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  <title><![CDATA[LIVRES - Magazine Qobuz]]></title>
  <link>http://www.qobuz.com/info/-Qobuz-LIFE/Livres23</link>
  <description><![CDATA[]]></description>
  <language>fr-FR</language>
  <copyright>&#xA9; Qobuz</copyright>
    
    <item>
    <title><![CDATA[Boris de Schloezer, grand penseur de la musique]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/LIVRES/Boris-de-Schloezer-grand-penseur62190</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x374_arton62190.jpg" /><br /><br /><p class="spip">Il y a en France des chercheurs qui font partager leurs trouvailles. Les équipes de l'université Rennes 2 (Centre d'études des littératures anciennes et modernes, Arts : pratiques et poétiques, histoire et critique des arts) en font la démonstration. Après avoir soutenu la nouvelle édition de l'<i>Introduction à Jean-Sébastien Bach</i>, le chef-d'œuvre de <b>Boris de Schloezer</b> (1881-1969), elles apportent leur concours à un florilège des chroniques que l'immigré russe livra à la NRF et à la Revue musicale de 1921 — année de son installation à Paris — à 1956. L'occasion pour Timothée Picard, maître d'œuvre, de rappeler que <b>Boris de Schloezer</b> fut le commentateur "<i>des plus décisives révolutions et évolutions qu'a connues la musique au courant du XXe siècle</i>" jusqu'à John Cage et, plus encore, le fondateur d'une esthétique musicale qui défia la critique traditionnelle, instinctivement romantique, symboliste, psychologisante et subjectiviste.</p>

<p class="spip"><div style="padding: 6px; border: 1px solid #DED9D9; background-color: #FFFFFF; float: right; margin: 5px 0 0 16px;"><span class="spip_documents"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_400x498_000480211-2.jpg" /></span></div>Pour <b>Schloezer</b>, il n'y a aucun ressort — ni intention, ni circonstance, ni volonté — qui puisse préexister à l'œuvre musicale ; elle ne répond que d'elle-même, sa forme n'ayant pas à être séparée d'un contenu. Pas plus qu'elle ne procède d'une origine extérieure, l'œuvre n'est assujettie à une signification. Voulez-vous le sens d'une sonate ? Il est indicible. Il n'y a qu'à la réentendre. 
<br>
<br>
Le réjouissant avec <b>Schloezer</b>, dont les remarques sur <b>Satie</b>, <b>Beethoven</b>, <b>Mahler</b> ou <b>Wagner</b> feront froncer plus d'un sourcil, c'est que sa fermeté hégélienne ne lui interdit jamais de surprendre par une image, de livrer une outrance ou un mouvement d'humeur — pas toujours de mauvaise foi. Comme s'il arrivait qu'une voix, au fond de lui, proteste contre son propre système de lecture... (438 p. / 22 €)</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_62190</guid>
    <author>Philippe Delaroche </author>
    <pubDate>Tue, 08 Nov 2011 18:48:51 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[LIVRES]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Tout sur le prix de Rome de musique]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/LIVRES/Tout-sur-le-prix-de-Rome-de60356</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x235_arton60356.jpg" /><br /><br /><p class="spip">L’excellent éditeur Symétrie vient de faire paraître l’ouvrage <b>Le Concours du prix de Rome de musique (1803-1968)</b> sous la direction de Julia Lu et Alexandre Dratwicki.</p>

<p class="spip">En raison de son prestige, le <b>prix de Rome</b> fut, entre 1803 et 1968, l’objet de toutes les convoitises et de toutes les cabales. Taxé d’académisme, dénigré voire moqué, il devint le synonyme du mauvais goût d’un « romantisme » jugé décadent. Pourtant, au lieu de se borner à la répétition d’un processus immuable, le concours sut en fait s’adapter souplement à des contingences pédagogiques, politiques et esthétiques variées.</p>

<p class="spip">Première étude d’envergure sur le sujet, cet ouvrage propose une vue d’ensemble de l’histoire de l’épreuve et de son fonctionnement, et offre plusieurs focalisations sur des aspects précis du concours. Il devenait urgent de rendre à cette institution trop souvent critiquée sa véritable place dans l’histoire de la musique française et de rectifier les mythes et croyances qui entourent encore le si célèbre « prix de l’Institut ».</p>

<p class="spip">Sur plus de 900 pages, <b>Le Concours du prix de Rome de musique (1803-1968)</b> réunit plus de 35 contributions d’une trentaine d’auteurs et propose une abondante iconographie. Cet ouvrage est publié avec le concours du Centre National du Livre et de la Fondation Francis et Mica Salabert.</p>

<p class="spip"><a href="http://symetrie.com">Le site de Symétrie</a></p>

<p class="spip"><a href="http://www.qobuz.com/info/Podcast/Rencontres/Le-Mai-68-d-Alain-Louvier13763">Ecoutez notre rencontre-podcast avec Alain Louvier, dernier prix de Rome en 1968</a></p>

<p class="spip"><a href="http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-PODCASTS/RENCONTRES/Rencontre-avec-Hjordis-Thebault45397">Ecoutez notre rencontre-podcast avec Hjördis Thébault de Symétrie</a></p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_60356</guid>
    <author>Max Dembo</author>
    <pubDate>Fri, 16 Sep 2011 10:21:06 +0200</pubDate>
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    <category><![CDATA[LIVRES]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Au bonheur des lecteurs]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/La-chronique-de-Francois-Busnel/Au-bonheur-des-lecteurs57742</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x205_arton57742.png" /><br /><br /><p class="spip">Voici un livre enchanteur qu'il faut offrir et faire circuler le plus possible. Le genre d'ouvrage qui procure une joie communicative à qui en tourne les pages. 
<br>
<br>
Il faut dire que son auteur, <b>Jean-Pierre Otte</b>, n'en est pas à son coup d'essai en matière de livres écrits pour le bonheur des lecteurs et de la littérature. Je tiens personnellement ses <i>Histoires du plaisir d'exister</i>, sa <i>Petite tribu de femmes</i> ou sa <i>Sexualité d'un plateau de fruits de mer</i> pour des bréviaires de savoir-vivre et des manuels de résistance à la morosité ambiante. Ici, <b>Jean-Pierre Otte</b> propose une ode à la lecture et, surtout, aux lecteurs.</p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><center><i><big>« Un livre appartient pour moitié à celui qui l'écrit, pour moitié à celui qui le lit. »</big></i></center><br> 
<div align=right>(Julliard)</div>
<br>
<br>
<br>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/png_274x425_Livre_cercle_de_lecteurs.png" /></span></center></center>
<br>
<center>Julliard - 264 pages - 19 €</center></p></div>

<p class="spip">Tout commence lorsque, promenant son ennui dans un cocktail, notre auteur est abordé par un inconnu. Ce dernier entreprend de lui raconter quel cercle de lecteurs il a créé dans un petit village perdu du Haut-Quercy. Intrigué, <b>Jean-Pierre Otte</b> promet de venir un jour participer au dit cercle. Quelques mois plus tard, voici notre écrivain au milieu de ses lecteurs. Il découvre alors un monde où chacun trouve dans le même livre un livre différent. Un monde bibliophage composé de lecteurs passionnés, exigeants, chevronnés, curieux, éclectiques. Les verres de vin, abondamment servis par les hôtes quand ils ne sont pas occupés à griller les châtaignes, délient les langues. Les conversations roulent alors sur le style, la forme, les idées, la vie, l'existence... au point que notre auteur revient une nouvelle fois, puis une autre, se liant avec Maylis, Bella, Mehdi, Richard, Eliane ou Antoine.</p>

<p class="spip"><b>Jean-Pierre Otte</b> poursuit ici sa réflexion sur les liens étranges que tissent la littérature et la vie. Eloge de la lecture, de l'amitié, du partage, du bon vin et de la bonne chère, ce livre est porté par un souffle réjouissant. Antidote au cynisme et à la médiocrité dont l'époque nous gave si souvent, l'œuvre de <b>Jean-Pierre Otte</b> devrait être prescrite à quiconque souffre de voir la langue française, la culture et la vie régulièrement insultées. </p>

<p class="spip">Allez, prenez ce livre, ouvrez une bonne bouteille et n'hésitez plus : entrez dans le cercle ! <br>
<br>
<div align=right><b>François Busnel</b></div></p>


<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_57742</guid>
    <author>François Busnel </author>
    <pubDate>Fri, 17 Jun 2011 16:20:51 +0200</pubDate>
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    <category><![CDATA[La chronique de François Busnel]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Symétrie distribue SFM]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/LIVRES/Symetrie-distribue-SFM53575</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x136_arton53575.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><b>Symétrie</b> devient le nouveau distributeur des ouvrages de la <b>Société Française de Musicologie</b>, qui possède un catalogue varié et savant qui pourra être de nouveau disponible à la vente. </p>

<p class="spip"><b>Symétrie</b> existe depuis 1999, et se consacre exclusivement à la musique à travers la publication d’ouvrages de référence, de beaux livres, de revues et de partitions. Fondé par des musiciens diplômés du Conservatoire de Lyon, la société est riche d’une  équipe de douze personnes qui prennent en charge toutes les étapes du processus éditorial.</p>

<p class="spip">En outre, <b>Symétrie</b> soutien par une activité de distribution les éditeurs individuels, associatifs ou indépendants et propose une structure permanente pour présenter auprès des librairies musicales et générales, expédier les commandes quotidiennement et gérer la facturation. C’est dans ce cadre qu’il  devient le distributeur de la <b>Société française de musicologie</b>. </p>

<p class="spip">Constituée à Paris en 1917, la <b>Société Française de Musicologie</b> réunit les personnes qui s'intéressent aux études de science et d'histoire musicales. La <i>Revue de musicologie</i> (deux numéros par an) liée à cette société a pour objectif de rendre compte de l’activité scientifique internationale dans les domaines de la science de la musique, l’histoire des techniques et des langages musicaux, ainsi que de l’étude des conditions sociales et culturelles de la pratique musicale. Ouverte à toutes les périodes de l’histoire elle ne publie que des articles originaux, des dossiers de synthèse, des comptes rendus de lecture ou de congrès. </p>


<p class="spip"><a href="http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-PODCASTS/RENCONTRES/Rencontre-avec-Hjordis-Thebault45397">Ecoutez aussi notre podcast Rencontre avec Hjördis Thébault de Symétrie</a></p>

<p class="spip"><a href="http://www.symetrie.com/">Site de Symétrie</a> </p>

<p class="spip"><a href="http://www.sfmusicologie.fr">Site de la Société Française de Musicologie</a> </p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_53575</guid>
    <author>Isabelle Couillens</author>
    <pubDate>Thu, 10 Feb 2011 16:24:50 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[LIVRES]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[De l'étude à l'interprétation : deux livres remarquables sur les violences du XXe siècle]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/LIVRES/De-l-etude-a-l-interpretation-deux52635</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x232_arton52635.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><b>Emilio Gentile</b> est le grand historien du fascisme. Dans l'amoncellement des travaux sur le sujet, il est sans doute celui qui, avec <b>Zeev Sternhell</b>, aura le mieux contribué à donner une définition satisfaisante du phénomène, préalable indispensable à sa compréhension. Toutes variétés confondues, tous usages du mot disqualifiant considérés, et pourvu que l'on prenne le phénomène au moment où il trouve son nom, dans l'Italie des années 1920, le fascisme c'est, d'abord et avant tout, "l<i>'assaut lancé contre les Lumières</i>" pour reprendre l'expression de Zeev Sternhell. On perçoit tout de suite la différence avec sa variante germanique, le nazisme, qui lui est, de surcroît, "l'assaut lancé contre le genre humain".</p>

]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_52635</guid>
    <author>Marc Riglet</author>
    <pubDate>Tue, 08 Feb 2011 21:48:41 +0100</pubDate>
    <enclosure url="http://www.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x224_arton52635.jpg" type="image/jpeg"></enclosure>
    <category><![CDATA[LIVRES]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[John Irving, l'incarnation du "grand romancier américain"]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/Portraits-et-Entretiens/John-Irving-l-incarnation-du-grand52615</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x229_arton52615.jpg" /><br /><br /><p class="spip">Son acharnement à passer son pays au scanner a fait de lui l'un des ténors des lettres d'outre-Atlantique. <b>John Irving</b> est devenu, par excellence, l'incarnation du "grand romancier américain", à la fois fabuleux raconteur d'histoires mais aussi capable de donner matière à penser. Il y eut <i>Le monde selon Garp</i>, bréviaire de la génération des années 1970... Il y eut <i>L'œuvre de Dieu, la part du Diable</i>, <i>L'Hôtel New Hampshire</i>, <i>L'épopée du buveur d'eau</i>, <i>Une veuve de papier</i>... Autant de romans-fleuves qui embrassent l'histoire de l'Amérique au cours de ces soixante dernières années et composent une œuvre marquée par des thèmes récurrents : la perte des êtres chers, l'absence du père, les troubles de la sexualité mais aussi la condition de l'écrivain... <b>John Irving</b> mêle ces questions dans des intrigues loufoques, cocasses, plausibles et invraisemblables. </p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><center><H2>JOHN IRVING</H2></center><br>
<br>
<br>
<center><i><big>« Ecrire à la main me force à ralentir. Et cela me permet de contrôler le style »
<br>
<br>
<br>
« La discipline qu'exige la lutte agit constamment sur mon travail <br>
d'écrivain »</i>
<br>
<br>
<br>
<center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_269x413_41rh5LoR04L__SS500_.jpg" /></span></center></center>
<br>
<center><small><i>(Last Night in Twisted River)</i> <br>
traduit de l'américain par <b><small>Josée Kamoun</small></b><br>
Editions du Seuil - 576 p. - 232 €</small></center>
<p class="spip">&nbsp;</p>
<p class="spip">&nbsp;</p>
<center><big>BIO-BIBLIOGRAPHIE</big></center>
<br>
<br>
</big>Né à Exeter (New Hampshire) en 1942, John Irving suit, jeune adulte, les cours d’un écrivain génial qui le marquera durablement&nbsp;&nbsp;:&nbsp;&nbsp;Kurt Vonnegut. Ses trois premiers romans passent inaperçus. Pour gagner sa vie, il devient prof de lettres et s’adonne à son autre passion, la lutte, envisageant même une carrière d’entraîneur. 
<br>
<br>
En 1976, <i>Le monde selon Garp</i> lui ouvre les portes de la gloire. Viendront ensuite quelques best-sellers traduits dans le monde entier parmi lesquels <i>L’hôtel New Hampshire, L’œuvre de Dieu, la part du Diable</i> (qu’il adaptera lui-même au cinéma, recevant l’Oscar du meilleur scénario), <i>Une veuve de papier</i>, <i>La quatrième main</i> et <i>Je te retrouverai</i> (tous publiés au Seuil). </p></div>

<p class="spip"><i><b>Dernière nuit à Twisted River</b></i>, son nouveau roman, est l'histoire d'une poursuite impitoyable. Il met en scène un cuisinier, Dominic, et son fils, Danny, qui vivent avec leur ami, Ketchum, dans un campement de draveurs au nord-est des Etats-Unis. Encore enfant, Danny tue accidentellement la maîtresse de son père... Dominic et Danny prennent la fuite. Ils seront poursuivis, toute leur vie, par le shérif local, surnommé le Cow-Boy. Danny, plus tard, deviendra romancier.</p>

<p class="spip"><b>John Irving</b> partage sa vie entre le Canada et le Vermont. Là, à flanc de colline, il s'est construit une maison en bois d'un beau gris d'huître. Sur ses bras d'ancien lutteur, il a tatoué les prénoms de ses trois enfants ainsi que le symbole qui orne les tapis de lutte. Sport et littérature n'ont jamais fait si bon ménage.<br>
<p class="spip">&nbsp;</p>
<center><H2>◆</H2></center><br>
<p class="spip">&nbsp;</p>
<b>Vous avez l'air en forme. Toujours aussi sportif ? </b><br>
— J'ai soixante-huit ans. À cet âge, on n'est plus le même homme. Je cours ou je joue au tennis tous les jours. Quand mon plus jeune fils est là, un peu de lutte. Je me sens beaucoup plus détendu que je ne l'étais auparavant. La solitude est un état qui me plaît davantage. Maintenant, mes trois enfants sont des adultes. J'aimerais les voir plus souvent — c'est mon seul regret, d'ailleurs. Aujourd'hui, je mesure la chance que j'ai. Je ne parle pas du succès : le succès peut s'arrêter du jour au lendemain. Non, ma chance est d'exercer un métier qui ne me donne pas le sentiment de devoir partir en retraite. Je pense juste que je dois écrire des romans légèrement plus courts !</p>

<p class="spip"><b>Cela dit,</b> <i><b>Dernière nuit à Twisted River</b></i> <b>n'est guère plus court que vos grands romans... Ce qui n'est pas grave du tout ! Comment est née cette intrigue mais surtout les personnages, qui semblent synthétiser tous ceux que l'on a croisés dans vos précédents romans ? </b><br>
— Oui, c'est exact. Les personnages principaux de <i>Dernière nuit à Twisted River</i> ont la particularité d'être des amalgames, d'être chacun tiré de plusieurs personnages ou de beaucoup de personnages que l'on a pu croiser dans mes romans précédents. Cela a peut-être un rapport avec le fait que j'avais ce livre en tête depuis vingt ans — en arrière-plan, du moins. Lorsque je me suis enfin mis à l'écrire, j'en savais plus sur cette histoire que pour tous mes précédents romans. J'aurais pu écrire ce livre il y a dix ans, en fait. Je savais qu'il s'agissait d'une histoire de fugitifs, que le père et le fils s'enfuyaient, quel âge le garçon devait exactement avoir car il devait être assez âgé pour penser au sexe mais pas assez vieux pour l'avoir déjà pratiqué, que ce garçon deviendrait écrivain. Sur ce dernier point, cela me passionnait parce que c'est mon métier mais aussi parce que l'on croise pas mal d'écrivains dans mes précédents romans...</p>

<p class="spip"><b>À commencer par ce bon vieux Garp...</b><br>
— En effet, mais dans le cas de Danny, avant même de commencer à écrire son histoire, je savais que je voulais essayer de lui construire, du point de vue psychologique, le genre de situations qui lui feraient désirer devenir écrivain, en sorte qu'il se sentirait presque le besoin de devenir écrivain avant même qu'il en ait le don. Ce point est capital pour moi. C'est peut-être ce point qu'il faut rechercher chez tout écrivain, non ? Quelque chose de psychologique contraint Danny à vivre intérieurement, dans son esprit, dans son imagination, plutôt que de profiter de la vie. Je vous préviens tout de suite : ce postulat est valable pour le personnage que j'ai inventé, Danny, pas pour moi. Remballez votre prochaine question si c'était : "Et vous, John, qu'est-ce qui, psychologiquement, vous a contraint à vivre intérieurement plutôt qu'à profiter de la vie ?"</p>

<p class="spip"><b>Bon, d'accord. De toute façon, vous avez déjà répondu à cette question lors de notre dernière rencontre, il y a quatre ans. Il suffit de ressortir le numéro de <i><b>Lire</b></i> d'octobre 2006...</b><br>
— Voilà, c'est ça. Il faut toujours ressortir les archives !</p>

<p class="spip"><b>Vous y tenez ? Permettez que je vous en ressorte une : " J'ai horreur de voir un écrivain se mettre à exploiter sa réputation — à publier toutes les merdes qui traînent dans ses tiroirs, et à republier toutes les vieilles merdes qui n'auraient jamais dû en sortir." Qui a écrit cette phrase ?</b><br>
— Euh.. Je ne sais pas. C'est moi, non ?</p>

