Paris à l'heure finlandaise
L'intégrale Sibelius de l'Orchestre de Los Angeles et Salonen a dominé le paysage symphonique parisien. Récit.
Grand auditorium ou pas, Paris reste un lieu de passage pour les plus grands chefs et leurs orchestres. à preuve ce quarté Sibelius dirigé par Esa-Pekka Salonen à la tête de sa phalange de Los Angeles qu'il recueillit des mains de Giulini (Pleyel, 04, 05, 06 et 08/11). Car c'est celui-ci qui régla ce stradivarius géant, équilibrant la soie des cordes et le souffle des vents. À son cadet revient le mérite d'avoir préservé l'outil. Rares sont les orchestres aussi réactifs et assortis à leur chef : cent mains et bouches prolongent les bras précis de Salonen. Il n'est pas étiqueté Sibelius, on le connaît surtout dans Messiaen ou Adams. Ce qui lui permet de chanter dans son arbre généalogique avec un salutaire recul qui bannit toute guimauve des sept Symphonies comme des pièces plus modestes mais plus connues, de la fameuse Valse triste à Finlandia données en bis. On y chercherait en vain de faux attendrissements sucrés : ainsi la Valse est-elle poignante, jamais mélo, et Finlandia sonne comme un hymne national à la fois passionné et maîtrisé. Le ténor Ben Heppner prêta même sa voix à sept mélodies entre les Symphonies nos 6 et 5. Sibelius a écrit une musique des forêts, de longues promenades sylvestres et méditatives, qui s'impose jusque dans l'orchestration, les couleurs boisées et les rythmes. Salonen sait que la grandeur de Sibelius est plus universelle et traite sa musique avec le même souci du détail que celle des autres grands symphonistes du xxe siècle. De la Deuxième à la dernière Symphonie, la clarté des lignes comme la pureté de soli dignes de la musique de chambre servent un Sibelius vierge de toute enflure. Une intégrale qui aura marqué. Avant d'ouvrir le règne des Deschamps, salle Favart avec L'Étoilede Chabrier, Gardiner proposait un triptyque Brahms avec le Monteverdi Choir et l'Orchestre romantique et révolutionnaire moins convaincants que dans Berlioz (Pleyel, 15, 16 et 18/11). Car sur la lancée des Cantates de Bach, il part de l'admiration de Brahms chef de choeur pour la musique ancienne et passe le symphoniste à la moulinette baroque. D'où le triomphe des choristes qui respectent le style romantique sur un fond instrumental de... Leçon de ténèbres. Les deux premières Symphonies bénéficient d'un incontestable mordant des cordes, mais manquent de profondeur : c'est plus un « écorché » qu'un corps épanoui. À un jour d'intervalle, les futurs patrons de deux orchestres parisiens se sont croisés au théâtre des Champs-Élysées. Daniele Gatti, successeur de Masur a été adoubé par le National (18/10) qui a accompagné avec tact Laurent Korcia superbe de style et d'engagement dans le Concerto pour violon n° 2 de Bartók avant un Sacre du printemps plus démonstratif que nuancé. Paavo Järvi, avant d'arriver à l'Orchestre de Paris en 2010, proposait une soirée Brahms avec celui de la Radio de Francfort qui a accueilli avec froideur les frères Capuçon dans le Double Concerto.La Symphonie n° 4laissa sur leur faim ceux qui conservent d'autres souvenirs de cette phalange.
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