frotte." [<i>Sourires</i>.] C'est exactement ça. Je n'ai pas de problème avec le métier. Simplement, j'ai l'impression de ne pas en faire complètement partie. J'ai un pied dedans, un pied dehors. Je choisis mes films au gré des personnes que je rencontre et des amitiés que je noue. Jamais pour les bonnes raisons, ce qui terrorise mon agent. Vous savez pourquoi j'ai accepté <i>Podium</i> ?</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>>Parce que vous étiez fan de Claude François ?</b></font><br>
— Parce que Yann Moix aimait bien les romans de Léon Bloy. Tout est parti de là ! Il m'arrive d'accepter des projets pour faire plaisir. Je viens de tourner dans un film dont je ne connais ni le scénario ni le titre, uniquement parce que l'un de mes copains en est le producteur...</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>On a un peu de mal à vous suivre... Il y a dix mois, vous renonciez solennellement à poursuivre votre carrière. Aujourd'hui, vous multipliez les projets. Vous êtes en semi-retraite, c'est ça ?</b></font><br>
— Je maintiens : je prendrai ma retraite tôt. Je ne suis pas fatigué du métier, mais j'aimerais faire autre chose, même si je ne sais pas encore bien quoi. Le problème, c'est que je ne cesse de rencontrer des gens bien qui ont des choses à dire, et moi, j'aime les gens qui ont des choses à dire, même si ce sont des conneries.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>À dire vrai, personne ne vous avait pris au sérieux.</b></font><br>
— Je sais... Je n'ai jamais reçu autant de scénarios qu'après mes déclarations : onze en un mois et demi ! Et pourtant, je suis toujours d'une sincérité absolue quand je parle. J'avais même invité mon agent en tête à tête au restaurant pour lui annoncer la fin de ma carrière. Mais vous savez ce que c'est... En l'attendant, j'ai bu un verre, puis cinq. Quand elle est arrivée, elle m'a lancé : "Tu veux entrer dans les ordres, c'est ça ?" J'ai dit non, bien sûr, et j'ai quitté le déjeuner avec deux scénarios sans avoir pu en placer une... [<i>Sourires</i>.] Je suis dans la peau du type qui cherche à quitter une soirée et à qui les autres convives disent : "Mais reste, reste !" Alors, je reste...</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous tournez souvent sous la direction de femmes. Leur regard vous rassure-t-il ?</b></font><br>
— Absolument. Heureusement qu'elles sont plus nombreuses à se lancer. Le cinéma est quand même un métier qui sent le slip ! Avec elles, l'acteur reçoit un double regard amoureux. Une réalisatrice est à la fois une maman, une épouse, une maîtresse, une sœur. Sans faire de généralités, je trouve qu'elles sont plus malignes et ont davantage de spontanéité que les hommes, chez qui on trouve beaucoup de faiseurs.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Même Dany Boon ? Il dit vous avoir beaucoup parlé pendant le tournage de <i>Rien à déclarer</i>.</b></font><br>
— C'est parce que Dany a une délicatesse extrême et une grande part de féminité en lui. C'est aussi un homme très droit, ce qui est rare dans ce métier. Rien à déclarer reste l'un de mes plus beaux souvenirs de tournage. Dany et moi avons beaucoup de points communs : il vient du Nord et d'un milieu modeste, moi aussi. Son père était routier et est mort assez jeune, le mien aussi. Sa mère a une très forte personnalité, comme la mienne.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Il a traversé une période difficile...</b></font><br>
— Oui, moi aussi... La grande différence, c'est qu'il est très travailleur et que, moi, je ne fous rien. Je n'en tire aucune gloire, c'est un fait : j'ai trouvé le métier idéal pour ne rien foutre. Ça fait des mois qu'il attend que je lui envoie des textes, car il aimerait qu'on monte ensemble sur scène. Il m'a même invité cet été dans sa maison de Los Angeles. J'ai dit non : j'avais trop peur de devoir bosser. [<i>Rires</i>.]</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous n'avez pas parlé que de travail, avec lui.</b></font><br>
— Non. On a passé beaucoup de temps en voiture — Dany est dingue de bagnoles — en discutant de la vie. Regarder Dany vivre, le voir garder cette désinvolture et cette générosité face au succès, c'est vraiment impressionnant. Il dort très peu et travaille tout le temps. C'est sidérant.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous aussi dormez très peu.</b></font><br>
— Mais pas pour les mêmes raisons. Je pense que je dormirai mieux le jour où j'arrêterai le cinéma. J'aurai moins d'angoisses.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>La plupart de vos confrères affirment l'inverse : c'est ne pas tourner qui génère du stress.</b></font><br>
— Oui, je comprends... Le cinéma est aussi une fuite. Tu es constamment pris en charge, tu n'as pas à réfléchir, il y a toute une équipe qui s'affaire autour de toi pour que tu prononces parfois une seule phrase de dialogue. Comment ne pas devenir timbré ?</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Dany vous décrit comme un acteur fragile. Etes-vous d'accord avec lui ?</b></font><br>
— Le mot est tellement galvaudé... Disons que je suis très entier. Je me pose trop de questions et je suis dans l'excès tout le temps. Mon oncle et ma tante, qui étaient psy, me décrivaient comme une balançoire : tout en haut ou tout en bas, jamais au milieu. Ils avaient raison : je n'arrive pas à mijoter : quand je suis heureux, je suis heureux, quand je bois, je bois, quand je fais la fête, je fais vraiment la fête.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Et quand vous avez mal...</b></font><br>
— J'ai très mal.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Dans <i>Rien à déclarer</i>, vous incarnez un douanier francophobe. Quel regard portez-vous sur ce pays, qui est un peu le vôtre ?</b></font><br>
— Je mériterais un césar pour mon interprétation, car j'adore les Français. Ce qui me frappe le plus, c'est votre dureté envers vous-mêmes. La France est un pays généreux, ouvert d'esprit, ultra-démocrate, et, malgré cela, vous n'avez aucune indulgence envers vous-mêmes. Arrêtez de vous condamner tout le temps !</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous est-il arrivé de regretter certains choix artistiques ?</b></font><br>
— Jamais. Enfin, si, une fois : <i>Astérix</i>. Mais c'était entièrement de ma faute. Je l'ai fait par vanité, et je me le suis pris dans la figure. C'était un tournage très long. J'ai été chiant avec mes proches pendant, après... Ma femme m'avait conseillé de ne pas le tourner et elle avait raison.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>C'est après <i>Astérix</i> que vous avez basculé dans la dépression. Le héros des <i>Emotifs anonymes</i> se montre très docile face à la psychothérapie. Quelle a été votre expérience ?</b></font><br>
— La même. J'ai été adorable. J'ai même refusé une chambre individuelle pour dormir avec les autres patients pendant plusieurs semaines. Partager le quotidien des autres a été la meilleure des thérapies. Je peux vous dire qu'à côté de leurs problèmes, mes petits soucis d'acteur, ce n'était rien ! Il y avait des types qui se prenaient pour Dieu deux fois par an, d'autres qui étaient trop angoissés pour s'asseoir. Je garde des souvenirs merveilleux de cette période : les fous rires partagés dans la salle commune, dans le fumoir...</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Avec le recul, le fait d'avoir évoqué publiquement votre dépression vous a-t-il aidé ?</b></font><br>
— Non. Mais je n'avais pas l'intention d'en parler, vous savez. C'est Fogiel [Marc-Olivier Fogiel] qui l'a balancé en direct à la télévision. C'était dégueulasse de me mettre à terre comme ça. J'étais liquéfié, mais il a bien fallu que je réagisse. Je l'ai fait sans mentir. On a raconté n'importe quoi sur moi, mais je n'ai jamais publié de démenti. Je n'ai pas de rancune, mais cela m'a refroidi par rapport aux médias, c'est évident. En revanche, l'élan d'affection que j'ai reçu de la part du public a été incroyable. Aujourd'hui encore, les gens m'arrêtent souvent dans la rue pour me dire : "Accrochez-vous, accrochez-vous !" [<i>Rires</i>.]</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous êtes-vous senti soutenu par le métier dans ces moments difficiles ?</b></font><br>
— Absolument. C'est là que j'ai reconnu mes amis. José Garcia, par exemple, qui est venu jusque chez moi pour vérifier si tout ce qu'on écrivait sur moi était vrai. Il a passé un week-end et est parti rassuré. J'ai trouvé ça très classe.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous allez très bien, alors ?</b></font><br>
— Je vais très bien. Mais on est tous <i>borderline</i>. Il faut l'accepter.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Votre maman vous a dit un jour : "Ton problème, c'est que tu ne crois en rien." Benoît Poelvoorde ne croit-il toujours en rien ?</b></font><br>
— Oui, c'est mon drame ! Je ne me suis jamais disputé avec ma mère sauf le jour où elle m'a sorti ça. Ma maman, elle croit en Dieu, en l'homme, en la vie. Elle a même installé des pots de fleurs sous l'Abribus qui se trouve en face de chez elle pour donner du bonheur aux gens. Elle a la foi ! Moi, j'aime rire, mais je suis d'un pessimisme absolu.<br>
<br>
<div align=right>Propos recueillis par <b>Géraldine Catalano</b></div></p>


<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_51845</guid>
    <author> Géraldine Catalano</author>
    <pubDate>Wed, 22 Dec 2010 19:33:26 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Audrey Tautou : elle ose tout]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Audrey-Tautou-elle-ose-tout51624</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x288_arton51624.jpg" /><br /><br /><p class="spip">Teint de geisha, bouche myrtille, <b>Audrey Tautou</b> joue à cache-cache derrière une cascade de boucles noires. On se demande ce qui a bien pu passer par la tête de <b>Jean-Pierre Jeunet</b> quand il l'a qualifiée d'"incassable" : elle a la grâce d'Amélie Poulain, la silhouette frêle et le style de Coco Chanel... Mais, après s'être fait broyer les doigts par sa poignée de main virile, on commence à comprendre. Autre indice : sa voix grave et impérieuse, son côté Antoine Doisnel, le môme effronté des <i>Quatre cents coups</i>. Saisissante personnalité que celle de cette comédienne qui sait se faire désirer au cinéma — trois films en quatre ans — et aime se lancer des défis. En février dernier, engoncée dans une robe victorienne bleue, elle est montée pour la première fois sur les planches pour jouer Nora dans <i>Une maison de poupée</i>, d'Ibsen : "<i>J'étais morte de trouille</i>", avoue la comédienne, qui reprendra le rôle, à partir de janvier, pour une tournée dans toute la France. Entre-temps, <b>Audrey Tautou</b> est Emilie, la gérante d'un salon de coiffure, dans <i><b>De vrais mensonges</b></i>, de <b>Pierre Salvadori</b> (sortie le 8 décembre). Un personnage aussi vulnérable qu'épineux. Pas si éloigné de Mlle Tautou dans la vie...
<br></p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><big>SES RÔLES</big><br />
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<span class="spip_documents spip_documents_left"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_260x346_19539886_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20101014_054058.jpg" /></span>
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<i>En salles depuis le 8 décembre 2010</i><br />
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<b><i>De vrais mensonges</i></b> (2010), une comédie intimiste de Pierre Salvadori. Elle y retrouve Nathalie Baye, avec qui elle avait joué dans <i>Vénus Beauté (Institut)</i>, en 1998.
<br />
<br />
<b><i>Une maison de poupée</i></b> (2010) de Henrik Ibsen, mise en scène par Michel Fau. En tournée à partir de janvier 2011.
<br />
<br />
<b><i>Coco avant Chanel</i></b> (2009), d’Anne Fontaine. Eblouissante dans le rôle de la grande couturière, elle a reçu le César de la meilleure actrice.
<br />
<br />
<b><i>Les Poupées russes</i></b> (2005), de Cédric Klapisch. Au côté de Romain Duris dans la suite de <i>L’Auberge espagnole</i>.
<br />
<br />
<b><i>Un long dimanche de fiançailles</i></b> (2004), de Jean-Pierre Jeunet. À la recherche de son amour : un soldat disparu dans les tranchées de la guerre de 1914-1918. <br />
<br />
<b><i>Le fabuleux destin d’Amélie Poulain</i></b> (2001), de Jean-Pierre Jeunet. Le film qui a lancé sa carrière.
<br />
<br />
<br />
<big>SON UNIVERS</big>
<br />
<br />
<big>Son bouquin</big><br />
« <i><b>Dans les coulisses du musée</b></i> : ce roman de Kate Atkinson est d’une ironie formidable. »
<br />
<br />
<big>Son peintre</big><br />
« <b>Eugène Delacroix</b>. <i>Jeune orpheline au cimetière</i> : je me reconnais dans cette femme. »
<br />
<br />
<big>Sa musique</big><br />
<font color=black>« <b>Charlie Winston</b>. J’ai tourné dans son clip parce que je suis une fan obsessionnelle de ce musicien. »</font><br />
<br />
<center>DERNIÈRE PARUTION (1er album studio)</center>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_230x230_3596971398620_230-2.jpg" /></span></center>
<br />
<a href="http://www.qobuz.com/album/hobo-charlie-winston/3700551715510"><big>Hobo</big></font></a><br />
<b>Disponible en qualité CD (LossLess)<br />
au prix du format standard MP3</b></center>
<br />
<br />
<big>Ses créateurs</big><br />
« J’aime la fantaisie et l’univers de <b>Tsumori Chisato</b> et les grandes écharpes pour homme de <b>Paul Smith</b>. »
<br />
<br />
<big>Son parfum</big><br />
« Je suis fière d’être l’égérie de <b>N° 5 de Chanel</b>. C’est un choix de cœur. Je le porte. Je l’adore. »
<br />
<br />
<big>Sa rue préférée</big><br />
« <b>Portobello Road</b> à Londres. J’ai vécu dans cette maison bleue pendant le tournage de <i>Dirty Pretty Thing</i> de Stephen Frears. »</p></div>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>C'est votre deuxième expérience avec Pierre Salvadori (après <i>Hors de prix</i>, en 2006). Qu'est-ce qui vous a convaincue dans son nouveau scénario ? </b></font><br>
— Ce que j'aime dans <i>De vrais mensonges</i>, c'est que l'on entre dans le cœur de l'histoire sans tourner autour du pot. Pierre Salvadori définit chaque personnage instantanément, d'une manière très forte, comme dans un tableau. La première réplique d'Emilie, coupant d'un geste brusque la frange d'une cliente indécise, est : "Je sais que j'ai raison !" On devine immédiatement sa force, son assurance, sa certitude de bien faire... Mais aussi son côté paumé. Tout comme on comprend immédiatement que Jean (Sami Bouajila), l'employé timide du salon, qui observe Emilie à la dérobée, est amoureux d'elle. Ou que Maddy (Nathalie Baye, qui joue le rôle de sa mère) est au bout du rouleau.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>L'intrigue de ce film a tout d'une pièce de théâtre...</b></font><br>
— Effectivement, ça pourrait être du Marivaux ! Un beau matin, Emilie reçoit une lettre d'amour anonyme. Elle la jette d'abord à la poubelle avant d'y voir le moyen de sauver sa mère, désemparée depuis le départ de son mari. Sans réfléchir, elle la lui adresse. Mais Emilie ne sait pas encore que Jean en est l'auteur et n'imagine pas non plus que son geste les projettera tous dans une série de quiproquos et de malentendus.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Comment définiriez-vous votre personnage ?</b></font><br>
— Emilie est tout sauf monolithique. Elle est à la fois la gérante autoritaire de sa petite entreprise et la fille dévouée qui s'oublie pour soigner la dépression de sa mère. Elle aime très fort, mais très mal. Elle croit pouvoir faire le bonheur de Maddy... Elle veut tout contrôler, mais s'y prend comme un manche. Et finit par devenir agaçante et manipulatrice. Sa mère la définit très bien : Emilie pourrait vous casser une jambe pour que vous dansiez à son pas ! Mais, au-delà des apparences, elle n'a aucune confiance en elle. C'est une jeune femme vulnérable, tétanisée par la vie, par les sentiments qu'elle éprouve pour Jean et qu'elle refoule... Quand, par exemple, elle découvre que celui-ci est un surdiplômé qui parle six langues, elle perd tous ses moyens et n'arrive même plus à lui adresser la parole. Je me reconnais pas mal dans Emilie.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Dans ce film, vous retrouvez Nathalie Baye, avec qui vous avez partagé l'affiche de <i>Vénus Beauté (Institut)</i>, en 1998...</b></font><br>
— Son personnage est totalement déjanté : elle joue sans maquillage, habillée n'importe comment. Nathalie a une nature burlesque étonnante : elle est juste géniale quand elle suit Sami Bouajila dans la rue, en robe de chambre et les pieds nus ! J'admire son audace, ce côté libre, antistar, prête à prendre tous les risques, comme Catherine Deneuve dans <i>Potiche</i>. Je n'en suis pas là, je n'ai pas leur expérience, mais je sais que j'ai le même tempérament. Si un rôle me plaît, je n'ai peur de rien.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Pourtant, Stephen Frears, qui vous a dirigée dans <i>Dirty Pretty Things</i>, a dit de vous : "Mon rôle était de lutter contre sa fébrilité, ses peurs, pour lui permettre d'exprimer l'étendue de son talent"...</b></font><br>
— C'est vrai. Mais il faut dire que, dans ce film, je devais jouer en anglais avec l'accent turc... J'étais tellement terrorisée que, jusqu'à la veille du tournage, j'ai refusé de lui faire écouter la façon dont je parlais, de peur qu'il ne fasse une crise cardiaque. Je me souviendrai toute ma vie de ma première réplique : j'étais en apnée... Après cinq prises, tout le monde a applaudi. Mais, le dernier jour du tournage, Stephen m'a demandé de refaire cette première scène, qu'il ne m'avait jamais montrée. Quand je me suis vue, c'était tellement catastrophique, nul, que je me suis dit : "Mais comment a-t-il fait pour me garder ?" Quand il parle de confiance, il a raison. Si j'ai l'impression qu'un réalisateur a un gramme de déception, de désamour, de doute, c'est fini : je perds tous mes moyens ! J'ai eu la chance de travailler avec des metteurs en scène intelligents, qui l'ont senti très vite.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>On vous imagine comme une poupée gracieuse, une sorte d'Amélie Poulain. Vous reconnaissez-vous dans cette image ?</b></font><br>
— Pas du tout ! Je ne suis pas la gentille petite Amélie. J'ai une nature très forte. Je suis quelqu'un de très dur et de très exigeant avec moi-même et avec mes proches... Une perfectionniste obsessionnelle. Cela vient de mon éducation. Mes parents étaient stricts. Ils m'ont inculqué des principes très forts : on s'attendait à ce que je sois honnête, entière, première de la classe... Cédric Klapisch a dit de moi que je suis un "tank dans une théière de porcelaine". Il a raison, mais l'inverse est aussi vrai. Je me reconnais dans la complexité d'Emilie : je peux être passionnelle, extrême dans la façon d'exprimer mes sentiments et mes convictions, mais aussi d'une timidité sidérante. Il m'arrive de raser les murs si je me retrouve entourée de gens que je ne connais pas.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous êtes une ancienne élève du cours Florent... Pourquoi avoir attendu autant avant de faire du théâtre ?</b></font><br>
— Pour plusieurs raisons. J'ai tout de suite été happée par le grand écran. Puis il y a eu le tourbillon <i>Amélie Poulain</i>... Pendant longtemps, j'ai eu le sentiment d'avoir tellement de chance avec le cinéma que je n'avais pas le droit, en plus, de réclamer de faire du théâtre. Quand j'ai décidé de jouer dans <i>Maison de poupée</i>, j'étais sûre qu'on m'attendrait au tournant, que le public viendrait avec un manteau d'a priori... C'est un sentiment qu'aujourd'hui je juge totalement ridicule. Je monterai encore sur les planches : pour le plaisir de plonger dans de grands textes et parce que j'aime le côté laboratoire du théâtre et ses contraintes. Je rêve de jouer dans <i>Pygmalion</i> et, si seulement j'avais cinq ans de moins, je ferais des pieds et des mains pour être la Juliette de Shakespeare.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Cette année, vous avez aussi tourné un clip avec le chanteur britannique Charlie Winston...</b></font><br>
— J'écoutais en boucle son disque, <i>Hobo</i>, et, à force de répéter autour de moi à quel point j'en étais folle, ça lui est revenu à l'oreille. Quand il m'a proposé de jouer le rôle de son "amoureuse" pour la vidéo du single <i>Love Your Smile</i>, je n'ai pas hésité. J'aime l'ambiance de ce clip aux teintes sépia. Très Jim Jarmusch !</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Claude Miller vous a proposé le rôle principal dans <i>Thérèse B</i>., son prochain film adapté du roman <i>Thérèse Desqueyroux</i>, de François Mauriac...</b></font><br>
— Je suis tellement excitée à l'idée de travailler avec lui ; c'est un réalisateur d'une intelligence et d'une finesse formidables. Et j'ai très envie d'incarner ce personnage ombrageux : une jeune femme bourgeoise des années 1920, étouffant sous les conventions sociales. Elle tente d'empoisonner son mari à l'arsenic. J'aime l'idée d'explorer, à travers <i>Thérèse B</i>., une autre facette de ma personnalité... Enfin, j'espère de ne pas me découvrir aussi sombre ! [<i> {Rires</i> }.] <br>
<br>
<div align=right>Propos recueillis par <b>Paola Genone</b></div></p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_51624</guid>
    <author> Paola Genone</author>
    <pubDate>Tue, 21 Dec 2010 22:58:17 +0100</pubDate>
    <enclosure url="http://www.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x224_arton51624.jpg" type="image/jpeg"></enclosure>
    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Ludivine Sagnier : "Je cultive ma part d'enfance..."]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Ludivine-Sagnier-Je-cultive-ma51414</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x275_arton51414.jpg" /><br /><br /><p class="spip">Elle paraît plus âgée que Lily, l'insoumise et insaisissable héroïne de <i>Pieds nus sur les limaces</i>, ce qui n'est pas difficile, mais à peine : ce jour-là, <b>Ludivine Sagnier</b>, qui vient de commencer le tournage des <i>Bien-Aimés</i>, la comédie en chansons de <b>Christophe Honoré</b>, porte le cheveu long et très blond et la bouche carmin. Le débit est lent et réfléchi — celui d'une trentenaire à la carrière déjà longue et à la vie familiale épanouie — la voix aussi sucrée que les douceurs qu'elle dévore goulûment dans le film naturaliste de <b>Fabienne Berthaud</b>.
<br></p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><span class="spip_documents spip_documents_left"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/png_260x347_pieds_nus_grande.png" /></span>
<font color=black>Deuxième long métrage de <b>Fabienne Berthaud</b>, adapté de son roman du même nom paru aux editions du Seuil en 2004, <i><b>Pieds nus sur les limaces</b></i> est une ode à la liberté et à l'anticonformisme. <br>
<i>En salles depuis le <b>1er décembre 2010</b>.</i><br>
<br>
<br>
<br>
<big>SES FILMS</big>
<br>
<br>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_255x293_19442109_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20100503_031149.jpg" /></span></center></center>
<br>
<b><i>Pieds nus sur les limaces</i></b> (2010) de Fabienne Berthaud. Dans le rôle de Lily, femme enfant éprise de nature, de liberté, et de dindons.
<br>
<br>
<b><i>Mesrine. L’ennemi public n°1</i></b> (2008), de Jean- François Richet, avec Vincent
Cassel
<br>
<br>
<b><i>La Fille coupée en deux</i></b> (2007), de Claude Chabrol
<br>
<br>
<b><i>Les Chansons d’amour</i></b> (2007), de Christophe Honoré, avec Clotilde Hesme et Louis Garrel
<br>
<br>
<b><i>Un secret</i></b> (2007), avec Patrick Bruel. Deuxième collaboration avec Claude Miller après
<i>La Petite Lili</i>.
<br>
<br>
<b><i>Huit Femmes</i></b> (2002). François Ozon révéla Ludivine en 2000 dans <i>Gouttes d’eau sur pierres brûlantes</i>.<br>
<br>
<br>
<br>
<big>SON UNIVERS</big>
<br>
<br>
<br>
<b>Son dressing</b><br>
« J'adore le chic ethnique de la marque Bezemymailan, derrière laquelle se cachent deux jeunes
créatrices, l’une franco-vietnamienne, l’autre russo-togolaise. »
<br>
<br>
<b>Un accessoire</b><br>
« Les chaussures. Mon dernier coup de foudre : les babies à talon de chez Miu Miu. »
<br>
<br>
<b>Un caprice</b><br>
« Je suis très gourmande, en particulier de mi-cuit au chocolat. »
<br>
<br>
<b>Un lieu</b><br>
« Rio de Janeiro. Je suis fascinée par l’énergie de cette ville. »
<br>
<br>
<b>Mon beauty case</b><br>
« Le tout nouveau Lip Stain Scarlet, de Laura Mercier, parfait pour hydrater et colorer mon sourire. »
<br>
<br>
<b>Un parfum</b><br>
« Eau de fleurs Néroli, de Chloé. »
<br>
<br>
<b>Une actrice</b><br>
« Liz Taylor dans <i>Soudain, l’été dernier</i>, de Joseph Mankiewicz. »</font></p></div>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Comment passe-t-on du tailleur étriqué d'Isabelle, dans <i>Crime d'amour</i>, d'Alain Corneau, aux jupons à fleurs de Lily dans <i>Pieds nus sur les limaces</i> ? </b></font><br>
— Le hasard du calendrier a fait que c'est l'inverse qui s'est produit. J'ai fini de tourner <i>Pieds nus sur les limaces</i> un dimanche à 2 heures du matin. Quelques heures plus tard, j'étais à la Défense pour Crime d'amour. J'avais encore de la terre dans les escarpins... Le changement a été violent et un peu effrayant, mais vraiment intéressant.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Quelle est la part de folie dans Lily ? Quelle est la part de Ludivine ? </b></font><br>
— Lily et moi avons en commun une part d'enfance très présente, et qui peut être prise pour de la folie. Etant mère de famille responsable, je suis forcément plus adulte qu'elle, mais je cultive cette part d'enfance.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Lily s'affranchit de toutes les contraintes. Votre métier, lui, en compte beaucoup. </b></font><br>
— Oui, mais il s'agit de contraintes ponctuelles. On passe d'un tournage où il ne faut absolument pas grossir, comme celui de <i>Swimming Pool</i>, de François Ozon, à un personnage comme Lily, qui dévore la vie et se désintéresse totalement de son image. Je venais d'accoucher quand j'ai préparé le rôle. Pour toute recommandation, Fabienne [Berthaud, la réalisatrice du film] m'avait dit "Mange !" C'était super, parce qu'il est évident que je ne peux pas avoir le physique de Lily tout le temps.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous n'êtes pas toujours filmée à votre avantage dans <i>Pieds nus sur les limaces</i>. Cela, aussi, fait partie des contraintes du métier ?</b></font><br>
— Non, j'étais contente de me transformer. Mais cela demande un certain sens de l'abnégation, surtout quand on joue face à Diane Kruger, qui est une icône de beauté. Si j'ai accepté de me lâcher complètement, c'est parce que j'avais joué d'autres rôles auparavant. J'étais prête. La fierté liée à l'audace d'interpréter un tel rôle l'a emporté sur le manque de glamour apparent de Lily. Moi, je pense que sa fantaisie est aussi attirante que la beauté plastique de Clara.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Votre compagnon, le réalisateur Kim Chapiron, a-t-il vu le film ? </b></font><br>
— Oui, et il m'a adorée. [<i>Sourire</i>.]</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Revenons à votre partenaire, Diane Kruger. C'est elle qui vous a choisie pour le rôle, c'est bien ça ? </b></font><br>
— En quelque sorte. Nous nous sommes rencontrées chez Fabienne, avec qui j'avais déjà parlé pendant deux heures de mon intérêt pour Lily. J'avais un lumbago terrible ce jour-là, mais comme Diane était en pleine promotion de <i>Inglourious Basterds</i> et qu'elle avait un emploi du temps calibré au millimètre, je n'ai pas pu décaler le rendez-vous. Je suis arrivée le dos courbé, malade, avec des couettes et une robe en laine rose fuchsia improbable. Plutôt que de se laisser écraser par la personnalité de l'autre, autant cultiver ce que l'on est ! Diane, qui était sublime, bien sûr, a rigolé, m'a regardée avec tendresse. La relation entre Lily et Clara est née à ce moment-là, je crois. Pendant les essais, déjà, on se serrait dans les bras.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>La relation entre Ludivine et Diane a-t-elle mué en amitié ? </b></font><br>
— Plus que ça : Diane, Fabienne et moi, nous nous sommes aimées tout de suite. On a vécu ensemble, on a ri ensemble. Cette maison qui a servi de décor presque unique au film, c'était chez nous ! Un tournage sans artifices, quasiment entièrement en lumière naturelle, où on n'est ni coiffées ni maquillées nous permet de nous révéler à nous-mêmes et d'aller à l'essentiel. Ce n'est pas un hasard si j'ai vu le film plusieurs fois. La dernière fois, Fabienne et moi nous sommes tenu la main et avons pleuré. C'est un film qui me fait du bien et, pour cette raison, j'aimerai Fabienne jusqu'à la fin de ma vie.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous aimez également vous frotter aux autres comédiennes. Avant Diane Kruger, il y a eu Catherine Deneuve, Fanny Ardant, Isabelle Huppert, Charlotte Rampling, ou encore Kristin Scott Thomas...</b></font><br>
— Diane m'en a fait la remarque : ses partenaires sont très souvent masculins, les miens plutôt des femmes. J'ai tâté de l'actrice, oui... J'ai l'impression d'être une sportive de haut niveau qui affronte régulièrement Nadal ou Federer en finale de Roland-Garros. On croit toujours que les deux joueurs sont ennemis et, à la fin, ils se serrent la main comme des copains. Je pense être une bonne camarade.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>C'est facile d'être la camarade de Deneuve ou de Huppert ?</b></font><br>
— Hmm... Sur <i>Huit Femmes</i>, j'avais 20 ans et beaucoup de pression et de trouille, quand même : j'étais la seule non-star du casting, la pièce du puzzle rapportée par François Ozon. Il ne fallait pas que je le déçoive. C'était une impulsion géniale pour commencer ma carrière. Je suis restée assez proche de Virginie [Ledoyen], car nous avons le même âge, et je retrouve Catherine dans le prochain film de Christophe Honoré, <i>Les Bien-Aimés</i>. J'aime l'idée de fidélité dans ce métier. J'ai travaillé plusieurs fois avec Miller, Ozon. J'espère commencer une longue histoire avec Fabienne et Diane.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Lily ou la Fée Clochette, que vous avez incarnée pour P. J. Hogan en 2003, renvoient l'image d'une femme enfant. Pourtant, vous avez tout fait très tôt.</b></font><br>
— C'est vrai. Je n'arrive pas à savoir si je suis extrêmement précoce ou extrêmement attardée. Certainement un peu des deux ! Je suis davantage femme enfant au cinéma que je ne le suis dans la vie. Il faut être adulte pour tenir un foyer.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous faites partie des actrices qui utilisent volontiers leur corps.</b></font><br>
— J'ai une longue formation théâtrale, peut-être que cela m'affranchit de certaines pudeurs. J'aime bien aller au bout des rôles. Mais les scènes de nu sont toujours un enfer à tourner, je ne le cache pas.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Etes-vous tentée parfois, à l'image de Lily, de tout lâcher et de prendre la route ?</b></font><br>
— Les parenthèses, je sais ce que c'est, je m'en suis offert deux à la suite de la naissance de mes enfants : elles sont à la fois source de grand plaisir et d'une certaine angoisse. Les médias sont tellement concentrés sur le moment présent qu'on a vite peur d'être oubliée.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Même la deuxième fois ?</b></font><br>
— Oui, c'est pareil... En fait, il suffit d'avoir confiance en soi. Si je me suis accordé ces parenthèses, c'est parce que j'avais l'impression d'avoir construit des choses solides dans ma vie professionnelle. Je suis comme Lily, j'ai un grand besoin de liberté, d'indépendance, de bien-être, et ce bien-être passe par ma vie privée.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Lily tient soigneusement à jour son pense-bête. Quels impératifs figurent sur celui de Ludivine Sagnier ?</b></font><br>
— Voyons... Prendre du temps pour moi, chanter — j'adore chanter — partir en vacances au soleil, faire un film avec Kim Chapiron et, pourquoi pas, dans quelque temps, un deuxième bébé avec lui...<br>
<br>
<div align=right>Propos recueillis par <b>Géraldine Catalano</b></div></p>