<p class="spip"><b>Exact ! <i><b>Le monde selon Garp</b></i>, p. 599 de l'édition française de poche. C'était en 1976.</b><br>
— Je pense toujours la même chose. C'est pour cela que je travaille autant et qu'il se passe cinq ans au moins entre chacun de mes romans.</p>

<p class="spip"><b>Comment écrivez-vous ?</b><br>
— J'écris les premiers jets dans des cahiers de tout genre, toujours d'un seul côté de la double page afin de pouvoir mettre des mots ou des encarts sur la page vierge qui est en vis-à-vis. J'écris tout à la main. Tout le roman. J'écris également la plupart de mes brouillons ainsi. Si je commence un nouveau chapitre alors que je suis déjà en train d'en écrire un, je tourne le cahier sur lequel j'écris et je commence à noircir l'autre bout. J'utilise des cahiers ou des carnets vierges. Parfois, quand je suis chez moi, je me sers du verso de vieux jeux d'épreuves — ça préserve l'environnement. Je préfère écrire à la main car je suis trop rapide au clavier : avec la machine à écrire ou l'ordinateur portable je vais trop vite pour les premiers jets, beaucoup plus vite que je ne le veux vraiment, et, surtout beaucoup plus vite qu'il ne le faut pour écrire quelque chose de vraiment bon. Ecrire à la main me force à ralentir. Et cela permet de contrôler le style. Vous pouvez voir la différence entre mes manuscrits et ma correspondance tapée à la machine : à la machine ou à l'ordinateur, je fais beaucoup d'erreurs car je vais trop vite. Pour l'écriture d'un roman, je n'utilise la machine ou l'ordinateur que lorsque je corrige mon manuscrit : là, je ne redoute plus d'aller trop vite car je connais l'histoire, je connais chaque passage et je les peaufine.</p>

<p class="spip"><b>Qu'est-ce qui est le plus important, l'intrigue ou le style ?</b><br>
— Le plus important de tout est le langage. Quand je commence l'écriture d'un roman, je sais déjà tout ce qui va se passer. L'intrigue est déjà en place. Je suis donc plus attentif au langage, plus concentré, car je ne suis pas en train de me demander : "Mais à quel moment Untel va-t-il se repointer ?" Je sais exactement quand Untel va se repointer : il va se passer cinquante ans avant qu'il se pointe de nouveau. Donc, n'ayant pas à penser à ces choses, je me concentre sur ce que je suis en train d'écrire : "Ça c'est un passage descriptif, ça devrait aller doucement, les phrases devraient être courtes ; voilà le dialogue qui convient, à tel endroit cela devrait aller plus vite ; voici l'action, Jane est prise pour un ours, etc." Prendre les phrases, les raccourcir, accélérer le dialogue, c'est de l'action. C'est cela, le travail de l'écrivain.</p>

<p class="spip"><b>Vous pensez l'art d'écrire de manière théâtrale...</b><br>
— Oui, tout à fait. Mais c'est ce que Flaubert, que j'aime tant, a fait avec le langage. Emma Bovary est assez ordinaire, et Charles Bovary est encore plus ordinaire : ce qui est extraordinaire, ce n'est pas les personnages mais la manière que Flaubert a d'écrire sur eux, c'est la façon dont Flaubert vous fait ressentir qu'ils sont, depuis le début, condamnés à se rencontrer et à le regretter. Flaubert est mon maître absolu. J'adore, notamment, cette phrase de Madame Bovary, que vous voyez écrite et punaisée, là, au-dessus de mon bureau : "<i>La parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles</i>."</p>

<p class="spip"><b>Et que pensez-vous de cette école qui affirme, avec Hemingway, que, au contraire, il faut aller à l'os, à l'essentiel, qu'il faut écrire au plus près de soi-même et que <i><b>less is more</b></i> ?</b><br>
— Conneries ! Tout cela fait partie du faux machisme d'Hemingway. Les hommes sont intéressants car ils ne peuvent jamais rien dire de personnel et blablabla... Non, mais quelle stupidité ! C'est une échappatoire, une esquive. Hemingway utilise le moins de mots possible dans ses phrases. Si ça lui chante. Mais pourquoi ? Si vous vouliez courir, est-ce que vous vous attacheriez une jambe à vos fesses et sauteriez à cloche-pied ? Pas moi, j'aimerais avoir deux jambes solides ! Il me semble qu'en affirmant cela, <i>less is more</i>, Hemingway représente l'antithèse des Sophocle, Shakespeare ou de tous ces écrivains du XIXe siècle qui écrivaient sublimement longuement, sublimement lentement, développaient les choses au fil du temps et des pages de telle sorte que vous pouviez, en lisant, voir les choses prendre vie. Tout le monde parle en sténo chez Hemingway. C'est un langage de secrétariat. C'est, tout simplement, ennuyeux. <i>Less is more</i> ? Non, <i>less is less</i> !</p>

<p class="spip"><b>Revenons à vous. Dans</b> <i><b>Dernière nuit à Twisted River</b></i><b>, vous nous livrez une réflexion sur le statut de l'imagination et de la fiction, quand, notamment, Dominic, le cuisinier, qui est le père de cet écrivain, ne cesse de demander à son fils ce qu'il y a de vrai dans ses fictions. Est-ce une question à laquelle vous êtes encore confronté ?</b><br>
— Oui, et pas seulement quand un journaliste français vient me rendre visite à chacun de mes romans... Je sais que ma propre famille le fait, constamment.</p>

<p class="spip"><b>Cela dit, la réponse se trouve peut-être dans ce passage du</b> <i><b>Monde selon Garp</b></i> <b>: "Garp le répétait toujours, la question qu'il détestait le plus s'entendre poser, au sujet de son œuvre, était dans quelle mesure elle était "vraie" — dans quelle mesure elle reposait sur "son expérience personnelle". Vrai [...] dans le sens de conforme à la "réalité". D'ordinaire, avec une patience et un calme infinis, Garp répondait que la base autobiographique — en admettant qu'elle existât — était, de tous les niveaux, le moins intéressant pour aborder la lecture d'un roman. Comme il l'affirmait toujours, l'art du romancier est la capacité d'imaginer de façon vraie — c'est, comme dans toute forme d'art, un processus de sélection."</b><br>
— Vous avez raison, pourtant lorsque <i>Le monde selon Garp</i> a été publié, en 1978, personne ne me posait de question sur l'aspect autobiographique de mes romans. Personne ne me demandait : "Ce personnage, est-ce vous ? Est-ce que ce grand-père est inspiré de votre grand-père ?" Lorsque <i>Une prière pour Owen</i> a été publié, par exemple, en 1989, personne ne m'a demandé ce que je faisais pendant la guerre du Vietnam. Personne ne m'a questionné sur mon passé lors de l'appel et du service militaire. Ça a changé maintenant. Lorsque les gens me questionnent sur <i>Une prière pour Owen</i>, ils n'hésitent pas à m'interroger : "Est-ce que vous étiez dans l'armée, est-ce que vous vous êtes engagé, avez-vous fait vos classes d'officier ?" Etc. C'est la première question qu'ils soulèvent. Et moi, je me dis : "C'est maintenant que vous me le demandez ! Je ne peux pas indiquer précisément la date ni pour quel roman ça a commencé, mais ça s'est passé quelque part vers la fin des années 1980 ou 1990, quand tout à coup presque toutes les questions, ou la première question qui m'était posée, étaient : "Quelle partie de cette œuvre est basée sur votre vie ou sur la vie de quelqu'un que vous connaissez ?"</p>

<p class="spip"><b>Jusqu'à quel point pensez-vous que la biographie d'un écrivain soit nécessaire pour comprendre son œuvre ?</b><br>
— Prenons le cas de Danny, l'écrivain de <i>Dernière nuit à Twisted River</i>. Son procédé d'écrivain est intentionnellement aussi fidèlement que possible calqué sur le mien. Non seulement il est issu des mêmes écoles que moi, mais, au même âge, il a commencé un roman par la fin, ce que j'ai toujours fait. On pourrait donc légitimement penser, après avoir lu l'entretien que nous sommes en train de faire en ce moment, que Danny est mon double. Bien. Mais ce n'est pas le cas. Je l'ai doté d'une vie totalement opposée à la mienne. Il est très malchanceux, au contraire de moi qui ai été très chanceux. Tous ceux qu'il aime, il les perd ; tous ceux qu'il craint de perdre, il les perdra, ce qui, fort heureusement, ne m'est pas — encore — arrivé. Contraste étrange ! J'ai fait de lui quelqu'un de très semblable à moi en tant qu'écrivain mais quelqu'un que je redoute de devenir dans la vie. En somme, j'écris sur ce dont j'ai peur et non sur les événements qui me sont arrivés. Mais je soutiens que ce dont vous avez peur, ce qui ne vous est jamais arrivé mais que vous redoutez, fait partie de votre autobiographie. D'une manière différente. La part autobiographique que les lecteurs discernent dans une fiction est toujours trop restreinte : qu'importe si je suis allé à telle école, comme mon personnage, qu'importe si Kurt Vonnegut fut mon professeur, comme celui de mon personnage !</p>

<p class="spip"><b>On retrouve l'un de vos thèmes de prédilection : la peur de la disparition d'un être cher. Pour quelles raisons cette peur est-elle aussi présente dans vos romans ?</b><br>
— Lorsque je fais la première esquisse ou le premier plan de l'histoire, je pense toujours à ce dont j'ai peur car s'il n'y a pas quelque chose dans l'histoire qui me fait peur, s'il n'y a pas quelque chose qui me laisse penser : "Oh mon Dieu, je ne veux pas écrire là-dessus, je ne veux pas que cela m'arrive, je ne veux même pas y penser", s'il n'y a pas un élément de ce genre, alors je me demande comment je pourrais attendre du lecteur qu'il soit touché émotionnellement par ce que j'écris. Mais cette angoisse est toujours présente : la peur de perdre un être aimé, les dangers de l'enfance, les secrets de famille qui font exploser les familles, ce qui n'a pas été dit à un enfant et fait que rien ne serait arrivé si l'enfant l'avait su... Bien avant d'avoir commencé à écrire <i>Dernière nuit à Twisted River</i>, j'ai écrit dans mes notes : "Daniel a un enfant, virgule, un enfant unique" et du moment que j'ai écrit "un enfant unique", je savais qu'il mourrait. Je ne savais ni comment ni pourquoi, j'ai juste pensé : "Ça va mal se finir." Et je me souviens juste d'avoir fait une marque noire sur la page dans mon carnet en songeant : "D'accord, j'y reviendrai plus tard." On ne peut pas contrôler ces choses-là en tant qu'écrivain. Surtout si, comme moi, vous êtes un obsédé de l'intrigue. L'intrigue est un instrument de contrôle, bien sûr, mais la nature de vos obsessions n'est pas contrôlable. Alors quand vous me demandez d'où cela vient, je ne peux que hausser les épaules et avouer en soupirant : "Je ne sais pas." Pourquoi ces angoisses sont-elles récurrentes chez moi ? Tenter de percer ce mystère, c'est comme tenter de savoir pourquoi les mêmes pensées vous assaillent et vous réveillent chaque nuit à trois ou quatre heures du matin : vous ne choisissez pas vos pensées, à ce moment-là, elles s'imposent à vous. Cela dit, vous avez raison de poser la question. Je me la pose aussi — parfois. Et je suppose que si je rencontrais Shakespeare, je lui poserais, tout comme vous, cette question : "Qu'est-ce que vous avez avec la royauté ? Avez-vous quelque chose contre les familles royales ? Les rois sont-ils tous condamnés ? Les épouses des rois sont-elles toutes mauvaises ? Si un homme a trois filles, est-ce que deux d'entre elles seront mauvaises ?" Ces choses-là sont récurrentes, n'est-ce pas ?</p>

<p class="spip"><b>Avez-vous une réponse à cette autre question : pourquoi tous vos romans traitent-ils de la sexualité de manière aussi explicite et loufoque ?</b><br>
— C'est la conséquence directe de mon opinion sur la résistance à la libération sexuelle, si présente dans la culture américaine. Dès que l'on parle de sexe, beaucoup d'Américains ont un point de vue très restreint et borné sur le sujet. Je suis intéressé par ce sujet parce qu'il est, en partie, provocateur. Je veux dire par là que si je n'étais pas américain, cela me serait certainement bien égal ! Quel autre pays dans le monde se soucierait que Bill Clinton se soit fait faire une fellation à la Maison-Blanche ? Moi, je m'intéresse au travail qu'il fait en tant que Président, je me fiche complètement de sa vie sexuelle. Mais la plupart des Américains ne s'intéressent qu'à ça, à cette fellation à la Maison-Blanche. Ça m'a tellement ennuyé d'entendre parler de la vie sexuelle de Tiger Woods ! On s'en fiche ! Tiger Woods est un golfeur ! Laissez-le jouer au golf ! Peu importe qui il baise ! Ce trait est propre à notre culture. C'est stupide, c'est fou. D'une certaine manière, je truffe mes romans de scènes de sexualité pour provoquer ces Américains-là. Mais il y a une autre raison, plus importante. Je me suis toujours intéressé à des personnes qui, comme dirait la mère de Garp, Jenny Fields, sont des "suspects sexuels" à cause de choix inhabituels ou non conventionnels. La mère de Garp voulait tomber enceinte mais ne rien avoir à faire avec les hommes, ce qui a fait d'elle une "suspecte sexuelle". Je suis convaincu que la résistance principale aux droits de la femme à l'avortement est fondée sur la conviction que des jeunes filles qui sont sexuellement actives et qui tombent enceintes doivent en payer les conséquences. Il y a, derrière cette résistance au droit le plus strict pour une femme de recourir à l'avortement si elle le souhaite, un état d'esprit punitif, critique et puritain. C'est aussi cela, l'Amérique. C'est cela que je montre dans mes romans. Mais dites-moi, j'ai l'impression de parler comme un homme politique, là ! Ah, c'est drôle d'avoir presque soixante-dix ans et de se sentir toujours un peu le porte-parole de la soi-disant "révolution sexuelle"... Je croyais qu'elle s'était produite dans les années 1960 ! Il y a bien longtemps qu'elle devrait être finie... Pourquoi est-elle toujours en cours ? N'en n'avons-nous pas fini avec ça ?</p>

<p class="spip"><b>Les femmes, dans vos romans, sont souvent sexuellement agressives, voire même dangereuses pour les hommes. C'était le cas d'Esther dans <i><b>Une prière pour Owen</b></i>, de Melanie dans <i><b>L'œuvre de Dieu, la part du Diable</b></i>, d'Emma dans <i><b>Je te retrouverai</b></i>... Idem dans <i><b>Dernière nuit à Twisted River</b></i>... Pour quelles raisons ?</b><br>
— Les personnages féminins de mes romans semblent, comme vous dites, non seulement agressives mais menaçantes au premier abord. Elles semblent représenter une menace pour le personnage masculin, plus jeune, moins expérimenté sexuellement, souvent plus petit physiquement. Mais dans presque tous les cas, à la fin, elles finissent bonnes amies avec ce personnage. Protectrices, même. Je ne peux pas vous dire ce qui m'inspire cela, mais c'est certainement la manifestation d'un genre de femmes que je dois admirer. Dans les six premières années de ma vie, j'ai vécu avec ma grand-mère, avec sa gouvernante et occasionnellement avec ma mère et ses deux sœurs, mes deux tantes. Et ces femmes étaient aux commandes, elles étaient toutes très fortes, très têtues, très impressionnantes. Peut-être cela m'a-t-il influencé tôt dans mon enfance.</p>

<p class="spip"><b>Pourquoi la plupart des personnages que vous créez depuis maintenant quarante-cinq ans ont-ils été traumatisés par un événement dont ils ne peuvent se remettre ?</b><br>
— Les personnes qui ont vécu ce genre de souffrances m'ont toujours fasciné et m'ont toujours fait espérer que je ne serai jamais l'une d'elles. Il y a un certain nombre de choses dont je ne pourrais pas me remettre. Mais il me semble que c'est le travail de la fiction que de trouver où créer ces situations. Mon premier chapitre préféré, en fiction, est celui du Maire de Casterbridge de Thomas Hardy, lorsque le futur maire est tellement ivre qu'il vend sa femme et sa petite fille à un marin. Il s'en débarrasse, tout simplement ! Le marin les achète et les emmène. J'étais adolescent lorsque j'ai lu ce roman et je me suis demandé : "Mais comment cet homme pourra-t-il s'en remettre ?" Bien sûr, je ne connaissais pas Hardy à l'époque, et le fait est que le maire de Casterbridge ne se remettra jamais d'avoir vendu sa femme et sa fille dans un moment d'ivresse. Peut-être est-ce à la lecture de ce roman génial, à seize ou dix-sept ans, que cette obsession est née. Construire des situations dont personne ne pourra jamais se remettre... Prenez Marion, dans Une veuve de papier : elle ne se remettra jamais d'avoir perdu ses garçons dans un accident de voiture, et rien de ce qu'elle vivra par la suite ne sera plus jamais pareil...</p>

<p class="spip"><b>Quels sont les écrivains que vous aimez ? Ceux qui vous ont marqué, qui vous ont influencé ?</b><br>
— Charles Dickens, d'abord. Pour les injustices sociales et l'intérêt récurrent pour l'enfance — ces choses qui sont arrivées dans l'enfance d'un personnage et qui détermineront qui il deviendra en tant qu'adulte. C'est en partie pour ces raisons que j'adore et admire Dickens. Mais il y a une autre raison : Dickens est l'un des rares romanciers capables de se livrer au pathétique à un moment puis d'être hilarant, comique, drôle, de manière théâtrale à un autre moment. La comédie et le sérieux, chez Dickens, semblent se succéder sans cesse. Il y a aussi Thomas Hardy. Tout y est sérieux, tout le temps, mais le langage est sublime. Ce que j'adorais chez Hardy, c'est la prédétermination. Dans ses romans, tout le monde a un destin. Tous ses personnages sont condamnés. Ce degré de fatalisme qui plane au-dessus de l'histoire est sûrement quelque chose que je lui ai emprunté maintes fois. Tous mes romans comportent, en effet, une part de fatalisme dans la mesure où je sais ce qu'il va se passer avant même d'en commencer l'écriture. Je pense, par exemple, à <i>Dernière nuit à Twisted River</i>. Je ne vends pas la mèche en disant cela, tout le monde sait dès les premiers chapitres qu'il s'agira d'une histoire de poursuite. Et quel genre d'histoire de poursuite cela serait-il si le type qui les poursuit ne les rattrapait pas ? On sait donc, dès le début, qu'il va les rattraper. C'est évident, comme dans une tragédie grecque. Si c'est une bonne histoire, le poursuivant retrouvera les fugitifs.</p>

<p class="spip"><b>Comment êtes-vous devenu un écrivain ?</b><br>
— J'ai commencé à tenir des journaux, des cahiers, lorsque j'avais quatorze ans. Et en même temps j'ai commencé la lutte. De ce sport, j'ai tiré mes racines. À partir de ce moment, quatorze ans, j'ai écrit chaque jour. Lorsque j'ai commencé à lire les nouvelles et les romans du XIXe siècle, Thomas Hardy et Charles Dickens, je me suis dit : " Voilà. C'est ce que je souhaite faire de ma vie. Raconter des histoires semblables." La première nouvelle que j'ai écrite faisait 90 pages, et mon professeur à qui je l'ai montrée, m'a répliqué : "Ce n'est pas une nouvelle !" Je lui ai répondu que j'étais peut-être en chemin pour devenir romancier plutôt qu'auteur de nouvelles.</p>

