Dame Elisabeth Schwarzkopf est une soprano allemande, naturalisée anglaise, née le 9 décembre 1915 à Jarocin, ville de l'ancienne province prussienne de Posnanie, actuellement en Pologne, et
décédée le 3 août 2006 à Schruns, en Autriche. Elle fut l'une des grandes sopranos du XXe siècle.
Olga Maria Friederike Schwarzkopf naît le 9 décembre 1915 à Jarocin, près de Poznan. Son père, Friedrich, est un instituteur prussien à la mentalité rigide qui lui fait don de son intransigeance
et de sa passion pour la langue allemande. Sa mère, née Elisabeth Fröhlich, la gratifie d’une oreille musicale très sûre,et d’une volonté de fer.
Dès l’âge de 10 ans, Elisabeth déchiffre parfaitement les partitions, s’accompagne elle-même au piano et chante souvent dans des concerts amateurs, ce qui lui permet de tenir le rôle-titre de
l’Orphée et Eurydice de Gluck dans la production de fin d’année de son école de Magdebourg, en 1928.
Studieuse, appliquée, elle est facilement reçue à la Hochschule für Musik de Berlin en 1934 où son premier professeur, une certaine Lula Mysz-Gmeiner, décide qu’elle a une tessiture de
mezzo-soprano. Sa mère proteste fermement, et obtient qu’Elisabeth soit acceptée dans la classe du Professeur Egonolf comme soprano colorature. C’est le 15 avril 1938 qu’elle fait ses débuts
comme l’une des filles-fleurs de Klingsor dans Parsifal, de Richard Wagner, sous la baguette de Karl Böhm, puis comme l’un des trois pages de La Flûte enchantée de Mozart.
Elle n'a pas encore 18 ans lorsque Adolf Hitler arrive au pouvoir en Allemagne. Comme bon nombre de jeunes artistes, elle s’inscrit, dès 1935, au syndicat des étudiants nazis. En 1938, elle
demande son adhésion au Parti national-socialiste, mais elle soutiendra plus tard ne pas en avoir reçu la carte1 — cette initiative lui vaudra d'être surnommée « la diva nazie » par le quotidien
américain The New York Times. Mais si on lui offre des rôles plus importants — que ce soit dans l’opérette aussi bien que dans les productions de Richard Strauss —, c’est aussi parce que son
talent est déjà exceptionnel.
Richard Strauss la recommande à sa cantatrice fétiche, Maria Ivogün, qui la prend comme élève. En 1942, le chef d’orchestre Karl Böhm l’invite à Vienne, où elle touche un public de connaisseurs
dans ses interprétations de lieder, accompagnée par le pianiste Michael Raucheisen, avec qui elle réalise ses premiers enregistrements.
En septembre 1941, elle fait entrer La Chauve-Souris de Johann Strauss II au répertoire de l'Opéra de Paris devant un public de sympathisants de l'armée d'occupation. Ce début de carrière est
interrompu brutalement par un début de tuberculose qu’elle doit soigner pendant deux ans dans un sanatorium des Monts Tatras, dans le sud de la Pologne, où le Gauleiter Hans Frank lui fait une
cour assidue.
Guérie, c’est en 1944 qu’elle fait ses grands débuts à Vienne, en Rosine, du Barbier de Séville, en Blondine, de L’Enlèvement au Sérail, et en Zerbinetta d’Ariane à Naxos.
Après la défaite de l’Allemagne, son appartenance au parti nazi et ses liens avec Hans Frank et Joseph Goebbels, ministre de la propagande d’Hitler, lui valent de passer devant le tribunal de
dénazification des artistes de Berlin. Ce tribunal l’acquitte, ainsi que bien d’autres artistes, comme par exemple son ami le chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler. C’est alors que commence une
carrière internationale d’une incomparable qualité2, sous la houlette d’un producteur et directeur artistique anglais, Walter Legge, qui lui fait réaliser ses premiers enregistrements et qu’elle
épouse en 1953.
En 1946, à Vienne, elle chante les rôles de Mimi (La Bohême) et de Violetta (La Traviata) ; par la suite, c'est après avoir vu Maria Callas l'interpréter qu'elle renoncera à Violetta. À Londres,
en 1947, elle est Donna Elvira (Don Giovanni de Mozart). La même année, elle est Susanne à Salzbourg (Les Noces de Figaro). Herbert von Karajan l’engage à la Scala de Milan où elle chante Mozart
(La Flûte enchantée, Cosi fan Tutte), Wagner (Tannhäuser), Gounod (Faust), Richard Strauss (Le Chevalier à la rose), Debussy (Pelléas et Mélisande).