<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_51414</guid>
    <author>Géraldine  Catalano</author>
    <pubDate>Tue, 21 Dec 2010 14:59:24 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Catherine Deneuve : "Pour Potiche, j'ai eu un trac fou"]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Catherine-Deneuve-Pour-Potiche-j49551</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x282_arton49551.jpg" /><br /><br />]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_49551</guid>
    <author> Géraldine Catalano</author>
    <pubDate>Mon, 15 Nov 2010 13:43:05 +0100</pubDate>
    <enclosure url="http://www.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x224_arton49551.jpg" type="image/jpeg"></enclosure>
    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Marina Foïs "L'évanescence, ce n'est pas mon truc"]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Marina-Fois-L-evanescence-ce-n-est50239</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x267_arton50239.png" /><br /><br /><p class="spip"><p class="spip">&nbsp;</p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><center><font color=black><b>Qobuz Découverte : -20%</b><br> jusqu'au 10.11.2010</font><br>
<br>
<center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_230x230_0884977797398_230.jpg" /></span></center>
<font color=black><b>Bande originale du film <br>
<i>L'Homme qui voulait vivre sa vie</i></b></font>
<br>
(<a href="http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/DISCOGRAPHIE/L-homme-qui-voulait-vivre-sa-vie50258"><small><font color=white>Lire la critique</font></small></a>)<br>
<a href="http://www.qobuz.com/album/lhomme-qui-voulait-vivre-sa-vie-bof-various/0884977797398"><font color=white><big>Écouter et télécharger</big></font></a>) <br>
<font color=black><b>Disponible en qualité CD (LossLess)</b></font></center>
<br>
<br>
<br>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_245x211_fair-game-fair-game-27-10-2010-2010-9-g.jpg" /></span></center></center>
<center>Au côté de Eric Lartigau, son compagnon depuis onze ans. 
<br>
<br>
<br>
<big><i>« J'adore sa façon de travailler avec les acteurs »
<br>
<br>
« J'ai deux enfants, un métier que j'adore, un homme qui partage ma vie et que j'aime. »</i></big></center>
<br>
</p></div>
L'une des scènes les plus violentes de <i><b>L'homme qui voulait vivre sa vie</b></i>, polar existentiel adapté du bestseller de Douglas Kennedy, montre un couple au bord de la rupture jouant le jeu des civilités dînatoires dans un salon de la banlieue chic parisienne. Elle fume en silence sur le canapé, sourit poliment aux blagues des convives et ne sait pas encore qu'il sait. Il l'observe et bout de rage et de douleur à l'idée de la savoir infidèle avec ce voisin médiocre déguisé en trappeur et en artiste. Cette femme à la fois froide et passionnée, dissimulatrice et honnête est incarnée par <b>Marina Foïs</b>. Sans jamais trop en faire, au fil de rôles qui n'ont de seconds que le nom (exception faite de quelques films, dont <i>Darling</i>, où elle était bouleversante en femme broyée par la vie et par son couple), celle qui a fait ses premières armes de comédienne au théâtre s'est dessiné une place à part dans le cinéma français. Elle y est la sœur, l'épouse, la copine, la mère, une jeune femme souvent cérébrale et toujours dotée d'une ironie mordante, une insoumise à l'allure sage, une "girl next door" impossible à oublier. </p>

<p class="spip"><font color=c0a778><b>Vous mentez et jurez volontiers en interview, paraît-il. </b></font><br>
— Pas uniquement en interview. Disons que je ne dis pas toute la vérité et que je suis plutôt grossière. Chaque fois que mon mec [<i>NDLR : Eric Lartigau</i>] lit un entretien de moi, il est catastrophé.</p>

<p class="spip"><font color=c0a778><b>Vous tournez beaucoup, aussi... Trois films en moyenne par an. </b></font><br>
— Parce que j'aime bien mon travail et que je suis rarement fatiguée. C'est l'ennui ou les choses pénibles de la vie qui me fatiguent, pas mon métier. Demain, je dois tourner une scène costaud dans le film de Maïwenn, <i>Polisse</i>, eh bien, ça m'amuse.</p>

<p class="spip"><font color=c0a778><b>Dans <i>L'homme qui voulait vivre sa vie</i>, vous incarnez une nouvelle fois une femme aisée, à l'étroit dans son couple. C'est étonnant que vous projetiez cette image auprès des cinéastes alors que vous êtes plutôt rock'n'roll et anti-mariage dans la vie, non ? </b></font><br>
— C'est parce que je suis une excellente actrice ! [<i>Sourires</i>.] Plus sérieusement, se sentir prise au piège de son milieu, paniquer à l'idée de voir ses rêves d'adolescent s'éloigner, c'est une situation que tout le monde peut vivre. Et puis, si je lutte contre cette idée d'une existence très bourgeoise et rangée, c'est parce que, au fond, elle n'est pas si loin de moi... Je suis issue d'une famille soixante-huitarde, mais économiquement bourgeoise, et je l'assume. Ce n'est pas rien de ne jamais avoir dû se bagarrer pour manger, pour aller à l'école.</p>

<p class="spip"><font color=c0a778><b>Vous avez en revanche dû lutter pour imposer votre volonté de devenir comédienne à vos parents.</b></font><br>
— Oui. À 7 ans, je rêvais déjà de devenir actrice. Mon prof de théâtre m'avait promis qu'il me confierait un rôle au sein de sa troupe après mes 16 ans. Une semaine avant mon seizième anniversaire, il appelle chez moi pour me proposer le rôle d'Agnès dans <i>L'Ecole des femmes</i>. Quand je suis rentrée du lycée et que ma mère m'a dit qu'elle lui avait dit non, je suis devenue dingue. Le ciel m'est tombé sur la tête. C'est comme si mes parents avaient rompu un contrat moral avec moi. J'ai cessé tout dialogue avec eux. Pendant des jours, je ne leur ai accordé ni un regard ni un mot. Au bout d'une semaine, ils ont craqué, et je suis partie. Aujourd'hui, je comprends l'angoisse qu'ils ont pu ressentir à l'époque, mais il n'était pas envisageable pour moi de rester.</p>

<p class="spip"><font color=c0a778><b>Depuis la fin des Robins des bois, votre ascension est à la fois spectaculaire et très progressive.</b></font><br>
— Je n'ai jamais ramé, en tout cas. Même avant les Robins des bois, je jouais suffisamment pour gagner ma vie. Mais je n'aime pas trop entrer dans ces analyses. Si j'ai appris quelque chose au cours de ces dernières années, c'est que le regard d'un comédien sur lui-même est faussé, sclérosant et stérile. Ce qui est important, c'est de bosser, de se concentrer sur son travail.</p>

<p class="spip"><font color=c0a778><b>Les premiers rôles ne vous manquent-ils pas ? À part <i>Darling</i>, ils sont encore rares dans votre filmographie.</b></font><br>
— Roschdy Zem se moquait de moi, l'autre jour, à ce propos ! J'ai eu quelques premiers rôles, notamment au théâtre, j'en ai à venir... Je n'ai rien contre, bien sûr, mais je ne ressens pas de frustration de ce côté-là.</p>

<p class="spip"><font color=c0a778><b>Partager la vie d'un metteur en scène aide-t-il à prendre du recul par rapport au métier ? </b></font><br>
— Contrairement à une idée reçue, les névroses du metteur en scène sont bien plus importantes que celles des comédiens. Lesquelles sont bien plus nombreuses que celles des comédiennes ! Sandrine Bonnaire m'a confié un jour que les acteurs passaient bien plus de temps devant la glace que les filles, et j'ai pu constater qu'elle avait raison. Non, ce qui aide, ce qui est formidable, c'est de vivre avec un homme indépendant, talentueux et solide. Cela fait onze ans que Lartigau et moi vivons ensemble, et je suis très admirative de son parcours.</p>

<p class="spip"><font color=c0a778><b>Vous êtes très fille, aussi. Qu'est-ce qui vous distingue, vous et vos copines Karin Viard, Sandrine Bonnaire ou Léa Drucker, des comédiennes de la génération précédente ?</b></font><br>
— Ce qui nous lie, c'est peut-être l'absence d'un côté évanescent. Ce n'est pas trop notre truc. Nous sommes narcissiques, bien sûr, mais nous ne parlons pas de nous comme de bijoux précieux. Peut-être que notre génération, hommes et femmes confondus, assume aussi davantage l'idée d'être un instrument aux mains du metteur en scène. C'est très frappant chez Duris, par exemple. D'un film à l'autre, il y a un abandon total, une métamorphose complète. C'est fascinant à observer.</p>

<p class="spip"><font color=c0a778><b>L'abandon de soi est-il facile lorsque son compagnon dirige la mise en scène ? Vous aviez dit vous être montrée odieuse lors de votre première collaboration, pour <i>Mais qui a tué Pamela Rose ?</i>, en 2003.</b></font><br>
— Avec Lartigau, je ne suis pas odieuse, je suis chiante. Je demande quinze fois après chaque scène si c'est bien, alors que je ne le fais jamais avec un autre metteur en scène. Les choses se sont mieux passées sur ce film, mais je n'ai pas encore tout à fait résolu ce problème. Pourtant, j'adore sa façon de travailler avec les acteurs. Il cherche avec eux et ne leur casse jamais les pattes, ce qui est très rare chez un metteur en scène.</p>

<p class="spip"><font color=c0a778><b>Pas de regret de n'avoir pas tourné avec lui <i>Prête-moi ta main</i> ? </b></font><br>
— Absolument pas, Charlotte Gainsbourg y est magnifique ! Je suis tordue sur pleins de trucs, mais pas là-dessus. Je suis ravie qu'un metteur en scène me choisisse, mais je comprends également parfaitement qu'on n'ait pas besoin de moi.</p>

<p class="spip"><font color=c0a778><b>Sur quels "trucs" Marina Foïs est-elle tordue ?</b></font><br>
— Pleins. Comme le dit ma copine Léa [Drucker], je suis <i>control freak</i>, faussement détendue et faussement détachée, ce qui peut être difficile à vivre pour mon entourage. J'ai du mal à prendre la vie comme elle vient. </p>

<p class="spip"><font color=c0a778><b>Vous avez toujours recours à la psychanalyse ?</b></font><br>
— Pas en ce moment, mais je crois beaucoup en ses vertus. Je suis fille et petite-fille de psy, quand même... J'ai fait une analyse à l'adolescence qui m'a sauvé la vie. Si je ne m'étais pas nettoyé le cerveau à ce moment-là, je n'aurais rien fait de ma vie, je crois. Le chemin vers la liberté est passionnant mais difficile. Prendre de la distance avec soi-même, c'est bon pour la vie et pour la pratique de ce métier.</p>

<p class="spip"><font color=c0a778><b>Vous avez réussi à vous détendre le jour de vos 40 ans ?</b></font><br>
— Oh non ! On a oublié de me prévenir que j'avais cet âge-là ! C'est étrange : j'ai deux enfants, un métier que j'adore, un homme qui partage ma vie et que j'aime. Je sais qui je suis, je ne me sens plus ado dans mes rapports aux autres. Tout est en place et, pourtant, ça m'a fait quelque chose...<br>
<br>
<div align=right>Propos recueillis par <b>Géraldine Catalano</b></div></p>


<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_50239</guid>
    <author>Géraldine  Catalano</author>
    <pubDate>Mon, 08 Nov 2010 18:08:35 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Rachid Bouchareb "Hors-la-loi est un film sur l'injustice"]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Rachid-Bouchareb-Hors-la-loi-est48361</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x275_arton48361.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><a href="http://qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/LE-CINEMA-D-ERIC-LIBIOT/Hors-la-loi-un-film-polemique48360"><font color=#5eabc1>Lire la critique du film par Eric Libiot</font></a>
<br></p>

<p class="spip">Une voix douce mais assurée. Une volonté de fer montée en gilet pare-balles. <b>Rachid Bouchareb</b> est un homme serein, lui qui a pourtant affronté une violente polémique lorsque <i><b>Hors-la-loi</b></i> fut présenté au Festival de Cannes. "Un film antifrançais", clamaient, à tort, ceux qui ne l'avaient pas vu. Non, "l'histoire de la guerre d'Algérie, telle qu'elle a pu se dérouler en France", répondent, à raison, ceux qui l'ont vu.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Paradoxalement, la polémique ne justifie-t-elle pas l'existence même du film ? Il est nécessaire, car il faut que les choses soient dites. </b></font><br>
— Qu'on ne s'y trompe pas : le thème central de <i>Hors-la-loi</i>, c'est l'injustice. L'histoire d'une famille algérienne chassée de ses terres en 1925 et qui traverse trente-cinq ans du XXe siècle, entre la guerre d'Indochine et celle de la libération algérienne. Cette famille essaie de rester unie. De résister. L'injustice est un thème que l'on trouve dans des centaines d'histoires.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Sauf que c'est l'Algérie et la décolonisation... </b></font><br>
— Bien sûr. La colonisation algérienne a duré cent trente-deux ans. 2 un moment donné, des hommes et des femmes ont voulu prendre leur destin en main. Je ne vois pas qui peut le leur reprocher. La liberté est le combat permanent de l'humanité. Mais ce combat impose souvent une violence politique.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Quel est le point de départ du film ? </b></font><br>
— Je suis né en France et j'ai trouvé intéressant de déplacer la guerre d'Algérie sur le sol français. C'est une histoire que personne ne connaît et qui est proche de moi. Faire un voyage dans le passé colonial, c'est aussi comprendre la société d'aujourd'hui. </p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Comment répondre à la polémique ? </b></font><br>
— Je n'ai pas réalisé un film documentaire. J'évoque les massacres de Sétif. Chacun peut s'exprimer sur le sujet, mais personne n'enlèvera les morts. Ce que j'aimerais, c'est que, de chaque côté de la Méditerranée, les historiens se rencontrent et se parlent. Il faut écrire l'histoire commune pour passer à autre chose. Pourquoi on n'avance pas ?</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Pourquoi ? </b></font><br>
— Parce que le désir des hommes politiques n'est peut-être pas présent. Cela dit, je ne crois pas que la société française, aujourd'hui, ait peur d'aller voir un film sur son passé colonial. La jeune génération n'a aucun malaise avec ça. Croyez-vous que le public regardant <i>Apocalypse Now</i> se demande si le film est fidèle à la vérité historique ? Jamais. Le spectateur est toujours plus intelligent que certains ne veulent le faire croire.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Quand vous travailliez sur <i>Indigènes</i>, pensiez-vous déjà à <i>Hors-la-loi</i> ?</b></font><br>
— Les témoins que j'ai interrogés pour <i>Indigènes</i> m'ont raconté toute leur histoire : la Seconde Guerre mondiale, le retour au pays, Sétif, les attentes vis-à-vis de la décolonisation, la déception, la résistance, etc. De leurs témoignages est né <i>Hors-la-loi</i>.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Comment ressentez-vous l'air du temps sécuritaire et les discours qui lient immigration et délinquance ?</b></font><br>
— Que je sache, la délinquance n'a pas d'origine particulière. Mais c'est un discours que j'entends depuis toujours. Il n'y a pas eu grand changement en cinquante ans. Moi, pour avancer, je prône l'engagement citoyen : le vote et la participation à la vie politique.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Après <i>Indigènes</i> et <i>Hors-la-loi</i>, y aura-t-il un troisième volet ?</b></font><br>
— Pas tout de suite, mais il y en aura un. Je raconterai cinquante ans d'immigration. Les mêmes hommes ont participé à tout ça : la Seconde Guerre mondiale, la guerre d'indépendance, l'arrivée en France. J'aimerais bien reprendre Jamel, Roschdy et Sami. Il faut d'abord trouver la bonne histoire, mais c'est un film qui doit être fait.
<br>
<div align=right>Propos recueillis par <b>Eric Libiot</b></div></p>