<p class="spip"><b>D'où vient, précisément, ce goût pour les romans-fleuves ?</b><br>
— Cela doit avoir un rapport avec mon expérience en tant qu'enfant qui a grandi dans une petite ville. Quand on m'emmenait au théâtre, ce que j'adorais par-dessus tout était de connaître la fin de l'histoire avant de la voir se dérouler sous mes yeux. Ce que j'aimais, c'est que l'intrigue organise l'histoire. Je voyais cela au théâtre, car j'avais assisté à toutes les répétitions, mais aussi dans les romans que je lisais, ces romans du XIXe siècle anglais dont nous venons de parler. À l'époque, je n'étais sans doute pas assez mûr pour apprécier les autres aspects de l'écriture, le langage, les nuances, les subtilités, et je ne m'intéressais qu'à la compréhension de l'intrigue. Hamlet rentre à la maison, son père est mort, ouh là là ! Son père est un fantôme... Son père a quelque chose à dire... C'est à propos de sa mère et de son oncle... Ils ne vont pas bien... Il y a une histoire ! Voilà ce que je retenais d'une pièce de théâtre de Shakespeare. Quand j'ai commencé à écrire, il était donc tout naturel pour moi de débuter par la fin de l'histoire. La question que je me posais alors, en tant que romancier, était : "Que se passe-t-il à la fin de ce livre qui fait que cela vaille la peine de lire tout ce livre ?" Alors, les dernières phrases du roman étaient les premières que je cherchais. Une fois que je connaissais la fin de mon roman, que j'avais écrit les dernières phrases du livre, je faisais une sorte de carte routière en sens inverse. Ce fut une méthode, un procédé, pour mes quatre ou cinq premiers romans. Ça a commencé à évoluer lors de l'écriture de mon sixième roman, <i>L'œuvre de Dieu, la part du Diable</i>, lorsque j'ai entendu ce refrain : "Bonne nuit, princes du Maine, les rois de la Nouvelle-Angleterre..." C'était un écho, et c'était la première fois qu'une de mes fins était l'écho d'un dialogue. À partir de ce moment-là, je me suis dit : "Ecoute, c'est ta manière de voir les choses, c'est ta manière de faire les choses. Sois patient et trouve toujours la fin d'abord."</p>

<p class="spip"><b>Qu'est-ce qu'un écrivain ? Quelqu'un qui vous divertit ou qui vous donne à penser ?</b><br>
— Les deux. La plupart de mes romans commencent avec la fausse promesse que ça va être amusant, excitant, divertissant. Je veux projeter mes lecteurs dans une action. Quelque chose s'est produit avant que vous, lecteurs, n'arriviez ; alors soyez attentifs... Dans <i>Dernière nuit à Twisted River</i>, un garçon est en train de disparaître sous l'eau lorsque débute le roman. Vous voyez : ça a commencé avant que vous n'ayez ouvert le livre. L'action est en cours et vous, lecteur, vous devez rattraper votre retard. Mais il y a là quelque chose de trompeur, car dès que je vous ai mis dans l'histoire, dès que je vous ai impliqué dans l'action, la première chose que je fais est de ralentir le rythme. Toute la difficulté réside dans le fait qu'il faut être le moins démonstratif possible. Pas question de commencer le roman par une scène où un personnage attrape le lecteur par le col et lui dit : "Eh, écoutez, vous devez être attentif !" Plus l'histoire est compliquée, plus l'intrigue est longue et sophistiquée, et ce qui est le cas dans presque tous mes romans, plus vous devez être divertissant si vous voulez emmener le lecteur vers le moment de l'histoire où il devra réfléchir. On ne peut pas faire réfléchir le lecteur si on ne l'a pas diverti pendant les 300 premières pages : il abandonne avant. Et il a raison.</p>

<p class="spip"><b>Vous avez longtemps pratiqué la lutte, puis êtes devenu coach de lutte... Aujourd'hui, vous pratiquez encore, en amateur, et vous avez même fait construire un dojo dans une des pièces de cette maison. Que vous apporte la lutte ?</b><br>
— J'ai toujours été reconnaissant de la discipline que le sport m'a donnée. Il y a, dans l'écriture, beaucoup de moments de répétition. Les gens ne s'en rendent pas toujours compte, mais être écrivain c'est passer une très grande partie de son temps à répéter les mêmes gestes : réécrire, barrer, corriger. Une grande part de l'attention que l'on porte au langage se traduit par la relecture de ce que l'on a écrit, encore, encore et encore. À chaque fois, vous modifiez quelque chose. Un mot. Une ponctuation. L'endurance que l'on a pour se relire, se corriger, réécrire, est pour moi un témoignage de l'amour que l'on porte au langage. Personne n'écrit parfaitement dès le premier jet. Ce n'est pas vrai. Même les surdoués doivent recommencer et recommencer encore. Je n'ai pas appris cela de ma pratique de l'écriture, ni même de mes lectures, mais du sport. Et, en particulier, de la lutte. La lutte vous apprend combien de fois vous devez répéter le même petit truc bête. Combien de fois vous devez répéter le même geste, la même prise, jusqu'à ce que cela paraisse naturel, jusqu'à ce que vous ayez une mémoire musculaire de telle ou telle position, jusqu'à ce que vous puissiez pratiquer telle ou telle prise les yeux fermés. C'est exactement la même chose pour l'écriture. Il faut travailler chaque phrase de la même façon. Quand avez-vous écrit pour la dernière fois "dit-il" ou "Dominic a dit" ou "il a dit" ? Combien de fois avez-vous répété la même phrase longue ou la même phrase courte ? Quand avez-vous déjà utilisé ces points virgules, ces tirets, ces parenthèses que vous venez de tracer sur la page ? Il faut penser à tout cela, exactement comme lorsque l'on pratique un sport de haut niveau, exactement comme lorsque l'on s'entraîne pour devenir lutteur. La lutte m'a fourni cette discipline. Elle agit constamment sur mon travail d'écrivain en me montrant à quel point cette discipline est nécessaire.<br>
<br>
<div align=right>Propos recueillis par <b>François Busnel</b></div></p>


]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_52615</guid>
    <author>François Busnel </author>
    <pubDate>Tue, 08 Feb 2011 20:48:37 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[Portraits et Entretiens]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Philippe Sollers, écrivain à Identités Rapprochées Multiples]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/Portraits-et-Entretiens/Philippe-Sollers-ecrivain-a52676</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x232_arton52676.jpg" /><br /><br /><p class="spip">L'ascenseur exigu s'élève lentement jusqu'au dernier étage de l'immeuble, boulevard de Port-Royal. " <i>C'est la vie d'un dinosaure que vous venez voir</i> ", lance l'homme à l'œil espiègle qui ouvre la porte. Poser son manteau n'est pas aisé dans cette première pièce dont le sol est entièrement recouvert de hautes piles de ses nombreux livres. Les éditions de poche y côtoient les multiples traductions. Telle la version américaine de <i><b>Femmes</b></i> (1983, Folio). L'épais <i><b>Women</b></i> dont la couverture reproduit les mots de son ami Philip Roth. " <i>Anybody out for a good time should read Philippe Sollers</i> ", préconise celui qui s'est amusé à le mettre en scène dans <i>Opération Shylock</i>. L'intéressé, lui, a la pudeur de se reconnaître "too French" pour les lecteurs américains !</p>





]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_52676</guid>
    <author>Alexandre Fillon</author>
    <pubDate>Tue, 08 Feb 2011 17:49:28 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[Portraits et Entretiens]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Signé Jules Stockhausen]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/LIVRES/Signe-Jules-Stockhausen53159</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x217_arton53159.jpg" /><br /><br /><p class="spip">Les Editions Symétrie viennent de publier <i>Itinéraire d’un chanteur à travers vingt années de correspondance, 1844-1864</i>, recueil de lettres du baryton <b>Jules Stockhausen</b> à sa famille, réunies et annotées par Geneviève Honegger.</p>

<p class="spip">Célèbre baryton et pédagogue allemand, <b>Jules Stockhausen</b> ne rejoint sa patrie d’élection qu’après un long cheminement. Né à Paris en 1826, il passe sa jeunesse à Guebwiller dans le Haut-Rhin, ville natale de sa mère, cantatrice, avant d’aller faire ses études dans la capitale. Élève au Conservatoire, c’est en dehors de l’institution qu’il trouve son véritable maître, Manuel García. Après avoir tenté sa chance en Angleterre, <b>Stockhausen</b> se tourne vers la scène, en Allemagne puis à l’Opéra-Comique, pour se consacrer enfin à son répertoire de prédilection, le lied et l’oratorio, avec lequel il parcourt l’Europe.</p>

<p class="spip">Interprète scrupuleux, <b>Jules Stockhausen</b> souhaite bientôt disposer d’un chœur et d’un orchestre pour mettre en œuvre un vaste programme musical et obtient en 1863 la direction de la Société philharmonique et de l’Académie de chant de Hambourg.</p>

<p class="spip">Telles sont les étapes suivies à travers vingt années d’une correspondance vibrante des découvertes, des luttes et des expériences d’un jeune homme à la curiosité insatiable. <b>Stockhausen</b> s’y montre à la fois excellent épistolier, critique sévère ou admirateur fervent, témoin avisé de la vie musicale et politique. Parlant quatre langues, il en joue à merveille au gré de l’humeur et des sentiments. Il disparait en 1906.</p>

<p class="spip">Au fil de la plume apparaissent les portraits, savoureux ou sensibles, de nombreux artistes : ses professeurs Louis Ponchard, François Habeneck et Manuel García ; Marietta Alboni, Jenny Lind ou Pauline Viardot, vedettes de la scène ; Clara Schumann avec laquelle le chanteur donne d’innombrables concerts ; Joseph Joachim et Johannes Brahms, mais aussi Camille Saint-Saëns, Charles Gounod ou Anton Rubinstein.</p>

<p class="spip">C’est en même temps une invitation au voyage dans quelques hauts lieux de la musique, de la Société des concerts du Conservatoire à Exeter Hall, du Cirque des Champs-Élysées aux Fêtes musicales du Rhin, de la salle du Gürzenich qui ouvre ses portes à Cologne à la cathédrale de Brême où se pressent 3000 auditeurs pour écouter la <i>Passion selon Saint Matthieu</i>. Vie quotidienne, tournées harassantes, succès et découragements, tourmentes sentimentales, le lecteur partage l’intimité d’un artiste passionné, aussi ambitieux qu’exigeant, dont la foi profonde s’associe à une haute idée de sa mission.</p>


<p class="spip"><a href="http://symetrie.com">Le site de Symétrie</a></p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_53159</guid>
    <author>Marc Zisman</author>
    <pubDate>Wed, 26 Jan 2011 18:47:07 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[LIVRES]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Laure Adler dévoile la vraie Françoise Giroud]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/98-IMPORTS-A-RETRAITER/Non-affectes/Francoise-Giroud-la-griffe-et-la52234</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x251_arton52234.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><H2>Françoise Giroud.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La griffe et</H2> <br>
 <H2>la plume</H2><br>
<br>
<br>
C'est à la manière d'une lame que Françoise Giroud traversa l'histoire de la presse dans la seconde moitié du XXe siècle. Une lame chauffée à blanc dans les combats politiques et éditoriaux, qu'il se soit agi d'engagements partagés avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, comme la lutte pour la décolonisation, ou de luttes plus personnelles, tel son féminisme raisonné. Une lame aiguisée chaque matin sur son talent, talent d'écriture mais aussi d'existence. Françoise Giroud sut affronter, séduire, convaincre, corriger tout au long de sa carrière. De la vie parisienne elle flirta avec les légèretés et épousa les révolutions. Dénicheuse de talents, défricheuse d'idées, elle inventa l'une des plus belles définitions du journaliste : "<i>Celui qui lève le voile.</i>" À <i>L'Express</i>, nous sommes fidèles à cette Françoise-là. Cette passionnée paya, bien sûr, la rançon de sa différence. De ses douleurs intimes, dont les déchirements amoureux avec JJSS ne furent pas les moindres, à ses errances d'ambition, Françoise Giroud traversa bien des ombres sur son chemin éclatant. L'amour-propre lui fit commettre des erreurs, voire des injustices ; la volonté l'entraîna jusqu'à l'entêtement, voire l'aveuglement. Et elle devint, à <i>L'Express</i>, un mythe, c'est-à-dire, un peu, une prison pour elle-même. ◆ <div align=right><br><b>Christophe Barbier</b></div><br>
<p class="spip">&nbsp;</p>
<br>
</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_52234</guid>
    <author> Christophe Barbier</author>
    <pubDate>Thu, 13 Jan 2011 21:09:16 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[LIVRES]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Henry Barraud, des mémoires retrouvées]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/LIVRES/Des-memoires-retrouvees52145</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x459_arton52145.jpg" /><br /><br /><p class="spip">C’est un pavé de 1.127 pages, annoncé de longue date, publié par les Editions Fayard et la Bibliothèque nationale de France juste avant les fêtes, qui fait l’événement : l’autobiographie d’Henry Barraud, compositeur dont on ne joue plus guère les œuvres, et grand patron de la radio (et de la musique à la radio) dans les années qui suivirent la guerre. Il va sans dire que j’ai lu ce document ligne à ligne, document passionnant tant par ce qu’il nous apprend sur cette « Chaîne Nationale », ancêtre de France-Culture, que sur les avatars de l’activité musicale de cette entreprise nommée alors RTF – laquelle deviendra, comme on le sait, l’ORTF, puis Radio France – et de son vaisseau-amiral : l’Orchestre National.</p>

<p class="spip">En effet, Henry Barraud, né en 1900 dans une famille bordelaise particulièrement coincée (c’est l’auteur qui le dit…), vécut, à trois ans près, tout le siècle et, octogénaire, décida de mettre un terme à son activité de compositeur et de raconter sa vie, apparemment sans projet éditorial, seulement pour le plaisir de retrouver ses souvenirs et – peut-on le dire ? – de régler quelques comptes. Ce sont donc ses héritiers qui, treize ans après sa mort, ont autorisé la publication de documents, préservés à la Bibliothèque nationale de France, sous le titre : Un compositeur aux commandes de la Radio.</p>


<p class="spip"><b>Un homme d’autorité</b></p>

<p class="spip">Premier constat : Henry Barraud ne pratique pas la langue de bois, ce qui ne me surprend pas de la part de cet homme autoritaire et sûr du bien-fondé de cette autorité, qui fut mon directeur au début de mon activité radiophonique, et dont je conserve quelques courriers incisifs ; c’était un combattant lucide, omniprésent, je peux en témoigner, adepte de la formule : le pouvoir ne se partage pas. Et la blessure fut vive, le jour où les politiques le « coiffèrent » d’un directeur général dont la compétence musicale était proche du zéro absolu. Portrait de Pierre de Boisdeffre, sous la plume d’Henry Barraud :  « C’était un tout petit bourgeois du XIXème siècle. On le voyait très bien en bonnet de coton, couvert de lainages, prenant un bain de pieds sinapisé dans une pièce de Labiche » ; le bourgeois en question dont, pour ma part et hors compétence musicale, je ne conserve pas un si mauvais souvenir, fut balayé par les événements de mai 68, mais Roland Dhordain, son successeur, dont la disparition récente m’a rempli de tristesse, n’est guère plus épargné… C’était, en somme, une fin de règne nostalgique au goût amer qui éclaire cette formule (page 1.048) : la radio, « cette maison décevante et ingrate ». D’autant plus décevante que, pendant un quart de siècle, Henry Barraud avait eu, au Programme National (où il avait inventé la célèbre série des Entretiens : avec Gide, Claudel, Léautaud, etc.), puis en qualité de Directeur de la Musique, les mains libres.</p>

<p class="spip">Deuxième constat : le poids de l’activité radiophonique dans cette ère pré-télévisuelle, incontournable dans le paysage culturel. Mais, grâce à sa culture particulièrement étendue, sinon très prospective, Barraud fut également l’homme de la situation. Et son autobiographie témoigne en particulier de son appétit pour les arts plastiques. Tous les voyages (et Dieu  sait s’il en fit !) sont ponctués par des visites de musée, longuement consignées.</p>

<p class="spip"><b>Mon orchestre et ma radio</b></p>

<p class="spip">Troisième constat : la musique à la radio, c’est l’Orchestre National, et encore l’Orchestre National, et toujours l’Orchestre National ! Dont il accompagna plusieurs tournées, et notamment la première d’entre elles, aux Etats-Unis, en 1948, en compagnie de Charles Munch, qui, à elle seule, occupe tout un chapitre : soixante-cinq pages savoureuses qui, jour par jour, relate le vrai chemin de croix des pauvres musiciens de l’orchestre aux prises avec un tourneur américain, plus gangster que tourneur.</p>

<p class="spip">L’omniprésence de l’Orchestre National dans les propos d’Henry Barraud est telle que les autres formations dont il avait la charge passent pratiquement à la trappe. Je me souviens du jour où, dans mes fonctions de Directeur de la Musique, j’avais accueilli mon illustre prédécesseur à l’occasion d’un de ses anniversaires (le quatre-vingtième, sans doute) ; il m’interrogea sur les problèmes auxquels j’étais confronté :</p>

<p class="spip">- La rivalité entre les deux orchestres, le National et le Philharmonique !</p>

<p class="spip">- Vous avez de la chance, me répondit-il, moi j’avais dix-sept orchestres…</p>

<p class="spip">Les orchestres de région, en effet, Lille, Lyon, Marseille, Toulouse, etc., et quatre formations parisiennes – le National, le Philharmonique, le Radio-Lyrique et l’Orchestre de chambre. Pauvre Philharmonique, aujourd’hui glorieux, brièvement évoqué à la page 987, à l’occasion du concert pour le soixantième anniversaire d’Henry Barraud, lequel avait eu quelque scrupule à mobiliser son Orchestre National : « J’affectai notre orchestre n° 2, qui s’appelait alors l’Orchestre radio-symphonique, en attendant la promotion qui, quelques années plus tard, le baptiserait Orchestre philharmonique »… Plus cruelle encore, cette réflexion à l’occasion de l’engagement d’un jeune chef américain rencontré à Fort Wayne : « Je crois me souvenir de lui avoir fait conduire une de mes formations secondaires » !</p>

<p class="spip">Et toujours l’adjectif possessif : mon programme, mon orchestre. Il est le directeur, et l’Orchestre National n’a pas d’autre maître. Quel drame le jour où son ami Manuel Rosenthal (« un être de passion », donc excusable) prétendit en être le patron : « A vrai dire, je n’avais jamais pensé que nous fussions un tandem. C’était simplement une de ses chimères. Je l’avais toujours considéré comme le chef de l’ON, non comme son patron ou son propriétaire. Ces deux titres appartenaient à la seule Radiodiffusion française et, par délégation, à son directeur de la musique. » A méditer par Marc-Olivier Dupin, actuel directeur du poste… Autre drame quand Roger Frey, son ministre de tutelle, émit le souhait de confier l’Orchestre National à Maurice Le Roux ; « Maurice Le Roux, écrit Barraud, dont les débuts turbulents dans l’arène musicale ne m’étaient pas inconnus mais dont j’ignorais qu’il fût le filleul de Roger Frey.» Erreur : nés à dix ans d’intervalle, Le Roux et Frey n’étaient que de proches amis…</p>

