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Daniel Barenboim
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Par Bertrand Dermoncourt | CLASSICA | RENCONTRES | 30 septembre 2008
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Avec son West-Eastern Divan Orchestra, le chef et pianiste porte l’espoir partout où il passe.
Rencontre à l’occasion de sa tournée annuelle.





Vous possédez désormais quatre passeports : argentin, espagnol, israélien et, depuis peu, palestinien. Comment a-t-on réagi en Israël ?
— Certains s’en sont ouvertement réjouis, d’autres ont pensé que j’avais vendu mon âme à l’ennemi. Pourtant, je ne suis pas un traître : j’ai accepté ce passeport pour montrer l’exemple. Il semblerait même que je sois la seule personne à posséder les passeports israélien et palestinien…


Témoignage
L’âme pressée

Mais comment fait-il ? Directeur de l’Opéra de Berlin, chef d’orchestre invité à diriger les plus grandes phalanges du monde, pianiste-star de sa génération, pédagogue recherché : entre ces multiples activités, Daniel Barenboim a trouvé le temps de publier un nouveau livre. Et de le réussir !

Publié après ses souvenirs – Une vie en musique (Belfond, 1992) – et des entretiens avec l’intellectuel Edward Saïd – Parallèles et Paradoxes (Le Serpent à plumes, 2003) – La Musique éveille le temps revient sur l’expérience unique de l’Orchestre Divan occidental-oriental, cette rencontre de musiciens arabes et israéliens initiée par Barenboim.

Le chef commente avec tact et émotion les réalisations de cet ensemble hors du commun. Il propose aussi de passionnantes réflexions sur la musique, sa raison d’être et sa place dans nos sociétés. La tradition classique occidentale peut-elle encore avoir un sens dans la société des loisirs ? La muzak et le marketing ne vont-ils pas tuer Brahms ou Mozart ? Le risque est grand de perdre ce que l’Argentin nomme l’« oreille pensante », cette sagesse qui permet de découvrir les parallèles entre la musique et la vie. Derrière l’humaniste militant, une âme nous parle et nous touche.

☛La musique éveille le temps, Daniel Barenboim (Fayard, 210 p.)



Le West-Eastern Divan Orchestra est-il un « orchestre pour la paix » ?
— Non, pas du tout ! Cela signifierait que nous nous réunissons pour oublier nos différences. Au contraire, nous tentons de vivre avec nos dissemblances, en acceptant la légitimité du point de vue de l’autre. Lors du stage, de nombreux membres de l’orchestre découvrent la douleur du récit de l’autre partie pour la première fois. Ce choc oblige à penser.

Votre démarche est-elle politique ?
— Non plus. En tant qu’artistes, nous nous plaçons sur un autre plan, celui de la morale. Je crois profondément qu’on ne traite pas le conflit israélo-palestinien pour ce qu’il est. Ce n’est pas un affrontement politique, comme celui entre Israël et la Syrie ou l’Égypte au sujet des frontières, de l’énergie ou de l’eau, que l’on peut résoudre par une voie diplomatique ou militaire. Non, là, il s’agit d’un conflit humain, entre deux peuples profondément convaincus qu’ils ont le droit de vivre sur la même terre.

Qui compose l’orchestre ?
— Depuis 2002, chaque été, nous résidons en Espagne, ce qui nous offre une certaine stabilité : 65% des musiciens présents cette année sont les mêmes que l’an passé. Certains font partie de grands orchestres allemands, et d’autres des phalanges de Damas, d’Israël, du Caire et même de Téhéran. On compte donc des Israéliens, des Palestiniens (d’Israël, des territoires et de l’étranger), des Libanais, des Syriens, des Jordaniens, des Turques, des Iraniens ainsi que des Égyptiens. Nous formons une petite république indépendante.

Quelles solutions peut-on imaginer pour la paix au Moyen-Orient ?
— Selon moi, il existe trois possibilités objectives. La première consiste en la destruction totale des deux peuples, ce qui n’est bien sûr pas souhaitable. On peut imaginer un état binational, où tout le monde habite ensemble, mais Israël ne peut l’accepter, compte tenu de l’histoire juive. Troisième solution : deux États. Ils ne vivent pas ensemble, mais l’un à côté de l’autre, sans mur entre eux. Ils ont des projets communs, scientifiques, économiques, culturels. Cela me semble être la seule voie possible. Je pense ainsi à une fédération entre Israël, l’État palestinien et la Jordanie (une grande partie de la population jordanienne est palestinienne). Il faut bien comprendre que l’on n’arrivera jamais à la paix en portant un regard uniquement politique sur la situation. Ce conflit est humain, profond mais simple. La sécurité d’Israël est un droit, celui des Palestiniens à disposer d’un État souverain aussi.

 

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Le blog de Jean-Baptiste Millot

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