<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_48361</guid>
    <author>Eric Libiot </author>
    <pubDate>Mon, 27 Sep 2010 13:33:35 +0200</pubDate>
    <enclosure url="http://www.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x224_arton48361.jpg" type="image/jpeg"></enclosure>
    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Philippe Claudel "Rêver sur un banc pourrait devenir suspect"]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Philippe-Claudel-Rever-sur-un-banc47436</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x264_arton47436.jpg" /><br /><br /><p class="spip">Auteur reconnu des <i>Âmes grises</i>, du <i>Rapport de Brodeck</i> (prix Goncourt des lycéens 2007) et réalisateur à succès de <i>Il y a longtemps que je t'aime</i>, <b>Claudel le Lorrain</b> a gardé la tête froide. Et la simplicité de ses origines modestes. Voilà peut-être pourquoi cet agrégé de lettres s'est pris d'empathie pour tous les paumés du monde du travail et du monde en général. À propos de <i>L'Enquête</i>, son dernier roman, fable sur notre univers déshumanisé et kafkaïen, il confie son propre désarroi face aux dérives technologiques, sécuritaires et financières de notre époque. Un témoignage vibrant.
<br></p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><H2><font color=white><center>PHILIPPE CLAUDEL</center></font></H2>
<br>
<br>
<br>
<center><big><i>« Les technologies commencent à nous dépasser. Il y a une bascule très nette dans l'asservissement »
<br>
<br>
<br>
« L'idée de Dieu me taraude. C'est ça qui est excitant : ne&nbsp;pas savoir »
<br>
<br>
<br>
« J'aime autant tourner qu'écrire, être le chef d'orchestre ou jouer les&nbsp;solistes »</i></big><br>
<br>
<br>
<br>
<center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_244x355_Cesar_Film_Awards_2009_Awards_Room_7pmD5-lDqnCl-2.jpg" /></span></center>
Un césar en 2009 pour <br><i>Il y a longtemps que je t’aime</i></center>
<br>
<br>
<br>
<br>
<font color=black><b>1962</b> <br>
Naissance, le 2 février, à Dombasle (Meurthe-et-Moselle)
<br>
<br>
<b>Années 1980</b> <br>
Agrégé de lettres, il enseigne au lycée mais aussi à la maison d’arrêt de Nancy.
<br>
<br>
<b>1999</b> <br>
Publie son premier roman, <i>Meuse l’oubli</i> (Balland).
<br>
<br>
<b>2003</b> <br>
<i>Les Âmes grises</i> (Stock), prix Renaudot, se vendra à plus
de 160 000 exemplaires.
<br>
<br>
<b>2007</b> <br>
<i>Le Rapport de Brodeck</i> reçoit le prix Goncourt des lycéens.
<br>
<br>
<b>2008</b> <br>
<i>Il y a longtemps que je t’aime</i>, césar 2009 du premier film.
Ecrit pour le théâtre <i>Parle-moi d’amour</i>.
<br>
<br>
<b>2010</b> <br>
Tourne <i>Tous les soleils</i>, publie <i>L’Enquête</i>, dispense toujours des cours à l’université de Nancy.</font>			
<br>
<br>
<br>
<br>
<span class="spip_documents"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/gif_82x25_a_paraitre.gif" /></span>  
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_243x387_9782234065154.jpg" /></span></center></big><br>
<small>Ed. Stock - 286 p. - 19 €</small><br>
<font color=black><b>En librairie le 15 septembre 2010</b></center>
<br>
Préocuppé par l'apparition de nouvelles formes de manipulation, l'écrivain publie <i>L'Enquête</i>, à la fois roman d'anticipation, fable fantastique et récit métaphysique.</font></p></div>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Cinéma, théâtre, vos diverses activités vous laissent peu de temps pour écrire... </b></font> <br>
— J'écris quand j'en ai envie, je ne me suis jamais forcé, les quelques commandes que j'ai acceptées, comme un petit livre collectif sur la paternité (j'ai une fille de 12 ans), correspondaient en fait à des désirs non conscients... Un roman se met vraiment en branle quand il y a une nécessité intérieure urgente. Et il se trouve que <I>L'Enquête</I> est devenu de plus en plus urgent.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>À tel point que vous avez précipité sa publication, qui n'était pas prévue en cette rentrée...</b></font> <br>
— Je l'ai terminé presque au moment où j'ai commencé à tourner <I>Tous les soleils</I>. J'ai envoyé mon manuscrit il y a un mois et demi à mon éditeur, Jean-Marc Roberts, qui a souhaité le publier très vite. Ce livre, né d'un sentiment de malaise que j'éprouvais par rapport aux événements de ces derniers temps, devait paraître maintenant.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Votre roman prend la forme du conte, voire du roman d'anticipation. Un genre nouveau pour vous ?</b></font> <br>
— Pas vraiment, non. Chacun de mes livres est la suite et l'addition logique de tous ceux qui l'ont précédé. <I>Les Âmes grises</I> n'avaient que l'apparence d'un roman réaliste, cela se passait en 14-18 mais on ne savait pas exactement où, ni quand, il y avait déjà des figures, le Juge, le Procureur. Avec <I>La Petite Fille de Monsieur Linh</I>, je vais clairement vers le conte, là où les lieux et les temps sont indéterminés ; puis, dans <I>Le Rapport de Brodeck</I>, l'on retrouve le même effacement et des figures, l'Autre, l'Anderer. Enfin, on a <I>L'Enquête</I>. Un inspecteur est envoyé dans une ville pour enquêter sur une vague de suicides. Mais le récit réaliste ne dure finalement que quelques pages. Très vite, on bascule dans le fantastique, la fable, pour terminer sur de l'anticipation et un récit métaphysique.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Vous êtes nourris par les légendes et les contes ?</b></font> <br>
— Mon trajet dans l'écriture est comme un cercle qui se boucle. Jeune, j'écrivais des contes et des légendes, puis je me suis essayé aux nouvelles, au roman, pour revenir à ce qui me semble être essentiel, c'est-à-dire la fable, le mythe. À ce voyage j'ai souhaité ajouter une balade avec les mots, les expressions telles "aller droit dans le mur", "bouger les lignes" afin de montrer que notre langue est le reflet de notre absurdité. Le cinéma aussi me nourrit, notamment ses héros perdus, que ce soit Chaplin, Buster Keaton, les frères Coen, Tati...</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Vos livres naissent, dites-vous, d'une image floue. Quelle est celle qui a donné lieu à <I>L'Enquête</I> ?</b></font> <br>
— Il n'y a pas eu une image, mais une accumulation. Depuis trois ans, j'emmagasine des lectures sur des gens qui se suicident, notamment après s'être regroupés sur Internet. Les faits divers se sont multipliés, ensuite il y a eu ces entreprises qui ont connu des vagues de suicides, cela a été l'élément déclencheur.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Déclencheur de quoi ?</b></font> <br>
— D'un malaise global. J'ai l'impression d'avoir perdu le mode d'emploi, d'être devant une sorte de machine dont je n'ai plus la notice. Cela peut être d'ordre très pratique, comme lorsque j'essaie de m'y retrouver dans les méandres d'opérateurs téléphoniques ou de serveurs Internet auxquels je demande de modifier mon abonnement ; ou lorsque je tente de me faire livrer un paquet qui n'arrive jamais. J'ai le sentiment de parler à des standards électroniques, des voix de synthèse, d'être sur un quai de gare et d'avoir la même femme partout en France, avec sa voix posée qui n'est jamais capable d'humaniser la situation. Je n'arrive plus à savoir vers qui je dois me tourner pour avoir une réponse, un regard. Je ressens cette même absence d'interlocuteur dans le domaine politique ou métaphysique. J'ai le sentiment, en exagérant un peu, d'être un homme perdu, de me retrouver, comme mon enquêteur, dans un endroit clos et de taper contre des murs sans que personne m'entende.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Les technologies vous effraient tant que cela ?</b></font> <br>
— Elles commencent à nous dépasser complètement. Il y a une bascule très nette dans l'asservissement. Hugo, au XIXe siècle, pointait déjà du doigt la machine qui allait anéantir l'homme. Aujourd'hui, nous ne sommes plus dans un broyage mécanique et physique, mais dans une espèce de manipulation virtuelle. La complexité de nos technologies et systèmes financiers, de nos entreprises sans visage et conseils d'administration mystérieux, du système législatif aussi, fait que plus personne ne peut comprendre l'assemblage global. Notre hyperspécialisation me fait tourner la tête.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Votre enquêteur, qui se sent observé en permanence, n'est-il pas un rien paranoïaque ?</b></font> <br>
— Non, il se sent vraiment sous constante surveillance. Ce n'est pas être paranoïaque que de penser que, quel que soit l'endroit où l'on se trouve dans une ville, on est sous le regard de certains projecteurs. À Strasbourg, où j'ai tourné durant cinq semaines, il y a sur la voie publique des caméras capables de zoomer sur l'étiquette du vêtement que vous portez ou sur la note que vous griffonnez dans un carnet. Et le téléphone portable, le GPS ne permettent-ils pas de retracer tous vos faits et gestes ? Nos vies privées ne le sont plus tant que cela, ce qui peut, à terme, créer des pathologies de comportement. On aura de moins en moins le sentiment d'être dans un moment préservé. Rêver sur un banc pourrait devenir, si l'on fait un peu de politique-fiction, une activité suspecte. L'homme ne nous déçoit jamais dans le pire. Pardon pour cet exemple bateau, mais qui aurait pu croire que l'Allemagne de Goethe et de Wagner puisse basculer dans l'un des régimes les plus effroyables qui aient existé ?</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Cette évocation de l'Allemagne n'est-elle pas osée ?</b></font> <br>
— Le but de l'art n'est pas de donner une peinture du monde tel qu'il est, mais avant tout de voir derrière les choses. Dans <I>Quai des brumes</I>, un peintre dit : "Quand je vois un nageur, je peins le noyé qui est derrière." C'est une question de mise au point photographique. L'écrivain, le cinéaste, essaie de changer de focale, de vitesse, non pour effrayer, mais pour qu'on s'interroge. Il faut que cela gratte.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>L'entreprise tentaculaire que vous décrivez est loin de l'entreprise patronale du XXe siècle, que vous avez bien connue, vous, le natif de l'Est ?</b></font> <br>
— En effet. À Dombasle, près de Nancy, où j'habite toujours, nous avons Solvay, un gros groupe belge, international, qui produit du carbonate de soude. Quand j'étais gamin, cette société employait 2 000 personnes — ils sont maintenant entre 5 000 et 6 000 ouvriers — et était omniprésente dans la ville. C'était un patronat plutôt éclairé, progressiste, qui se souciait de la culture des ouvriers, de leurs loisirs (en construisant le stade de foot par exemple), des bonnes conditions d'hygiène. Les gens identifiaient leur "bienfaiteur". Aujourd'hui, on ne peut plus mettre un nom, un visage, une provenance sur quoi que ce soit. Et puis, l'argent est au centre de tout, comme si l'argent pouvait tout, tout acheter, tout résoudre. On surexpose l'information économique à mesure qu'elle devient opaque. Qui comprend vraiment ce qui s'est passé avec Madoff, avec Kerviel ? Et qui est capable de dire stop ?</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Ce qui manque, donc, c'est le contre-pouvoir ?</b></font> <br>
— Quels sont mes moyens, à moi, citoyen, d'exercer ce contre-pouvoir ? Je suis très désemparé. J'ai essayé le militantisme, je n'avais ni les qualités ni la patience. La démocratie a l'air de devenir quelque chose, pour reprendre un titre de Giraudoux, "sans pouvoirs". Je suis le premier à aller voter, mais le vote sert-il encore ? Quand un président de la République dit à demi-mot : "Ecoutez, cessons d'embêter une dame respectable par l'âge et par la fortune, car, si jamais L'Oréal partait, imaginez les conséquences", on voit vraiment le politique s'inféoder à l'économique. Je ne parle pas de corruption (ce n'est pas à moi d'en juger) mais de double traitement humain, car, à l'inverse, on n'hésite pas à réclamer 200 euros d'impayés de gaz ou d'impôts à un smicard.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Rien de très nouveau, non ?</b></font> <br>
— En effet, mais les rois ont changé. Maintenant, ce sont des systèmes, des flux d'informations, des transferts de capitaux, des sociétés enchevêtrées... On en revient à l'identifiable et au non-identifiable. Jadis, le serf se faisait taper dessus, mais il savait par qui ; aujourd'hui, on ne sait plus à qui présenter ses doléances. Aux dirigeants ? À soi-même ? À Dieu ?</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>L'image de la prison, omniprésente dans votre roman, entre l'entreprise avec barbelés et l'hôtel muré, vient-elle de votre enseignement dans les prisons ?</b></font> <br>
— Plutôt de mon expérience de la Maison de la radio ! [<i>Rires</i>.] Voilà un lieu où pour entrer il faut montrer patte blanche, passer sous des arcs, affronter les vigiles... Faire la queue à la Sécurité sociale est aussi une épreuve du même genre. Et encore, moi, j'ai de la chance, je parle français correctement, je sais à peu près me débrouiller, j'ai la peau blanche, mais si, dans ce système, on ne maîtrise pas la langue, qu'on est black, beur ou indien, cela devient une aventure effroyable.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Que pensez-vous des suicides qui se multiplient ?</b></font> <br>
— En fait, vu les obstacles qui se resserrent autour de nous, je m'étonne qu'il n'y ait pas plus de gens qui se suicident. C'est cette faculté de résistance qui rend la nature humaine admirable. Depuis qu'on m'a révélé l'existence des camps de concentration, cela n'a cessé de me hanter. Reprendre la vie après être passé par une expérience hors limites, dont les mots, l'imagination, ne pourront jamais rendre compte, démontre une énergie vitale admirable. Certains ont décidé de franchir la ligne, de disparaître, de renoncer, beaucoup, malgré tout, continuent.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Croyez-vous en ce dieu, fondateur ou fossoyeur, dont vous parlez dans votre roman ?</b></font> <br>
— Je suis toujours en train de tourner autour, de frapper à des portes. Je me souviens d'une phrase de François Mitterrand, qui disait en substance, avant sa mort, qu'il était dans l'excitation du moment. Que va-t-il se passer après ? Mon père est mort il y a un an, je me surprends à aller régulièrement sur sa tombe. J'ai abandonné depuis longtemps le protocole de la croyance, l'entreprise qui a annexé Dieu et qui en fait un beau commerce depuis deux mille ans, mais l'idée de Dieu, que chaque chose s'oriente en fonction d'un principe fondateur, me taraude. Cette impulsion première peut être de l'ordre du big bang, ce que je pense la plupart du temps, même si je me ménage une toute petite hypothèse pascalienne. C'est ça qui est excitant : ne pas savoir. Je ressens le même vertige que lorsqu'on m'expliquait, quand j'étais gamin, que l'univers était un infini fini.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Pourquoi avoir mis sur le bandeau de votre roman cette phrase : "C'est en ne cherchant pas que tu trouveras" ?</b></font> <br>
— En fait, je refuse toujours que l'on mette ma photo sur la couverture, j'aime rester anonyme, pouvoir par exemple, comme l'autre jour, être dans le TGV auprès de quelqu'un qui lit <I>Le Rapport de Brodeck</I>. Du coup, nous avons pris l'habitude de placer une phrase en bandeau, et l'idée de mettre en exergue un bout de dialogue de <I>L'Enfer</I> de Clouzot, qui a été une œuvre non aboutie, m'amusait. Cela signifie également que j'ai toujours foi en l'humanité, même dans ce livre, qui est l'un des plus terribles que j'aie jamais écrits.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Le succès de votre premier film, <I>Il y a longtemps que je t'aime</I>, vous a-t-il étonné ?</b></font> <br>
— Le film a fait plus de 1 million d'entrées en France, 1,6 à l'étranger, est sorti dans 40 pays, a reçu des récompenses. C'est rare, en effet. Cela m'a permis de faire très facilement <I>Tous les soleils</I>, mon deuxième film. Car, s'il échoue une ou deux fois, un cinéaste devient un oiseau aux ailes coupées, contrairement au romancier, qui peut publier des années sans succès si l'éditeur croit en lui. Reste que j'aime autant tourner qu'écrire. D'un côté, on est le chef d'orchestre, on impose un tempo humain, de l'autre, on joue les solistes.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Vous avez publié pour la première fois à 37 ans, vous disiez que vous n'étiez pas un homme pressé. Depuis, vous avez mis les bouchées doubles, non ?</b></font> <br>
— C'est un peu le lièvre et la tortue, c'est vrai. Curieusement, j'ai l'impression de prendre mon temps. Je ne me donne pas d'objectif, mais, finalement, oui, tout s'est accéléré en dix ans.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Vous aimez travailler ?</b></font> <br>
— Je n'arrête pas, en effet, mais cela ressemble presque à des vacances. Alors, oui, j'énerve certaines personnes, cela ne me dérange pas. Je ne lis jamais ce qu'on écrit sur moi — c'est une façon de me protéger — mais cela me revient aux oreilles. À propos d'<I>Il y a longtemps que je t'aime</I>, les <I>Cahiers du cinéma</I> ont expliqué que mon film était abominable. Le racisme, le fascisme, peuvent être abominables, mais un film ? De même, on a écrit que <I>Le Rapport de Brodeck</I> était une manière de faire de l'argent avec la Shoah ! Stupide ! On n'est plus dans la critique artistique, mais dans l'expression de la bêtise.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Votre réussite financière vous permet-elle d'acheter des grands vins, l'une de vos passions ?</b></font> <br>
— Je viens d'un milieu modeste. Chez mon père, c'était le "trois-étoiles" sur la table et, de temps en temps, le dimanche, du vin bouché. Alors, avec ma femme, on s'est éduqués tout seuls. J'ai vécu avec les bordeaux, puis je suis remonté vers la Bourgogne...</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Vous avez d'autres passions ?</b></font> <br>
— Nous adorions voyager. Mais depuis sept ans, c'est devenu délirant, j'ai une overdose. Avec les livres traduits, les films, j'ai fait je ne sais combien de fois le tour du monde. En même temps, je suis bien conscient de ma chance. Et puis, j'écris beaucoup en avion, la nuit, surtout quand les passagers dorment.</p>