<p class="spip">Tant d’autres personnages sont évoqués : Olivier Messiaen, dont Barraud n’apprécie visiblement pas la musique, Pierre Boulez qui l’insulta avant d’être apparemment absous, Stravinsky, Darius Milhaud, et quelques musiciens d’avant-guerre, dont certains s’accommodèrent de leur proximité avec l’occupant allemand. Climat d’époque.</p>

<p class="spip"><b>Le retour de Munch</b></p>

<p class="spip">Enfin, Henry Barraud nous entretient avec force détails, et parfois à  la limite de la naïveté, de son métier de compositeur ; longs développements sur les mille péripéties qui ont accompagné  la production de Numance au Palais Garnier, évocation de la 3ème Symphonie, créée par Charles Munch à Boston, « suivie d’un enregistrement du commerce », dit l’auteur. Je le sais bien, l’ayant vécu dans mes brèves fonctions de directeur artistique des disques Véga. C’est au cours d’une réunion du comité artistique, que Maurice Le Roux, qui en était l’un des membres éminents, expliqua qu’enregistrer une œuvre d’Henry Barraud, personnage musical majeur sur la place de Paris, pourrait servir nos intérêts. Je fus chargé de transmettre la proposition, avec l’idée, compte tenu de nos moyens financiers limités, de choisir une pièce soliste, à la rigueur un trio ou un quatuor. C’est alors qu’Henry Barraud me dit : « J’aimerais que vous enregistriez ma 3ème Symphonie » et, sachant que l’entreprise était particulièrement ambitieuse, il ajouta : « Mes relations personnelles devraient nous permettre d’associer Charles Munch à ce projet ». Or, Charles Munch venait de quitter l’Orchestre de Boston et sa compagnie américaine de disques ; une belle image, en somme, pour Véga, d’autant que Munch accepta de graver un de ses tubes sur l’autre face : la deuxième suite de Bacchus et Ariane d’Albert Roussel… Il s’agit, cinquante ans plus tard, alors que la musique de Barraud n’est plus guère d’actualité, d’un des deux seuls disques de sa musique (avec Offrande à une ombre) reporté, sinon disponible, en CD.</p>

<p class="spip"><b>Le seul métier</b></p>

<p class="spip">Cette anecdote illustre la difficulté du double métier de compositeur et d’administrateur musical, tant pratiqué à l’ORTF puis à Radio France à travers le temps. Dans son discours, Barraud est catégorique : « Il m’apparaît tout à fait arbitraire de considérer comme mineur l’exercice premier du seul métier dont je me sois jamais estimé titulaire, c’est-à-dire la composition musicale ».</p>

<p class="spip">Ultime question : Henry Barraud souhaitait-il que cet « essai autobiographique » stoppé, semble-t-il, un peu brutalement, fut publié,? Il affirme, page 989, « Si j’écris des souvenirs à mon propre et seul usage, n’est-ce pas précisément pour me préserver de telle perte de mémoire ou même de conscience, épée de Damoclès au-dessus de la tête de l’homme qui s’obstine à vivre au-delà du temps que la nature consent en principe à lui impartir ? » Dans la préface de l’ouvrage, Jean-Noël Jeanneney, ancien président de Radio France, « ose une hypothèse » : « Il me semble que l’auteur a éprouvé du plaisir à jouer de la sorte à s’abuser lui-même »…</p>

<p class="spip">Je ne voudrais pas terminer ces longs commentaires sur un livre à lire absolument, qui sera soumis dès les prochains jours au jugement du jury du Prix des Muses, sans souligner le formidable travail documentaire réalisé par Myriam Chimènes et Karine Le Bail qui, et c’est plus qu’utile, situent chacun des personnages cités. Je n’ai relevé qu’une seule erreur, au sujet du critique et musicologue Claude Rostand, qui est mort, en effet, en 1970, mais à 58 ans, pas à 68 ans. Bagatelle !..</p>


<p class="spip"><i>Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue Diapason de janvier: « Ce jour-là : 18 mars 1950 »</i></p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_52145</guid>
    <author>Claude Samuel</author>
    <pubDate>Mon, 10 Jan 2011 17:05:51 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[LIVRES]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[De l’harmonie mathématique à l’harmonie mélodique ]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/LIVRES/De-l-harmonie-mathematique-a-l51909</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x425_arton51909.jpg" /><br /><br /><p class="spip">Le bimestriel <b><i>Tangente</i></b>, sur les mathématiques et les arts, publie une version réactualisée de son « hors série bibliothèque »  intitulé, les <i>Maths et la musique</i>. Le point de départ de la réflexion est <b>Pythagore</b> qui pourrait être le fondateur commun des deux disciplines.</p>

<p class="spip"><b>Pythagore</b> a relié le nombre à la musique. Il lança l’idée que le fait que deux sons joués ensemble, simultanément ou l’un après l’autre donnent une impression harmonieuse pouvait s’expliquer «mathématiquement », ou plutôt que musique et nombre étaient intimement liés et que les lois de l’harmonie de l’un se reflétaient dans l’autre, et l’inverse. Ses remarques ont été confirmées par les sciences acoustiques mais n’ont jamais été vraiment utilisées ou employées en Occident à l'époque. Seul les Arabes ont poursuivi ses travaux, relayés entres autres par Aristote, ce qui a fait de leurs bases musicales les plus raffinées du monde. </p>

<p class="spip">Jusqu'à <b>Pythagore</b>, il existait une gamme naturelle qu'on utilisait de façon empirique pour chanter ou pour jouer d'un instrument. Lui a établi les bases de la théorie musicale, la gamme, en même temps que les bases de la physique. C'est lui qui a montré que les intervalles fondamentaux naturels : l'octave, la quinte et la quarte correspondent à des rapports numériques simples. Et c’est à partir de cette base qu’a été développé pendant le Moyen-Age le solfège actuel.</p>

<p class="spip">La musique est sans doute le domaine artistique qui se prête le mieux à une approche mathématique.  <b><i>Maths et musique</i></b> revient sur cette relation pas à pas. Le rythme est une mesure de temps, le terme d’harmonie est utilisé pour les deux disciplines et elle régit des hauteurs de sons, des échelles et des équilibres sonores. Le son a été étudié selon des courbes sinusoïdes.  La musique a ouvert la voie aux proportions et aux fractions d’aujourd’hui. Les compositeurs comme Bach, Haydn et Mozart ont composé suivant des schémas musicaux symétriques. Boulez et Xenakis vont créer leurs œuvres à partir des permutatutions. </p>


<p class="spip"><a href="http://tangente.poleditions.com">Site de Tangente</a> </p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_51909</guid>
    <author>Isabelle Couillens</author>
    <pubDate>Tue, 21 Dec 2010 10:01:23 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[LIVRES]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Michel Houellebecq, un sociologue de prix]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/LIVRES/Michel-Houellebecq-un-sociologue50348</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x259_arton50348.jpg" /><br /><br /><p class="spip">De mémoire de juré du Goncourt, c'est la première fois qu'un sociologue est lauréat. Car <b>Michel Houellebecq</b> est sociologue, au même titre qu'il est ingénieur agronome, informaticien, chanteur... et écrivain. Depuis son premier roman, publié il y a seize ans, <i>Extension du domaine de la lutte</i>, il n'a cessé d'écrire sur la réalité sociale et il excelle dans ce rôle. C'est sans doute pour ce miroir de leur existence, de leur vie professionnelle et de leur vie intime, que les lecteurs ont plébiscité <i><b>La Carte et le territoire</b></i> : 200 000 exemplaires vendus.</p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_192x300_41YL89ajPHL__SL500_AA300_.jpg" /></span></center><br>
<br>
<font  color=black>200 000 exemplaires écoulés en France depuis sa sortie début septembre 2010</font>
</center>
</p></div>

<p class="spip">Sans doute le romancier n'aurait-il pas un tel succès s'il ne visait pas aussi juste. Son hypersensibilité capte les frémissements du monde. Avec d'autres mots, il aboutit aux mêmes conclusions que les médecins des âmes. Ainsi — coïncidence ou air du temps ? — l'état dépressif des personnages de Houellebecq renvoie-t-il directement aux travaux d'Alain Ehrenberg sur <i>La Fatigue d'être soi</i> (Odile Jacob). Lorsque l'anthropologue écrit : "<i>Quel que soit le domaine envisagé (entreprise, école, famille), le monde a changé de règles. [...] chacun doit endurer la charge de s'adapter en permanence à un monde instable, provisoire, fait de flux et de trajectoires en dents de scie</i>", on croit lire le portrait clinique des personnages du roman.</p>

<p class="spip">De <i>L'Extension du domaine de la lutte</i> à <i>La Carte et le territoire</i>, en passant par <i>Les Particules élémentaires</i>, chaque roman de <b>Michel Houellebecq</b> fait écho à un sujet de société : la compétition amoureuse, les états dépressifs, le tourisme sexuel, le développement durable, la préservation de l'environnement... Les historiens du temps présent pourraient retracer en chambre l'évolution récente de la France à partir de ses seuls textes. Leur rapide survol permet d'emblée d'en dégager les futures têtes de chapitres : la saga du Minitel rose, la programmation de Radio Nostalgie, les vertus de la 205 GTI et, quinze ans plus tard, de la Lexus hybride — <b>Houellebecq</b>, ne l'oublions pas, est le meilleur critique automobile français — la révolution de Monoprix, ex-enseigne populaire devenue l'adresse fétiche des bobos, l'art contemporain, les compagnies aériennes low cost...</p>

<p class="spip">La sociologie de <b>Houellebecq</b> est prophétique, voire apocalyptique. <i>Les Particules élémentaires</i> (1998) dessinent un monde fondé sur une humanité clonée et asexuée, selon lui, sans souffrance. Sept ans plus tard, <i>La Possibilité d'une île</i> revient sur ce monde cloné, où le prix à payer pour une éternité apaisée est une insondable mélancolie. Par ses thèmes, plus qu'aucun autre romancier, il attire des commentaires distincts de la critique littéraire. En septembre, Pierre-Antoine Delhommais, éditorialiste économique du <i>Monde</i>, proposait sur le mode humoristique à Nicolas Sarkozy de nommer "<i>ministre de la désindustrialisation</i>" l'écrivain, qui annonce l'avènement de néoruraux pacifistes spécialisés dans la vannerie artisanale. "<i>Balzac</i>, écrit-il, <i>fut le romancier de la rente bourgeoise, Zola, celui de la révolution industrielle, Houellebecq est celui de la fin de l'âge industriel</i>."</p>

<p class="spip">L'air de rien, <b>Michel Houellebecq</b> dessine, livre après livre, un monde futur où la science aura un rôle majeur, dans la lignée de son maître, le philosophe et mathématicien <b>Auguste Comte</b> (1798-1857). A priori, l'auteur des <i>Cours de philosophie positive</i> relève de la catégorie des auteurs rasoirs. À tort. <b>Auguste Comte</b> était un hurluberlu cyclothymique, fasciné par les utopies biomédicales, qui rêvait de vaches supérieures nourries à la viande, de "fécondation spontanée", pour en finir une fois pour toutes avec la sexualité, "<i>le plus perturbateur de tous nos instincts</i>" <small>(1)</small>... L'inventeur du mot "sociologie" ("<i>une physique de la société humaine</i>") n'avait pas annoncé le clonage, mais il avait en magasin tous les matériaux pour écrire un roman... à la Houellebecq.
<br>
<div align=right><b>Emmanuel Hecht</b></div> 
<br>
<br>
<small>(1) <i>La Philosophie de la médecine d'Auguste Comte</i>, par Jean-François Braunstein (PUF)</small><br>
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<br>
<br>
<H2><font color=#c0a778>Extension du territoire</font></H2>
<br></p>

<p class="spip"><b>D'Amsterdam à Pékin, le globe-trotteur Michel Houellebecq est accueilli comme une véritable vedette planétaire.</b>
<br></p>

<p class="spip">" <i>Cette semaine sont tombés le Danemark, le Portugal, la Serbie et la Suède.</i>" Patricia Stansfield, responsable des droits étrangers chez Flammarion, signe à tour de bras les cessions de droits du dernier roman de <b>Michel Houellebecq</b>, en accord avec ce dernier et son agent, François Samuelson. 25, 26, 27... pas un jour ne passe sans qu'une nouvelle offre se concrétise. C'est que, depuis 1998, <b>Michel Houellebecq</b> est entré dans le club très fermé (au coude à coude avec Anna Gavalda) des auteurs français traduits en plus de 30 langues. Même les Etats-Unis (le pays où seuls 3 % des livres publiés sont des traductions) ont payé leur écot, <b>Houellebecq</b> côtoyant dans le catalogue de la maison Knopf les superstars Salman Rushdie et Julian Barnes.</p>

<p class="spip">Alors, Goncourt ou pas, difficile de faire mieux ! En attendant, à la fin octobre, le montant des cessions s'élevait déjà à 1 million d'euros... "<i>Ses éditeurs étrangers sont très fidèles</i>", explique Patricia Stansfield. Une fidélité qui s'explique aussi par les multiples voyages de l'ermite d'Irlande. Alors qu'on le croit reclus devant sa cheminée, <b>Michel Houellebecq</b> baguenaude entre la place Rouge et la muraille de Chine. Invité par toutes les ambassades, l'auteur de <i>Lanzarote</i> et d'<i>Ennemis publics</i> boucle volontiers son balluchon pour aller à la rencontre de ses lecteurs en hébreu ou en serbo-croate. Gros titres dans les journaux, plateaux de télévision, séances de lecture surbookées... Dans chaque pays, le même scénario hollywoodien se reproduit pour accueillir "<i>le plus important écrivain français depuis Camus</i>", comme l'écrit sur son site Random House (lequel, cependant, orne de femmes dénudées toutes les couvertures de sa production houellebecquienne). Quintessence de l'esprit français pour les uns (scandaleux, caustique et cynique), écrivain universel pour les autres, <b>Houellebecq</b>, dont on loue la capacité à raconter le lent déclin du monde occidental, touche toutes les générations et tous les horizons. Zapping de quelques tribulations de <b>Houellebecq</b> le globe-trotteur.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Berlin ou la grande famille</b></big></font></p>

<p class="spip">Près de 200 000 exemplaires des <i>Particules élémentaires</i> vendus, quelque 80 000 pour <i>La Possibilité d'une île</i>... "<i>Publié par Dumont, l'éditeur de Claude Simon, il est sans conteste l'auteur français le plus en vue ici</i>", souligne Tilman Krause, critique littéraire de <i>Die Welt</i>. La <i>Süddeutsche Zeitung</i> ayant publié un article sur <i><b>La Carte et le territoire</b></i> dès septembre, Uli Wittmann, le traducteur de <b>Houellebecq</b>, confie : "<i>Mon éditeur a voulu coller le plus possible à l'événement. Il m'a donné trois mois et demi cette fois-ci, quant à</i> La Possibilité d'une île, <i>il est sorti carrément une semaine avant l'édition française !</i>" Une célérité qui attise l'intérêt du public pour l'homme. "<i>J'ai accompagné Michel dans toutes ses tournées de lectures</i>, raconte Uli. <i>À Berlin, pour</i> Les Particules, <i>nous avions 400 personnes, puis pour les suivants, nous avons "joué" à guichets fermés dans toute l'Allemagne devant 800 personnes, qui, je vous le rappelle, paient pour venir dans ces</i> Literatur-haus. <i>J'ai été frappé par la jeunesse des auditeurs des</i> Particules, <i>des moins de 30 ans qui semblaient se retrouver dans le malaise exprimé par les personnages du roman</i>." Bref, la presse et le public allemands ont pris dès le début très au sérieux Herr <b>Houellebecq</b>, qui se permet, lui, à l'occasion, quelques excentricités : "<i>Il lui est arrivé de venir sur les planches avec son chien sous la table ou de prendre en photo le public assis en face de lui</i>", se souvient, amusé, son traducteur.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Au large d'Amsterdam</b></big></font></p>

<p class="spip">Pas de pitreries aux Pays-Bas, loin de là. "<i>Il répond consciencieusement à toutes les questions des journalistes, même les plus stupides</i>", remarque Martin De Haan, autre traducteur fétiche de <b>Houellebecq</b>, qui a même édité un recueil de tous ses essais et contributions, inexistant en France. "<i>Même s'il ne se situe pas dans la tradition française du beau style, son écriture n'est pas plate, elle cogne</i>, assure Martin De Haan, qui pronostique pour <i><b>La Carte et le territoire</b></i>, publié par De Arbeiderspers, une performance équivalente à celle des <i>Particules</i> — soit 100 000 exemplaires tout compris, un chiffre considérable eu égard au score moyen des succès éditoriaux (20 000 exemplaires) du pays.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Milan, amore mio</b></big></font></p>

<p class="spip">En Italie, on peut connaître <b>Houellebecq</b>, voire en parler, sans l'avoir lu. Sa venue prochaine, à la fin novembre, à Milan et son passage à l'émission phare du journaliste Fabio Fazio, "Che tempo che fa", sur la RAI 3, devraient accentuer le phénomène. Reste que, tous titres confondus, <b>Houellebecq</b> a déjà vendu quelque 200 000 exemplaires dans la Botte. La publication, dès fin septembre, par Bompiani, de <i><b>La Carte et le territoire</b></i> a déclenché une avalanche d'articles, la plupart positifs, dans toute la presse transalpine : Elisabetta Rasy (<i>Il Sole 24 Ore</i>) évoque "<i>l'énergie tenace de cet explorateur anthropologue</i>", tandis qu'<i>Il Foglio</i> loue "<i>la peinture, palpitante d'ironie, féroce à la Flaubert, de l'idiotie du monde, de nos mythes de plastique et de nos rites les plus triviaux</i>".
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Zagreb for ever</b></big></font></p>

<p class="spip">Drazen Katunaric est l'ardent éditeur de Michaux, de Char, d'Artaud, de Quignard et de... <b>Houellebecq</b>. "<i>J'ai tout publié de lui, ses romans, mais aussi ses essais, ses articles, sa poésie</i>, confie le Croate. Evidemment, les ventes, de 2 000 à 4 000 exemplaires, sont à la mesure du marché de notre petit pays de 4 millions d'habitants." Pas une raison suffisante pour refuser l'invitation du directeur de Litteris, en 2006. "<i>Durant une semaine, de Zagreb à Split, il a répondu aux questions les plus dérangeantes de ses lecteurs — sa seule condition était de pouvoir fumer. Ici, le sexe est perçu comme une contestation de la société, or Houellebecq démontre le contraire, c'est ce côté iconoclaste qui passionne les gens</i>." Ou les hérisse.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Moscou, rose de plaisir</b></big></font></p>

<p class="spip">Pour <b>Houellebecq</b>, dorénavant, tous les chemins mènent à Moscou. En 1999, il y est venu lire sa poésie ; en 2006, causer de <i>La Possibilité d'une île</i>, tout en visitant les bâtiments staliniens et les centres commerciaux ; et, en 2007, épaulé par son copain Beigbeder, chercher dans les boîtes branchées et les bars culte des financiers pour l'adaptation cinématographique de l'ouvrage susmentionné. Des passages concluants, tous ses romans, publiés par sa fidèle éditrice Varia Gornostaeva, ayant largement dépassé les 50 000 exemplaires. En 1999, racontent les témoins, l'immense salle du musée Polytechnique était pleine. C'était la première fois depuis quarante ans que la poésie attirait autant de monde. En 2006, la presse acclame l'arrivée de ce "<i>Français scandaleux et provocateur</i>", que l'on compare volontiers à Flaubert, Baudelaire ou Sade, et de son "<i>roman triomphal qui dénonce la société de consommation</i>". Seule la Pravda, qui le traite d'islamophobe, n'a pas succombé à son charme.
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Tel-Aviv, le retour</b></big></font></p>

