Dans un bureau parisien de la société de production Mandarin Films, assis devant un ordinateur, la monteuse Sophie Reine et le réalisateur Rémi Bezançon tendent l’oreille. Ils écoutent l’une des maquettes que leur a apportées Sinclair, assis en retrait en attendant le verdict. Le morceau accompagne une séquence du Premier Jour du reste de ta vie, chronique familiale étalée sur une trentaine d’années, fidèle à l’état d’esprit à la fois drôle et grave du film précédent de Rémi Bezançon, Ma vie en l’air, dont la bande originale était déjà signée Sinclair. Pour autant, l’auteur de Comme je suis, plus habitué aux micros qu’aux images, ne se prend pas pour Ennio Morricone, Georges Delerue et autres stars de la musique de film. « Je fonctionne au gré des rencontres, pas des commandes, explique Sinclair. Puisque je suis au service du réalisateur, l’exercice me permet d’éviter l’égotisme inhérent à la production d’un album. »
La plupart du temps, le compositeur s’attelle au boulot quand le film est en finition. Sinclair, lui, a eu entre les mains le scénario du Premier Jour du reste de ta vie avant même le début du tournage. Ainsi, pendant un an, il a pu travailler aux enchaînements entre les divers standards choisis par Bezançon (Summertime, de Janis Joplin, Time, de David Bowie...), qui ponctuent chaque partie de l’histoire. Une fois les thèmes trouvés, Sinclair les adapte en fonction du montage (quasi) final. « Je m’enferme dans mon studio avec les images que m’a filées Rémi, et je fais ma petite tambouille », résume-t-il.
Qu’il sert donc, toute chaude, ce jour d’octobre 2007. Sur l’écran de l’ordinateur se succèdent diverses saynètes où l’on voit notamment une fillette devenir une adolescente, accompagnée par des notes de guitare électrique au ton nostalgique. Rémi Bezançon fait la moue. « Ce que tu racontes est simple. La musique ne doit pas être indigeste », se défend Sinclair. « On va réfléchir », concède le réalisateur, avant de caler sur d’autres images le deuxième morceau apporté par le musicien. Qui, cette fois, convient. Le travail continue de se dérouler ainsi, nourri d’un dialogue complice entre les deux hommes et amis. Sinclair n’en est pas moins ferme sur certains points. Lors d’un passage émou-vant où une mère de famille (Zabou Breitman) découvre le journal intime de sa fille, il refuse de « polluer la scène avec de la musique ». « Juste un petit morceau, léger ? » tente Rémi Bezançon. « Je ne laisserai personne salir ce moment avec ses gros doigts ! » lance, bravache, Sinclair. Le tandem éclate de rire, avant de se donner rendez-vous dans quelques semaines, quand l’un aura terminé son montage et l’autre corrigé sa partition.
Les retrouvailles ont lieu en décembre, aux abords des Champs-Elysées, dans le studio d’enregistrement familial. Sinclair, devant la console, donne ses instructions à 11 musiciens d’un ensemble de cordes dirigé par Ronan Maillard, également auteur des arrangements. Sinclair a livré sa mélodie ; Maillard l’a enrichie. Pas plus de quatre heures seront nécessaires pour mettre en boîte ce qui deviendra la bande originale définitive. Qui arrivera dans les bacs en même temps que le film sera à l’affiche, en septembre 2008.
Ses cinq musiques de film favorites :
Trouble Man, par Marvin Gaye.
Opération Tonnerre, par John Barry.
Sleepy Hollow, par Danny Elfman.
Alien, par Jerry Goldsmith.
Moulin Rouge !, par Craig Armstrong.
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