<p class="spip"><font color=#C0a778><b>Quels sont vos projets ?</b></font> <br>
— Jusqu'à Noël, je vais monter mon film, et j'ai beaucoup de choses en train. Mais un de mes vrais programmes serait plutôt d'essayer de rêver pendant un an, de repartir à vélo sur les routes, d'aller aux champignons, d'aller pêcher, d'être plus présent auprès de ma famille. Des trucs de fou !
<br>
<div align=right>Propos recueillis par <b>Marianne Payot</b>, avec <b>Emmanuel Hecht</b></b></div></p>]]></description>
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    <author>Marianne Payot et Emmanuel Hecht</author>
    <pubDate>Thu, 09 Sep 2010 21:09:47 +0200</pubDate>
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    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Lambert Wilson Mes 7 vérités]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Lambert-Wilson-Mes-7-verites47457</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x251_arton47457.jpg" /><br /><br />]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_47457</guid>
    <author> Géraldine Catalano</author>
    <pubDate>Wed, 08 Sep 2010 22:51:28 +0200</pubDate>
    <enclosure url="http://www.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x224_arton47457.jpg" type="image/jpeg"></enclosure>
    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Jean Dujardin "Etre connu, ce n'est pas un plan de carrière"]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Jean-Dujardin-Etre-connu-ce-n-est46833</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x264_arton46833.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><b>Il faut dire qu'en ce moment sa vie professionnelle est plutôt en rose : comédien français parmi les plus populaires, il s'est lentement détaché du Loulou d'<i>Un gars, une fille</i> pour s'installer dans le camp comique intelligent et parodique (<i>OSS 117</i>) avant d'aborder des rôles plus dramatiques. Et plus grinçants également. Dans <i>Le Bruit des glaçons</i> (<a href="http://qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/CINEMA-ET-DVD/Le-Bruit-des-glacons-Un-Blier47582"><font color=#5eabc1>lire la critique</font></a>), de Bertrand Blier (le 25 août), il joue un écrivain face à son cancer, interprété par Albert Dupontel. Du rire en papier de verre. Qui lui va bien. En septembre, il tournera un film en noir et blanc muet sous la direction de Michel Hazanavicius. Personne ne l'attend dans un truc pareil. Mais c'est justement ce qu'il aime.</b></p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><H2><font color=white><center>JEAN DUJARDIN</center></font></H2>
<br>
<br>
<br>
<center><big><i>« Je ne vois pas pourquoi je&nbsp;ne&nbsp;connaîtrais pas une&nbsp;traversée du désert »
<br>
<br>
« Certains sketchs de </i>Un&nbsp;gars,&nbsp;une fille <i>me font toujours marrer. Parfois, c'est&nbsp;vraiment moi »</i></big><br>
<br>
<br>
<br>
<center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_244x306_Photo_Press_Agency.jpg" /></span></center>
<small>Avec Alexandra Lamy (© Press Agency)</small></center>
<br>
<br>
<br>
<font color=black><b>19 juin 1972</b> <br>
Naissance à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine)
<br>
<br>
<b>1997</b><br>
Participe à l’émission "Graines de star" sur M6, catégorie comique.
<br>
<br>
<b>1999-2003</b> <br>
<i>Un gars, une fille</i>
<br>
<br>
<b>2004</b> <br>
<i>Le Convoyeur</i>, de Nicolas Boukhrief.<br>
<i>Mariages !</i>, de Valérie Guignabodet
<br>
<br>
<b>2005</b> <br>
<i>Brice de Nice</i>, de James Huth
<br>
<br>
<b>2006</b> <br> 
<i>OSS 117 : Le Caire, nid d’espions</i>, de Michel Hazanavicius
<br>
<br>
<b>2009</b> <br>
<i>Lucky Luke</i>, de James Huth<br>
<i>OSS 117 : Rio ne répond plus</i>, de Michel Hazanavicius
<br>
<br>
Après <i>Le Bruit des glaçons</i> (2010) de Bertrand Blier, l'acteur sera dans <i>Un&nbsp;balcon sur la mer</i> de Nicole Garcia et <i>Les&nbsp;Petits Mouchoirs</i> de Guillaume Canet.</p></div>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous avez eu 38 ans il y a quelques semaines. Il est donc temps de faire un bilan de votre vie. Comment allez-vous ? </b></font><br>
— Bien. Qu'est-ce que je pourrais vous dire de plus ? Je n'ai pas encore l'angoisse de la quarantaine. Donc, de ce côté-là, pas de problème... J'essaie de chercher un truc pertinent mais je ne vois pas grand-chose. Ça va. Je suis surtout très content des films que j'ai tournés ces derniers mois. Celui de Bertrand Blier, notamment. Et ceux de Nicole Garcia et de Guillaume Canet. Cela dit, si je regarde mon parcours, je ne peux pas dire que j'ai ramé. Ce serait même indécent de l'affirmer. Je ne sais pas si j'ai fait les bons choix mais j'ai l'impression d'avoir fait ces choix-là au bon moment. J'ai commencé dans les années 1996-1997, à l'époque où apparaissait une nouvelle génération de comiques avec des gars comme Jamel [Debbouze] ou Gad [Elmaleh]. J'étais un peu dans la vague. Les choses se sont déroulées. Il y a eu des coups de main. Voilà.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Jusqu'à quel point maîtrisez-vous la façon et la vitesse à laquelle vous avancez ? </b></font><br>
— Je suis sur un cheval au galop. Il faut tenir les rênes. Parfois, il s'emballe. Je ne contrôle pas tout. Lorsque le film est gros, je m'attends à devenir une image, une marque. L'important, c'est de ne pas se perdre. À partir du moment où je peux retrouver ma vie hors des projecteurs, je suis capable de faire la part des choses et de ne jamais être dupe de ce que l'on dit sur moi. Je sais m'arrêter. Je reste en fond de court. J'observe. Et, surtout, parce que je suis fabriqué ainsi : j'ai mes doutes et mes angoisses. Au début de ma carrière, c'était stressant. Aujourd'hui, je prends cela comme un atout : être heureux à chaque tournage, comme une première fois.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Il faut dire que vous avez aussi le choix de dire oui ou non. Ce qui n'est pas le cas de tous les comédiens. </b></font><br>
— Oui, mais il y a un revers à cette médaille : il faut traquer les projets originaux, singuliers et ne pas se contenter de ce que j'ai déjà fait. Mais rien n'est facile. Le film de Blier a mis un an et demi à se monter. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi. C'est absurde... Bertrand Blier, quand même ! C'est un type qui a fait du bien au cinéma ! Je conçois que l'alliance comédie-cancer fasse peur. Mais il y a de l'espoir, de l'amour, des dialogues, du Blier...</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Lorsque vous jouiez avec Albert Dupontel, pensiez-vous au duo Depardieu-Dewaere que Bertrand Blier a filmé ? </b></font><br>
— Pas trop. Mais Bertrand nous le rappelait de temps en temps. Parce que, comme eux, nous étions des sales gosses, parce qu'il y avait, selon lui, une même énergie. Mais Albert et moi, nous étions dans un truc instinctif. Pas intello, donc pas référencé. Ça lui allait, à Bertrand. C'est un truc bizarre, un film. Avant d'arriver sur un écran et de rentrer dans un système commercial, c'est une équipe qui se regarde, qui travaille ensemble, dans un coin, sans vraiment de lien avec l'extérieur. C'est un objet brut qu'il faut polir pour qu'il devienne beau. C'est pourquoi ce qui se passe hors les caméras est important. L'ambiance. L'humeur. Et, pour Bertrand, c'est primordial. Priorité à la bouffe, par exemple. C'est culturel, chez lui, ça vient de son père [Bernard]. Il vous fait tout de suite oublier qu'il est Blier. Il ne vient pas avec ses médailles. Mais il est assez impressionnant. Il ne parle pas beaucoup, le bonhomme. Sa pipe constamment à la bouche. Genre prof de philo. Il vous invite chez lui et vous fait écouter sa musique. Il est pudique. Moi aussi. Donc ça me va. On se voit et on mange des rognons.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Ah, vous êtes rognons ? </b></font><br>
— Oui, mais rognons moutarde. Pas rognons gros sel. Avec des petites pommes de terre. Les tripes, aussi. Les pieds et paquets...</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Bon. Autre chose. Sur le projet d'affiche [elle a changé depuis l'entretien], le nom de Blier est beaucoup plus gros que celui de Dupontel et de Dujardin. Enervant, non ? </b></font><br>
— Oui, mais il a eu un oscar, le mec [pour <i>Préparez vos mouchoirs</i>]. On ne peut pas lutter. Respect. Il nous le fait remarquer pour se foutre de nous. Il a quand même pissé à Hollywood avec John Wayne et Cary Grant ! Ça en impose.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>C'est vrai que vous, vous n'avez même pas obtenu de césar ! Juste une nomination pour <i>OSS 117</i>. Vous en êtes frustré ? </b></font><br>
— C'est le vieux débat Nord/Sud. Drame contre comédie. Je n'en pense rien. Cette année, j'ai tourné le Blier, une comédie, et un film plus dramatique, celui de Nicole Garcia. Les histoires me plaisaient. Point. J'irai toujours plus vite que les étiquettes. Je n'aime pas les habitudes. Je veux apprendre. Par exemple, j'ai retenu un truc de Blier qui m'a dit vouloir m'enlever de la vie. Souvent, les metteurs en scène me demandent de fabriquer. Blier voulait que je me rapproche de l'os, c'est-à-dire de moi. A lui, je dis oui.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Avez-vous peur du lendemain ? Que tout s'écroule ? </b></font><br>
— Oui, puisque je fonctionne au doute. J'ai toujours une vue sur la mort.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Sans aller jusque-là... </b></font><br>
— Ah mais si ! Il faut y penser. C'est ce qui me donne l'envie de bien faire les choses. D'être conscient du moment que je vis. Après, pour ce qui est du métier, je m'y attends : je ne vois pas pourquoi je ne connaîtrais pas une traversée du désert. Le seul moyen d'y faire face, c'est de ne jamais se croire sur un piédestal. Je ne suis pas en haut, je suis sur un palier. Je monte, je redescends. Cela fait 38 ans que je vis avec moi, je crois savoir à peu près qui je suis et où je veux aller.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Et où, d'ailleurs ? </b></font><br>
— Tout droit. Rien de plus. J'aime ce proverbe berbère : "Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens." Je n'ai jamais voulu faire autre chose que comédien. Je viens de tout droit et je continue.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>D'aussi loin que remontent vos souvenirs, quel fut le moment où vous vous êtes dit : "Je vais être comédien" ? </b></font><br>
— Très tôt. Mais pas consciemment. Je faisais l'acteur plus que je le théorisais. Je jouais dans la cour à l'école. Pour amuser mes copains. C'était zizi-poil. En CE1, je rentrais dans le vagin d'une femme...</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>C'était <i>Calmos</i>, de Bertrand Blier, revisité par un gamin de 7 ans ! </b></font><br>
— J'avais quatre frères, j'étais assez versé dans la fesse. Mes institutrices s'inquiétaient. J'étais un garçon très timide et, dans ces moments-là, j'existais. Jouer, c'est attirer l'attention sur soi. Mais en faire un métier, jamais. Devenu adulte, je me suis rendu compte que j'y prenais du plaisir et que je faisais marrer les gens. Plus tard, à l'époque où je passais au cabaret, je gagnais trois fois rien et j'étais content. Je rêvais de cinéma comme beaucoup d'acteurs mais sans en faire une fixation. J'écrivais des sketchs, j'avançais. Je n'ai jamais pris de cours, je me faisais confiance.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Tania Balachova, comédienne et professeur d'art dramatique, disait que tous les grands acteurs étaient des timides. D'accord ? </b></font><br>
— En tout cas, il y a beaucoup de complexés dans ce métier. Petit à petit, on ouvre la porte. On apprend à se lâcher. À souffrir joyeusement. Et, au final, à ne plus jouer. Je le vois chez les anciens. J'ai tourné avec Michel Duchaussoy. Une seule prise. Parfait. C'était déstabilisant de naturel. Comme une seconde peau. Jamais en force. Il faut tendre à ne plus jouer. Ou à surjouer mais en assumant l'aspect fabriqué. Comme pour <i>OSS 117</i>. C'était mon petit boulot : fabriquer. Mais un acteur est friable. Parfois, je ne suis pas en bouche. Et pourtant, quand j'entends "moteur", il faut que j'y aille. Tout le monde me regarde. Il faut donner. Je ne suis pas bon. D'autres fois, je déplace des montagnes. Ce n'est pas de l'arrogance, c'est de l'envie de jouer. Etre en jambes. Dans le truc. Pour ça, il faut savoir être en veille. Arrêter de jouer. Etre en jachère.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>C'est facile pour vous de dire ça. Vous êtes l'un des comédiens français les plus populaires... </b></font><br>
— Vous voyez ça de l'extérieur mais, au fond, vous ne savez pas ce que je pense de moi, si je fais le bilan...</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Le bilan des 38 ans donc, nous y revoilà. </b></font><br>
— Je peux être très sévère. Entendre que je suis l'un des acteurs les plus populaires, c'est comme lire l'horoscope : je prends, ça flatte l'ego et je jette. J'ai tourné dans des films pour lesquels la critique a été trop gentille à mon égard. Il ne faut pas croire que je suis content de tout. Il ne faut pas croire non plus un comédien qui dit qu'une mauvaise critique ne le touche pas.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Tout a démarré avec <i>Un gars, une fille</i>. Quels souvenirs en avez-vous ? </b></font><br>
— Je suis arrivé à la fin du casting. J'ai hésité à y aller. J'étais avec mes potes, on faisait les cons à la télé, j'étais bien. En plus, je ne suis pas très bon pour les essais. Mais j'ai vu la version originale canadienne, que j'ai trouvée très drôle. Il y avait un ton. Ça m'a plu. Et avec Alex [Lamy, la "fille"], l'alchimie artistique a été immédiate. Grâce à <i>Un gars, une fille</i>, j'ai joué le trentenaire que j'étais avec les problèmes quotidiens du couple. Je vivais des choses le soir, je les tournais le lendemain. On a travaillé comme des dingues pendant deux ans et un jour, lors d'une dédicace, on a mesuré le phénomène. C'est d'abord effrayant. Puis amusant pendant un an. J'ai fait le barbeau. Je suis sorti. J'étais flatté. Enfin, après avoir fait le tour, il y a deux solutions : soit je refuse tout, les photos, les autographes et je suis une tête de con, soit je prends le bonheur et je fais plaisir au public. Je préfère cette seconde solution. Mais je ne l'ai pas cherché. C'est arrivé. Etre connu, ce n'est pas un plan de carrière. Pour faire ce métier, il faut aussi aimer les gens. Du coup, ils sont gentils avec moi. Quand je revois certains sketchs d'<i>Un gars, une fille</i>, ils me font toujours marrer. Parfois, à l'écran, c'est vraiment moi. Le type qui gueule au volant, c'est moi. Dans une voiture, je peux être tête de con. Je suis un sanguin.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Timide et sanguin, donc. </b></font><br>
— Oui. Mais ça va souvent ensemble.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>De quoi faut-il se méfier quand on est arrivé, comme vous, à ce stade élevé d'une carrière ?</b></font><br>
— De tomber dans son reflet. De faire ce qu'on attend de vous. Je dois décider seul de ce que je veux. Et, surtout, ne pas penser comme un autre afin d'éviter de rentrer dans une case. On veut tout le temps m'y mettre. Moins maintenant, cela dit. J'aime la génération d'aujourd'hui : Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Pascal Elbé... On a envie de travailler ensemble. Il n'y a pas de jalousie. C'est bien. À chacun son rythme. On m'a proposé de réaliser des films, j'ai toujours refusé. Ce n'est pas mon métier. J'ai toujours peur d'aller trop vite. C'est le truc du moment, ça : réaliser, jouer, écrire, aller là, se montrer ici... La vie, ce n'est pas un clip ! Laissez-moi vivre !</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous faites l'éloge de la lenteur... </b></font><br>
— Il faut pouvoir s'arrêter, regarder, aimer, prendre le temps. Au lieu d'écraser les gens.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous voilà râleur... </b></font><br>
— Oui, mais je m'améliore. Si on vit avec quelqu'un qui n'est pas râleur, ça guérit. Je parle en connaissance de cause. Ma femme ne l'est pas du tout. Moi, je le suis moins. Je travaille. Je vais passer mon bac de bon mec. On a tout à gagner à être arrangeant. Je m'autorise à faire la gueule mais uniquement chez moi.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Jean-Paul Belmondo est-il toujours un modèle ? </b></font><br>
— Jean-Paul, c'est la liberté. Il est touché par la grâce. Je pense souvent à lui. On se voit. On se téléphone. Dans <i>Les Acteurs</i>, Bertrand Blier lui fait dire : "<i>Je n'ai jamais emmerdé les gens avec mes angoisses</i>." C'est classe. C'est lui. C'est ce que doit être un comédien quand il arrive sur un plateau. On me compare à lui. C'est gentil mais ce sont des mots. Un rôle que je retiens ? J'aurai bien aimé jouer dans <i>Cent Mille Dollars au soleil</i>. Pour être dans un camion avec Blier, Ventura et balancer un texte d'Audiard. Classe, non ? Ces mecs s'aimaient bien. Ça se voit. Et c'est ce qu'il faut rechercher.</p>


<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_46833</guid>
    <author>Eric Libiot </author>
    <pubDate>Wed, 08 Sep 2010 20:48:43 +0200</pubDate>
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    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Isabelle Huppert "Le cinéma est une très agréable dépendance"]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Isabelle-Huppert-Le-cinema-est-une44672</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x221_arton44672.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><p class="spip">&nbsp;</p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><H2><font color=white>ISABELLE HUPPERT</font></H2>
<br>
<br>
<center><big><i>« Le cinéma, c'est collectif et&nbsp;solitaire, ce qui me va très&nbsp;bien. C'est une dépendance, mais elle est tellement agréable que le&nbsp;plaisir l'emporte sur les&nbsp;mauvaises raisons, comme le&nbsp;besoin de fuir la réalité. »</i></big></center>
<br>
<br>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_245x337_19445613_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20100510_124822-2.jpg" /></span></center>
<font color=black>Avec sa fille, Lolita Chammah, <br>
dans le film <i>Copacabana</i></font><br>
<a href="http://qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/CINEMA-ET-DVD/Copacabana-long-metrage-francais45985"><font color=white>Lire la critique du film</font></a></center>
<br>
<br>
<br>
<br>
<big>SON UNIVERS</big><br>
<br>
<br>
<br>
<b>Son album</b><br>
<br>
<font color=black>« <i><b>Abbey Road</b></i>, des Beatles, et en particulier la chanson <i>Here comes the Sun</i>. »</font><br>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_245x246_41BMQS09H4L__SL500_AA300_.jpg" /></span></center></center>
<br>
<br>
<br>
<br>
<b>Son livre de chevet</b><br>
<br>
<font color=black>« J'adore <b>Hemingway</b>, notamment la nouvelle qui donne son titre à ce recueil. »</font><br>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_205x310_neiges_kilimandaro.jpg" /></span></center></center><br>
<br>
<br>
<br>
<span class="spip_documents spip_documents_right"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_128x329_Flacon.jpg" /></span><b>Son parfum</b><br>
<br>
<font color=black>« <i><b>Fracas</b></i>, de <b>Robert Piguet</b>, qui associe la tubéreuse, le lilas, la jonquille, le jasmin et le géranium rose. »</font><br>
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<b>Sa mode</b><br>
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<font color=black>« J'ai choisi la griffe <b>Dior</b> pour ma montée des marches cette année. »
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<span class="spip_documents spip_documents_left"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_86x330_1_207.jpg" /></span><br>
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<span class="spip_documents spip_documents_right"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_149x134_chaussure_doree_originale.jpg" /></span>
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« Une partie des costumes que je portais dans <i>Un tramway</i> était&nbsp;signée <b>Yves Saint&nbsp;Laurent</b>. » <br>
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<div align=right><small>Ci-contre :&nbsp;&nbsp;<br>
Isabelle Hupppert en&nbsp;&nbsp;<br>
Yves Saint Laurent</small>&nbsp;&nbsp;</div></p></div>
Isabelle Huppert est la dernière personne devant qui on aimerait se présenter en retard, et pourtant si... Dix minutes, le temps de se repérer dans les méandres du plateau de <I>I'm Not a Fucking Princess</I>, d'Eva Ionesco, au Pré-Saint-Gervais, et de trouver la loge de l'actrice tout en échafaudant une excuse forcément irrecevable sur les difficultés de la cirulation parisienne. Lorsqu'elle ouvre la porte, l'héroïne du rafraîchissant <I>Copacabana</I>, de Marc Fitoussi, est cependant tout sourires, affublée d'une drôle de perruque blonde et d'une robe de chambre qui la fait presque disparaître. "C'est spectaculaire, non ?" lance-t-elle en réajustant ses mèches à la Barbara Cartland. Oui.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Babou, l'héroïne de <i>Copacabana</i>, refuse le conformisme bourgeois, quitte à s'aliéner l'affection de ses proches. À travers vos films, vous aussi vous résistez au confort.</b></font><br>
— Babou me fait penser à un papillon qui virevolte. Elle se heurte à la précarité, à la médiocrité des autres, et même au rejet de sa fille, mais elle traverse ces situations négatives en gardant une certaine noblesse et une vraie poésie. Je n'aurais pas pensé à établir un parallèle entre elle et mon parcours... J'ai le goût de l'aventure, mais la vie d'actrice est quand même très confortable. Lorsque j'accepte un rôle, je n'ai pas l'impression de me mettre en danger. C'est plutôt l'inverse. Si je faisais toujours la même chose, ce serait beaucoup plus risqué et très ennuyeux !</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>C'est rare de vous voir incarner un personnage foncièrement sympathique.</b></font><br>
— C'est même la première fois que cela m'arrive ! Je ne courais pas désespérément après, mais j'y ai pris beaucoup de plaisir. Les rôles sympathiques sont souvent mièvres et sans intérêt. J'ai eu beaucoup de chance. J'ai l'impression qu'autrefois, à l'époque des grandes comédies américaines de Capra, de Lubitsch ou de McCarey, quand le cinéma était résolument distrayant, les rôles positifs avaient plus de profondeur.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Isabelle Adjani a confié un jour qu'elle ressentait une grande empathie pour ses personnages, contrairement, imaginait-elle, à vous. Qu'en est-il ?</b></font><br>
— Chabrol dit qu'il n'est pas difficile de trouver la place de la caméra, car il n'y en a qu'une : la bonne ! De la même façon, j'ai tendance à penser qu'il n'y a pas trente-six manières d'interpréter un rôle, mais une seule, induite par le scénario et la mise en scène, c'est-à-dire le point de vue du metteur en scène. Mes personnages sont souvent placés dans des contextes extrêmement violents. Ils ne sont alors que le reflet ou le produit de situations qui leur sont hostiles, contre lesquelles ils doivent lutter. Les idéaliser reviendrait à les trahir.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Babou ne sait jamais trop ce qu'elle veut. Quand avez-vous décidé de faire ce métier ?</b></font><br>
— Je répugne toujours un peu à appeler cela un métier. C'est ça, bien sûr, mais c'est plus que cela : c'est un état, un rapport au monde. Je serais donc bien incapable de vous répondre... C'est venu ou, plutôt, c'est advenu presque inconsciemment. À 15 ans, poussée par ma mère, je me suis inscrite au conservatoire de Versailles, où j'ai reçu un premier prix. J'y ai croisé Margot Capelier, grande directrice de casting, qui m'a encouragée. Puis j'ai fait un peu de figuration, à la télévision surtout. J'appartiens à une génération beaucoup plus insouciante que celle d'aujourd'hui.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Comment la jugez-vous, cette nouvelle génération ?</b></font><br>
— Je me garderais bien de la juger ! Mais je suis très admirative de toutes celles et de tous ceux qui se lancent dans la réalisation. Quel courage, quelle énergie ! Moi, je n'oserais jamais. <I>[Sourires.]</I></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>C'est la quatrième fois que vous donnez la réplique à votre fille, Lolita Chammah. C'est beaucoup, non ?</b></font><br>
— Oui, mais la première fois, pour <i>Une affaire de femmes</i>, elle n'avait que 4 ans ! Et dans <I>La Vie moderne</I>, de Laurence Ferreira Barbosa, son premier vrai rôle, on ne faisait que se croiser. <I>Copacabana</I> est donc le premier film pour lequel nous avons réellement travaillé ensemble. Au début, cela nous faisait beaucoup rire, nous trouvions ça presque irréel de nous retrouver face à face, et puis nous sommes devenues actrices...</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Parmi les premiers films que vous avez tournés figure <i>Rosebud</i>, d'Otto Preminger, en 1975. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience ?</b></font><br>
— Celui d'une aventure complètement improbable. Preminger hurlait à longueur de journée, il terrorisait tout le monde, sauf Robert Mitchum, qui n'arrêtait pas de dire qu'il préférait ses chevaux au cinéma et a fini par quitter le film pour être remplacé par Peter O'Toole. C'est sur <I>Rosebud</I> que j'ai rencontré Kim Cattrall, devenue bien des années plus tard la Samantha de <I>Sex and the City</I> et avec qui je suis restée liée.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous avez tourné avec Sautet, Blier, Cimino, Chabrol, Haneke, Jacquot. Quel pourrait être le fil rouge de votre filmographie ?</b></font><br>
— Quand je m'y promène, je m'y reconnais complètement. Le fil rouge, c'est moi. Les films sont le lieu d'une autobiographie totalement imaginaire, indétectable au premier coup d'œil. Un lieu très vaste, où ce que je m'imagine raconter de moi peut être aussi le contraire, ou l'envers de moi. Mais enfin, jouer, c'est toujours une affaire entre soi et soi.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Contrairement à la plupart des actrices, vous n'avez jamais connu de passage à vide.</b></font><br>
— Si, ça m'est arrivé, comme avant <I>Une affaire de femmes</I>. Cela faisait quatre ans que je n'avais pas tourné en France. Mais je ne m'en suis pas vraiment aperçue, ni émue d'ailleurs. J'ai tourné à l'étranger pendant ce temps-là. Et puis les disparitions, volontaires ou involontaires, sont toujours intéressantes. Ariel Garcia Valdès, avec qui j'ai joué, au théâtre, <I>Quartett,</I> de Heiner Müller, l'an dernier, n'a pas joué pendant vingt ans. Il l'avait décidé. Vingt ans, cela veut forcément dire quelque chose... Les gens qui ne font pas m'intéressent autant que ceux qui font. À mes yeux, il ne s'agit pas d'impuissance, mais d'un questionnement, d'une quête, même si, moi, je suis dans l'excès inverse.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Justement, vous n'avez jamais songé à ralentir ?</b></font><br>
— Si. J'y pense un peu tous les jours, et puis j'oublie ! <I>[Sourires.]</I> Je sais à peu près pourquoi je suis dans l'action : le cinéma, c'est collectif et solitaire, ce qui me va très bien. C'est une dépendance, mais elle est tellement agréable que le plaisir l'emporte sur les mauvaises raisons, comme le besoin de fuir la réalité. Et puis, j'aime cette vie, ces longues journées passées dans la loge à attendre. Aujourd'hui, je me suis levée à 6 heures, je n'ai pas encore tourné. Mais je ne m'ennuie pas, je suis bien.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Quand on représente une telle page du cinéma européen, le danger n'est-il pas de se voir statufiée ?</b></font><br>
— Bien sûr, on ne peut pas empêcher les gens d'avoir une mémoire. Moi-même, j'ai des souvenirs mais c'est le présent qui m'intéresse. Quand c'est fini, c'est fini. En cela, le théâtre, avec son côté éphémère et sa fragilité, est une bonne école. Et je ne me sens pas plus légitime aujourd'hui qu'il y a vingt-cinq ans.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Le mauvais accueil critique reçu par <i>Un tramway</i>, que vous venez de jouer sur scène, c'est déjà oublié ?</b></font><br>
— Mais quel mauvais accueil ? J'ai le souvenir de critiques dithyrambiques qui auraient pu me faire commettre le péché d'orgueil. Nous avons joué plus de deux mois d'affilée, ce qui est très rare dans le théâtre subventionné, et à guichet fermé. L'Odéon envisage une reprise si mon emploi du temps le permet. Vive Warlikowski !</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>2009 restera comme une année étrange. Avant <i>Un tramway</i>, il y a eu votre passage controversé à la présidence du jury du Festival de Cannes.</b></font><br>
— Ça, c'est une invention totalement extravagante, une rumeur sans aucun fondement. C'est fou qu'un an après je sois encore obligée de m'en expliquer. Demandez à James Gray ! J'ai dîné avant-hier soir avec lui, et il est aussi abasourdi que moi ! Il n'y a pas eu l'ombre d'un problème, je ne peux pas dire mieux. J'étais également très proche d'Asia Argento, contrairement à ce qui a été écrit. Elle me propose d'ailleurs un rôle dans son prochain film. Une rumeur, c'est un poison.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Quittons Cannes, alors, pour Paris. Vous lui êtes restée fidèle malgré votre carrière très internationale.</b></font><br>
— J'aime Paris, surtout après Cannes, en comparaison de laquelle elle semble une douillette petite ville de province ! J'aime sa lumière. C'est la lumière qui donne une âme aux lieux, mais quand les lieux en sont eux-mêmes si chargés, cela devient merveilleux.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Il y a quelques mois, vous vous trouviez aux Etats-Unis pour les besoins d'un épisode de la série New York unité spéciale.</b></font><br>
— Oui, l'épisode est d'ailleurs diffusé ces jours-ci sur NBC ! J'incarne la mère française d'un petit garçon tiraillé entre ses parents divorcés et victime d'un kidnapping. Une histoire terrible. <I>[Rires.]</I>L'épisode a nécessité cinq jours de tournage. C'était intéressant. On joue à toute allure sans beaucoup de raffinement, mais avec une intensité que j'ai trouvée assez enthousiasmante.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Le moment le plus agréable, quand on tourne ?</b></font><br>
— Le plus agréable, c'est quand on joue, tout simplement. Et les petits moments qui précèdent cette entrée en scène.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Et le plus difficile ? Après le passage du film en salle de montage, dites-vous, on sait combien le metteur en scène aime une actrice.</b></font><br>
— On le sait déjà quand on tourne, mais le montage, c'est l'inconscient du metteur en scène. Et, parfois, il nous joue des tours, à nous, les acteurs et les actrices ! Alors, inlassablement, on cherche une nouvelle preuve d'amour...<br>
<br>
<div align=right>Propos recueillis par <b>Géraldine Catalano</b></div></p>