<p class="spip">Roselyne Déry, responsable du livre à l'Institut français, piaffe d'impatience. "<i>Normalement, Michel Houellebecq devrait venir en avril, lors de la publication par Babel de son dernier roman. L'engouement va grandissant ici, les jeunes générations se reconnaissent dans son authenticité, son individualisme. En cela il est universel</i>." C'est dès 1994, avec <i>Extension du domaine de la lutte</i>, que l'éditeur israélien Sharon Rotbard est tombé sous le charme de cet écrivain, "<i>seul capable d'exprimer le désarroi de l'homme européen</i>".
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>Pékin tombe l'armure</b></big></font></p>

<p class="spip">"<i>Des auteurs comme cela, on en voudrait plus souvent</i>." Quelques mois après la visite (Pékin, Wuhan, Hongkong) d'une semaine de <b>Houellebecq</b>, Elsa Misson, chargée du livre à l'ambassade de France, ne cache pas son plaisir. "<i>On avait axé sa venue sur sa poésie, traduite ici par le grand poète Shu Cai, cela lui a plu, il était adorable</i>." Après <i>Les Particules élémentaires</i> — longtemps censuré par les autorités — en 2000 et <i>La Possibilité d'une île</i>, en 2007, <i><b>La Carte et le territoire</b></i> sera son troisième roman publié en Chine. "<i>Il devrait connaître un grand succès</i>, pronostique Nicolas Idier, l'attaché culturel. <i>Les lecteurs chinois sont sensibles à ses doutes, à ses errances. Et, peut-être aussi, tout comme celle de Robbe-Grillet, l'œuvre de Houellebecq agit-elle, à leurs yeux, comme un miroir de la situation de l'Occident</i>."<br>
<br>
<div align=right><b>Marianne Payot</b>, avec <b>Vanja Luksic</b> (Italie) et <b>Alla Chevelkina</b> (Russie)</div></p>


<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_50348</guid>
    <author>Emmanuel Hecht et Marianne Payot</author>
    <pubDate>Mon, 15 Nov 2010 17:49:48 +0100</pubDate>
    <enclosure url="http://www.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x224_arton50348.jpg" type="image/jpeg"></enclosure>
    <category><![CDATA[LIVRES]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Christian Lacroix, à livres ouverts]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/LIVRES/Christian-Lacroix-a-livres-ouverts50237</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x250_arton50237.jpg" /><br /><br /><p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_50237</guid>
    <author> Anne-Laure Quilleriet</author>
    <pubDate>Mon, 08 Nov 2010 23:00:17 +0100</pubDate>
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    <category><![CDATA[LIVRES]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Boris Vian Un sacre qui fait jazzer]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/LIVRES/Boris-Vian-Un-sacre-qui-fait49625</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x275_arton49625.png" /><br /><br /><p class="spip"><p class="spip">&nbsp;</p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/png_193x316_Vian_Pleiade.png" /></span></center></center><br>
<font color=black><center><small>Sous la direction de Marc Lapprand, avec la collaboration de Christelle Gonzalo et de François Roulmann.<br>
Flammarion - 1376 et 1392 p. <br>
57,50 € le volume. Prix de lancement (jusqu'au 31 janvier 2011) : 50 € le tome</small></center>
<br>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/png_193x316_Vian_vol_1_et_2.png" /></span></center></center><br>
<center><small>Volumes I et II<br>
100 €</small></center>
<br>
<br>
<br>
<big>Un moraliste cher à Caradec</big><br>
<br>
<br>
<I>Entre miens. D'Alphonse Allais à Boris Vian</I>  est une vaste anthologie des écrits de François Caradec (1924-2008), grand spécialiste de l'histoire littéraire, biographe d'Allais et de Lautréamont. 
<br>
<br>
Une quarantaine de pages admirables sont consacrées à son ami : " <i>Boris Vian avait accepté de représenter toute une génération, de prendre à son compte ses joies et ses peines, de s'en faire le moraliste pudique et violent, sans grandes illusions d'ailleurs, mais sans aucun remords ni plus de rancunes.</i>" 
<br>
<br>
On peut y lire aussi la fameuse "préface" qu'il avait écrite pour La Pléiade : sa brièveté, deux pages à peine, ne doit pas surprendre, car elle est bien dans son style lapidaire et sa façon d'écrire d'un jet. Mais on peut comprendre qu'elle n'aurait pas convaincu les éditeurs de La Pléiade... <br>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_192x309_9782081245365.jpg" /></span></center></center>
<center><small>Flammarion - 935 p. - 35 €</small></center></font>
</p></div>
Un "zazou" dans la Pléiade ? Quelle hérésie !, penseront certains... Mais le talent de <b>Boris Vian</b> rallie suffisamment de suffrages pour applaudir la parution de ses œuvres complètes dans la prestigieuse collection — deux tomes qui réunissent romans, nouvelles et scénarios, ainsi qu'un choix d'articles, de chroniques, de conférences et de textes pataphysiques. Un demi-siècle après sa mort prématurée, le 23 juin 1959, à l'âge de 39 ans, l'auteur de <i>J'irai cracher sur vos tombes</i> n'aurait certainement pas craché sur une stèle pareille, qui le fait côtoyer ses écrivains de prédilection — de Proust à Jarry, de Kafka à Marcel Aymé — au panthéon des lettres. La Pléiade, c'est du lourd ! C'est lent, aussi, et souvent compliqué...</p>

<p class="spip">Il y cinq ans, Gallimard, son éditeur historique, et sa veuve, <b>Ursula Vian-Kübler</b> (décédée en janvier dernier), signent le contrat de cette édition tant attendue. Nombreux sont les proches et les admirateurs de l'écrivain "jazzologue" à appeler de leurs vœux une telle consécration. À commencer par l'éditeur <b>Christian Bourgois</b>, l'un de ceux qui avaient réédité <i>L'Ecume des jours</i> en 10/18, lui assurant un succès posthume phénoménal — plus de 2 millions d'exemplaires vendus, 100 000 encore chaque année. C'est que les romans de <b>Vian</b> n'ont jamais trouvé, de son vivant, les faveurs du public. Seuls ses polars, signés <b>Vernon Sullivan</b>, dont <i>J'irai cracher sur vos tombes</i>, paru en 1946, feront un carton, et aussi scandale. Mais l'homme à la trompinette veut être reconnu sous son vrai nom : "<i>Je serai content quand on&nbsp;dira au téléphone V comme Vian.</i>" L'ultime échec de <i>L'Arrache-cœur</i>, en 1953, le désespère et le fait renoncer à la fiction.</p>

<p class="spip">" <i>Pendant des années et des années, Christian Bourgois a insisté auprès d'Antoine Gallimard pour que Vian entre en Pléiade</i> ", souligne <b>Nicole Bertolt</b>, représentante attitrée de la cohérie Vian — qui regroupe ses ayants droit, Michelle Léglise, sa première épouse, son fils aîné, Patrick Vian, et M. d'Déé, président de la Fond'action Boris-Vian. <b>Gallimard</b> traîne des pieds. Pourquoi ?</p>

<p class="spip">D'abord, sans doute, à cause d'un vieux contentieux de 1946 : avant même d'être publié, <i>L'Ecume des jours</i> semble bien parti pour décrocher le prix de La Pléiade, distinction Gallimard par excellence, puisque tous ses jurés sont des auteurs maison. Emballé par le manuscrit, <b>Raymond Queneau</b> assure au jeune auteur que c'est dans la poche. <b>Jean-Paul Sartre</b>, lui aussi membre du jury, est également séduit par le livre qui le ridiculise pourtant sous les traits de Jean-Sol Partre. Las ! les "anti" — <b>Jean Paulhan</b>, qui a retourné sa veste, <b>André Malraux</b>, <b>Camus</b>, notamment — l'emportent, et le prix revient à un recueil de poèmes du vieil abbé Jean Grosjean. <b>Vian</b> est terriblement déçu, effondré. " <i>Il enrage. Le prix lui avait été promis ! Sa confiance en lui est provisoirement meurtrie</i> ", écrit <b>Philippe Boggio</b> dans sa biographie parue en 1993 (le Livre de poche). Le roman est tout de même publié en 1947, et fait un flop. Gallimard, sur les conseils de <b>Jean-Jacques Pauvert</b>, qui commence à rééditer les œuvres complètes de l'auteur de <i>L'Herbe rouge</i> chez Fayard à partir de 1963, cédera volontiers les droits à sa veuve. "<i>La maison Gallimard m'a même demandé comme un service de la débarrasser du stock d'invendus qui lui restaient sur les bras</i> ", rappelait Pauvert au magazine <i>Lire</i> en avril 2009 (<a href="http://qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/PORTRAITS/Gallimard-s-est-debarrasse-de-L26420"><font color=#5eabc1>Lire l'interview</font></a>).</p>

<p class="spip">Même son de cloche de la part de <b>François Caradec</b>, grand ami de <b>Vian</b>, qu'il a connu à la fin de sa vie via le Collège de pataphysique et dont Flammarion publie un formidable recueil de textes (voir l'encadré) : dans un chapitre intitulé "Comment fut sauvée l'œuvre de Boris Vian", les éditions Gallimard n'ont pas vraiment le beau rôle. Reste que ce sont elles qui mettent le projet en œuvre, en juillet 2005. Sur l'insistance d'<b>Ursula Vian-Kübler</b>, il est stipulé dans le contrat que la préface en sera confiée à <b>François Caradec</b>, inlassable artisan de la réhabilitation des écrits de <b>Vian</b>. Gallimard accepte. Mais <b>Caradec</b>, notoirement tatillon, et pour le principe, exige un contrat spécifique. Les mois, les années passent, il ne reçoit rien. Ne demande rien non plus. <b>Ursula Vian-Kübler</b> finit par relancer <b>Antoine Gallimard</b>, qui tarde à réagir. Très malade, <b>François Caradec</b> décède le 13 novembre 2008.</p>

<p class="spip"><b>Ursula Vian-Kübler</b> propose alors le nom de <b>Jean-Jacques Pauvert</b>. Refus poli d'<b>Antoine Gallimard</b> : confier cette préface à un éditeur est une mauvaise idée. "En vérité, <b>Pauvert</b> posait problème pour avoir révélé comment Gallimard s'était débarrassé de <i>L'Ecume des jours</i>", analyse Nicole Bertolt. Or, entre-temps, <b>Caroline Caradec</b> découvre que son défunt mari avait bel et bien écrit un texte très court, avec cette mention annotée au crayon : "Prêt pour la Pléiade". Dans une lettre du 23 juillet 2009, que <i>L'Express</i> s'est procurée, <b>Ursula Vian-Kübler</b> s'empresse d'informer Antoine Gallimard de l'existence de cette préface, qu'elle estime "évident" de voir figurer "en tête de volume comme convenu initialement", et lui enjoint de se la procurer auprès de Caroline Caradec et de "traiter avec elle l'aspect contractuel de la collaboration posthume de <b>François Caradec</b>". Interrogé par <i>L'Express</i>, le directeur de La Pléiade, <b>Hugues Pradier</b>, répond : " <i>Ces deux pages ne nous ont jamais été remises. Nous n'avons pas fait de démarche pour les obtenir. Il suffit d'ouvrir l'un de nos volumes pour constater ce qu'est une préface destinée à La Pléiade.</i>"</p>

<p class="spip"><b>Nicole Bertolt</b> a le sentiment que les éditeurs de cette Pléiade ont quelque peu snobé la cohérie <b>Boris Vian</b>, même si <b>Christelle Gonzalo</b>, son assistante, et le jeune libraire <b>François Roulmann</b> ont été associés au projet à sa demande. Mais comment des "saltimbanques" et des professionnels, comment un groupe mû par l'affectivité et une maison d'édition confrontée à des exigences techniques et commerciales pourraient-ils trouver un terrain d'entente ? Le choc des cultures est trop fort. Et <b>Boris Vian</b> lui-même, par ses contradictions, n'a rien fait pour l'atténuer. Comme l'écrit <b>Marc Lapprand</b> dans son introduction : "<i>Voulant par-dessus tout entrer dans le monde littéraire, de préférence par la grande porte (Gallimard, le prix de la Pléiade)</i>" et "<i>auteur d'une œuvre qui reste résolument en deçà de ce monde "officiel" de la littérature dans ce qu'il a de plus sérieux et intellectuel</i>", Vian "<i>assume une position délicate, voire intenable</i>".</p>

<p class="spip">Lire les articles <a href="http://qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/PORTRAITS/Boris-Vian-merite-t-il-d-entrer-en26422"><font color=#5eabc1>Boris Vian mérite-t-il d’entrer en Pléiade ?</font></a>, <a href="http://www.qobuz.com/info/98-IMPORTS-A-RETRAITER/Non-affectes/La-Veritable-histoire-de-Vernon26419"><font color=#5eabc1><i>La Véritable histoire de Vernon Sullivan</i></font></a>, <a href="http://qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/PORTRAITS/La-Comete-Vian26418"><font color=#5eabc1><i>La Comète Vian</i></font></a> et <a href="http://qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/PORTRAITS/Les-Miscellanees-de-monsieur-Vian26423"><font color=#5eabc1><i>Les Miscellanées de Monsieur Vian</I></font></a>.</p>


<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_49625</guid>
    <author> Delphine Peras</author>
    <pubDate>Mon, 25 Oct 2010 15:18:11 +0200</pubDate>
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    <category><![CDATA[LIVRES]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Houellebecq à la conquête des cœurs avec La carte et le territoire]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/Romans-francais/Houellebecq-a-la-conquete-des48300</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x265_arton48300.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><i><b>La Carte et le territoire</b></i>, le dernier roman de <b>Michel Houellebecq</b>, est salué par un véritable concert de louanges.  </p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_191x300_41vCA41r0OL__SL500_AA300_.jpg" /></span></center></center></p></div>

<p class="spip">Pour <b>Frédéric Beigbeder</b>, dans <i>Lire</i>, "un chef-d'œuvre dont on n'a pas fini d'explorer tous les recoins".</p>

<p class="spip">Pour <b>Raphaëlle Rérolle</b>, dans <i>Le Monde</i>, "un récit d'une force, d'un humour, et d'une inventivité évidents."   </p>

<p class="spip">Pour <b>Claire Devarrieux</b> dans <i>Libération</i>, un roman "épatant".   </p>

<p class="spip">Pour <b>Bernard Pivot</b>, dans le <i>Journal du dimanche</i>, "une œuvre majeure qui fait honneur à la littérature".   </p>

<p class="spip">Pour <b>Nathalie Crom</b> de <i>Télérama</i>, "sans doute son livre le plus accompli".   </p>

<p class="spip">Pour <b>Christophe Ono-dit-Biot</b> dans <i>Le Point</i>, "un livre inépuisable au regard", qui "rappelle Mallarmé".   </p>

<p class="spip"><b>Gilles Martin-Chauffier</b>, dans <i>Paris Match</i>, en "tombe d'admiration."   </p>

<p class="spip"><b>Michel Houellebecq</b> fait la Une des <i>Inrockuptibles</i>, où on le dit "toujours plus fort". Canal+, TF1, France2, France5, Public Sénat, Europe1, l'écrivain est sur toutes les radios, toutes les télés. France d'en haut, France d'en bas, France de droite et de gauche lui font la fête. Le destin de son héros Jed Martin, que sa glorieuse réussite artistique n'empêche pas d'être inexorablement aspiré vers le néant, est minutieusement disséqué pour ses enseignements esthétiques, historiques et moraux. A-t-on déjà vu chef-d'œuvre plus consensuel ? Il ne lui manque plus que le prix Goncourt. Et encore. Depuis le rendez-vous raté de 1998 pour [le prix fut attribué à Paule Constant et non à son livre <i>Les particules élémentaires</i>], n'est-ce pas plutôt lui qui manque au Goncourt ?   </p>

<p class="spip">Pour trouver des défauts au <b>Houellebecq</b> 2010, il faut se lever très tôt. Emmanuel Hecht, dans <i>L'Express</i>, le trouve "aseptisé". Jean-Luc Porquet, au <i>Canard Enchaîné</i>, n'y trouve "rien de bien intéressant".   </p>

<p class="spip">Il y a bien eu quelques chercheurs de poux pour lui reprocher ses emprunts à Wikipédia, ou un titre qui aurait déjà été utilisé. Rien qui puisse arrêter son succès. Rien à voir avec les polémiques qui avaient suivi <i>Les Particules élémentaires</i>, <i>Plateforme</i> ou <i>La possibilité d'une île</i>. Il est loin le temps où il se décrivait avec Bernard-Henri Lévy comme objet de la vindicte publique.   </p>

<p class="spip">Le succès de librairie est au rendez-vous. Alors que le livre n'est disponible que depuis une dizaine de jours, il s'en est vendu plus de 22000 exemplaires. <i><b>La carte et le territoire</b></i>, un chef d'œuvre indiscutable, reconnu tant par la critique que par le public ? Si vous venez de le lire, donnez-nous votre avis dans les commentaires à cet article.   
   </p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_48300</guid>
    <author>Laurent Martinet</author>
    <pubDate>Thu, 16 Sep 2010 19:03:04 +0200</pubDate>
    <enclosure url="http://www.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x224_arton48300.jpg" type="image/jpeg"></enclosure>
    <category><![CDATA[Romans français]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Un roman ambitieux de Philippe Forest]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/LIVRES/Philippe-Forest-plume-celeste46848</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x248_arton46848.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><p class="spip">&nbsp;</p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><span class="spip_documents spip_documents_left"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_158x220_alpha6eme10GI.jpg" /></span>&nbsp;<b>Jean Forest</b> <br>
&nbsp;(1921-1998)
<br>
<br>
<br>
<br>
&nbsp;Père de <br>
&nbsp;Philippe, <br>
&nbsp;il fut pilote de <br>
&nbsp;Boeing 747<br>
&nbsp;à Air France.<br> 
<br>
<br>
<br>
&nbsp;Photographié <br>
&nbsp;ici vers 1943.
<br>
<br>
<br>
<br>
<font color=black><big><b>Philippe Forest</b> <br>
Double vie</big></p>


<p class="spip">Philippe Forest a une prédilection pour deux villes, Paris, où il vit, et Nantes, où il enseigne, à l'université. Il se frotte à deux genres d'écrits, le roman et l'essai. Il a deux éditeurs, l'un, parisien, plutôt pour la fiction, mais sans exclusive (Gallimard), l'autre, nantais, pour son travail théorique, les éditions Cécile Defaut, qui publient <i>La Beauté du contresens et autres essais sur la littérature japonaise</i>, <I>De Tel Quel à L'Infini, Le Roman infanticide : Dostoïevski, Faulkner, Camus, essais sur la littérature et le deuil...</I> Il jongle entre l'écriture minimaliste de ses premiers romans (<I>L'Enfant éternel</I>, <I>Sarinagara</I>) et celle, ample, enveloppante, de son ultime avatar, l'épopée du <i>Siècle des nuages</i>. </p>

