Festival de Salzbourg 2008 (5) : Troisième symphonie de Mahler
Retrouvez chaque jour, en exclusivité pour Qobuz, notre envoyé spécial au Festival de Salzbourg, Bertrand Dermoncourt. Le Salzburger Festspiele comme si vous y étiez !
Episode 5 : Tonnerre d’applaudissements pour Esa-Pekka Salonen et le Philharmonique de Vienne dans une subjuguante Troisième de Mahler…
A en croire ces compte rendus journaliers, on pourrait s’imaginer que le Festival de Salzbourg se résume à sa programmation lyrique. Ce serait oublier la centaine de représentations théâtrales et les dizaines de concerts qui s’y donnent. Thématiques (une autour de Bartók, une consacrée à la musique de Sciarrino), orchestres invités (Cleveland, Berlin) et séries hebdomadaires de l’Orchestre Philharmonique de Vienne se partagent l’affiche pendant cinq semaines.
Pour ses deux dernières prestations au Grosses Festspielhaus, la célèbre phalange viennoise avait invité le chef Esa-Pekka Salonen. A 50 ans, le Finlandais la dirigeait pour la première fois, dans la Troisième Symphonie de Mahler : la plus longue, et celle qu’il connaît le mieux.
Réputé pour dompter la sonorité des orchestres, Salonen subjugue dès les premières notes, d’une pureté d’intonation inouïe. Pendant tout le premier mouvement, qui peut facilement paraître décousu entre des mains moins expertes, le chef joue à merveille de la richesse des plans sonores, offrant une mise en forme idéale de la débordante imagination mahlérienne, censée rendre compte, par ses changements constants de rythme et de climat, de toute la diversité du monde.
Pause après cette Première Partie épique. Salonen quitte le pupitre et s’installe quelques minutes sur une chaise, au milieu des musiciens, dos aux spectateurs. Il reprend des forces avant de se lancer, à nouveau, dans la bataille, avec une concentration exemplaire. L’orchestre, dont les cuivres (génial trombone solo) et les cordes font la gloire, peut manifester toutes ses qualités de pittoresque dans les deux mouvements suivants.
Arrive O Mensch, qui suspend le vol du temps. Les cordes susurrent et Lilli Paasikivi déploie son timbre profond. On retrouve la même intensité émotionnelle dans le final, idéalement construit et phrasé. Silence respectueux du public pendant de nombreuses secondes avant le tonnerre d’applaudissements (dont ceux de Caroline de Monaco et de son époux, visiblement enthousiastes).
Espérons qu’après un tel concert, la collaboration entre Vienne et Salonen nous réserve d’autres moments de cette qualité.
Le site officiel du Festival de Salzbourg 2008
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