<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_44672</guid>
    <author> Géraldine Catalano</author>
    <pubDate>Fri, 06 Aug 2010 20:48:15 +0200</pubDate>
    <enclosure url="http://www.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x224_arton44672.jpg" type="image/jpeg"></enclosure>
    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Tahar Rahim, acteur de l'année]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Tahar-Rahim-acteur-de-l-annee40722</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x230_arton40722.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><b>Le comédien de 28 ans, qui s'est prêté au jeu de la série de mode, nous parle de ses débuts avec lucidité et sensibilité.</b>
<br>
<br>
Quand on l'a rencontré pour la première fois, dans un café à Montmartre, personne ne s'est retourné sur ce petit gabarit emmitouflé dans sa parka. C'était avant la soirée du 27 février, où la France entière l'a vu saluer le courage de sa mère et monter par deux fois sur la scène du Châtelet chercher sa compression dorée. Deux césars pour son rôle dans <i><b>Un prophète</b></i>, de <b>Jacques Audiard</b>, couronné par neuf récompenses. Propulsé au cœur d'un film qui dynamite les mécanismes des castings ordinaires, il a donné corps avec une puissance de jeu incroyable à <b>Malik El Djebena</b>, petite frappe illettrée métamorphosée en caïd. " <i>Il fallait une double apparition, celle d'un acteur et celle d'un héros</i> ", dit <b>Jacques Audiard</b>. Un héros très discret dans sa façon d'aborder son métier de comédien, avec la conscience du travail bien fait et une énergie à déplacer les murs. Les pieds sur terre et le sourire dans les étoiles.</p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_244x175_19138487_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20090710_025318.jpg" /></span></center><br>
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<small><i>Le Prophète</i></small></center>
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<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_194x185_prophete_vsiuel2.jpg" /></span></center><br>
<big><b><i>Un prophète</i></b></big><br>
Bande Originale du film<br>
Musique d'<b>Alexandre Desplat</b><br>
<a href="http://www.qobuz.com//telechargement-album-mp3/Alexandre-Desplat-Bande-Originale-du-film-Un-Prophete-2009/Musique-de-film/Alexandre-Desplat/Naive/default/fiche_produit/id_produit-3298499013725.html"><font color=black>Écouter et télécharger</font></a> <br>
<b>Disponible en LossLess</b></center>
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<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_245x180_jacques-audiard-et-tahar-rahim_galerie_photo_canal_plus.jpg" /></span></center><br>
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<small><i>Avec Jacques Audiard</i></small></center>
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<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_244x174_18680409_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20061010_104234.jpg" /></span></center><br>
<br>
<small><i>Tahar l'étudiant</i></small></center>
</p></div>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Dans la foulée des Césars, comment vous sentez-vous ? </b></font><br>
— Je suis fou de joie et, en même temps, ça me fait peur de porter ça sur mes épaules. Je suis très remué. La plénitude, je ne l'ai ressentie qu'au moment de monter sur scène. J'espère surtout que ces prix encourageront les réalisateurs à prendre des risques avec des acteurs quasi inconnus.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Depuis des mois, on vous parle d'<i>Un prophète</i>. Etes-vous rapidement sorti de ce rôle ?</b></font><br>
— On a tourné sept semaines, jusqu'à mi-décembre 2008, et j'ai mis environ deux mois à me détacher de certains traits d'humeur du personnage. Mon cheminement de pensée avait changé. J'avais du mal avec la foule et j'étais plus dur avec mon entourage. Je devais certainement avoir moins de tact et plus d'exigences.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Jacques Audiard vous a révélé. Qu'avez-vous envie de lui dire aujourd'hui ?</b></font><br>
— De continuer de nous faire rêver ! Je ne le remercierai jamais assez de m'avoir fait grandir et de m'avoir donné la chance de pouvoir m'investir dans ce que j'aime. Et je voudrais saluer la personne, qui est au moins égale à l'artiste, sinon plus. J'ai un profond respect pour Jacques et beaucoup d'amour pour lui. Avec Niels Arestrup, ce sont des êtres rares.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>La chose la plus importante qu'il vous ait apprise ?</b></font><br>
— De m'inspirer le moins possible des modèles de cinéma existants et de tracer ma propre voie. On a voulu composer un personnage qui ne ressemble pas à ce qu'on a pu voir avant. Même si c'est un héritage qui nous habite tous, j'essaie de garder cette ligne de conduite.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Justement, quel est le cinéma qui vous touche le plus ?</b></font><br>
— Le cinéma américain des années 1970 est pour moi le meilleur : les films de Jerry Schatzberg, comme <i>L'Epouvantail</i>, ceux de Scorsese, de Coppola, de De Palma, en particulier <i>Blow Out</i>. Ils ont capté un truc historique qui ne vieillit pas. <i>Taxi Driver</i> et <i>Raging Bull</i> sont des films parfaits. J'adore aussi tout le romantisme populaire français de l'entre-deux-guerres, les grands films avec Gabin, Lino Ventura, Paul Meurisse, ceux de Julien Duvivier, de Jean Grémillon, de Marcel Carné. Par la lumière et les décors, ils ont réussi à transmettre l'humeur d'une époque. J'ai eu un vrai coup de cœur en voyant <i>Le jour se lève</i>, que je trouve d'une grande modernité.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>A quel âge l'envie de jouer vous a-t-elle pris ?</b></font><br>
— Je n'ai jamais eu de révélation. Adolescent, j'étais amoureux du dispositif du cinéma plus que de l'art. Ma vie était ennuyeuse et je passais mon temps dans les salles. J'y allais quatre à cinq fois par semaine, jusqu'à me donner mal à la tête en regardant trois films d'affilée... À 14 ans, on veut du mouvement. J'avais besoin d'un espace où m'émanciper et je ne le trouvais pas ailleurs. Belfort est une ville de 50 000 habitants et il n'y a pas grand-chose à faire, une fois qu'on a fini les cours : le dernier bus s'arrête à 19h45 et, après, la ville dort. C'est l'image qui m'a permis de m'évader. Plus tard, j'ai commencé à m'intéresser vraiment à ce que je voyais et le virus s'est déclenché.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Que s'est-il passé entre le moment où vous avez quitté Belfort et le premier docu-fiction de Cyril Mennegun, <i>Tahar l'étudiant</i>, inspiré de votre quotidien ?</b></font><br>
— J'ai fait une fac de sport à Strasbourg en 2000. J'avais reçu un dossier à la maison qui confirmait mon inscription alors que je ne l'avais jamais rempli ! Sans doute une erreur administrative, mais j'y suis allé... J'étais en spécialité natation et, au bout d'un an, je m'ennuyais ferme. J'ai réfléchi à une filière qui me donnerait un peu plus de confort. Comme j'ai un bac scientifique, j'ai commencé des études de maths et d'informatique à Marseille et j'ai arrêté au bout de deux mois. Là, je me suis dit qu'il fallait vraiment que je suive mes envies. Ma sœur m'encourageait à obtenir une licence, par sécurité, et je l'ai décrochée en section cinéma à Montpellier. Mon envie de jouer ne m'a pas lâché et je suis monté sac au dos à Paris en septembre 2005.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Comment se sont passés vos débuts de comédien ?</b></font><br>
— J'étais conscient des difficultés de ce métier et je m'étais donné dix ans avant de penser à chercher ailleurs. Pour payer mes cours et ma chambre, j'avais deux boulots. Le week-end, je travaillais en boîte de nuit et, la semaine, je gravais des logiciels informatiques. Le patron avait vu le docu-fiction <i>Tahar l'étudiant</i>, que j'avais préparé en licence et il m'a accordé des facilités pour suivre mes cours de comédie. J'ai rencontré un agent, pas mal couru les castings et j'ai décroché mi-2006 un rôle dans la série de Canal + <i>La Commune</i>, écrite par Abdel Raouf Dafri [coscénariste d'<i>Un prophète</i>]. J'ai joué en 2008 au théâtre, en commençant les essais pour le film de Jacques Audiard. Je l'avais croisé pendant un trajet en voiture, un jour où il était passé sur le tournage de <i>La Commune</i>. On s'est juste dit bonjour, je ne voulais surtout pas la jouer " <i>j'adore ce que vous faites</i> ". On s'est revus le jour de la projection, et il m'a dit des choses très encourageantes. À partir de ce moment, j'ai senti que j'avais des chances de passer le casting. Les essais étaient rudes, il fallait s'accrocher. Aujourd'hui, je comprends pourquoi Jacques Audiard m'a fait autant galérer. Je voulais ce rôle et j'ai donné tout ce que j'avais pour saisir ma chance. Mais le vrai travail a commencé quand il m'a dit oui.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Avez-vous reçu beaucoup de scénarios depuis Un prophète ?</b></font><br>
— Avec mes voyages pour le film, je n'ai pas pu les lire tous ! Ça m'a fait plaisir de recevoir des projets aussi variés, dont certains en cours : <i>The Eagle of the Ninth</i>, de Kevin Macdonald, <i>Chienne</i>, du Chinois Lou Ye, et <i>Des hommes libres</i>, d'Ismaël Ferroukhi, que je vais tourner cet été. C'est encourageant de se dire qu'on ne me voit pas que d'une couleur.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Le cinéma français a longtemps catégorisé les acteurs d'origine maghrébine : est-ce valable pour votre génération ?</b></font><br>
— J'ai conscience de tous ces clichés accumulés, mais je n'en ai pas fait l'expérience dans mes rôles. Dès le départ, mon agent m'a envoyé sur des projets variés. Les choses avancent et c'est plus que légitime. Sur un plan plus personnel, j'ai du mal avec les gens qui fantasment votre parcours, sous prétexte que vous venez d'un milieu ouvrier et que vous avez grandi dans une famille nombreuse d'origine algérienne.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Parlez-nous de votre premier tournage après <i>Un prophète</i> ?</b></font><br>
— Kevin Macdonald, le réalisateur du <i>Dernier Roi d'Ecosse</i>, m'a fait passer des essais sans avoir vu le film de Jacques Audiard. J'ai un petit rôle, celui d'un prince gaélique maquillé d'argile et habillé de peaux de bête. C'était une expérience déstabilisante, car je suis arrivé en Ecosse en novembre au milieu de l'aventure, avec peu de temps de préparation. Je n'ai eu que six heures de coaching en gaélique ancien, dont je n'avais jamais entendu la sonorité ! C'était intéressant de se retrouver en périphérie, après avoir été au centre.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous enchaînez fin mars à Paris sur le prochain film de Lou Ye, le réalisateur d'<i>Une jeunesse chinoise</i>.</b></font><br>
— C'est l'histoire de deux corps qui se rencontrent et ne peuvent se séparer, doublée d'une histoire d'amour impossible. Le croisement entre deux classes sociales et deux univers opposés, à un moment charnière de leur vie. Le film décrit ce qui se passe entre eux, ce que les autres ne voient pas. Raconter une liaison selon un schéma ressassé — tout va bien, les problèmes apparaissent, on rencontre un amant puis c'est la rupture... — ne m'intéressait pas. Là, c'est atypique et ça me plaît.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous reconnaissez un seul tabou dans le jeu, la nudité.</b></font><br>
— On verra mon corps, puisqu'il y a des scènes d'amour, mais j'ai beaucoup de gêne avec la nudité. Me déshabiller pour la scène d'entrée dans la prison d'<i>Un prophète</i> a été très difficile, même si j'avais conscience que c'était un viol de l'intimité qui servait le propos. Mon éducation a bien sûr une influence. Je ne fais pas ce métier pour me torturer, mais pour me dépasser. Dans quelques années, j'y arriverai peut-être, mais pour l'instant c'est très dur pour moi.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>C'est formidable et aussi violent de se retrouver propulsé au milieu des sollicitations de ce métier. Comment vous êtes-vous protégé ?
</b></font><br>
— C'est vrai que j'ai eu un démarrage costaud ! Le danger serait de prendre le pouvoir qu'on vous donne — les cadeaux, l'argent pour venir dans une soirée, toutes ces choses bidon... — et d'en devenir esclave. J'ai une famille et des amis très clairs avec ça, qui me permettront toujours de voir mon propre reflet dans leurs yeux. Je ne suis pas dupe des moments exceptionnels que je vis ! D'être un angoissé me protège aussi. C'est dans ma nature de ne pas savoir recevoir les compliments, sans doute un mécanisme de défense. Le jour où vous y croyez, c'est le début de la fin ! Il y a assez de gens qui se sont brûlé les ailes.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Cannes, les Césars, les Oscars... comment réagit votre famille ?</b></font><br>
— Je n'aurais pas osé imaginer une entrée comme ça dans le cinéma et eux, encore moins. Du coup, à travers leur regard, j'ai encore plus conscience du rêve que je vis.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous avez un appétit de jeu hors normes, comme le dit Jacques Audiard ?</b></font><br>
— J'essaie de donner toujours plus que ce que j'ai, sinon je suis mal et ça me rend dingue. J'ai pleuré une fois sur le tournage d'<i>Un prophète</i>, je n'avais pas réussi une scène et j'ai pété les plombs ! J'ai besoin d'apprendre à me connaître. Je suis en construction par rapport à beaucoup de choses. La force du jeu d'acteur, c'est de dépasser ses propres limites, on ne sait pas jusqu'où ça peut vous entraîner. Quand je tourne, je me sens vivre. 
<br></p>

<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_40722</guid>
    <author>Anne-Laure Quilleriet</author>
    <pubDate>Sat, 13 Mar 2010 00:16:09 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Pénélope Cruz Une femme sous influence]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Penelope-Cruz-Une-femme-sous28217</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x272_arton28217.jpg" /><br /><br /><p class="spip">Installé dans une pièce dévolue aux interviews, votre dévoué n'en croit pas ses oreilles : « Penélope va te recevoir dans sa chambre, finalement », dit l'attachée de presse. Evidemment, ça laisse rêveur. Sauf que le grand hôtel parisien n'a pas logé la star dans une piaule standard, mais dans une suite digne du statut de celle-ci. Sagement assise dans le canapé de son salon à écouter le dernier album de U2, elle est fraîchement coiffée et à peine maquillée. Naturellement superbe. Penélope Cruz, 35 ans, semble au firmament de sa beauté. Et si elle n'était qu'une image, idéale égérie d'une marque de cosmétiques... Mais non ! Récipiendaire, en février dernier, d'un oscar pour <I>Vicky Cristina Barcelona</I>, de Woody Allen, elle accumule récompenses et performances, s'adonne à la photo, s'apprête à réaliser, multiplie les B-A humanitaires... Et puis il y a Almodovar, avec qui elle a tourné quatre films. Dont ces <I>Etreintes brisées</I>, où l'actrice joue à l'actrice, tantôt fille modèle, tantôt prostituée, tantôt amoureuse... Un rôle en or écrit par son mentor, son ami. Il la vaut bien. Et elle le lui rend tout aussi bien.
<br></p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><center><big><b>SES FILMS</b></big> </center>
<br>
<br>
<b>2009</b> : <font color=black><i><b>Etreintes brisées</b></i> </font><br>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_247x329_Etreintes_brisees_reduite.jpg" /></span></center>
<font color=black><b><i>En salle le 20 mai 2009</i></b></font> 
<br>
<a href="http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/LE-CINEMA-D-ERIC-LIBIOT/La-loi-du-desir28243"><font color=white>Lire la critique d'Eric Libiot</font></a>  
<br>
<br>
<br>
<font color=black><big><b>Bande originale du film</b></big></font> </center> 
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_230x230_5099969851452_230-2.jpg" /></span></center>
<br>
<a href="http://www.qobuz.com/telechargement-album-mp3/Alberto-Iglesias-Bande-Originale-du-film-Los-Abrazos-Rotos-2009/Musique-de-film/Divers/EMI/default/fiche_produit/id_produit-5099969851452.html"><font color=black>Écouter et télécharger</font></a> </center>
<br>
<br>
<b>2008</b> : <font color=black><i><b>Vicky Cristina Barcelona</b></i>, de Woody Allen. Elle obtient l'oscar du meilleur second rôle féminin. </font><br>
<br>
<b>2006</b> : <font color=black><i><b>Volver</b></i>, de Pedro Almodovar. En mama déterminée </font><br>
<br>
<b>1997</b> : <font color=black><i><b>Ouvre les yeux</b></i>, d'Alejandro Amenabar, avec Eduardo Noriega. Un univers entre rêve et cauchemar.  </font><br>
<br>
<b>1992</b> : <font color=black><i><b>Jambon, jambon</b></i>, de Juan José Bigas Luna, avec Javier Bardem. Son premier film </font> <br>
<br>
<br>
<br>
<center><big><b>SON UNIVERS</b></big> </center>
<br>
<br>
<b>Son réalisateur</b> <br>
<font color=black>« <b>Claude Chabrol</b>. Je le répète à chaque interview depuis dix ans : je veux tourner avec lui ! Il y a peu, on a eu un échange de SMS. C'est un début. » </font>
<br>
<br>
<b>Ses acteurs</b> <br>
<font color=black>« Côté français, <b>Juliette Binoche</b> et <b>Daniel Auteuil</b>. Des modèles. » </font> 
<br>
<br>
<b>Ses créateurs</b> <br>
<font color=black>« <b>John Galliano</b> et <b>Karl Lagerfeld</b>. La folie et l'élégance. »</font> 
<br>
<br>
<b>Son livre</b> <br>
<font color=black>« <b><i>L'Attrape-cœurs</i></b>, de Salinger. Je l'ai lu adolescente. L'impact est durable. »</font> <br>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_200x327_resize-7.jpg" /></span></center></center>
<br>
<b>Son parfum</b> <br>
<font color=black>« Un de la gamme <b>Santa Maria Novella</b>. J'ignore le nom exact, mais je me le procure dans une pharmacie florentine, quand je vais en Italie. Naturel, frais. »</font> 
<br>
<br>
<b>Son animal</b> <br>
<font color=black>« <b>Le chat</b>. J'en ai deux. Ceux que je ramène, trouvés sur des tournages dans des endroits paumés, je les donne à ma famille. »</font> 
</p></div>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Avez-vous conscience qu'aux yeux de Pedro Almodovar vous représentez la femme ?</b> </font><br>
— Je suis évidemment flattée qu'il ait l'imagination de me voir ainsi. Avec lui, j'ai l'opportunité de jouer des choses inédites et assez éloignées de moi. Parturiente dans <i>En chair et en os</i>, religieuse dans <i>Tout sur ma mère</i>, mamá déterminée dans <i>Volver</i>... Chaque fois, j'ai l'impression de gagner au Loto !</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Comment avez-vous construit cette confiance mutuelle qui dure depuis treize ans ? </b> </font><br>
— On ne l'a pas construite. C'est ça qui est formidable. Elle était là, évidente, dès notre première rencontre. On a immédiatement aimé passer du temps ensemble et tout partager. Il n'est ni mon frère, ni mon père, ni ma mère, comme on me l'a souvent suggéré, mais on est de la même famille. J'aime sa façon de voir le monde, d'appréhender son art. Prenez le générique d'<i>Etreintes brisées</i>, par exemple [des images vidéo prises à l'insu de Penélope Cruz et de son partenaire Lluis Homar, lors de la préparation d'une scène]. Je ne me sens pas trahie, car il ressort de cette séquence un magnifique hommage au cinéma et au sublime chaos qui règne sur un plateau de tournage. C'est un moment de vérité avant que nous ne plongions dans la fiction.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vos liens privilégiés avec Almodovar ont-ils souffert de votre exil prolongé à Hollywood ? </b> </font><br>
— Non. Il n'était pas très heureux que j'y aille et trouvait que je faisais trop de films. Mais moi, d'une part, j'aime bien travailler là-bas, et, d'autre part, cela m'ouvre un plus grand éventail de propositions. Enfin, Pedro sait qu'au moindre coup de fil de lui je rapplique sur-le-champ.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Avez-vous déjà eu un désaccord profond avec lui que vous n'avez osé exprimer ? </b> </font><br>
— J'ai déjà eu des désaccords, mais comme tout le monde peut en avoir avec un proche. Il faut arrêter avec cette idée qu'on ne peut discuter avec Pedro. Non seulement il écoute, mais il sait écouter. Il n'est pas dur, mais obsessionnel. Il ne délègue rien, contrôle tout. Et quand on entre dans son univers, on cesse de se poser des questions, car tout a une explication : la couleur d'une chaise, un papier mural... Un canapé dans le décor qui ne lui convient pas peut l'empêcher de dormir !</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous ne lui refusez jamais rien ? </b> </font><br>
— Je ne sais que vous répondre. Je lui donne tout ce que j'ai, tout ce que je suis, sachant qu'il ne s'en servira jamais d'une mauvaise manière. Pour autant, sur le plateau, il n'est pas particulièrement tendre avec moi. Et c'est tant mieux ! Je ne veux pas d'un béni-oui-oui qui flatte mon ego. Je ne peux être bonne à chaque prise — et il ne manque pas de me le faire remarquer.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>De tous les rôles qu'il ne vous a jamais proposés, lequel préférez-vous ? </b> </font><br>
— Sans aucun doute, celui de Victoria Abril dans <i>Attache-moi !</i> L'histoire de cette actrice kidnappée qui tombe amoureuse de son ravisseur et qui l'aide m'a transcendée. Je l'ai vu à 15 ans, un après-midi. Le soir, je voulais devenir comédienne. Chez Almodovar, bien sûr.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Quel est son plus gros défaut ?</b> </font><br>
— L'impatience. Mais est-ce un défaut quand vous dirigez un film, qu'on vous pose 1 000 questions, que vos plans minutieusement préparés des mois auparavant doivent se mettre en place comme vous le désirez... ?</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Et votre plus gros défaut ?</b> </font><br>
— La peur. Ou plutôt l'appréhension. Pas spécialement de mon métier, mais de tout. Je me fais du souci en permanence, sans jamais vraiment arriver à être sereine. On croit que tout va bien, mais il n'y a personne pour qui tout va bien.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>D'où votre engagement dans des causes humanitaires ? </b> </font><br>
— Ouh là ! J'ai encore beaucoup à faire dans ce domaine ! Je suis loin de mon modèle, Audrey Hepburn, qui, non contente d'avoir réussi comme actrice, femme et mère, a été l'une des premières célébrités à utiliser son pouvoir à des fins caritatives. Même malade, elle a aidé des tas de gens, en Afrique, en Inde... Partout !</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>C'est donc un cadeau que vous a offert Almodovar en vous transformant, dans <i>Etreintes brisées</i>, en un clone d'Audrey Hepburn. Dans <i>Volver</i>, il vous rapprochait de Sophia Loren et, au fil d'interviews passées, il vous a comparée à Claudia Cardinale... Laquelle vous convient le mieux ? </b> </font><br>
— Je prends toutes ces comparaisons comme autant de références à mes personnages, mais je ne peux ni ne veux m'identifier. Vous avez vu de qui on parle ? ! Je suis une groupie, à côté ! Quand j'ai rencontré Sophia Loren sur le tournage de <i>Nine</i> [de Rob Marshall, sortie à l'hiver prochain], je me suis faite toute petite. Elle m'a détendue en étant accueillante, chaleureuse, en me bombardant de questions sur <i>Volver</i> justement... Depuis, elle est devenue une amie.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>On dit qu'Almodovar, lors de la présentation de Vicky Cristina Barcelona à Cannes l'an dernier, vous bombardait de SMS pour vous soutenir... </b> </font><br>
— Il en envoyait surtout à l'intention de Woody [Allen] ! Les deux adorent se servir de moi comme messagère. Et c'est parce que Woody m'a vue dans <i>Volver</i> qu'il m'a choisie pour Vicky Cristina Barcelona. De fait, je dois indirectement mon oscar à Pedro. Comme tout le reste. 
<br></p>