En 1950, elle est Marcelline dans Fidelio, sous la baguette de Wilhelm Furtwängler. Pendant la période 1950-54, elle chanta souvent avec le chef d'orchestre allemand: durant la célèbre Symphonie
n° 9 de Beethoven pour la réouverture du festival de Bayreuth en 1951 ainsi que pour la 9ème de Beethoven de Lucerne en 1954. Elle participa aux Don Giovanni de Wilhelm Furtwängler aux festival
de Salzbourg de 1953 et 1954. Le chef d'orchestre allemand l'accompagna aussi au piano, en 1953, dans les Lieders d'Hugo Wolf. La personnalité musicale de Wilhelm Furtwängler semble avoir
beaucoup impréssionné Elisabeth Schwarzkopf car elle déclara, à la fin de sa vie, dans un interview qu'elle le tenait pour le plus grand chef d'orchestre avec qui elle avait chanté.
En 1951, elle crée, à Venise, le rôle d’Anne Trulove dans l’opéra The Rake's Progress (La Carrière d'un libertin) d'Igor Stravinski, sous la direction du compositeur. En 1952, avec Karajan, ce
sont les débuts de la Maréchale (Le Chevalier à la rose) à la Scala de Milan. En 1951, pour le cinquantenaire de la mort de Verdi, elle chante le Requiem, sous la direction de Victor de Sabata.
La même année, elle crée Le Triomphe d’Aphrodite de Carl Orff. En 1955, à San Francisco, elle est de nouveau la Maréchale. La même année, elle est Alice Ford dans le Falstaff de Verdi.
En 1957, sous la direction de Tullio Serafin, elle est Liù, (Turandot de Puccini) aux côtés de Maria Callas dans le rôle-titre, pour l'enregistrement studio de cet opéra. Elle ne fait sa première
apparition au Metropolitan Opera de New York qu’en 1964, dans Le Chevalier à la Rose, car Rudolf Bing, le directeur du Met, reste longtemps opposé à la venue de certains artistes dont il conteste
la « dénazification ». De 1960 à 1967, elle se consacre surtout aux rôles mozartiens, Donna Elvira, la comtesse Almaviva, Fiordiligi, et à ses deux rôles fétiches des opéras de Richard Strauss :
la Maréchale du Chevalier à la rose et la comtesse Madeleine de Capriccio. En 1967, elle interprète le Duo des chats de Rossini avec Victoria de los Ángeles.
Durant toute cette carrière dédiée au théâtre lyrique, elle reste fidèle aux lieder de langue allemande, de Mozart à Mahler, en passant par Schubert, Schumann, Hugo Wolf…, et donne de nombreux
récitals. On notera en particulier tous ceux qu’elle a réalisés avec le pianiste Gerald Moore, ceux chantés avec les sopranos Irmgard Seefried ou Victoria de los Ángeles, la mezzo-soprano Christa
Ludwig et le baryton Dietrich Fischer-Dieskau. Parmi ses récitals devenus légendaires : un récital Schubert en 1952 avec Edwin Fischer, un récital Wolf avec Wilhelm Furtwängler au piano en 1953,
un récital Mozart en 1956 avec Walter Gieseking, les Quatre derniers Lieder de Richard Strauss avec George Szell en 1965, Des Knaben Wunderhorn de Mahler avec le même Szell en compagnie de
Fischer-Dieskau en 1968…
À partir de 1971, elle ne chante plus sur les scènes lyriques. Le 19 mars 1979, son mari Walter Legge, qui vient de subir un infarctus, veut pourtant assister au récital qu’elle donne à Zurich,
et il meurt trois jours plus tard. Schwarzkopf quitte alors définitivement la scène. Elle consacre à son mari un livre sous forme d’autobiographie, On and Off The Record, qui, curieusement mais
avec son assentiment, est traduit en français par La Voix de mon maître. Elle se consacre désormais à l’enseignement et donne, de par le monde, des classes de maître mémorables, notamment à
Paris, salle Gaveau. Faite « Dame Commander of the Most Excellent Order of the British Empire (DBE) » par la reine Élisabeth II en 1992, Elisabeth Schwarzkopf décède le 3 août 2006, à l'âge de 90
ans, dans la petite ville autrichienne de Schruns, dans le Vorarlberg, où elle vient de s’installer.
Juste après sa mort, une fausse rumeur refait surface, à savoir qu'elle serait la tante du général américain Norman Schwarzkopf. Cette légende a été publiée dans de nombreuses nécrologies, alors
que, fille unique, Elisabeth Schwarzkopf n'a pas pu avoir de neveu.