<p class="spip">Professeur de lettres atypique, il est passé par Sciences po plutôt que par Normale sup et l'agrégation. Lecteur, puis maître de conférences en Grande-Bretagne, il s'est pris d'une passion pour la littérature française d'avant-garde — capable "d'une triple révolution, politique, poétique, théorique" — Breton, les surréalistes, Bataille, <I>Tel Quel...</I> Il a fait sa thèse sur Philippe Sollers, maître d'œuvre de la revue, puis il lui a consacré un livre. Cette inclination ne lui interdit nullement de participer à l'édition dans La Pléiade d'un auteur aussi classique qu'Aragon. Ni de fréquenter des écrivains aussi divers que Gustave Flaubert, Pascal Quignard, Pierre Guyotat...</p>

<p class="spip">Philippe Forest a un faux air de Janus. Il invoque volontiers, mi-figue mi-raisin, sa naissance sous le signe des gémeaux, "<i>avec pour patron Mercure, le dieu volant aux sandales ailées, celui des voleurs et des voyageurs, le messager passant les frontières entre les hommes et conduisant les mourants jusqu'au lieu de leur dernier séjour</i>". Mais la maturité semble lui conseiller l'unité. "<i>La frontière entre mes romans et mes essais est de plus en plus mince</i>." 
<br>
<div align=right>Emmanuel Hecht</div>
<br>
<br>
<br>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_243x360_9782070129867.jpg" /></span></center></center>
<br>
<center>Gallimard - 556 p. - 21,20 €</center></p></div>
<big>Philippe Forest, Fils céleste</big>
<br></p>

<p class="spip"><b>Philippe Forest</b> (48 ans) est l'inventeur d'un genre, l'écriture looping, succession de longues phrases en boucle, comme autant d'acrobaties stylistiques. Il écrit sur l'aile, pique, remet les gaz à chaque décrochage pour lancer une nouvelle figure par une formule inhabituelle : "<i>Si bien que</i>", "<i>Ou bien :</i>". Il y a un souffle à la Faulkner chez cet écrivain français cousin de Bernard Clavel. Au maître sudiste reconnaissant, il rend d'ailleurs hommage, évoquant ses premiers romans sur les pionniers de l'aviation, <i>Sartoris et Soldier's Pay</i>. Il rappelle, dans la foulée, les talents d'imposteur de celui qui défilait en uniforme d'aviateur dans les rues d'Oxford, simulant une claudication, séquelle, jurait-il, de blessures de guerre.</p>

<p class="spip">Il est beaucoup question d'aviation dans <i><b>Le Siècle des nuages</b></i> — superbe titre emprunté à un vers de Guillaume Apollinaire — l'un des romans les plus ambitieux de cette rentrée littéraire. <b>Philippe Forest</b> ausculte une existence portée par une épopée, la conquête des airs : celle de son père, pilote de Boeing 747 à Air France, né en 1921, mort "<i>par hasard, comme tout le monde</i>", le 26 novembre 1998. Mais c'est aussi l'histoire du terrible XXe siècle que le romancier reconstitue, à la manière d'un puzzle, à partir de la vie de ce "<i>tout jeune homme amoureux du ciel, dont la traversée du ciel eut la particularité de se dérouler tandis qu'éclataient un peu partout dans le monde les mêmes orages d'acier</i>".</p>

<p class="spip">Il y a une vingtaine d'années, en parcourant le musée de l'Air de Duxford, <b>Forest</b> était tombé en arrêt devant un Short Empire de l'Imperial Airways qui reliait avant-guerre le Royaume-Uni au Caire, à Bombay, à Sydney. Faute d'une autonomie suffisante, l'appareil devait faire escale à Mâcon, le berceau familial — ses grands-parents paternels y tenaient un magasin de confiseries (bonbons et dragées) baptisé Les Fiançailles et ses grands-parents maternels, une librairie. En 1937, un avion de ce type s'était écrasé contre les monts du Beaujolais. Les parents de l'auteur étaient encore de jeunes gens, mais ils avaient forcément été témoins de ce drame. La coïncidence avait frappé le visiteur. Lorsqu'il lui vint, quelques années plus tard, l'idée d'écrire une histoire de l'aviation, la partie familiale, autobiographique, s'imposa jour après jour et son père, "il" dans le récit, en devint le personnage central.</p>

<p class="spip">De ce père, qui donnait l'impression de "<i>n'être jamais là, ni pour longtemps, ni pour de bon</i>", il n'a jamais su grand-chose. Sinon que, tout jeune homme déjà, il fut un "<i>amoureux du ciel</i>" et que, vieillissant, il constatait le "<i>naufrage d'avoir vécu</i>". Le fils n'aura de cesse de chercher dans cette existence mutique le "<i>détail singulier</i>", le "<i>rosebud</i>", la vérité profonde de cet être d'une autre époque, "<i>démodé</i>", catholique et conservateur de conviction, républicain de raison.</p>

<p class="spip"><i><b>Le Siècle des nuages</b></i> est une enquête en neuf chapitres, neuf dates susceptibles de reconstituer cette vie, chaque fois à partir d'hypothèses ("<i>Ou bien :</i>"). La première de ces dates — le 17 décembre 1903 — est bien antérieure à la naissance du père. Mais elle marque la naissance de l'aviation, qui fut toute sa vie. Ce jour-là, des dunes de Caroline du Nord, un petit appareil, le Flyer I, quittait le sol pendant cinquante-neuf secondes et parcourait 260 mètres... Tout au long de ces 500 pages défile un chapelet d'années : 1921, naissance ; 1942, début des études à l'Institut agronomique, à Alger ; 1943, apprentissage du pilotage dans l'US Air Force ; 1945, mariage puis entrée à Air France... D'évidence, ces dates se télescopent avec celles retenues par la grande Histoire — le 17 juin 1940, la veille de l'appel du général de Gaulle, à Londres, les Mâconnais subissent le bombardement de la gare par les stukas ; le 12 juillet 1942, quatre jours avant la rafle du Vél' d'Hiv, deux jeunes gens séparés par l'Occupation se fiancent...
<br></p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><big><b>« Je déteste la bonne conscience avec laquelle on écrit l'histoire après coup »</b></big></font></p>

<p class="spip"><b>Philippe Forest</b> restitue la guerre avec une grande finesse, privilégiant les débats intérieurs d'individus dépassés par les événements aux certitudes reconstruites. "<i>Je le dois à mon père qui fut exemplaire de l'hésitation de tant de Français</i>", explique-t-il à <i>L'Express</i>. Ce père eut en outre la bonne idée de tenir un journal intime au moment du débarquement américain en Afrique du Nord (8 novembre 1942). "<i>C'est là que j'ai compris beaucoup de choses. Ce paradoxe, par exemple : pour s'engager du côté des Alliés, il a fallu à beaucoup de Français la bénédiction de l'amiral Darlan, jusqu'ici dauphin de Pétain</i>." <i><b>Le Siècle des nuages</b></i> est tout en nuances et demi-teintes. "<i>Je déteste les règlements de comptes, la bonne conscience avec laquelle on écrit après coup les romans historiques</i>." Qu'il s'agisse d'aéronautique, de logistique, d'histoire politique, le souci du détail est la règle. "<i>Les ressources d'Internet !</i>" affirme le fils du pilote, qui ne connaissait de l'aviation que les bâtiments de l'armée de l'air, où il a fait son service militaire comme "rampant" (chargé ensuite des discours du ministre Charles Hernu, mais celui-ci étant trop occupé par l'affaire du <i>Rainbow Warrior</i>, le jeune appelé n'eut guère l'occasion d'exercer ses talents).</p>

<p class="spip"><i><b>Le Siècle des nuages</b></i> serait-il le livre le plus apaisé de <b>Philippe Forest</b> ? On le croit, on l'espère, jusqu'au dernier tiers. Mais, inexorablement, l'écrivain bute sur la "<i>perte de l'enfant</i>". De là tout procède, de "<i>cette expérience à laquelle on ne peut pas donner de sens et sur laquelle viennent se briser toutes les certitudes</i>". <b>Philippe Forest</b>, rappelons-le, a perdu sa petite fille de 4 ans, Pauline, rongée par la maladie. Juste après sa mort, il est entré en littérature comme d'autres en religion, déversant son chagrin dans ses deux premiers romans, <i>L'Enfant éternel</i> (1997) et <i>Toute la nuit</i> (1999). Il a publié depuis une douzaine de livres. Chaque nouveau titre est une reprise du précédent, sous un autre angle. La littérature, il l'a répété, est un <i>pharmakon</i>, un poison et un antidote. Ou bien, écrirait-il : "<i>L'écriture est le sentiment d'un échec à dire le réel ; alors on continue à écrire, sans relâche</i>." Le bouleversant <i><b>Siècle des nuages</b></i> n'est pas son dernier livre, c'est une évidence. Et une bonne nouvelle. La littérature puise sa force dans le malheur des hommes.
<br>
<div align=right><b>Emmanuel Hecht</b></div></p>