<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_28217</guid>
    <author>Christophe Carrière </author>
    <pubDate>Fri, 15 May 2009 23:09:37 +0200</pubDate>
    <enclosure url="http://www.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x224_arton28217.jpg" type="image/jpeg"></enclosure>
    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Pedro Almodovar « Le cinéma, c'est un amour d'amant »]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Pedro-Almodovar-Le-cinema-c-est-un28398</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x309_arton28398.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><font color=#c0a778><b>Quand on regarde vos films, on sent immédiatement votre amour du cinéma. D'où vient-il ?</b> </font><br>
— Cet amour me vient de mon enfance. D'une période où aller au cinéma, pour moi et pour la majorité des Espagnols, était le seul moment vivable. Je parle des années 1950 et d'un enfant, moi, qui vivait en province [dans la Manche, puis en Estrémadure]. Avec le recul, je sais que j'aurais été très malheureux si je n'avais pas pu faire du cinéma. Quand j'ai commencé à tourner mes premiers longs-métrages, dans les années 1980, je l'ai fait par passion. Uniquement. Peu à peu, j'ai pris conscience de ce que je voulais dire et de la façon dont je voulais le dire. Ce n'est donc pas un amour de cinéphile. C'est un amour d'amant.</p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><center><font color=black><big><b>PEDRO ALMODOVAR</b></big></font></center>  
<br>
<br>
<center><i><big>« Au cinéma, on ne vieillit pas, on ne meurt pas et les choses peuvent s'arranger. Il&nbsp;améliore la vie. »
<br>
<br>
« Il faut aller chercher sa&nbsp;propre humanité pour la&nbsp;transmettre à ses&nbsp;personnages » </big></i></center>
<br>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_247x329_Etreintes_brisees_reduite.jpg" /></span></center>
<font color=black><b><i>En salle le 20 mai 2009</i></b></font> 
<br>
<a href="http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/LE-CINEMA-D-ERIC-LIBIOT/La-loi-du-desir28243"><font color=white>Lire la critique d'Eric Libiot</font></a>  
<br>
<br>
<br>
<font color=black><big><b>Bande originale du film</b></big></font> </center> 
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_230x230_5099969851452_230-2.jpg" /></span></center>
<br>
<a href="http://www.qobuz.com/telechargement-album-mp3/Alberto-Iglesias-Bande-Originale-du-film-Los-Abrazos-Rotos-2009/Musique-de-film/Divers/EMI/default/fiche_produit/id_produit-5099969851452.html"><font color=black>Écouter et télécharger la BO</font></a> </center>
<br>
<br>
<center><big><b>BIOGRAPHIE</b></big><br>
en quelques dates </center> </p>

<p class="spip"><b>1949</b> <br>
<font color=black>naissance à Calzada de Calatrava (Espagne) le 24 septembre</font> <br>
<b>1980</b><br>
<font color=black>Premier long-métrage <i><b>Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier</b></i></font><br>
<b>1984</b><br>
<font color=black><i><b>Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?</b></i></font><br>
<b>1988</b><br>
<font color=black><i><b>Femmes au bord de la crise de nerfs</b></i>. Succès international</font><br>
<b>1999</b> <br>
<font color=black><i><b>Tout sur ma mère</b></i>. Prix de la mise en scène au Festival de Cannes</font><br>
<b>2003</b><br>
<font color=black>Oscar du scénario pour <i><b>Parle avec elle</b></i></font><br>
<b>2006</b> <br>
<font color=black><b><i>Volver</i></b>. Prix du scénario au Festival de Cannes</font></p></div>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>D'une façon grossière, on pourrait partager les cinéastes en deux catégories : ceux qui créent des mondes, comme David Lynch, et d'autres qui créent des émotions. Vous êtes plutôt dans la seconde catégorie ?</b> </font><br>
— Oui, mon travail, au moment de l'écriture et pendant le tournage, est de convoquer et créer cette émotion. Et quand elle naît sous mes yeux, le jour J, à l'heure H, c'est quasiment un miracle. C'est même très troublant. Cela ne veut pas dire que je ne m'intéresse pas au langage cinématographique proprement dit ; il me fascine aussi, mais uniquement comme vecteur d'émotion.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>En près de trente ans, vous avez créé une relation intime avec le spectateur. Car, à travers vos films, vous évoquez votre monde personnel. Pourquoi ?</b> </font><br>
— Tout vient de la place du réalisateur quand il raconte une histoire. Moi, je ne me situe jamais d'un point de vue moral. Je suis dans un lieu très intime. Un lieu privé d'où je n'ai pas peur de m'exposer. Dans la vie, je suis très pudique, et cette pudeur disparaît quand je me mets à écrire. Je ne me pose pas de questions. Je me mets à nu. Il faut aller chercher sa propre humanité pour la transmettre à ses personnages.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Est-ce aussi une façon, pour vous, de trouver un équilibre entre l'intimité de la parole de l'artiste et son besoin de reconnaissance ?</b> </font><br>
— Ce que je recherche, c'est une certaine sérénité. Il y a en moi une grande insatisfaction, à laquelle je me suis habitué et dont je ne me plains pas, mais qui m'a accompagné tout au long de mon travail et qui continue à m'accompagner. Le besoin de reconnaissance existe aussi, évidemment. Quand j'ai commencé ce métier, je ne pensais pas avoir autant de succès et je me voyais devenir un cinéaste marginal. Cet équilibre entre mon personnage public et ma vie privée, oui, je l'ai trouvé. Même si ma vie s'est appauvrie à cause de la célébrité. J'ai perdu la facilité que j'avais à me connecter à la réalité. C'est peut-être pour cette raison que mes films parlent de plus en plus de l'intime. Après tout, ce avec quoi je suis le plus en contact, c'est moi-même.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Il y a un paradoxe. Vous cherchez la sérénité et vous ne créez que des personnages extrêmes. Est-ce une forme de catharsis ?</b> </font><br>
— D'abord, je suis moi-même empli de paradoxes. Quand je parle de sérénité, je ne parle pas de cette espèce de tranquillité bourgeoise, mais de quelque chose de physique. Après les périodes de promotion, qui durent souvent une année entière, je tombe véritablement malade. Je passe souvent par des moments d'anxiété très forte. C'est de cela que je veux me débarrasser. Mais je continue à aimer l'excitation de la vie, même si, à partir d'un certain âge, il faut choisir entre la santé et une existence mouvementée. Je n'en suis pas triste pour autant. J'ai vécu pleinement cette grande période agitée que furent les années 1980. J'ai vécu dans la culture de l'exagération et c'est dur de la remplacer par autre chose. Cet autre chose n'existe pas vraiment, d'ailleurs.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Imaginer, dans Etreintes brisées, un metteur en scène qui devient aveugle, est-ce la métaphore d'un artiste qui ne voit plus où il va ?</b> </font><br>
— Non, c'est surtout la peur de me retrouver dans cette situation. Pour ce qui est de votre métaphore : quand j'écris, oui, je tâtonne, je ne sais pas où je vais et l'histoire pourrait prendre mille chemins. Mais, au moment du tournage, je sais exactement quelle direction je prends. À ce moment-là, je laisse vivre les choses. Si métaphore il y a, à propos de ce metteur en scène, c'est pour montrer les deux faces d'un homme. Est-on toujours la même personne ? N'y a-t-il pas des moments où, après des événements traumatisants, chacun se découvre des pensées et des comportements intimes qu'il se refusait jusqu'alors de voir ? L'important est de trouver sa propre vérité. Mais il faut laisser le temps au temps. Les blessures doivent d'abord se cicatriser. </p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Ce qu'il y a de beau dans votre film, et dans votre cinéma en général, c'est de sentir les fantômes de votre cinéphilie, qui vous ont nourri comme cinéaste et, sans doute, comme homme. Comment ces images surgissent-elles en vous ?</b> </font><br>
— Chaque référence a un sens différent. Dans <i>Etreintes brisées</i>, il y a une scène de <i>Voyage en Italie</i>, de Roberto Rossellini, dans laquelle on voit un couple d'amants enlacé, que la lave du Vésuve a pétrifié pour l'éternité. C'est en regardant cette scène que Lena [Penélope Cruz] se dit que, si elle mourait, elle pourrait être dans les bras de son amant. En revanche, quand Mateo [le cinéaste] demande à son fils de lui passer en revue les titres de sa dévédéthèque, là, c'est un hommage : il y a Fritz Lang, Jules Dassin, Ingmar Bergman... Et Jeanne Moreau dans <i>Ascenseur pour l'échafaud</i>. Cette fois, je rends hommage à une amie. La première fois que je l'ai vue à l'écran, c'était dans <i>La Nuit</i>, d'Antonioni. J'avais 12 ans. Et, je ne sais pas pourquoi, je me suis identifié à son personnage, qui parle de l'ennui mortel de la haute bourgeoise milanaise, moi qui venais d'une famille pauvre d'une province espagnole. À la fin d'<i>Ascenseur pour l'échafaud</i>, le personnage joué par Jeanne Moreau dit, de mémoire : « En prison, je serai vieille, je serai laide, mais sur ces photos nous serons toujours beaux et toujours amoureux. »</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>C'est la grande magie du cinéma : ne jamais mourir. </b> </font><br>
— Au cinéma, non seulement on ne vieillit ni on ne meurt, mais les choses peuvent s'arranger et les personnages trouvent leur équilibre. Le cinéma améliore la vie.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Au fil de ces années, vous avez créé une attente : le spectateur attend le « nouvel » Almodovar ? Y pensez-vous ?</b> </font><br>
— Non, je ne pense qu'au film et à ce qu'il exige de moi. De toute façon, même si on essaie de plaire, on n'y arrive pas. Il faut réaliser les films que l'on porte en soi, même si certains sont moins populaires que d'autres.<i> Volver</i> était populaire, je m'en suis rendu compte à sa sortie, davantage qu'<i>Etreintes brisées</i>, qui est un film plus risqué. Mais il faut savoir en payer le prix.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Qu'entendez-vous par « plus risqué » ?</b> </font><br>
— Dans le sens de plus original. Plus dur, plus sombre également. C'est un film qui exige de l'attention, pendant deux heures dix. Le spectateur a pris l'habitude de vite consommer le cinéma en allant voir des films qui ne demandent aucun effort. Le mien possède une structure narrative complexe, mais qui, en même temps, est très stimulante.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Est-ce un film très espagnol ?</b> </font><br>
— <i>Volver</i> était beaucoup plus espagnol, car pensé comme une œuvre locale tournée dans la Manche, cette région d'Espagne où je suis né. <i>Etreintes brisées</i> appartient à un cadre plus universel. Mais tous mes films traitent de thèmes classiques : la mort, l'amour, la passion.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Sur le plan de l'originalité, <i>Etreintes brisées</i> ressemble à <i>Parle avec elle</i>... </b> </font><br>
— Oui, je suis d'accord. Mais je vais vous décevoir en vous disant que c'est par hasard. Une fois ce film-là fini, j'ai constaté qu'il y avait des résonances entre les deux. Ils font le pari des émotions. Ce sont les longs-métrages les plus risqués que j'ai réalisés ces dix dernières années. Ma façon de travailler est instinctive. Et répond à un besoin physique de raconter une histoire particulière. Il faut obéir à cette pulsion. Qui s'oppose au systématisme de la fabrication du film pendant un tournage. Chaque plan doit être pensé, expliqué, afin que l'équipe aille dans le même sens.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Cette opposition entre raison et pulsion qui vous anime vous semble-t-elle commune à tous les réalisateurs ?</b> </font><br>
— Je ne parle que de ce que je connais, c'est-à-dire de moi. Pour les autres, je ne sais pas. Mais Luis Buñuel, par exemple, j'en suis convaincu, vivait ce même conflit. Il travaillait beaucoup avec l'inconscient et l'irrationnel. David Lynch aussi, sans doute, qui s'éloigne de plus en plus du cinéma narratif pour aller vers le cinéma abstrait. Contrairement à Buñuel, je sais pourquoi je veux mettre telle scène dans le film, car je veux provoquer une émotion. Je suis beaucoup moins en marge de mes films, si je peux dire, que ne l'était Buñuel ; du moins je l'imagine, car je n'en ai jamais parlé avec lui. Moi, je cherche l'échange avec le spectateur.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Aller vers l'abstraction, est-ce une démarche qui vous intéresse, ou bien le cinéma est-il définitivement un art narratif ?</b> </font><br>
— Je suis un militant du cinéma narratif. Un militant du pouvoir de la fiction. De l'invention. J'ai même le sentiment que j'ai besoin de me nourrir de la fiction autant que des aliments que je mange. Ce qui n'enlève rien aux autres cinéastes. Cela dit, j'ai déjà imaginé d'aller vers l'abstrait, de partir de l'évolution de la peinture pour la calquer au cinéma. Je suis tenté par le collage en tant que système de narration. Mais pas celui lié à une vision surréaliste des choses ou au réalisme magique de la littérature latino-américaine. Ce que je recherche, c'est un assouplissement de ce qu'est le film aujourd'hui, mais en ayant toujours recours à la fiction. Rompre le schéma traditionnel. Faire se correspondre des films courts dans une même projection, par exemple. Ou développer des situations annexes, que j'effleure seulement dans mes scénarios.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Qu'est-ce que le cinéma vous a apporté et vous a appris sur vous ?</b> </font> <br>
— J'ai toujours écrit des histoires que je racontais oralement autour de moi. Curieusement, quand j'ai commencé à faire du cinéma, ce goût de l'oralité m'a quitté. Les images étaient devenues plus importantes et je les maîtrisais mieux. Ecrire et réaliser des films m'a amené à la peinture, à l'architecture, à la musique. Mais je suis un musicien frustré. Un écrivain, un chanteur et un acteur frustré également. Sans oublier l'amant frustré. En réalisant des films, j'arrive à m'en guérir.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Etes-vous au moins un cinéaste comblé ?</b></big></font> <br>
— Oui.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous faites du cinéma depuis vingt-cinq ans et l'Espagne a énormément changé. Comment la société espagnole a-t-elle influencé votre travail ?</b> </font><br>
— Mon travail aurait été impossible sans l'arrivée de la démocratie. Je suis la preuve vivante que la démocratie a ouvert la parole. Après cette explosion des années 1980, qui furent merveilleuses à vivre, le monde politique a tout fait pour que l'Espagne ressemble aux autres pays européens. J'ai avancé en parallèle avec elle. Depuis quelques années, le pays est comme écrasé par le Parti populaire, de droite, qui a montré son visage le plus rétrograde et le plus réactionnaire. Mes prochains films dénonceront cela. Je vais sans doute radicaliser mon cinéma. Je voudrais qu'il soit davantage plongé dans le monde actuel. Aujourd'hui, mes personnages en sont éloignés, car ils sont trop occupés à régler leurs problèmes intimes.
<br></p>


<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_28398</guid>
    <author>Eric Libiot </author>
    <pubDate>Fri, 15 May 2009 21:08:16 +0200</pubDate>
    <enclosure url="http://www.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x224_arton28398.jpg" type="image/jpeg"></enclosure>
    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Emma Thompson "Je me moque des convenances !"]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Emma-Thompson-Je-me-moque-des23708</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x298_arton23708.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><br>
<font color=#c0a778><b><big>Ce que je dois à</font> Dustin Hoffman</big> </b>  <br> 
— « Son jeu incroyable dans <i>Le Lauréat, Macadam Cow-boy, Marathon Man</i>, etc., m'a poussée à me questionner sur la notion même d'acteur. Quand Dustin joue, il s'immerge complètement. Encore et toujours. Et cet enthousiasme de jeune homme le rend éternellement séduisant. Nous avions partagé quelques scènes dans <I>L'Incroyable Destin de Harold Crick</I> [2007] et, lorsqu'on m'a proposé le scénario de <i>Last Chance for Love</i>, j'ai tout de suite pensé à lui. Le film évoque ces petits fleuves émotionnels qui font nos vies. C'est un cinéma du sensible. Les personnages sont concrets. Ils ont, comme beaucoup, perdu de changer d'existence. Jusqu'ici, ni Dustin ni moi n'avions vraiment incarné des héros de comédie romantique. Nous campons le plus souvent des rôles de caractères. C'est très amusant de débuter dans ce registre à 71 ans pour lui et à bientôt 50 pour moi. »</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b><big>Comment je vois</font> la femme au cinéma</big></b>  <br>
— « Généralement, les personnages féminins des films anglo-saxons ne sont qu'archétypes : la mère, la maîtresse, la femme fatale, la vierge, la putain... À l'inverse du cinéma français : <i>Les Enfants du paradis</i> ont tout de même bouleversé ma vie ! J'ai refusé beaucoup de rôles parce que je les jugeais vides de toute réalité féminine et, en cela, je pense être restée fidèle à mes idées. Celles que j'ai pu défendre dans mon travail de fin d'études littéraires [NDLR : sa thèse portait sur "l'héroïsme féminin dans l'œuvre de George Eliot", romancière britannique du <small>XIXe</small> siècle]. Ou à travers mon adaptation de <i>Raison et sentiments</i> [1995], de Jane Austen, par exemple. On ne peut comprendre la position des femmes d'aujourd'hui si l'on n'étudie pas l'histoire récente de la littérature féminine. Avant le <small>XVIIIe</small> siècle, elles n'avaient pas droit au chapitre et peu d'auteurs les comprenaient. À part Shakespeare. »</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b><big>Les convenances</font> et moi</big></b>  <br>
— « Hugh Grant m'a dit une fois que j'étais "un bon copain", et je l'ai pris comme un compliment. Je ne suis pas très à l'aise avec le protocole, avec les convenances, mais j'en admets les qualités : la politesse, le respect, l'amabilité... J'ai d'ailleurs beaucoup appris à ce sujet des romans de Jane Austen. Lors d'un Festival de Cannes, ma montée des marches en jean et pieds nus a beaucoup choqué. Je ne m'étais rendu compte de rien... »</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b><big>Je m'adresse aussi</font> aux enfants</big></b>  <br>
— « J'aime les personnages comiques, c'est pourquoi j'ai adoré jouer dans deux des <i>Harry Potter</i> [2004 et 2007] et dans <i>Nanny McPhee</i> [2005]. J'ai écrit <i>Nanny</i>... (l'histoire d'une nurse façon Mary Poppins) pour ma fille, Gaia, qui a 10 ans. Mon père [Eric Thompson] me répétait toujours que les enfants ne venaient pas d'une autre planète et qu'il fallait s'adresser à eux comme à tous. C'est lui qui a adapté la version anglaise du <i>Manège enchanté</i>. En racontant l'histoire de Nanny McPhee, je me suis aperçue que la voix des enfants, comme celle des femmes, était rarement entendue. »</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b><big>Mon engagement pour</font> les droits de l'homme</big></b>  <br>
— « C'est ma bataille la plus importante. On a cru que tout était réglé parce que l'on avait érigé une <i>Déclaration universelle des droits de l'homme</i>. Mais il faut répéter et redéfinir les choses constamment. Chaque génération doit prendre le relais de la génération qui l'a précédée. Et le chemin est long. Hélas ! »
<br>
<br>
<br>
<i><b>Lost Chance for Love</b> de <b>Joel Hopkins</b> <br>
En salles le 4 mars 2009</i> 
<br>
<br></p>


<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_23708</guid>
    <author>Gilles Médioni</author>
    <pubDate>Fri, 27 Feb 2009 18:49:12 +0100</pubDate>
    <enclosure url="http://www.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x224_arton23708.jpg" type="image/jpeg"></enclosure>
    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[ Sofia Coppola Une Américaine à Paris]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Sofia-Coppola-Une-Americaine-a23667</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x300_arton23667.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><br></p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><br>
<center><big><b>SES FILMS</b></big>
<br>
<br>
<br>
<center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_190x190_0724384884857_230.jpg" /></span></center>
<br> 
<font color=black><b>Virgin Suicides</b> <br>
(1999) <br>
avec Kirsten Dunst</font> <br>
<a href="http://www.qobuz.com/telechargement-album-mp3/Air-Virgin-Suicides/Rock-Pop/Air/EMI-France/default/fiche_produit/id_produit-0724384884857.html"><font color=white>Écoutez et téléchargez</font></a> </center> 
<br>
<br>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_186x286_Lost_in_translation_meilleure.jpg" /></span></center>
<br>
<font color=black><b>Lost in Translation</b> <br>
(2003) <br>
avec Bill Murray et Scarlett Johansson</center>
<br>
<br>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_189x189_0060251708418_230.jpg" /></span></center>
<br>
<b>Marie-Antoinette</b> <br>
(2006) <br>
tourné en partie au château de Versailles </font><br>
<a href="http://www.qobuz.com/telechargement-album-mp3/Multi-Interpretes-Marie-Antoinette-Original-Motion-Picture-Soundtrack/Musique-de-film/Various-Artists/Universal/default/fiche_produit/id_produit-0060251708418.html"><font color=white>Écoutez et téléchargez</font></a> </center>
<br>
<br>
<br>
<font color=black><center><b>Miss Dior Chérie</b> <br>
avec le mannequin Maryna Linchuk <br>
Film publicitaire pour la recréation du parfum Miss Dior 
<br>
<br>
<center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_170x256_Copie_de_2499849_1350.jpg" /></span></center></center> 
<br>
C’est une nouvelle version de ce floral qu’a imaginée le parfumeur François Demachy. Si, dans cet opus, il reste de la gourmandise au cœur de la fragrance (une note de popcorn caramélisé qui répond à la pétillante orange bigarade de l’attaque), cette douceur, très teen-ager, est contrebalancée par l’exaltation du gardénia dans cette dernière composition, une fleur plus charnue et suave. Au final, légèreté et irrévérence. Bien dans l’esprit du film de Sofia Coppola. </font>
<br>
<br>
<br>
<br>
<center><big><b>SON UNIVERS</b></big></center>
<br></p>

