• Être fidèle à la musique | 

Quand le Mariinsky célèbre Dutilleux...

Hommage flamboyant à Henri Dutilleux au Théâtre Mariinsky. Notre envoyé spécial était à Saint-Pétersbourg.

PAR Bertrand Dermoncourt | SUR SCÈNE | 23 juin 2008
Réagir
Classica

Tous les ans, de mai à juillet, le Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg sert de cadre à un richissime festival de musique classique, « Stars of the White Nights ». Une centaine de concerts, récitals, opéras, ballets et soirées de gala ponctuent l’événement, dont le point d’orgue a toujours lieu au moment du solstice d’été, le 21 juin. Nuit blanche, nuit magique, entre aube et aurore, où le ciel se pare de ces « teintes d’argent » déjà observées par Balzac. Cette année, Valery Gergiev, le grand ordonnateur de ces festivités, a eu l’idée de rendre hommage à la musique française, et particulièrement à celle de Henri Dutilleux. À 92 ans, le « doyen de la musique européenne », comme aime à le présenter Gergiev, a fait le voyage dans l’ancienne cité des tsars pour y entendre la quasi-intégralité de ses partitions symphoniques.

Après Timbre, Espace, Mouvement, le 1er juin, ce furent Mystère de l’instant, le concerto pour violoncelle Tout un monde lointain (avec Xavier Phillips) et Correspondances le 20 juin, puis, le lendemain, Métaboles et le concerto pour violon L’Arbre des songes (le soliste en était Léonidas Kavakos). Des œuvres d’autres compositeurs français, Debussy, Ravel et Messiaen, entouraient les chefs-d’œuvre de Dutilleux. On peine à imaginer la générosité d’une telle programmation, de la part d’une institution aujourd’hui solide, mais qui était encore proche de la banqueroute il y a seulement 15 ans. Miracle de la nouvelle économie russe et de la volonté de Gergiev, le développement du Théâtre Mariinsky s’est concrétisé par l’inauguration en 2006 d’une nouvelle salle ultramoderne où se sont tenus ces concerts. L’exploit est d’autant plus exorbitant que Gergiev et les musiciens russes – à l’instar du public – découvraient pour l’occasion les difficiles partitions de Dutilleux. Sur place, pendant les répétitions, le Maître eut la possibilité de donner ses recommandations à l’orchestre et aux solistes, et de faire travailler, au piano, la jeune et excellente cantatrice de Correspondances, Anastasia Kalaguina. N’empêche, monter ces concerts représentait une véritable gageure technique. L’infatigable Gergiev aime les défis, mais celui-ci était quasiment impossible à relever.

Une nouvelle fois, le miracle a eu lieu. La précision, la virtuosité, la flamboyance de ces interprétations, le sens du mystère et des contrastes imprimé par le chef n’ont pas d’équivalent dans l’interprétation de la musique de Dutilleux. Cette vision dramatique a profondément impressionné le compositeur. Génial harmoniste, celui-ci a l’habitude d’entendre sa musique teintée des couleurs orchestrales les plus subtiles. Mais elle est rarement jouée avec une telle théâtralité, une intensité aussi immédiate. On le sait, l’orchestre du Mariinsky fait référence dans le répertoire russe. Avec de telles performances, il s’est une fois de plus imposé où on ne l’attendait pas. Preuve qu’après 20 ans passés en compagnie de Valery Gergiev, l’entente entre les musiciens et leur chef est plus intense que jamais. Dutilleux et Xavier Phillips nous le confieront après l’interprétation fascinante de Tout un monde lointain : il y a une dimension chamanique dans cette manière de concevoir la musique. Résultat : standing-ovation triomphale et enthousiaste, à la russe, pour notre grand compositeur. Pour lui, ce succès est plus une habitude qu’un miracle…

Fil d'actualités

Tous les Qobuz Studio Masters en promotion pendant 6 jours !

Jazz : Cap au Nord

Jusqu'au 30 juin, recevez un chèque remise de 25% pour tout achat de 25€ sur le label Naxos

Inscrivez-vous à nos newsletters