<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_46848</guid>
    <author>Emmanuel Hecht</author>
    <pubDate>Fri, 10 Sep 2010 23:54:02 +0200</pubDate>
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    <category><![CDATA[LIVRES]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Algérie L'or noir du pouvoir]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/LIVRES/Algerie-L-or-noir-du-pouvoir47357</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x304_arton47357.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><p class="spip">&nbsp;</p>
"<i>L'Algérie est malade de ses dirigeants, pas de son pétrole</i>", écrit <b>Hocine Malti</b>. Cet ancien dirigeant de la Sonatrach (la société nationale d'hydrocarbures) est l'auteur d'une passionnante <I>Histoire secrète du pétrole algérien</I>. Il y raconte comment, au fil des ans, l'Algérie indépendante a sécrété une oligarchie qui a confisqué, grâce à de juteuses commissions, la richesse pétrolière du pays et s'est arrogé un quasi-monopole sur les importations. L'auteur montre aussi comment, dans le pays, les campagnes périodiquement orchestrées contre la corruption ne sont que l'expression de luttes de clans qui surgissent au sein de la caste dirigeante. 
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La capture de la rente pétrolière par les dirigeants issus de la guerre d'indépendance explique pour une large part la faiblesse de la performance économique nationale. Pour <b>Hocine Malti</b>, le pillage a réellement commencé en 1979, après la mort de <b>Houari Boumediene</b>, sous la présidence de <b>Chadli Benjedid</b> et sous la houlette de son conseiller, le colonel <b>Larbi Belkheir</b>. Spécialiste de l'Algérie, l'universitaire <b>Luis Martinez</b>, en convient, en évoquant une "<i>stratégie collective d'enrichissement</i>" de la part de la nouvelle bourgeoisie, exacerbée à partir de 1986 par la chute des cours du pétrole. Il n'en porte pas moins un regard plus sévère sur les années Boumediene. Dès le début des années 1970, la "<i>famille révolutionnaire</i>" est convaincue, écrit-il, que l'"<i>Algérie c'est elle</i>" et que "<i>ses richesses sont les siennes</i>". Résultat : la consommation repose presque intégralement sur l'importation — source de corruption — et le chômage ne cesse de croître. 	</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_47357</guid>
    <author>Dominique Lagarde</author>
    <pubDate>Fri, 10 Sep 2010 22:40:53 +0200</pubDate>
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    <category><![CDATA[LIVRES]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Didier van Cauwelaert « Je suis un romancier de la reconstruction »]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/Portraits-et-Entretiens/Didier-van-Cauwelaert-Je-suis-un46641</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x269_arton46641.jpg" /><br /><br /><p class="spip">Il vient de publier son nouveau roman, <i>Les témoins de la mariée</i>, a mis le point final à une pièce de théâtre, Le rattachement, et achève la lecture de la dernière version du scénario de <i>Hors de moi</i>, dont le tournage débutera en septembre avec Liam Neeson et Diane Kruger. <i><b>Les témoins de la mariée</b></i> est l'étonnante histoire d'une amitié où la manipulation et l'amour se font la course. <i><b>Le rattachement</b></i> (mis en scène par Daniel Baroin, avec Mélanie Doutey, Alexandra Lamy et Samuel Labarthe) a été joué à Nice en juin, avant, parions-le, de monter à Paris et de partir en tournée. La pièce raconte le rattachement de Nice à la France, voulu par Napoléon III au prix d'un conflit avec l'impératrice Eugénie. Enfin, le rattachement... l'attachement, plutôt, de Napoléon III pour cette ville qui verra naître, en 1960, <b>Didier van Cauwelaert</b>. Un roman et une pièce qui résument bien l'univers de cet écrivain grave et léger, fantaisiste et burlesque. Imaginez, en effet, qu'avant de naître, on soumette un projet de vie comme on dépose un plan de vol et qu'une sorte de fonctionnaire examine, modifie ou bloque ce projet tant qu'il ne lui paraît pas convaincant. Imaginez que ce projet soit celui de Napoléon III... 
<br></p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><H2><center><font color=white>DIDIER VAN CAUWELAERT</font></center></H2>
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<center><big><i>« Pour moi, la littérature doit traiter les sujets les plus graves avec la plus grande légèreté. L'apesanteur est indissociable de la profondeur de l'expression. »
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« Je ne cherche pas à écrire des livres utiles mais à faire du bien dans les moments les plus insupportables de l'existence. C'est pour cela que je suis un romancier de la reconstruction. »</i>
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◆</big></center>
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<font color=black>Né en 1960, Didier van Cauwelaert a obtenu le <b>prix Goncourt</b> en 1994 pour <i>Un aller simple</i>, le <b>prix du Théâtre de l'Académie française</b> pour <i>L'astronome</i> (1983), le <b>prix Marcel-Pagnol</b> et le <b>prix Nice Baie des Anges</b> pour <i>Le père adopté</i> (2007).
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<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_245x358_Temoins_de_la_mariee.jpg" /></span></center></center>
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<center><font color=red>★★★</font> <br>
Albin Michel<br>
248 p. - 19 €</center>
</p></div>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Comment êtes-vous devenu écrivain ?</b></font><br>
— En apprenant à écrire. À l'école. À l'âge de sept ans. Là, j'ai découvert que les mots servaient à raconter des histoires. Mais ce n'est pas la lecture qui m'a interpellé, c'est, plus que toute autre chose, le contact entre le papier, le stylo et le mot. Cette découverte fut déterminante. De l'ordre de la révélation.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Dans un récit autobiographique, <i>Le père adopté</i>, vous racontez que vous vous livriez à de nombreuses "mystifications". Lesquelles ?</b></font><br>
— Enfant, j'étais un rêveur lucide. Mais dans la cour de récréation, avec mon nom et ma tête de Flamand, je n'étais pour les autres écoliers qu'un métèque à qui on cassait la figure. Jusqu'au jour où je me suis mis à raconter des histoires. J'ai alors découvert que l'imaginaire pouvait arrêter la violence. Je me faisais passer pour plus flamand que je n'étais, apprenant seul la langue de Brel, et pour plus niçois que je n'étais. Tout à coup, ceux qui me battaient se sont mis à aimer les histoires que je leur racontais — plus invraisemblables les unes que les autres, je l'admets. Je suis devenu leur héros. Je n'ai aucun besoin d'être aimé — mon ego n'est pas dans ma personne, mais dans mes créations. Mais, tout à coup, devant ces gosses qui hier me détestaient et me frappaient et aujourd'hui m'écoutaient et m'aimaient, je me sentais nécessaire. Ça m'a donné envie d'aller vers les autres. Et de raconter encore. Et puis, il y avait un côté démiurge : j'étais le metteur en scène de mes histoires. Dès cette époque, je me suis mis à romancer ma vie. Ainsi je faisais de mon père, paralysé, un héros sacrifié. Je jouais, j'habitais des personnages. Je voulais savoir jusqu'où on peut être cru. Très vite, au lieu de me contenter de raconter des histoires, je les ai écrites, sur des cahiers Vivalfa, comme des romans, avec la ferme intention de les faire publier chez Gallimard !</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous avez publié votre premier roman à 22 ans. C'est ce que l'on appelle des débuts fulgurants...</b></font><br>
— Vous plaisantez ! Ce premier roman publié est au moins le dixième écrit et refusé... À 22 ans, je sortais d'une terrible traversée du désert. Entre 7 et 22 ans, je n'ai pas cessé d'écrire et j'ai été refusé par tous les éditeurs. Je recevais jusqu'à une demi-douzaine de refus par mois... [<i>Il se lève, se dirige vers une armoire, l'ouvre. À l'intérieur, des classeurs petit format dont il tourne les pages, écrites à l'encre bleue</i>.] Voilà, j'ai conservé ces manuscrits que, bien sûr, je ne publierai jamais... Encore que... <i>La vie interdite</i> [<i>NDLR : publiée en 1997</i>], je l'ai commencée à l'âge de 15 ans. Le lendemain de l'attribution du Goncourt pour <i>Un aller simple</i>, en 1994, je me suis dit que j'avais enfin les moyens de me consacrer à cette histoire et j'ai réécrit entièrement ce livre qui reste l'une de mes plus importantes aventures d'écriture.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Vous avez obtenu le prix Goncourt à 34 ans. Qu'est-ce que cela change d'être consacré si jeune ?</b></font><br>
— Rien. Avant de l'obtenir, j'avais acheté la maison et la voiture dont je rêvais... Je vivais au-dessus de mes moyens. Je n'ai donc pas eu à changer de vie... C'est peut-être pour cela, aussi, que la tête ne m'a pas tourné. Quant à l'écriture, ça ne change rien non plus. Je n'ai jamais arrêté d'écrire et, une fois le Goncourt en poche, je n'y ai pas plus pensé qu'avant de l'obtenir.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>En revanche, vous étiez obsédé par l'Académie française...</b></font><br>
— En classe de cinquième, un sujet de rédaction fut : "Faites la parodie d'un discours officiel." J'avais donc écrit le discours de réception de San-Antonio à l'Académie française... C'est mon père, surtout, qui, lorsqu'il a vu que j'écrivais et que j'avais bien l'intention d'exercer ce métier, m'a poussé vers l'Académie française. Je me suis présenté en 2009 et je n'ai pas été élu. Mais, si j'avais été élu, ce n'aurait été en aucun cas une consécration. Plutôt un travail en plus... Longtemps, j'ai été pressé de poser ma candidature par des académiciens que j'admirais énormément : le professeur Jean Bernard, Maurice Schumann (qui m'a donné mon premier prix pour mon premier livre au Salon de Nice et parlait de moi dans son discours comme si j'étais mort...). L'année dernière, je l'ai fait parce qu'il y a à l'Académie française des écrivains qui comptent énormément pour moi comme Michel Déon ou Félicien Marceau, amis de longue date, ou encore Maurice Druon ou Frédéric Vitoux. Je ne sais pas dire non. Mais si je me suis présenté, c'est surtout par militantisme pour la langue française.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Pourquoi écrivez-vous ?</b></font><br>
— Demandez à un arbre pourquoi lui poussent des feuilles ou à un homme pourquoi il respire. J'écris. Tout le temps. Depuis toujours. Je suis tout le temps en train d'agiter des phrases dans ma tête, d'écouter ce que les gens disent. L'écriture est une mise en mouvement perpétuel des choses que je vois et que je ressens. Il n'y a aucune épreuve de ma vie dont je voudrais faire l'économie car j'ai cet immense privilège qu'ont les écrivains de ne pas seulement subir, mais de transformer. J'adore cette phrase de Montherlant qui disait : j'aimerais qu'il y ait un Dieu pour le remercier de m'avoir donné, en tant qu'homme, suffisamment de bonheur pour tenter de le transmettre, et, en tant qu'écrivain, pour pouvoir bien parler de la souffrance dans mes romans... Je suis un romancier de la reconstruction et de l'air du temps — même si ce dernier est difficilement respirable.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>C'est quoi, un "romancier de la reconstruction" ?</b></font><br>
— Quelqu'un qui se reconstruit lui-même en reconstruisant les autres. Je ne suis pas un écrivain de type méditatif ou platonique. Je ne sais pas faire de bilans. J'ai besoin de l'action, de la fiction, de questionner le monde à travers mes personnages. C'est là que je trouve ma jubilation.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Quelle est votre conception du théâtre ?</b></font><br>
— C'est d'abord un travail collectif. J'aime partager une création commune. Le théâtre, c'est les vraies amitiés et les vraies amours. Tout à coup, on réenchante la réalité. J'ai écrit du théâtre parce qu'un prof de grec m'avait fait lire Aristophane et j'ai découvert le plaisir formidable de ces textes où l'humour et la parodie sont aussi extraordinaires que la langue. Et quelle modernité ! Sa vision des femmes, de la politique, de l'hypocrisie, des fausses valeurs est totalement moderne. Il y a, au théâtre, un côté charnel du langage qui me plaît beaucoup : on est dans la sensation, pas dans l'intellectualisation et le commentaire. L'aspect péremptoire, faussement humble, du commentaire composé ne suffit pas à rendre la vérité d'un texte. Or le théâtre pose les vraies questions : pourquoi est-ce émouvant ? Pourquoi est-ce drôle ? Mais c'est là ma conception de toute forme de lecture : entrer dans le texte, chercher l'émotion que l'écrivain a voulu transmettre, et non se demander "ce qu'a voulu dire l'auteur" et regarder le texte depuis un mirador.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Comment naît un roman de Didier van Cauwelaert ?</b></font><br>
— Si je le savais ! Cela peut jaillir ou bien mettre vingt-cinq ans à émerger. Souvent, mes romans naissent d'une insatisfaction, d'une volonté d'avoir une seconde chance. <i>Cheyenne</i>, par exemple, est un livre de rattrapage. Le dernier, <i>Les témoins de la mariée</i>, aussi. Des idées de roman, j'en ai des tonnes. Mais ça ne suffit pas, une idée. Il faut qu'elle fasse vibrer une corde dans une histoire. Je n'écris que lorsque je ne peux pas faire autrement. La seule chose qui est invariable, c'est la première phrase : il faut que j'aie la première phrase, ensuite le reste suit, même si la trajectoire dévie.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Faites-vous un plan ?</b></font><br>
— J'ai besoin de me raconter l'histoire que je vais écrire. Je prends des notes qui composent un plan mais un peu à la manière du plan d'une ville inconnue que l'on dessinerait. En fait, mon plan est une incitation à la liberté : pour être vraiment libre, il faut une base dont on s'affranchit. Pour sortir de la route, il faut qu'il y ait une route ! C'est à cela que sert un plan. À être quitté. Et puis, la plupart du temps, mes personnages se rebellent contre ce plan. C'est là que leur vérité s'exprime.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Comment écrivez-vous ?</b></font><br>
— Toujours de la même manière : à la main, sur des pages blanches de format A4. Il y a des notes partout. Je tiens absolument à cette partie bordélique. Je ne compte jamais mes pages.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Quelle est votre discipline ?</b></font><br>
— Je n'en ai pas. Plutôt que de discipline, parlons de fonctionnement idéal. Je me réveille le matin à 5 h 28. Je prends un thé vert et des biscuits et je me mets au travail. Pour me réveiller, je mets parfois de la musique. Verdi, par exemple. Quelque chose qui pulse. Ou bien Brel ou Brassens, le temps d'un café. Parfois, je me réveille avec une phrase et là je n'ai le temps ni d'un café ni d'un thé ni de Brel ni de Verdi : je me mets à écrire. Je peux travailler pendant trois heures, ou bien quinze heures d'affilée. Je ne me limite pas. Souvent, je pars faire du vélo dans la forêt, j'ai des notes avec moi, je suis sur la lancée de l'écriture du matin, je partage mes mots avec les arbres et les odeurs de la forêt, ce qui me procure des sensations incroyables. Pas de téléphone. Pas de distractions. La moindre interruption est dramatique. Et puis, j'essaie de négocier avec le Grand Ennemi : la digestion. Je déjeune le plus tard possible, pour avoir le temps d'écrire le plus longtemps possible.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>À 50 ans, déjà plus de quarante ans d'écriture... Aucune usure ?</b></font><br>
— Aucune. Chaque livre est différent. À chaque moment d'écriture, je suis à la fois le roi du monde et nu. J'ai évolué, mais je n'ai pas changé.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Qui sont vos maîtres ?</b></font><br>
— Stendhal et Nerval. Lautréamont aussi. À un moment donné, ça a déteint. Les émotions que je prenais chez eux venaient parasiter les miennes. Ayant commencé à écrire à sept ans, j'avais construit mon écriture avant de connaître les écrivains que j'ai aimés. Ainsi, quand j'ai découvert mes grands maîtres (Marcel Aymé, Romain Gary, Diderot...), j'ai eu la confirmation de ce que je savais déjà intuitivement. Et avec Stendhal et Nerval, que j'ai tout autant adorés, alors là ce fut un choc : les émotions qu'ils suscitaient en moi étaient contradictoires avec celles que suscitaient les autres et qui étaient, elles, conformes à mes propres émotions. Quand j'ai essayé d'intégrer les émotions que me fournissaient Stendhal, Nerval ou Lautréamont à mon écriture, j'ai écrit des nullités. Alors que les émotions que me procuraient Aristophane, Marcel Aymé ou Frédéric Dard se mêlaient à mon univers romanesque de façon harmonieuse.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Quels écrivains vous ont marqué par leurs conseils ?</b></font><br>
— J'ai déjà cité Montherlant. J'ajouterai Jean Cocteau. Tout le monde devrait lire et relire <i>Thomas l'imposteur</i>, modèle de précision et de réalisme des sentiments dans leur folie absurde. Personne n'a parlé de la Première Guerre mondiale comme lui. Avec Cocteau, j'ai appris que la véritable émotion est celle qui coexiste avec la vie qui continue. Que faire lorsque la vie devient insupportable ? Le clown. Roberto Benigni apporte la même réponse dans son film, <i>La vie est belle</i>. Le clown, le fou, le dandy : ce qui permet de rester un homme dans une situation qui nous pousse vers la bestialité.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>L'écriture est-elle un plaisir ou une souffrance ?</b></font><br>
— Plaisir de se faire mal et de faire quelque chose avec la souffrance. Mais plutôt que plaisir et souffrance, je dirais jubilation et difficultés. J'ai remarqué que les journées bien pourries — je parle de celles où tout marche à l'envers et où l'on n'arrive à rien de bon — sont généralement le prélude à des journées formidables.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>L'expérience permet-elle de devenir un meilleur styliste ?</b></font><br>
— L'écriture est une question de temps. Je n'ai pas l'angoisse de la page blanche mais de la relecture, qui est une des choses les plus dures que je connaisse. Ce qu'apporte l'expérience, c'est de savoir plus rapidement si ce que l'on a écrit est bon ou pas. C'est tout. Et aussi la manière de déstocker très rapidement, c'est-à-dire de lire et d'oublier.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Avez-vous déjà connu la "panne" et, si oui, comment la surmontez-vous ?</b></font><br>
— Je n'en ai pas le souvenir. En revanche, je connais bien la surchauffe ! Trop d'inspiration. Ma forme de panne, ce serait plutôt l'auto-allumage. Je suis en train d'écrire un roman et je sens qu'un autre m'appelle, que je débute. Ça fonctionne exactement comme une tentation amoureuse.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Considérez-vous la littérature comme un divertissement ?</b></font><br>
— La littérature doit être un divertissement pour le lecteur, pas pour l'auteur. L'écriture amateur, ça me gonfle ! Mais il y a des enfants qui sont, en puissance, de vrais écrivains. J'en ai rencontré beaucoup. Je suis président du jury d'un concours des nouvelles dans les Alpes-Maritimes, je fais très souvent des master classes. Je me souviens d'un garçon à qui l'on demandait ce qu'il voulait faire plus tard et qui répondait : "Aviateur ou écrivain." Ses textes étaient d'une qualité bouleversante mais dans la fiche qu'il avait remplie, à la question "Qu'est-ce que vous n'aimez pas ?", il avait répondu : "le français". Etonné, je lui ai demandé pourquoi il n'aimait pas le français mais voulait devenir "aviateur ou écrivain". Il m'a dit : "Parce que j'ai plein d'idées et que les mots ne suivent pas." Je lui ai expliqué qu'il fallait les apprivoiser, les mots. Et si ce môme réussit à tenir tête à sa famille, où l'on est chômeur de père en fils et où l'on vous dit "arrête tes conneries" si vous parlez de devenir écrivain, alors, de nid à poussière il pourra se transformer en stradivarius.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Votre conception de la littérature a-t-elle changé depuis vos débuts ?</b></font><br>
— Non. Je propose toujours des divertissements, mais qui perturbent. C'est ce que l'on m'a reproché au début et c'est ce que l'on aime aujourd'hui ! La littérature consiste à faire perdre ses repères au lecteur. C'est pour ça que j'ai tellement aimé les contes fantastiques de Marcel Aymé, ou encore <i>Cœur de chien</i> de Boulgakov ou <i>La métamorphose</i> de Kafka et, plus récemment, <i>Truismes</i> de Marie Darrieussecq. Ces livres cassent la réalité. Non pas pour partir dans l'absurde, mais pour renforcer la réalité même, pour montrer de quelle manière le réel reprend le pas et est toujours plus fort. Un événement, le plus extraordinaire soit-il, devient monotone et pesant comme le reste s'il se répète ou s'il dure. Pour moi, la littérature doit traiter les sujets les plus graves avec la plus grande légèreté. L'apesanteur est indissociable de la profondeur de l'expression. L'émotion est ce qui élève le débat à portée de cœur. Je me souviens d'un article dans <i>Le Monde des livres</i> de Betrand Poirot-Delpech, il y a très longtemps, qui s'intitulait "Rire, et après ?". Le critique terminait son papier en expliquant que mes livres méritaient d'être pris au sérieux et qu'il faudrait bien qu'un jour je me décide à choisir entre la gravité de mes sujets (l'identité, l'imposture, la reconstruction) et la légèreté avec laquelle je les traitais. Mais pourquoi faudrait-il choisir ? Bien sûr que non, il faut faire l'un et l'autre. J'ai quitté mon premier éditeur, Le Seuil, pour cette raison-là, parce qu'on me disait : "Vous êtes fou, vous n'aurez jamais le Goncourt en écrivant ça..." Si j'ai un seul conseil à donner à de jeunes auteurs, c'est : n'écoutez personne, travaillez en apnée.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Quel est le rôle de l'écrivain ?</b></font><br>
— Créer une réalité plus forte, plus vraisemblable, plus naturelle, que la réalité ambiante au moment où le lecteur est en train de lire. C'est donner envie d'habiter le livre. Un livre est une maison, et l'écrivain celui qui vous dit : "Voici la clé." C'est aussi simple que cela. Le livre dont on me parle le plus est <i>La vie interdite</i>. De très nombreux médecins ou infirmières en soins palliatifs me disent : "grâce à ce livre, telle personne est morte en riant, en acceptant" ou encore "grâce à ce livre, j'ai accepté la perte d'un être cher". Je ne cherche pas à écrire des livres utiles mais à faire du bien dans les moments les plus insupportables de l'existence. C'est pour cela que je suis un romancier de la reconstruction.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Pourquoi le thème de la seconde chance est-il omniprésent dans vos romans ?</b></font><br>
— Cherchez dans mon enfance... Sans doute est-ce le suicide programmé de mon père, quand j'avais sept ans... Il est dans un fauteuil roulant, parle de se tuer, et moi, je dois apprivoiser cette idée. Sauf que je suis le plus jeune écrivain du monde et qu'il décidera de rester en vie parce que son fils aura été publié à l'âge de 8 ans et enchaînera les grands romans... Voilà ce que je me racontais. Moi, j'ai raté ; lui a été sauvé miraculeusement par la chirurgie et j'ai vu cette seconde chance : un père infirme redevenir valide, nager, rajeunir de vingt ans... On ne se remet pas de cette empreinte-là. Je pense que c'est aussi un cadeau formidable. J'ai été témoin du triomphe de la vie. Par la suite, j'ai vécu cela plusieurs fois, les fois où j'ai failli mourir.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Que vous est-il arrivé ?</b></font><br>
— Je n'aime pas en parler. Des choses banales comme des accidents, où vous vous dites : "Ce n'est pas possible que je sois encore en vie." Et puis ce jour où j'étais au bord de la péritonite, avec 41 degrés de fièvre, où je suis tombé sur un jeune chirurgien qui avait lu mes livres et à qui j'ai demandé de pouvoir travailler pendant la nuit qui précédait l'opération, à distance, par téléphone, avec un thérapeute. Il m'a laissé faire. Je n'ai su que bien après qu'il avait signé une décharge... Au téléphone, le thérapeute m'a appris d'abord à ne pas m'enkyster sur la douleur, grâce à une technique de respiration et de visualisation, de manière à permettre l'action de l'antibiotique qui ne pouvait plus agir. Le lendemain, après ce travail mental, la température était redevenue normale et l'opération n'était plus nécessaire. Voilà un exemple de nouveau départ : j'ai une nuit pour éviter quelque chose que je ne veux pas. L'idée de second départ est dans ma vie avant d'être dans mes livres.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>La biographie d'un écrivain est-elle nécessaire pour expliquer son œuvre ?</b></font><br>
— Pour l'éclairer, oui ; pour l'expliquer, non. Surtout, ne pas réduire l'écrivain à sa biographie ! Ne jamais se dire : "Il a écrit ceci, donc il est cela." Ce serait plutôt : "Il a écrit ceci, donc il n'est pas cela." Je suis le produit de mes livres mais mes livres ne sont pas le produit de ma vie. Ça déteint, les livres. Je ne suis pas le même qu'au début de mon œuvre, précisément à cause de mon œuvre — si tant est qu'on puisse parler d'une "œuvre"...</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Qu'est-ce qui a changé ?</b></font><br>
— Mon rapport à la mort. Mes romans m'ont plus appris sur moi-même que les expériences de ma propre vie. Ils m'ont appris à être pleinement moi-même, à oser, à me faire mal quand ça vaut le coup. Ils sont mon diapason et mon garde-fou. Il y a des choses que je ne fais pas parce qu'elles ne sont pas compatibles avec ce que mes livres me disent de moi.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Dans <i>Les témoins de la mariée</i>, un de vos personnages dit : "Le comble du chic, c'est d'être soi-même." Comment fait-on pour être soi-même et rester fidèle à soi-même ?</b></font><br>
— Quand je lis mes livres, je me sens moi-même, même si le héros est une ophtalmo, un Indien, un garçon boucher, une galerie de bisexuels... Les personnes que j'ai aimées, je ne les désaime pas. Rester soi-même, c'est savoir ce qui nous donne du plaisir et ce qui nous met en danger.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Mais quelle est votre conception de l'existence ?</b></font><br>
— Exister, c'est savoir qui on est et savoir qui d'autre on pourrait être. C'est arriver à être bien et, pour cela, accepter de connaître le mal-être, cette insatisfaction sans laquelle il n'y a pas d'écriture romanesque. J'écris par insatisfaction, pour changer la réalité, pour ne pas cuire à l'étouffée. Si je n'étais pas romancier, je serais devenu un escroc à plusieurs visages, imposteur ou aventurier.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Est-ce que la vie "repasse les plats", pour reprendre l'expression d'un de vos personnages ?</b></font><br>
— Mais oui ! À condition que l'on sache dire oui. C'est-à-dire que l'on sache distinguer parmi les plaisirs ceux qui nous font du bien. Pour moi, c'est l'alternance de l'excès et de l'ascèse. La gourmandise assouvie. Toute euphorie est bonne à prendre, toute occasion de bonheur doit être saisie.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Les témoins de la mariée est un roman sur l'amitié. Quelle est votre définition de l'amitié ?</b></font><br>
— Etre concerné par l'autre autant — et parfois plus — que par soi-même. S'il arrive quelque chose à un de mes amis, mon temps personnel s'arrête. C'est à cela que l'on peut juger de la vérité d'une amitié. L'amitié peut aussi être mêlée à l'amour. C'est fréquent, chez moi, d'être ami avec les personnes que j'aime.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Peut-on faire le bien de ses amis malgré eux ?</b></font><br>
— On peut, mais à ses risques et périls. C'est précisément le thème de ce nouveau roman. En même temps, c'est d'une prétention terrible que de décider ce qui est bien pour quelqu'un. Mais je ne crois pas en la générosité si elle n'est pas, aussi, égoïste. Sinon c'est de la charité chrétienne, du sacrifice, et il n'y a rien de pire que le sacrifice. On a des ailes parce qu'on a essayé de faire voler quelqu'un. Il faut savoir ce qui manque à l'autre : ça peut être de l'argent mais aussi un sourire, du temps ou parfois une bonne engueulade...</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Tous vos romans évoquent le paranormal. Que croyez-vous et jusqu'où ?</b></font><br>
— Je déteste ce mot, paranormal. Ça ne veut rien dire ! Je déteste la normalité. Auriez-vous posé cette question à Victor Hugo, qui faisait tourner les tables, ou à Balzac qui est l'auteur d'<i>Ursule Mirouët</i>, le livre le plus péremptoire et offensif sur la réalité de la médiumnité ? Ce que vous appelez aujourd'hui "paranormal" était, à leur époque, tout à fait naturel. C'était de la recherche. La France est devenue ce pays de matérialisme obtus, qui a fabriqué l'adjectif "cartésien" alors même que Descartes a écrit sur le chamanisme, l'interprétation des rêves et les forces invisibles... Voici ma conception de ce que l'on appelle le "paranormal" : c'est la perturbation. Mon devoir d'écrivain libre est de faire circuler ces éléments de réflexion. Je ne fais aucun prosélytisme. En tant que romancier, deux sujets me passionnent : la perturbation et la manipulation. Quand j'écris <i>Hors de moi</i>, je développe une idée de romancier : comment une identité fausse peut devenir, grâce à un coma, plus vraie que son identité de départ ? Et je reçois des lettres de neurochirurgiens qui me disent que ces cas ont vraiment été observés.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Quelle est votre spiritualité ?</b></font><br>
— Libre croyant, comme on dit libre penseur. Ma spiritualité est autant titillée par un livre de botanique que par un passage de la Bible, de la Bhagavad-Gîtâ, du Livre des morts tibétain ou des travaux d'Einstein. Plus exactement, ma spiritualité, c'est la bactérie d'origine, celle dont nous descendons tous et qui, un jour, décide de devenir mortelle, c'est-à-dire de ne plus se cloner, et qui crée ainsi la biodiversité. C'est mille fois plus important que le big bang ! Appelez ça Dieu, l'intelligence ou l'interaction, peu importe. Ce qui compte, c'est cette évolution-là, cette pensée créatrice qui est, dès le départ, dans la matière. Ma spiritualité est un fourre-tout, mais qui fonctionne. Il ne se passe pas un jour sans que j'aille enlacer l'un de mes arbres et sentir, comme le disait Romain Gary, que "l'arbre est notre grand frère immobile" : la circulation de la sève est la circulation du sang. Depuis que mon poirier a été abattu par une tempête, je fais ma gymnastique là où il était, et je sens le reste de ses racines. La voilà, ma spiritualité. On peut en rigoler, je m'en fous !</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>Croyez-vous à la vie après la mort ?</b></font><br>
— Je me demande surtout s'il y a une vie avant la mort ! Je crois qu'il y a une conscience avant la naissance. Je crois que tout est écrit mais que tout se récrit sans cesse : à nous de changer l'avenir. Je crois aussi que la planète est malade de nos idées toxiques, que la haine, la peur et l'amertume polluent et épuisent l'énergie de la Terre. Jamais la Terre n'a attiré autant de météorites. Pourquoi ? Parce que la Terre a un déficit d'énergie. Telle est ma spiritualité.</p>