<p class="spip"><b>Mon film préféré de papa</b> <br>
<font color=black>« Difficile de choisir... mais j'ai une tendresse particulière pour <i>Rusty James</i>, avc Matt Dillon. »</font>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_185x261_Rusty_James-10524315012007.jpg" /></span></center></center>
<br>
<br>
<b>Mon quartier</b> <br>
<font color=black>« Depuis toute petite, mon port d'attache parisien est Saint-Germain »</font>
<br>
<br>
<b>Ma passion</b> <br>
<font color=black>« Je collectionne les photos, et notamment celles de Bill Owens, qui m'ont inspirée pour <i>Virgin Suicides</i> »</font>
<br>
<br>
<b>Mon fleuriste</b> <br>
<font color=black>« J'aime Moulié, place du Palais-Bourbon. Quelques scènes du film ont été tournées là. »</font>
<br>
<br>
<b>Mon ami Galliano</b> <br>
<font color=black>« Il a un sens de lamise en scène qui n'appartient qu'à lui. »</font>
<br>
<br>
<br></p></div>

<p class="spip">C’est une petite souris. Une petite souris qui ne serait pas grise. Rencontrer Sofia Coppola, c’est se confronter à la discrétion et à l’élégance mêmes. Notre rendez-vous est au premier étage du café de Flore, à l’heure du déjeuner, et à la table la plus reculée, la plus planquée de l’endroit. Elle arrive avec deux minutes de retard, dans un long cardigan de laine bleu marine à petits boutons d’argent vieilli (Marc Jacobs, mine de rien…), tee-shirt de coton blanc, jeans et bottes sans talons. Ultrachic, sans avoir l’air d’y toucher : sa marque de fabrique. Elle vous envisage presque avec timidité, comme si l’intervieweur risquait de la dévorer toute crue, commande des œufs brouillés au jambon et une orange pressée – californienne, tout de même ! – puis elle oublie sa
montre, son portable, son emploi du temps. Délaissant son assiette, où elle picorera à peine, ignorant que nos voisins de banquette ont fini par la reconnaître, elle tourne son visage vers moi, attentive et concentrée. Ses films auraient dû m’alerter, cette fille n’est pas du genre à faire semblant…
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Etes-vous depuis toujours une Parisienne de cœur ? </b> </big> </font> <br>
— Je connais la ville depuis que je suis toute petite. Mes parents ont acheté, il y a longtemps, un appartement non loin d’ici, et c’est dans ce quartier que je me suis installée à mon tour quand je suis venue il y a quelques années, pour le tournage de <i>Marie-Antoinette</i>. Saint-Germain est un peu mon village dans Paris. J’aime son atmosphère à la fois cool et chargée d’histoire.	</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>C’est à Paris que vous avez eu votre premier job d’adolescente ? </b> </big> </font> <br>
— J’avais 15 ans et j’ai décroché un stage chez Chanel, au studio couture. J’étais d’ailleurs plutôt nerveuse et intimidée à l’idée de travailler pour Karl Lagerfeld. En fait, il m’a très vite mise à l’aise. Et puis il y avait là Victoire de Castellane, qui travaillait aux bijoux, et qui est
tellement drôle. J’ai adoré mon passage là-bas et j’ai obtenu qu’ils me reprennent l’été suivant…</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big>{{Vous vouliez être styliste ?
}} </big> </font> <br>
— Oh, non ! Je ne savais pas du tout ce que je voulais faire ! Mais c’est vrai que j’ai toujours eu un intérêt certain pour la mode. Dans l’appartement parisien de mes parents, je me souviens que, enfant, j’étais bluffée par le chic, si différent de celui que je côtoyais en Californie, des actrices françaises qu’ils recevaient ici, comme Aurore Clément ou Carole Bouquet. Après mes stages chez Chanel, j’ai d’ailleurs demandé à être abonnée au <i>Vogue</i> français. Et, dans mon petit village de la Napa Valley, c’était un peu comme un ovni qui arrivait par la poste, alors qu’aujourd’hui, avec Internet, chacun peut suivre
la mode, où qu’il soit…  
 
<font color=#c0a778><big><b>On connaît votre amitié avec Marc Jacobs, et vous venez de dessiner un sac pour la maison Louis Vuitton, mais quels sont vos rapports avec Dior et son créateur, John Galliano ? </b> </big> </font> <br>
— Je le connais aussi depuis longtemps et j’aime vraiment beaucoup son travail. Il a une créativité tout à fait unique et un sens de la mise en scène qui n’appartient qu’à lui. Je vais souvent à ses shows, qui ont quelque chose de magique. Sa mode m’a beaucoup influencée quand j’ai travaillé sur Marie-Antoinette, par exemple, car je voulais que les costumes de Kirsten Dunst soient à la fois XVIIIe siècle et contemporains. Et c’est le genre de mix que John réussit particulièrement bien.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>A-t-il participé à votre film pour le parfum Miss Dior Chérie, qui sort actuellement en France ? </b> </big> </font> <br>
— Il a créé spécialement la robe que porte le mannequin, et il est venu plusieurs fois sur le tournage, mais j’ai eu carte blanche pour ce projet.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>C’est votre première réalisation publicitaire ? </b> </big> </font> <br>
— Oui. Et, même si les prises de vues n’ont duré que trois jours, c’était une bonne façon pour moi de me remettre derrière la caméra. Ne croyez pas que je sois paresseuse, mais ma fille Romy n’a que 2 ans et elle m’a tenue un peu éloignée des plateaux.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Ce film, très frais, semble être un hommage à Paris… </b> </big> </font> <br>
— Il est en tout cas le reflet du Paris qui m’émerveille. Un esprit léger, semblable à celui des films de la Nouvelle Vague que j’ai aimés. Les longs-métrages de Truffaut ou A bout de souffle, de Godard. Et je pense que le fait d’avoir choisi une chanson de Brigitte Bardot en bande-son ajoute encore à cette atmosphère. C’est juste une balade dans la capitale, avec une jeune fille espiègle et fraîche, comme le parfum qu’elle porte. Un peu l’escapade d’une Américaine en vacances à Paris, et c’est
là forcément que je m’y retrouve…</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Avez-vous choisi de montrer le côté pétillant et acidulé de la ville ?</b> </big> </font> <br>
— C’est un parti pris. Moi qui partage mon temps entre ici et New York, je suis toujours frappée, quand je reviens, de ce rythme plus léger,
plus doux qu’ont les Parisiens et les Parisiennes. Pour cette promenade filmée, j’ai voulu un concentré de cet esprit, et des lieux qui peuvent
l’incarner. Nous avons tourné dans une pâtisserie ancienne du quartier
des Halles, dans les salons d’essayage de la maison Dior, sur un pont enjambant la Seine, chez Moulié, ce joli fleuriste de la Rive gauche, à l’hôtel de Crillon ou dans les jardins du Palais-Royal… Même si, Saint-Germain oblige, le jardin du Luxembourg restera toujours mon préféré !</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Justement, avez-vous des adresses secrètes à nous donner dans la capitale ? </b> </big> </font> <br>
— Je ne suis pas très bonne à ce jeu-là, mais je peux vous glisser le nom d’un bon bar à Versailles : c’est le O’Paris. Il est à deux pas du château. On allait souvent y boire des pots en fin de journée pendant le
tournage de Marie-Antoinette. Il y a aussi une autre raison à cela… C’est mon beau-père qui tient l’endroit !</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><i>{À propos de petits secrets, la rumeur dit que vous allez mettre en scène l’opéra {Manon Lescaut</i> à Montpellier...
}} </big> </font> <br>
— Je l’ai lu aussi, mais c’est totalement faux : mes projets immédiats vont vers le cinéma ! Je finis d’écrire mon prochain film, dont je ne vous dirai pas le pitch, mais que je voudrais tourner cette année… aux Etats-
Unis. Sorry, Paris ! 	</p>

<p class="spip">	</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_23667</guid>
    <author>Guillaume Crouzet</author>
    <pubDate>Mon, 23 Feb 2009 14:30:14 +0100</pubDate>
    <enclosure url="http://www.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x224_arton23667.jpg" type="image/jpeg"></enclosure>
    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Isabelle Adjani « Je ne suis pas ma première fan »]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Isabelle-Adjani-Je-ne-suis-pas-ma23155</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x268_arton23155.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Dans <i>La Journée de la jupe</i>, vous incarnez Sonia Bergerac, une enseignante sous pression qui pète les plombs lorsqu'elle découvre un pistolet dans le sac d'un élève. Qu'est-ce qui vous a convaincue d'incarner ce personnage ? </b> </big> </font> <br>
— J'ai accepté ce rôle en toute conscience, mais sans forcément réfléchir à mon intérêt en tant qu'actrice à dire oui, ou aux controverses que le sujet susciterait. J'ai seulement vu un rôle d'une grande force, une thématique à faire exister, des questions à rendre plus qu'audibles et intelligibles, transperçantes. Le film est une espèce de bilan d'urgence, de coup de poing dans la gueule. Comme vous voulez. Il n'y a aucune diplomatie sociétale dans le traitement du sujet. C'est tout sauf consensuel et angélique. On y voit une femme fracassée dans son intégrité, dans son statut de professeur. Cela ressemble sûrement à quelques-uns des faits divers dont on parle ces derniers temps, où des profs sont agressés par leurs élèves en plein cours.
<br></p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><big><i>« Dans ma carrière, je suis passée à côté de gros succès au&nbsp;box-office. C'est ma vie, mon destin. »</p>

<p class="spip">« Je détesterais être une actrice à qui l'on s'adresse par réflexe sur tous les sujets d'actualité. » </i></big>
<br>
<br>
<br>
<font color=black><big><b>ISABELLE ADJANI <br>
Bio</b></big></p>

<p class="spip"><b>1972</b>  <br>
Entre à la Comédie-Française et incarne Agnès dans <i>L'Ecole des femmes</i>.</p>

<p class="spip"><b>1975</b>  <br>
<i>L'Histoire d'Adèle H.</i>, de François Truffaut.</p>

<p class="spip"><b>1983</b>  <br>
<i>L'Eté meurtrier</i>, de Jean Becker.</p>

<p class="spip"><b>1988</b>  <br>
<i>Camille Claudel</i>, de Bruno Nuytten.</p>

<p class="spip"><b>1997</b>  <br>
Préside le 50e Festival de Cannes.</p>

<p class="spip"><b>2005</b>  <br>
Préside la 30e cérémonie des Césars.</p>

<p class="spip"><b>2006</b>  <br>
Joue au théâtre <i>Marie Stuart</i>, de Wolfgang Hildesheimer.</p>

<p class="spip"><b>Mars 2009</b>  </b>  <br>
<i><b>La Journée de la jupe</b></i> est diffusé sur Arte le <b>20 mars</b>, puis <b>en salles le 25 mars</b> </font>
<br>
<br></p></div>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Jean-Paul Lilienfeld a surmonté bien des obstacles avant de parvenir à monter son projet avec Arte...  </b> </big></font> <br>
— Au début, aucune société de production n'en voulait pour le cinéma. Jean-Paul, avec la naïveté du réalisateur qui croit en son histoire, n'en revenait pas. Et moi non plus ! J'ai fait lire le script de mon côté, mais les portes restaient fermées. Dans ces cas-là, personne ne donne les vraies raisons de son refus, bien sûr. Car, au fond, il y a un malaise à faire un film où un Noir insulte un Arabe. Le malaise de toucher à « ça ». Moi, je me suis demandé : « Mais comment cela se fait-il ? Quel est ce malaise exactement ? Pourquoi moi, j'y vois un intérêt aussi évident alors que tout le monde se barre ? »
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Justement, qu'est-ce qui vous a touchée si profondément dans cette histoire ? </b> </big></font> <br>
— Je suis très sensible à tout ce qui est de l'ordre de l'irréconciliable. À tout ce qui peut résulter des erreurs de décision dans les errances de l'Histoire. Par exemple, <i>La Journée de la jupe</i> est aussi un film sur les conséquences de la fin de la colonisation, puis de la ghettoïsation. J'avais éprouvé cela en voyant <i>Collision</i>, de Paul Haggis. La fatalité qui colle à ces communautés ethniques entrecroisées à Los Angeles m'avait bouleversée. J'en ai trouvé un écho dans <i>La Journée de la jupe.</i> On est dans un dialogue de sourds. J'ai eu envie de donner mon corps et ma voix à ces questions que pose le film.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Par exemple ? </b> </big></font> <br>
— Y a-t-il vraiment un sens à faire un cours sur Molière à ces gosses ? On parle des conséquences de l'ignorance, mais cette ignorance commence par celle de la culture de l'autre, à laquelle on s'oppose parce qu'on ne la comprend pas. Parce qu'on s'en fout. Bien sûr, le film est une fiction, une histoire de jeunes de banlieue à l'école, qui réunit des parcours individuels et des histoires familiales diverses. Mais c'est un reflet de la dislocation du dialogue. On se trouve dans un blocage extraordinaire, en forme d'impasse sociale.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Ironie du sort, le film bénéficie maintenant d'un bouche-à-oreille extraordinaire. </b> </big></font> <br>
— C'est inespéré et très satisfaisant. Cela montre que le sujet a franchi une certaine ligne de réserve. Comme si un non-dit s'effritait, comme si une espèce d'os social commençait à se fracturer. Dans <i>La Journée de la jupe</i> est posée la question de la politique de la ville et de l'éducation. Pourquoi cette politique est-elle si contre-productive dans les banlieues ? Le succès du documentaire de mon amie Yamina Benguigui sur la Seine-Saint-Denis [9/3, <i>Mémoire d'un territoire</i>] me laisse penser qu'il se passe enfin quelque chose. Qu'il y a l'envie de comprendre les sources du malaise, de faire l'inventaire, l'analyse et l'autopsie de la situation critique dans laquelle on se trouve.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Comment décririez-vous cette situation, vous qui êtes aussi une enfant d'immigrés ?</b> </big></font> <br>
— Les personnages du film sont issus de la deuxième, voire de la troisième génération. Ils sont les petits-enfants de ceux qui n'ont rien revendiqué, qui ont cherché à s'intégrer sans dire un mot, qui n'étaient pas candidats aux études parce que l'insertion n'avait aucun sens dans les années 1960-1970. Ils étaient là simplement pour devenir français. Avec de la peur, mais sans reproche. Ces enfants sont les héritiers d'un passé refoulé. Pour eux, il ne s'agit plus de quitter ses origines. Ils me semblent très isolés, même à l'intérieur du cercle familial. Alors ils se révoltent, y compris contre ceux qui sont arrivés avant eux et qui ont travaillé pour la République. Ils se révoltent contre cette uniformisation, payée au prix de l'effacement de leurs parents et de l'oubli de leurs grands-parents.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Quelle est la position de votre personnage ? </b> </big></font> <br>
— À ces enfants, Sonia essaie de dire : « L'école ne vous apportera peut-être rien, mais elle est votre seule chance. Sans la connaissance, vous êtes foutus. » Mais elle est sans complaisance, elle ne fait valoir aucune des difficultés qui pourraient excuser l'attitude agressive de ses élèves.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Et votre position à vous ? </b> </big></font> <br>
— Comme Sonia, qui a peut-être lu Finkielkraut et Onfray sur la question, je ne pense pas que les enfants puissent s'autoconstruire. Je crois — ce qui peut sembler conservateur ou vieux jeu — que la connaissance doit imposer une attitude de respect et d'humilité pour soi et pour les autres. Je le dis en tant qu'autodidacte, amoureuse de la littérature et de la culture générale. Pour mon père, l'école était une obsession. Lui rêvait d'être médecin. Mais il s'est retrouvé dans la rue à 14 ans. Son plus grand rêve était que ses enfants fassent des études.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Un rêve auquel vous avez souscrit ? </b> </big></font> <br>
— Etudier, m'occuper des autres et devenir la plus savante possible : à part être actrice, rien d'autre ne m'intéressait. J'ai passé des heures à regarder les terrains vagues par les fenêtres de mon HLM, à Gennevilliers. Et je me répétais : « Il n'est pas question que je reste là. » Je ne sortais pas de chez moi, sauf pour aller au lycée. Mais je n'ai pas grandi à l'écart des problèmes : mon frère était immergé dans cette errance de banlieue, d'école ratée, de délinquance.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Voyez-vous votre implication dans ce film comme une forme d'engagement politique ?  </b> </big></font> <br>
— Forcément. C'est ma façon de transmettre les choses. Je ne pourrais pas militer sur le long cours. Je suis faite pour le sprint, pas pour la course de fond : je peux réagir lors d'interventions très circonstanciées.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>En 2007, vous avez participé au meeting contre l'utilisation des tests ADN. Vous avez signé la pétition contre la politique de Brice Hortefeux. Vous n'hésitez pas à faire entendre votre voix lorsque vous l'estimez nécessaire.  </b> </big></font> <br>
— Cela me coûte parfois, parce que je n'aime pas prendre la parole en m'appropriant l'appel à l'aide des gens. Je voudrais m'appuyer sur mes années à Sciences po, mais je ne peux pas, parce qu'elles n'existent pas ! Alors c'est sur mon humanité que je m'appuie, et, finalement, les mots viennent. J'admire les actrices militantes, françaises ou américaines, et leur énergie humanitaire : Carole Bouquet, Agnès Jaoui, Emmanuelle Béart, parmi d'autres. Le temps n'est pas si loin où les actrices n'étaient pas censées donner leur opinion. C'était même assez mal vu. Quand j'ai commencé à parler de mes origines, de mon père algérien et que j'ai pris des positions antilepénistes, je me suis fait remettre à ma place.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Et maintenant ?  </b> </big></font> <br>
— On est tombés dans l'extrême inverse : les artistes forment désormais une sorte de communauté d'intervenants incontournables. Moi, je détesterais être une actrice à qui l'on s'adresse par réflexe sur tous les sujets d'actualité, brûlants ou tièdes.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Pourquoi ?  </b> </big></font> <br>
— Je n'aime pas trop l'amateurisme. On ne peut pas prendre la parole à tort et à travers et signer toutes les pétitions. Tout est responsabilisant.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>C'est un peu paradoxal, non ?  </b></big> </font> <br>
— Je m'inquiète seulement que les acteurs soient à ce point devenus les porte-parole contre les violations de la démocratie et les ambassadeurs des droits de l'homme. N'est-ce pas aux intellectuels, aux philosophes ou aux professeurs d'université d'occuper cette place ? BHL est un de ceux qui le font. Aujourd'hui, ce sont les acteurs qui sont reçus à l'Elysée, plus souvent que ceux dont la voix porte, parmi ceux qui pensent et qui savent. Pourquoi les médias accordent-ils plus d'attention aux intellectuels quand les artistes sont là pour servir de faire-valoir ? Si Foucault ou Aron étaient encore vivants, les entendrait-on ?
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Vous cultivez une certaine rareté. Pourquoi ?  </b> </big></font> <br>
— Mon fils me fait rire quand il me dit que je me trompe tout le temps. Quand Alain Chabat m'a proposé de jouer Cléopâtre dans son Astérix, par exemple, j'ai refusé car j'ai préféré le théâtre. Dans ma carrière, je suis passée à côté de gros succès au box-office. C'est ma vie. Mon destin. Ma famille a toujours été, même malgré moi, ma priorité absolue.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Pourquoi ne pas chercher à tout concilier ?  </b> </big></font><br>
— Faire vivre un film, de sa préparation à sa promotion, c'est un travail à plein-temps qui dure plus d'un an, qui oblige à voyager, parfois très loin. Ces actrices qui prétendent pouvoir tout concilier, leur carrière, leurs enfants, elles mentent, non ? Rassurez-moi. Pour tourner sans interruption, il faut n'avoir aucune attache. Ou bien une existence pleine de problèmes !
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Vous n'avez donc pas croisé de projets suffisamment motivants ?  </b> </big></font><br>
— C'est vrai, je ne me suis pas donné assez de peine pour m'adresser aux cinéastes qui m'intéressent. Je ne pense pas non plus que j'avais vraiment ma place dans la production française actuelle. Je ne me souviens pas m'être dit : « Ce film-là, j'aurais aimé le faire. Pourquoi ne me l'a-t-on pas proposé ? »
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Il y a bien des films qui vous ont emballée ces derniers temps ? </b> </big></font><br>
— Bien sûr ! Les films de Paul Thomas Anderson [<i>There Will Be Blood</i>] ou de James Gray [<i>Two Lovers</i>], par exemple. Dernièrement, j'ai adoré <i>Slumdog Millionaire</i> [de Danny Boyle], et <i>Louise-Michel</i> [de Gustave Kervern et Benoît Delépine]. Je ne savais pas du tout ce que j'allais voir, je pensais qu'il s'agissait d'un film sur la Louise Michel, figure historique de la Commune ! J'aime les gens qui ont un petit monde, un univers à eux.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Vous avez plusieurs projets en chantier, dont un long-métrage avec Yamina Benguigui...  </b> </big></font><br>
— J'en suis arrivée à penser qu'il fallait me bouger. Que je prenne des options sur les droits des livres pour développer des films. Comme cela s'est passé avec Bruno Nuytten pour <i>Camille Claudel</i>. Mon problème, c'est que je suis très scrupuleuse. Si je ne suis pas persuadée d'être la meilleure chance ou la meilleure valeur marchande ou artistique d'un sujet, qu'il est dans de meilleures mains avec moi et moi seule, je préfère qu'il soit proposé à d'autres actrices. À force, j'en deviens trop modeste et je laisse passer mon tour.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Vous n'êtes pas satisfaite de ce que vous avez accompli dans votre carrière ?  </b> </big></font> <br>
— Non. Cela viendra peut-être. Ou pas. Je suis un peu comme les gens qui ne savent pas remercier quand on leur fait un compliment. Je ne suis pas ma première fan. </p>



<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_23155</guid>
    <author>Marion Festraëts </author>
    <pubDate>Fri, 06 Feb 2009 15:36:44 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Maïwenn Ma vie en 5 actes]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Maiwenn-Ma-vie-en-5-actes22506</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x287_arton22506.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Acte I : Enfant star malgré moi</b> </big> </font> <br>
« J'ai commencé ce métier toute petite pour faire plaisir à ma mère comédienne qui rêvait de faire de moi une star. J'étais dans une telle quête d'amour... Certains enfants fabriquent des tableaux avec des pâtes et du carton pour que leurs mamans soient fières d'eux. Moi, je courais les castings. Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à autre chose que le cinéma, ma mère a cassé mes rêves. Elle me disait : "Tu ne vas pas être styliste et porter des sacs de vêtements toute la journée", "Tu ne vas pas maquiller la bouche des actrices". J'ai arrêté juste au moment où l'on commençait à parler de moi, après <i>Lacenaire</i> (avec Daniel Auteuil) et <i>La Gamine</i> (avec Johnny Hallyday). J'ai suivi des cours d'anglais, de littérature, de philosophie. J'ai intégré une école de mode. Et j'ai même réalisé et monté le making of de <i>Léon</i> (de Luc Besson). C'était sans doute un brouillon de ce que je vis aujourd'hui... J'ai mis des années à savoir qui j'étais, mais je sais que la mise en scène réunit tout ce qui me plaît : suivre la technique, choisir les décors et les costumes, jouer... un peu. »</p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><big><b>Mes films</b></big> <br></p>

<p class="spip"><span class="spip_documents spip_documents_left"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_148x121_no_5.jpg" /></span><font color=black><i><b>L'été meurtrier</b></i> de Jean Becker (1983) avec Michel Galabru 
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<i><b>Lacenaire</b></i> de Francis Girod (1990)  
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<span class="spip_documents spip_documents_left"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_148x134_Maiwennn.jpg" /></span><i><b>La Gamine</b></i> de Hervé Palud (1991) 
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<i><b>Le Cinquième Elément</b></i> de Luc Besson (1997)
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<span class="spip_documents spip_documents_left"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_187x144_no_1.jpg" /></span><i><b>Pardonnez-moi</b></i> de Maïwenn Le Besco (2006) avec Hélène de Fougerolles, Pascal&nbsp;Greggory, Aurélien Recoing, Marie-France Pisier et Mélanie Thierry </font>
<br>
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<br>
<big><b>Mon univers</b></big> <br></p>

