Sa discographie peut donner l'impression de se restreindre à deux labels et à quelques compositeurs germaniques, de Bach à Schumann en passant par les "grands Viennois".
La réalité de ce pianiste — et chef d'orchestre — allemand, né en Inde le 27 avril 1950, est bien sûr plus complexe, avec notamment une fascination pour l'univers de Scarlatti, qu'il expose avec
autant d'humour que de poésie dans le film Christian Zacharias joue Domenico Scarlatti à Séville et dans les 49 sonates qu'il grave entre 1979 et 1994... (volume I & volume II) sans oublier
une 50e — la Sonate K. 55 en sol majeur — captée vingt fois au gré de concerts répartis dans l'espace et le temps. À ces quatre CD EMI désormais regroupés en coffret économique s'ajoute un
ensemble miraculeux de quatorze sonates enregistrées en juin 2002 avec le soin extrême qui caractérise son nouvel éditeur, MDG.
Mais en 2000, son premier éditeur, EMI, célébrait les cinquante ans du pianiste par un double album Chopin-Ravel-Schumann (Sonate n° 1) constitué d'archives de radios et rappelant qu'après avoir
étudié à la Musikhochschule de Karlsruhe, Zacharias s'est perfectionné en France auprès de Vlado Perlemuter, privilégiant alors Chopin et Ravel. En exclusivité chez EMI, Zacharias y montre
aussitôt une prédilection pour les immenses et solitaires Sonates de Schubert, qu'il reprendra en 1992-1993 pour une somme plus complète.
Il affirme aussi son goût pour la musique de chambre, avec le Quatuor Cherubini pour le Quintette de Schumann en 1991, d'excellents solistes pour les Quatuors avec piano de Mozart, ou l'Ensemble
Sabine Meyer pour les Quintettes avec instruments à vent signés Beethoven et Mozart.
Beethoven par Zacharias, c'est aussi une gravure de ses 3 Sonates, op. 10 et une première intégrale de ses cinq Concertos (Triple concerto & Concerto n° 3), Concertos n° 4 & n° 5 avec la
Staatskapelle de Dresde sous la direction du regretté Hans Vonk (fin des années 80), curieusement "triplée" par deux séries de concerts (1994, Armin Jordan, Cascavelle ; 1997, Norrington, Bayer).
En matière de concertos, Zacharias en enregistre aussi vingt et un de Mozart entre 1981 et 1991 (Concertos n° 25 & n° 26, Concertos n° 20, n° 21, n° 23 & n° 27, "encadrant" une intégrale
des Sonates du même compositeur, et avec divers chefs.
NOUVEAU SIÈCLE, NOUVEL ÉDITEUR
En 2000, Zacharias, qui a effectué ses débuts de chef avec l'Orchestre de la Suisse romande huit ans auparavant, prend la direction de l'Orchestre de chambre de Lausanne. Il enregistre dès lors
pour MDG, une collaboration entamée en 1998 avec le Quintette "La Truite" de Schubert en compagnie de membres du Quatuor de Leipzig, avec lequel il gravera ensuite une version d'anthologie du
Quintette, op. 81 de Dvorak et une seconde approche de l'Opus 44 de Schumann.
Après un singulier CD Bach — de surprenants arrangements de Préludes — et les Concertos "multiples" de Mozart partagés avec Marie-Luise Hinrichs (EMI encore), Zacharias grave pour MDG un
florilège de fantaisies et brèves pièces de Mozart, perles de raffinement, suivies d'une remise sur le métier de ses concertos, où le pianiste dirige désormais l'orchestre de son clavier.
Couronné d'un "Choc de l'année" 2010 de Classica, le volume 6 de cette intégrale, à laquelle ne manquent plus que quatre grands concertos, participe d'autres réussites où Zacharias, soliste et
chef à la fois, peut donner la pleine mesure de son originalité : concertos de Chopin, Concerto et pièces concertantes de Schumann. Au piano seul, il a aussi réussi en 2006 une regravure sublime
de la Sonate D 959 de Schubert, tandis que comme chef, on doit à celui qui entretient également des liens officiels avec le Symphonique de Göteborg et l'Orchestre de chambre de Saint Paul l'un
des plus beaux disques consacrés à Michael Haydn, regroupant deux symphonies et un Requiem.