<p class="spip"><font color=#c0a778><b>"Quand on refuse de se mentir, on se condamne fatalement à la déception", avez-vous écrit. Quand avez-vous menti, au cours de cet entretien ?</b></font><br>
— Je n'ai menti que par omission. J'ai contourné deux questions...<br>
<br>
<div align=right>Propos recueillis par <b>François Busnel</b></div></p>


]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_46641</guid>
    <author>François Busnel </author>
    <pubDate>Fri, 06 Aug 2010 23:01:36 +0200</pubDate>
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    <category><![CDATA[Portraits et Entretiens]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[Blacksad : le tome IV pour septembre]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/BD/Blacksad-le-tome-IV-pour-septembre46600</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x246_arton46600.jpg" /><br /><br /><p class="spip">Stupeur et tremblements. <b>Juanjo Guarnido</b> en a le poil tout hérissé. "<i>Je viens de remarquer une erreur de perspective énorme sur l'avant-dernière planche !</i>" Jusqu'ici, tout allait bien. Derniers jours de juin. Dans sa maison-atelier de <b>Nogent-sur-Marne</b>, dans le Val-de-Marne, <b>Guarnido</b> sait recevoir. Café, biscuits et chant des oiseaux au frais dans le jardin. En guise de clin d'œil, un chat nonchalant déambule sur le mur. Noir comme <b>Blacksad</b>, héros éponyme d'une série lancée en 2000 par le duo <b>Canales-Guarnido</b> avec <i>Quelque part entre les ombres</i>. Un premier opus qui dépoussière la bande dessinée animalière. Un polar <i>hard boiled</i> qui frappe fort. Comme si Walt Disney avait recruté Raymond Chandler au scénario. Le félin détective est peut-être désabusé, il sait sortir ses griffes quand il le faut. Quand on traîne sa carcasse dans les bas-fonds de l'Amérique des années 1950, mieux vaut savoir donner des coups et en encaisser. Crocodiles, ours ou chevaux sont un loup pour le chat. Un bestiaire superbement croqué par <b>Guarnido</b>, débutant adoubé par <b>Régis Loisel</b>, qui se fend d'une préface élogieuse. Sur une étagère, un cliché les montre bras dessus, bras dessous. "<i>Ce n'est pas une photo truquée, on est vraiment devenus amis</i>."
<br></p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_244x565_juanjo1.jpg" /></span></center><br>
<br>
<b>Talentueux Juan Guarnido, qui envoie son héros outre-Atlantique enquêter dans le milieu du jazz.</b>
<br>
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<center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_245x272_Blackstad.jpg" /></span></center><br>
<br>
<b>Personnage vedette du récit, Sebastian, un pianiste à tête de boxer, inspiré de Charlie Parker.</b></center>
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<br>
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<span class="spip_documents"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/gif_82x25_a_paraitre.gif" /></span> <sup><b><big>le 17 septembre</big></b></sup>
<center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_245x315_Copie_2_de_5118DzjaFmL.jpg" /></span></center><br>
<br>
<big><i><b>Blacksad (T. IV)<br>
L'Enfer, le silence</b></i></big><br>
<font color=black>par <br>
<b>Juan Diaz Canales</b> et <b>Juan Guarnido</b><br>
Préface de <b>Régis Loisel</b><br>
Editions Dargaud<br>
54 p. - 13,50 €</font><br></center></p></div>

<p class="spip"><big>Un coloriste hors pair</big>&nbsp;<br>&nbsp;<br>Deux autres albums suivront : <i>Arctic-Nation</i> et <i>Ame rouge</i>. À lire des deux mains et d'une traite. Le style du natif de Grenade s'affirme. Son sens du récit et du cadrage fait des merveilles. Les trois volumes de <i><b>Blacksad</b></i> cumulent pas loin de 800 000 exemplaires vendus. Mais, depuis cinq ans, le chat noir se fait porter pâle. Pourtant, <b>Guarnido</b> ne chôme pas et réalise les deux tomes de <i>Sorcelleries</i>, une BD pour enfants. Maigre pitance pour les aficionados de <i><b>Blacksad</b></i>. "<i>Dargaud me tannait gentiment. Il ne fallait pas que le tome IV devienne une arlésienne</i>.".</p>

<p class="spip">Un beau jour d'octobre 2008, il trouve dans sa boîte aux lettres un premier synopsis de <i>L'Enfer, le silence</i>, de son ami et scénariste <b>Juan Diaz Canales</b>. "<i>J'ai repris avec un plaisir inattendu. Je m'étais tellement amusé avec la légèreté de</i> Sorcelleries <i>que j'avais peur du style réaliste de</i> Blacksad, <i>plus contraignant</i>." Et le moins qu'on puisse dire, c'est que <b>Guarnido</b> fait durer le plaisir. <b>Dargaud</b> attend les dernières planches à scanner, et il prend son temps. Il travaille à l'aquarelle, tandis que les dessinateurs de BD ont tendance à préférer l'encre. Mais le résultat vaut la peine d'attendre. Pas maladroit avec un crayon, <b>Guarnido</b> est un coloriste hors pair.</p>

<p class="spip">À moins de deux mois de la parution de l'album, <b>Guarnido</b> est charrette et n'a même pas l'excuse d'être espagnol en plein Mondial de football promis à la Roja. "<i>J'ai réussi à ignorer quand commençait la Coupe du monde</i>." L'écran plasma géant sert avant tout de paravent pour isoler sa table à dessin, nichée dans un coin du salon. Dans sa maison précédente, son atelier était à la cave, sombre forcément, mais spacieuse. Ici, il n'a gardé que le strict minimum. Une table et des bibliothèques remplies de bandes dessinées. Seule fantaisie chez cet admirateur de <b>Norman Rockwell</b>, des originaux d'illustrateurs américains accrochés aux murs, parmi lesquels <b>Jon Whitcomb</b> et <b>Scott Gustafson</b>.</p>

<p class="spip"><b>Guarnido</b> a d'autres chats à dessiner mais trouve le temps de bavarder autour d'un café, détendu et volubile. Et pas peu fier de dévoiler l'édition américaine de la trilogie <i><b>Blacksad</b></i>. Le matou vient de rejoindre l'écurie de Dark Horse, la major qui publie <i>Star Wars</i> et <i>Hellboy</i>. "<i>L'éditeur reçoit tous les jours des liens vers des blogs de fans !</i>" <b>Guarnido</b> a donc tout pour être heureux. Quand vient le moment où il nous montre l'avant-dernière planche de <i><b>L'Enfer, le silence</b></i>. L'encre est à peine sèche, et l'erreur de perspective lui saute aux yeux. La case en question est une scène de rue vue à ras de sol. Des personnages discutent sur les marches d'un perron, d'autres regardent une fanfare. "À ce niveau du trottoir, ceux-là devraient avoir les pieds beaucoup plus loin. C'est une erreur d'interprétation du crayonné. Pour un écart de 3 millimètres, on prend 30 mètres !"
<br></p>

<p class="spip"><big>Repérage à La Nouvelle-Orléans</big></p>

<p class="spip">Pas rancunier, <b>Guarnido</b> affirme qu'il aime dessiner les fanfares. Ça tombe bien, <i><b>L'Enfer, le silence</b></i> se passe à La Nouvelle-Orléans. Jusqu'à présent, le décor de <i><b>Blacksad</b></i> était une métropole américaine vague, même si sa <i>skyline</i> ressemblait à s'y méprendre à celle de New York. "<i>Canales tenait à ce que l'enquête se déroule dans le milieu du jazz à La Nouvelle-Orléans. Sans verser dans le fantastique, il avait envie d'y mettre une pincée de magie vaudoue. Au départ, j'étais un peu réticent à l'idée de devoir faire des recherches. Mais, entre gens têtus, on arrive à s'entendre</i>." Février 2009, le casanier <b>Guarnido</b> part donc en repérage à La Nouvelle-Orléans. Il débarque en plein Mardi gras. "<i>L'ambiance était incroyable, joyeuse et fêtarde. Je sais que les touristes ont plutôt une vision glauque de la ville, surtout depuis l'ouragan Katrina. La criminalité est élevée et les bandes sévissent dans certains quartiers, mais moi j'ai été happé par le carnaval. Et le style</i> Hara Kiri <i>du défilé m'a fait halluciner. Oncle Sam qui se fait défoncer sur la voie publique, c'est un aspect de l'Amérique que je ne connaissais pas</i>." <b>Guarnido</b> n'a pas fait le voyage pour rien ; il prend 1 300 photos.</p>

<p class="spip">Surtout, il hante les clubs de jazz de Bourbon Street. "<i>On trouve des bons musiciens même dans la rue. Le style dixieland, typique de La Nouvelle-Orléans, très swing, est jouissif</i>." <b>Guarnido</b> a lui-même tâté de la guitare dans un groupe de heavy metal. Un amour de jeunesse qu'il n'a pas complètement renié, si l'on en croit l'ampli qui traîne dans l'entrée. "<i>J'ai remis ça pour la Fête de la musique. Mais j'écoute de tout, sauf du rap, que je déteste</i>." <i>Nobody's perfect</i>.</p>

<p class="spip">Il est venu au jazz par <b>Canales</b>, qui glisse au moins une chanson par épisode. Dans <i>Arctic-Nation</i>, on entend <i>Strange Fruit</i>, de Billie Holiday, évocation du lynchage des Noirs. Dans ce même épisode, on découvre que <b>Blacksad</b> est noir, une dimension raciale jusqu'ici reléguée à l'arrière-plan. "<i>L'enquête se déroule dans un quartier sinistré, loin du centre-ville, et c'est seulement là qu'il prend conscience de la couleur de ses poils</i>." À La Nouvelle-Orléans, le chat est comme un poisson dans l'eau. D'ailleurs, il fait moins de vagues et se fait presque voler la vedette par un chien, <b>Sebastian</b>. Un pianiste à tête de boxer rongé par la drogue, inspiré de Charlie Parker. "<i>Au départ, Sebastian devait être un singe, mais je ne le sentais pas. Le casting des animaux évolue souvent au fil des étapes. Sauf pour le bouc et le bélier, que l'on a trouvés dès le début. Et pourtant les cornes sont un cauchemar à faire entrer dans les cases.</i>"</p>

<p class="spip">L'anthropomorphisme de <i><b>Blacksad</b></i> s'inspire parfois de la tradition populaire : le renard est rusé, le singe est envieux, le cochon est bête, etc. Parfois, non. "<i>Pour Ted Leeman, l'hippopotame, sa gueule et sa masse importent plus que l'imaginaire ou le stéréotype lié à la bête. J'ai adoré le mettre en scène dans son costume trois pièces des années 1930</i>." Par ailleurs, d'un album à l'autre, un même animal incarne des personnages très différents. Le coq Junior Harper, joueur de banjo dont la carrière finit au pénitencier, n'a pas grand-chose à voir avec le tout puissant sénateur Gallo d'<i>Ame rouge</i>.</p>

<p class="spip">Si <b>Guarnido</b> excelle à dessiner les animaux comme des humains, ce n'est pas seulement parce qu'il a passé des heures au zoo de Vincennes. Son expérience chez Disney, comme animateur, y est pour quelque chose. "<i>Un plan de cinq secondes représente des semaines de travail. Pour rendre vivant un personnage, il faut un nombre d'attitudes et d'expressions infini. Cela demande beaucoup de rigueur</i>." Entré en 1993 aux studios Disney de Montreuil-sous-Bois, il y reste jusqu'à la fermeture, en 2003. La déferlante 3D le met au chômage technique. "<i>La 3D, ce n'est pas du dessin animé. Une fois que les personnages sont créés, ils deviennent des marionnettes virtuelles</i>."</p>

<p class="spip">Ironie de l'histoire, Disney a retrouvé des couleurs cette année avec <i>La Princesse et la Grenouille</i>, un film d'animation en 2D, situé à... La Nouvelle-Orléans ! Pas de quoi nourrir des regrets. Sans cracher dans la soupe, pour rien au monde <b>Guarnido</b> ne remettrait les pieds dans un studio. Travailler en équipe, dépendre du désir des autres... Aujourd'hui, il apprécie la solitude de sa maison-atelier de Nogent-sur-Marne. On pourrait en faire un proverbe : mieux vaut être charrette que d'être dans la charrette. </p>


<p class="spip">			</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_46600</guid>
    <author>Etienne Sorin</author>
    <pubDate>Thu, 05 Aug 2010 16:28:48 +0200</pubDate>
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    <category><![CDATA[BD]]></category>
  </item>
    <item>
    <title><![CDATA[La France et son pain. Histoire d'une passion]]></title>
    <link>http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/Histoire/La-France-et-son-pain-Histoire-d46555</link>
    <description><![CDATA[<img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x260_arton46555.jpg" /><br /><br /><p class="spip"><div style="padding: 6px; border: 1px solid #DED9D9; background-color: #FFFFFF; float: right; margin: 5px 0 0 16px;"><span class="spip_documents"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_289x350_30233-21.jpg" /></span></div>"Un Américain à Paris." Joyeux, aérien, amateur de la France et goûteur de son pain, <b>Steven L. Kaplan</b> ne danse peut-être pas dans Paris sur un air de Gershwin, mais il y marche. C'est par ce moyen, en piéton de Paris, que notre historien, partagé entre Cornell University à New York et l'Ecole des hautes études, boulevard Raspail, aime à découvrir la capitale, ses habitants, leurs mœurs, leurs parlers, leurs charmes, leurs petitesses et... leurs boulangeries. <b>Steven L. Kaplan</b>, historien américain de la France moderne et contemporaine, a fait le bon choix. Car, en devenant le spécialiste incontesté de l'histoire du pain, il s'est trouvé au cœur d'une de nos plus stimulantes idiosyncrasies nationales. En considérant, en effet, le <b>pain</b>, non seulement comme ce qui fut durant des siècles l'aliment de base des Français, mais aussi l'économie du blé dont il procède, l'organisation professionnelle qu'il induit, et encore, au-delà des nécessités, l'art de vivre qu'il emporte, on ouvre des pistes innombrables à la compréhension de notre histoire tout court.
<br></p><div class="encart_art_milieu"><p class="spip"><center><center><span class="spip_documents spip_documents_center"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_245x381_9782226187222.jpg" /></span></center><br>
<br>
<font color=red>★★★</font> <br>
Entretiens avec Jean-Philippe de Tonnac<br>
Albin Michel "Itinéraires du Savoir"<br>
542 p. - 25 €</center></p></div>

<p class="spip">Il fallait, dans les années 1960, l'ingénuité et le culot d'un jeune chercheur étranger pour se lancer dans une telle aventure. L'époque, en même temps, s'y prêtait. Certes, l'école des Annales, avec son rejet de l'histoire-bataille, sa détestation de l'"événement", son économisme néo-marxiste, sa "longue durée" et ses vastes fresques braudéliennes, exerçait toujours son empire, pour ne pas dire sa tyrannie. Mais, déjà, pointaient les tentatives d'émancipation et les audaces de la "nouvelle histoire" ou, plus largement, les curiosités de "l'histoire culturelle". Dans cette perspective, nul objet historique ne devenait impossible. De grands espaces s'offraient à qui voulait les explorer. On ferait l'histoire des couleurs, de la vitesse, du corps, des sorcières, du diable ou du bon Dieu..., tout faisait ventre pourvu qu'on ait de l'appétit.
<br></p>

<p class="spip"><big>Des questions essentielles pour comprendre la société à la veille de la Révolution</big>
<br></p>

<p class="spip">Pour <b>Steven L. Kaplan</b>, ce fut le pain. Et, plus précisément, le pain français dont il avait découvert les délices sous les espèces d'une <b>baguette</b> croustillante rejetant dans les ténèbres extérieures l'insipide tranche de "white bread" à quoi son américanité l'avait jusqu'alors condamné. Mais être l'<b>historien du pain français</b>, ou plutôt du pain en France, supposait de s'immerger dans notre culture nationale. <b>Steven L. Kaplan</b> l'entreprit avec une ardeur sans pareille. Pour se faciliter l'apprentissage de la langue, il se marie avec une Française. Pour acquérir le langage spécialisé de la minoterie, il se fait embaucher aux Grands Moulins de Paris. Pour nourrir ses recherches, il se plonge dans les archives et il entretient avec la communauté historienne française des relations serrées qui n'iront d'ailleurs pas sans tensions et frictions.</p>

<p class="spip">Le copieux entretien qu'a recueilli <b>Jean-Philippe de Tonnac</b> a l'avantage d'offrir un exposé synthétique de la vie et de l'œuvre de l'historien, aussi érudit que jovial et drôle. Nous mesurons ainsi l'ampleur des savoirs accumulés et la diversité des travaux accomplis.
<br></p>

<p class="spip"><div style="padding: 6px; border: 1px solid #DED9D9; background-color: #FFFFFF; float: right; margin: 5px 0 0 16px;"><span class="spip_documents"><img src="http://static.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/jpg_599x449_pain-de-campagne-431073.jpg" /></span></div>Le principal de l'œuvre est, bien sûr, ancré au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. La question du blé sous l'Ancien Régime est cruciale pour comprendre l'état de la société et elle a, on le sait, plus qu'à voir avec les prodromes de la Révolution. Par l'entrée du blé et du pain, nous explorons avec <b>Steven L. Kaplan</b> les grands débats sur la libération du commerce des grains, nous côtoyons les physiocrates, nous croisons <b>Turgot</b> et <b>Necker</b>, nous n'ignorons plus rien des corporations, de leur empire puis de leur bannissement avec la loi <b>Le Chapelier</b>.
<br></p>

<p class="spip">Mais <b>Steven L. Kaplan</b> peut aussi nous transporter dans la France contemporaine en exhumant l'étrange histoire du "pain maudit", cette intoxication par le pain, probablement due à un mélange d'ergot de seigle dans la farine, qui s'abat, en 1951, sur la ville de Pont-Saint-Esprit et provoque comme une terreur médiévale en plein XXe siècle. N'oublions pas le guide précieux sur les cent meilleures boulangeries parisiennes et concluons par le livre qui aurait pu dégoûter définitivement notre Américain de la douce France, celui qu'il consacre aux cérémonies du bicentenaire de la Révolution. Dans <i>Adieu 89</i>, Steven L. Kaplan n'avait-il pas eu l'audace de critiquer <b>François Furet</b>, grand prêtre réactionnaire de cette commémoration ? Il s'ensuivit un engrenage d'ostracisme qui ne fit pas honneur à la communauté historienne française. Mais <b>Steven L. Kaplan</b> n'est pas rancunier. Comme <b>W. C. Fields</b>, il n'est pas loin de penser qu'un pays qui fait un si bon pain ne peut pas être vraiment mauvais.
</p>]]></description>
    <guid isPermaLink="false">qobuz_edito_article_46555</guid>
    <author>Marc Riglet</author>
    <pubDate>Tue, 03 Aug 2010 19:57:23 +0200</pubDate>
    <enclosure url="http://www.qobuz.com/info/IMG/thumbnails/300x224_arton46555.jpg" type="image/jpeg"></enclosure>
    <category><![CDATA[Histoire]]></category>
  </item>
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