<p class="spip"><b>Cinéma</b> <br>
<font color=black>« J’adore tous les films de Louis de Funès et en général des comédies comme <i>Le Dîner de cons</i>, par exemple. Mes films préférés restent <i>Subway</i>, de Luc Besson, avec Isabelle Adjani (photo), et <i>Tarnation</i> de Jonathan Caouette. » </font></p>

<p class="spip"><span class="spip_documents spip_documents_left"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_163x142_p1000145yd3.jpg" /></span><b>Un quartier de Paris</b> <br>
<font color=black>« Belleville. J’ai toujours l’impression de rentrer dans mon village. » </font>
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<span class="spip_documents spip_documents_left"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_127x145_guerlain_fond.jpg" /></span><b>Un parfum</b> <br>
<font color=black>« L’Heure bleue de Guerlain » </font>
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<b>Stylistes</b> <br>
<font color=black>« Et vous ou American Vintage pour leur simplicité. Et Azzaro quand je veux être extravagante ou/et élégante dans une robe de princesse. » </font></p>

<p class="spip"><b>Une collection</b> <br>
<font color=black>« Les Photomatons en numérique et en argentique. Le palais de Tokyo possède un superappareil à l’ancienne. Je collectionne aussi les chaussures de mon fils. » </font></p>

<p class="spip"><b>Un plat</b> <br>
<font color=black>« Je cuisine le tagine et le couscous. J’aime sentir la cannelle, le safran, les odeurs d’épices liées aux origines algériennes de ma mère. Et j’aime aussi préparer les crêpes – mon père est breton. »</font></p></div>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Acte II : Hollywood love story</b> </big></font> <br>
« À 16 ans, j'ai épousé Luc [Besson], nous avons eu une petite fille et nous nous sommes installés à Beverly Hills. J'étais très amoureuse. Je menais une vie de princesse et d'étudiante. Luc a été une oasis. Jusque-là, j'avais eu la sensation de n'avoir vécu que pour mes quatre frères et sœurs, pour ma mère. Je sortais de cette relation compliquée avec le cinéma et je n'ai pas voulu tourner de films avec lui. J'aurais pu jouer dans <i>Léon</i> (1994) — cette histoire d'amour entre une fille de 12 ans et un homme de 30 ans était quand même très inspirée de la nôtre — mais j'ai mis un point d'honneur à refuser. J'ai repris au pied levé le rôle de la diva dans <i>Le Cinquième Elément</i>. À Hollywood, j'ai rencontré les plus grandes stars — Demi Moore, Bruce Willis, Madonna, Sharon Stone... — très peu d'entre elles m'ont plu. Souvent, ce sont des robots qui affichent le même sourire, qui sont mal élevées, comme Sting, notamment. Seul Stallone m'a touchée. Sa sensibilité est sincère. J'ai écrit un livre qui racontait mon parcours, de Belleville où j'ai grandi, à Los Angeles, mais l'éditeur a trouvé un titre racoleur : <i>Beverly Hills ou l'amour lolita</i>. La couverture me représentait très maquillée. Je me suis soudain sentie chez des ennemis et j'en ai interdit la publication. »</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Acte III : Ma vraie naissance professionnelle</b> </big></font> <br>
« Quand j'ai écrit mon premier one-woman-show, <i>Le Pois chiche</i>, personne n'y croyait. "Quoi ? un spectacle sur ta vie ! Sur ta mère ! C'est pas un peu prétentieux ?" Je pensais : "Oui, peut-être !" Et puis : "Mais qu'est-ce que j'ai à perdre ? De toute façon, je n'ai aucune crédibilité." Je portais une sacrée casserole : "L'ex de Besson qui monte un spectacle." J'ai loué un lieu pour un soir, j'ai eu des propositions de plusieurs théâtres et j'ai choisi le Café de la Gare. Je me suis réellement battue comme une acharnée, sans l'aide d'une production, sans publicité. Avec le succès du <i>Pois chiche</i> (2003), j'ai repris confiance en moi. J'ai trouvé des réponses à mes questions. Les gens m'ont lancé : "Alors ? ça va mieux avec ta famille ?" Non. C'est aussi pathétique. Mon père, ma mère et moi, ça reste trois univers différents. »</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Acte IV : Ma première mise en scène</b> </big> </font> <br>
« J'ai connu en tant qu'actrice les situations les plus horribles : les comparaisons dures avec les autres comédiennes ; les coups de fil où l'on me prenait pour ma sœur Isild, comédienne elle aussi. Les "vous êtes trop typée, trop grande". La remise en question est permanente. Alors, j'ai décidé de ne pas entrer dans les névroses d'actrices : la peur du gouffre du temps, la quête du désir du metteur en scène... Et de passer à la réalisation avec <i>Pardonnez-moi</i>, qui était mon spectacle à la puissance 10. Je l'ai écrit en un mois et tourné en trois semaines avec un budget de 35 000 €. Une fois de plus, personne ne m'a fait confiance. Luc, qui avait déjà proposé de m'épauler pour <i>Le Pois chiche</i>, m'a tendu la main. <i>No way</i>. Je voulais être responsable de tout. Et puis c'est le père de ma fille et le film réglait quand même des comptes avec ma famille... »</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Acte V : Le Bal des actrices</b> </big></font> <br>
« J'évoque avec humour et légèreté les statuts divers de l'actrice à partir d'anecdotes entendues, vécues ou inventées. Mais, au fond, le thème des actrices est un fond d'écran. Ce qu'il en ressort, c'est surtout la condition de la femme. Ses combats, ses envies, les humiliations qu'elle encaisse au travail. J'ai choisi des comédiennes dont la personnalité m'intriguait, comme Jeanne Balibar, dont je n'avais vu aucun film. Karin Viard, qui m'avait laissé un message sur mon répondeur après avoir regardé mon premier long-métrage. Ou Estelle Lefébure, car, à travers elle, je pouvais évoquer les a priori que subissait un top-modèle reconverti en comédienne. Isabelle Adjani devait aussi participer au film, mais elle a été choquée par son rôle, celui d'une femme sans âge qui se cache derrière son chapeau, ses lunettes. On s'est fâchées. Elle a dit dans les journaux que j'étais manipulée par ma mère, que celle-ci prenait sa revanche. Je ne permets pas qu'on parle ainsi de ma mère. <br>
Aujourd'hui, j'ai l'impression de rattraper le temps perdu. Je travaille tout le temps. Je me couche et me lève tôt pour m'occuper de mes deux enfants. À mes amis trentenaires qui veulent m'entraîner dans les clubs, aux soirées, aux premières, je réponds que je suis déjà beaucoup beaucoup sortie la nuit... quand j'avais 12 ou 13 ans. » </p>


<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_22506</guid>
    <author>Gilles Médioni </author>
    <pubDate>Wed, 04 Feb 2009 20:17:27 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Isabelle Huppert interprète Duras Forcément sublime]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Isabelle-Huppert-interprete-Duras21494</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x400_arton21494.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><BR>
<BR>
<BR>
<b>Un barrage contre le Pacifique, l'un des premiers livres de Marguerite Duras, contient déjà en 1950, date de sa parution, la quintessence de son œuvre. En tournant ce film, avez-vous eu le sentiment de devenir une héroïne durassienne ?</b> <br>
— Pas au sens où on l'entend habituellement. Etre durassienne renvoie aux grandes figures de ses romans, à Lol V. Stein, à Anne-Marie Stretter, à une voix intérieure qui fait le commentaire d'un état mental. C'est un concept presque abstrait, comme le bovarysme. Le personnage que j'interprète est, certes, fantasmé, mais aussi bien réel, puisqu'il s'agit de la mère de Marguerite Duras, Mme Donnadieu. D'ailleurs, le livre mêle l'intime à l'ampleur historique. La bataille menée pour ériger ce barrage n'est pas uniquement personnelle, et le regard que Duras porte sur ce pays est bien celui d'une femme de gauche préoccupée par la vie des autochtones qui l'entourent.</p>

<p class="spip"><b>Mais ce rempart est aussi métaphorique...</b> <br>
— Absolument. Cette femme se défend contre toute éruption extérieure à la cellule familiale, qui est son seul point d'ancrage, sa raison de vivre. Elle construit un barrage à l'intérieur d'elle-même pour ne pas se laisser submerger par sa souffrance. L'eau qu'elle veut retenir est aussi l'eau qui s'est écoulée de son corps : comme toutes les mères, elle aurait voulu garder ses enfants dans son ventre. En cela, elle est attachante, mais pas forcément aimable, car trop destructrice, tentaculaire.</p>

<p class="spip"><b>Avez-vous accepté <i>Un barrage</i>... tout de suite ?</b> <br>
— Non, mais il est rare qu'un scénario me plaise d'emblée, cela ne signifie pas qu'il n'est pas bon, mais il faut du temps pour qu'il fasse son chemin. J'avais peur que le personnage ne soit trop éloigné de moi. Et puis j'ai pensé que je pouvais insuffler un peu de fragilité et d'héroïsme dans sa violence. Duras n'est pas tendre avec sa mère, elle la décrit comme lourde, usée, amère. Le film la dépeint d'une façon plus vulnérable, plus maladive, plus désespérée. Pour cette femme, un rêve s'écroule. Elle a un pied dans la boue de la rizière, mais, de l'autre, elle se raccroche à la douceur coloniale, à une époque qui s'achève.</p>

<p class="spip"><b>C'est le troisième rôle de mère que vous enchaînez ?</b> <br>
— Oui, et je l'ai accepté parce qu'il faisait écho à <i>Home</i>, d'Ursula Meier, et à <i>White Material</i>, de Claire Denis. Tout à coup se construisait une trilogie autour de trois mères attachées à leurs racines et hantées par une névrose familiale. Ce lien m'a plu. Non pas qu'il faille choisir les films par trois, mais, dans ma petite organisation mentale et psychique personnelle, c'était cohérent. Et le hasard a fait que ces tournages avaient lieu au Cambodge, au Cameroun et en Bulgarie. Je n'aurais pas entrepris de tels voyages de moi-même, mais l'aventure d'un film abolit les peurs, rend les choses moins anxiogènes.</p>

<p class="spip"><b>L'un des points communs entre <i>Un barrage</i>... et <i>White Material</i>, c'est le tempérament presque viril des héroïnes...</b> <br>
— Ce sont des femmes de pouvoir, incroyablement fortes, qui tiennent tête aux hommes. Elles ne fonctionnent pas dans l'abnégation, ou alors par nécessité, et dirigent seules des plantations. Rien n'est fait pour les soutenir. À l'époque d'<i>Un barrage</i>..., elles n'avaient même pas le droit de vote.
 
<b>Aborde-t-on différemment un personnage réel ?</b> <br>
— Pour la mère de Duras, on n'y pense pas. Cela reste surtout une évocation littéraire. Davantage avec Marie Stuart, Marie Curie ou Violette Nozière. Mais, là encore, j'avais toutes les libertés pour les incarner, je n'étais pas dans l'imitation, dans la ressemblance. En fait, je n'ai jamais vraiment tourné de biopic [biographie filmée]. Ou alors c'est le biopic de moi-même que je ne cesse de faire et de défaire. [<i>Rires</i>]</p>

<p class="spip"><b>Vous recevez beaucoup de scénarios. Comment les réalisateurs vous perçoivent-ils ?</b> <br>
— La plupart du temps, ce n'est pas si éloigné de moi. Parfois, c'est plus étonnant. Dans <i>La Vie promise</i>, par exemple, le réalisateur, Olivier Dahan, m'avait vue en une sorte de Deborah Harry, la chanteuse du groupe Blondie, en blonde décolorée et trash. Se transformer est très séduisant mais cela ne doit pas être artificiel. Dès que l'on touche aux cheveux, surtout pour moi, qui suis connue pour être rousse, cela fait surgir une personne différente. Je l'ai souvent expérimenté.</p>

<p class="spip"><b>Les lectrices de <i>Elle</i> vous ont élue femme la mieux habillée de France en 2007. Alors ?</b>  <br>
— Mes proches ont beaucoup ri. Moi, j'étais extrêmement surprise et ravie. Cela dit, les <i>fashionistas</i> et les rédactrices de mode, elles, avaient choisi des pointures plus sérieuses que moi.</p>

<p class="spip"><b>Surtout que l'on vous voit rarement à des premières. Les mondanités vous ennuient-elles ?</b> <br>
— Tout dépend comment on les regarde. Parfois, il suffit de changer d'angle et cela devient très drôle... ou très pathétique. Après, on peut raconter des anecdotes à ses amis...</p>

<p class="spip"><b>Quatre plaques, avenue Montaigne, à Paris, rendent hommage à de grands créateurs de mode : Paul Poiret, Madeleine Vionnet, Jeanne Paquin et les sœurs Callot, qui sont vos arrière-grand-mère et arrière-grands-tantes. On les connaît peu...</b> <br>
— Elle étaient dentellières et tenaient une maison de couture très prospère dans les années 1920. Proust les cite dans le premier tome de <i>À la recherche du temps perdu</i>. Et Madeleine Vionnet, qui avait été leur première d'atelier racontait : « Grâce aux sœurs Callot, j'ai pu fabriquer des Rolls-Royce. Sans elle, j'aurais construit des Ford. » Je pense à faire revivre leur mémoire.</p>

<p class="spip"><b>Votre dernier film, <i>Villa Amalia</i>, est votre cinquième collaboration avec Benoît Jacquot. Vous avez tourné deux fois avec Haneke, sept fois avec Chabrol...</b> <br>
— Lorsqu'un metteur en scène vous choisit, c'est une façon de dire qu'il vous aime. Une fois, c'est très agréable. Deux, trois, quatre fois..., c'est très très très agréable. C'est qu'ils vous aiment vraiment.</p>

<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_21494</guid>
    <author>Gilles Médioni </author>
    <pubDate>Mon, 29 Dec 2008 14:28:14 +0100</pubDate>
    <enclosure url="http://www.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x224_arton21494.jpg" type="image/jpeg"></enclosure>
    <category><![CDATA[RENCONTRE]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Les secrets de Vahina Giocante]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/RENCONTRE/Les-secrets-de-Vahina-Giocante20665</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x400_arton20665.jpg" /><br /><br /><p class="spip">Vahina Giocante a 27 ans. Une jeune comédienne, donc. Elle n'en fait pas moins voler en éclats le poncif de la jolie poupée qui n'a rien à dire. C'est que la demoiselle a déjà treize ans de carrière derrière elle, un petit Nino de 7 ans, et de la lucidité à revendre. Un caractère en acier trempé, aussi. Du genre à ne faire que ce qui lui plaît. Jusqu'à présent, c'était surtout de l'art et essai —transformé dans certains cas (<i>Vivante, Lila dit ça</i>). Et puis, d'un coup, la voici dans le grand bain des productions musclées, tel <i>Secret défense</i>, de Philippe Haïm, où elle devient un agent manipulé par Gérard Lanvin et Simon Abkarian. Entre deux gorgées de thé, elle se réjouit de ce changement de registre qui la rend un peu plus inclassable et mystérieuse. Et, entre deux sourires, elle nous éclaire néanmoins sur sa personne.</p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><big><b>Parmi ses films</b></big> <br>
<span class="spip_documents spip_documents_left"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_243x300_Affiche_Secret_defense_reduit.jpg" /></span>
<font color=black><b>● Secret défense</b> de Philippe Haïm, avec Gérard Lanvin, Nicolas Duvauchelle, Simon Abkarian et Rachida Brakni. <BR>
<b>● 99 Francs</b> de Jan Kounen, avec Jean Dujardin, d’après le roman de Frédéric Beigbeder (2007) <BR>
<b>● Riviera D’Anne Villacèque</b> (2005) <BR>
<b>● Marie baie des Anges</b> de Manuel Pradal, avec Frédéric Malgras (1997) </font>
<BR>
<BR>
<big><b>Ses pierres</b></big> <br>
<font color=black>« Je les aime pour leurs propriétés électromagnétiques »</font>
<BR>
<BR>
<big><b>Sa destination</b></big> <br>
<font color=black>« Entre toutes, le Machu Picchu, au Pérou. Comment, il y a si longtemps, des gens ont-ils pu construire cela ? C’est extraordinaire ! »</font></p>

<p class="spip"><big><b>Sa couture</b></big> <br>
<font color=black>« Yves Saint Laurent. <i>La</i> maison. L’élégance à la française, le raffinement, la pureté, l’originalité, la féminité, la masculinité... La totale ! »</font></p>

<p class="spip"><big><b>Son parfum</b></big> <br>
<font color=black>« Floriental Kapsule, de Karl Lagerfeld, dont j’aime l’odeur délicieuse. »</font></p>

<p class="spip"><big><b>Son lieu</b></big> <br>
<font color=black>« Le musée des Arts premiers. Je m’y rends dès que je veux voyager sans le pouvoir. »</font></p>

<p class="spip"><big><b>Sa musique</b></big> <br>
<font color=black>« Digikid84, que j’ai découvert sur une compilation en chinant dans une boutique. »</font>
<span class="spip_documents spip_documents_left"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_230x230_3760153644571_230.jpg" /></span> <a href="http://www.qobuz.com/telechargement-album-mp3/Digikid84-Bboy-Underground-EP/Electronics-Electro/Digikid84/Folistar/default/fiche_produit/id_produit-3760153644571.html"><font color=white>Ecoutez et téléchargez</font></a> 
<BR></p></div>

<p class="spip"><font color=#5eabc1><big><b>Mes origines</b></big> </font> <BR>
Giocante veut dire, en corse, « en jouant ». Et Vahina, selon les pays, « étrangère », « bienvenue », « cosse de petit pois », « fourreau de glaive », « quel problème ! », « combat », « guerre »... Tout me va ! Je suis attachée à mes origines : andalouse par ma mère, éducatrice spécialisée ; et corse par mon père, qui a travaillé dans l'import-export de bijoux. Avec sept frères et sœurs, je suis très famille. Mon grand frère est parti très tôt de la maison pour entrer dans un cirque, un plus petit est dans une école hôtelière, un autre se dirige vers la musique, un plus jeune veut être photographe... On est des saltimbanques.</p>

<p class="spip"><font color=#5eabc1><big><b>Mon caractère</b></big></font> <BR>
Ma personnalité, assez forte, c'est vrai, s'est façonnée avec deux éléments fondamentaux. D'abord, la danse. J'ai quitté le foyer familial à 12 ans pour cette passion. Nous vivions en Corse, j'entrais à l'Opéra de Marseille et je ne pouvais déraciner une famille nombreuse pour mes petits plaisirs personnels. La danse est un sacerdoce qui demande un investissement absolu, de la discipline, de la rigueur, une détermination totale. Et, quand on se retrouve seule, on doit se créer ses propres repères. Comme c'est un milieu où il y a beaucoup de compétition et de méchanceté aussi, j'ai appris à faire respecter mes plates-bandes. Ensuite, le cinéma. J'y ai été propulsée à l'âge de 14 ans (pour <i>Marie baie des Anges</i>, de Manuel Pradal). À cet âge, on se révolte, on rue dans les brancards, on enfonce des portes ouvertes, on s'en prend aussi dans la gueule... Tout cela forge. C'est un milieu qui nous oblige à grandir très vite, à comprendre plus vite que les autres.</p>

<p class="spip"><font color=#5eabc1><big><b>Mes pudeurs</b></big></font> <BR>
Me déshabiller à l'écran ne me met pas forcément à l'aise. Après, il faut voir de quoi on parle. <i>Lila dit ça</i> revient souvent, parce qu'il a touché par son aspect provocant et sexuel, mais le film est très chaste. Tout passe par les mots : je dis des choses extrêmement crues avec un naturel déconcertant. Du coup, c'est encore plus choquant que si j'avais montré mes fesses — celles qu'on voit ne sont même pas les miennes, mais celles d'une doublure que j'ai choisie. C'est dire si je fais gaffe ! Le plan était justifié, mais on tournait au mois de décembre, et je n'avais pas envie de me cailler. C'est un métier fondé sur le désir et le mystère. Dès lors qu'on donne tout, il ne reste plus rien. D'un autre côté, le cinéma est le reflet de la vie. Or de quoi est-on composé ? De sexe, d'amour, de passion, d'émotion, de nudité. Il y a forcément un pourcentage qu'il faut restituer à un moment donné. Cela fait partie du jeu.</p>

<p class="spip"><font color=#5eabc1><big><b>Mon bonheur d'être mère</b></big></font> <BR>
Voilà sept ans que je suis maman et que ma façon de voir les choses, de relativiser les problèmes, de choisir mes priorités, a changé. J'ai un être humain à ma charge. J'ai pris conscience de cette responsabilité dès sa naissance. J'avais 20 ans, un âge auquel on pense plus, en général, à se construire soi-même. Il m'a aidée à me surpasser, à ne plus faire n'importe quoi. Je parle sur un plan personnel. Car, professionnellement, j'ai toujours eu trop de respect pour ce métier pour le négliger. Je préférerais faire autre chose que de me fourvoyer.</p>

<p class="spip"><font color=#5eabc1><big><b>Mes drogues</b></big> </font><BR>
J'ai quasiment tout essayé, mais rien ne m'a jamais satisfaite. C'est aussi lié à mon orgueil : je refuse de perdre ma dignité. La vie est si intense, si riche, dans la souffrance comme dans le plaisir... Qu'est-ce qu'on va aller s'anesthésier la tronche ? C'est une perte de temps. Je peux mourir demain. Et alors ? J'aurais passé la moitié de ma vie dans une autre réalité ? Non merci ! Je ne suis pas intéressée. Les blessures de la vie, je les supporte sans Mercurochrome.</p>

<p class="spip"><font color=#5eabc1><big><b>Mon regard</b></big> </font><BR>
Avant d'être avec Ito [le designer Ora Ito], je faisais plus attention, pour mon intérieur, à l'ambiance qu'aux objets. L'environnement lumineux, le feng shui, l'harmonie. Et, de même que l'on peut éduquer une oreille, Ito a éduqué mon regard. En plus, j'étais complètement miro. Au début de notre rencontre, chaque fois qu'il me montrait quelque chose, dans la rue ou ailleurs, je le loupais. C'est vite devenu frustrant. Car il avait accès à la beauté du monde et à sa précision, quand moi je restais dans le flou artistique. J'ai donc décidé de me faire opérer. J'ai eu l'impression de vivre un miracle : je retrouvais la vue ! Et mon esprit est devenu plus clair.</p>

<p class="spip"><font color=#5eabc1><big><b>Ma passion</b></big> </font><BR>
Tous les raccourcis me gonflent. Comme être cataloguée actrice de films d'auteur intello. <i>Secret défense</i> et, bientôt, <i>Le Premier Cercle</i> (de Laurent Tuel, avec Jean Reno) sont des films avec des jambes et des neurones. Des univers assez masculins, mais pourvus de rôles féminins essentiels. Pour <i>Secret défense</i>, j'ai dévalisé le rayon des livres sur les conflits géopolitiques actuels, avec quelques manuels du parfait agent secret, mais, au bout du compte, ça ne m'a pas servi à grand-chose. Car mon personnage est catapulté dans un milieu dont il ignore tout. Il doit s'adapter et comprendre son environnement. Une chose est sûre : du peu que j'ai appris sur les services secrets, je refuserais d'en faire partie. D'autant qu'agent secret, c'est un fantasme ! On n'en connaît que le prisme cinématographique. Mais, en réalité, c'est la parano, le secret... Moi, je veux vivre dans l'honnêteté absolue. Ce n'est pas compatible.</p>



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    <author>Christophe Carrière </author>
    <pubDate>Fri, 05 Dec 2008 14:42:19 +0100</pubDate>
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