
D'ascendance japonaise, Kent Nagano est né le 22 novembre 1951 à Berkeley en Californie mais garde un contact rapproché avec son pays d'origine. Il fait partie de la troisième génération d'une
famille d'immigrants japonais venus s'installer aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle. Il sera élevé comme tous les jeunes Californiens tout en grandissant au contact de la culture et des
traditions orientales. Il parle aujourd'hui de cette expérience comme de « la superposition de deux mondes ».
Alors que Kent Nagano n'a qu'un an, ses parents quittent la région de Berkeley pour s'installer à Morro Bay, ville située sur la côte du Pacifique entre San Francisco et Los Angeles. C'est dans la
ferme familiale que Nagano passera une grande partie de son enfance. Attaché aux beautés du nord de la Californie, il s'y est installé aujourd'hui, à San Francisco.
À 4 ans, Kent Nagano commence des cours de piano. Il apprendra plus tard à jouer de plusieurs instruments : le koto, la clarinette et l'alto. À 8 ans, le jeune musicien fait ses premières armes de
direction musicale avec le choeur d'enfants de l'église presbytérienne qu'il dirige à l'occasion.
En 1970, Kent Nagano entreprend un baccalauréat en musique et en sociologie à l'Université de Californie à Santa Cruz. Il a aussi l'intention de faire des études de droit, mais deux professeurs de
composition, Grosvenor Cooper et Roger Nixon, joueront un rôle déterminant dans son choix de carrière. De 1974 à 1976, Kent Nagano poursuit sa maîtrise en musique à l'Université d'Etat de San
Francisco. Il y travaille sous la direction du violoncelliste Laszlo Varga qui l'oriente vers la direction d'orchestre. Son diplôme obtenu, il en devient l'assistant à l'Université de San Francisco
et celui de Calvin Simmons au Oakland Symphony.
De 1977 à 1979, Kent Nagano occupe la fonction de chef associé à l'Opera Company de Boston, sous la direction de Sarah Caldwell. En 1978, il est nommé directeur musical de l'Orchestre symphonique
de Berkeley (fonction qu'il assurera jusqu'en 2009). C'est avec cette phalange qu'il se fait le champion de la musique d'Olivier Messiaen ; à la demande du compositeur, il jouera un rôle clé lors
de la première mondiale de l'opéra
Saint François d'Assise.
En 1984, il remplace au pied levé Seiji Ozawa - dont il sera l'assistant - et dirige, sans avoir répété, la
Symphonie n° 9 de Mahler avec l'Orchestre Symphonique de Boston ; c'est à partir
de cette prestation qui lui vaudra une soudaine réputation internationale que débute vraiment sa carrière. L'année suivante, il se voit attribuer le prix Seaver / Nea Conductor Award lui donnant
droit à une bourse de 75 000 dollars qui lui permet d'étudier la direction d'orchestre avec Seiji Ozawa, Pierre Boulez, Leonard Bernstein, Bernard Haitink et Claudio Abbado.
Ses succès en Amérique ont eu de nombreux retentissements en Europe. Ainsi est-il devenu, en 1986, le premier chef invité de l'Ensemble InterContemporain à Paris. De 1988 à 1998, il est directeur
musical de l'Opéra de Lyon, fonction qui lui permettra de réaliser de nombreux enregistrements avec l'orchestre de la maison où figurent des créations : Busoni (
Doktor Faust), R. Strauss
(version française de
Salomé, version originale de
Ariadne auf Naxos), Canteloube (
Chants d'Auvergne), Offenbach (
Les Contes d'Hoffmann), Stravinski (
The Rake's
Progress), Debussy (création de
Rodrigue et Chimène), Berlioz (
La Damnation de Faust), Massenet (
Werther), Delibes (
Coppelia), Eötvös (création de
Les Trois
Soeurs), Poulenc (
Dialogue des Carmélites), Ravel (oeuvres orchestrales), Weill (
Sept péchés capitaux)... Puis, de 1991 à 1999, il présidera à la destinée du Hallé Orchestra et
deviendra premier chef invité associé du London Symphony Orchestra. Il a alors dirigé les premières mondiales de l'opéra
A White House Cantata de Bernstein et des opéras de John Adams
(
The Death of Klinghoffer et
El Niño), et Saariaho (
L'Amour de loin) au Festival de Salzbourg.
La nomination de Kent Nagano en tant que directeur artistique et premier chef du Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, en 2000, fut une étape importante de sa carrière. Il a dirigé cet orchestre
dans
Moses und Aron de Schoenberg (en collaboration avec le Los Angeles Opera), et il a accompagné cet orchestre au Festival de Salzbourg pour l'interprétation de
Der König Kandaules
de Zemlinsky et
Die Gezeichneten de Schreker, une prestation qui a été enregistrée sur DVD.
En 2003, Kent Nagano est devenu le premier directeur musical du Los Angeles Opera à avoir déjà occupé le poste de premier chef pendant deux ans. Le répertoire présenté allait d'une série d'opéras
de Mozart,
Idoménée, Don Juan et
Les Noces de Figaro, à
Der Rosenkavalier et
Die Frau ohne Schatten de Strauss,
Madame Butterfly et
Tosca de Puccini et
Lohengrin et
Parsifal de Wagner. Nagano a également dirigé
Le Nez de Chostakovitch et
Turandot de Puccini au Deutsche Staatsoper Berlin,
Le Coq d'or de Nikolai
Rimski-Korsakov au Châtelet à Paris,
Billy Budd de Britten au Bayerische Staatsoper et
Cardillac de Paul Hindemith à l'Opéra National de Paris, entre autres.
De 2001 à 2006, il est le chef principal de l'Opéra de Los Angeles, puis enchaîne avec la direction musicale de l'Orchestre Symphonique de Montreal (à la suite du départ de Charles Dutoit), ainsi
que de l'Orchestre de l'Opéra de Bavière (en remplacement de Zubin Mehta) dont il a déjà fait savoir qu'il ne renouvellerait pas le contrat qui le mène jusqu'à l'été 2013.
Très prisé en tant que chef invité, Kent Nagano a dirigé presque tous les grands orchestres, notamment les Orchestres Philharmoniques de Vienne et Berlin, le New York Philharmonic Orchestra et le
Chicago Symphony Orchestra. Sa vie se partage en plusieurs points du globe : «
J'ai une maison à San Francisco. J'ai aussi une résidence à Paris où ma fille vient de commencer l'école. Mais mes
villes de travail sont Berlin et Los Angeles. Là où je vis, c'est là où je fais de la musique » a confié le chef d'orchestre. Kent Nagano, marié à la pianiste Mari Kodama, a une fille, Karin
Kei Nagano, qui, à l'âge de 8 ans, a déjà remporté trois concours de piano.