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Festival de Salzbourg 2008 (3) : Otello

Retrouvez chaque jour, en exclusivité pour Qobuz, notre envoyé spécial au Festival de Salzbourg, Bertrand Dermoncourt. Le Salzburger Festspiele comme si vous y étiez !

Episode 3 : Un décor laid, un Franco Farina sous-dimensionné, Muti dirige pourtant avec une grande élégance un tempétueux et orageux Otello.

PAR Bertrand Dermoncourt | LETTRES DE... | 28 août 2008
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Depuis le retrait de Nikolaus Harnoncourt, Riccardo Muti est devenu l’incontournable de Salzbourg. En 2008, il a dirigé deux productions lyriques (Otello – on va en parler – et – on y reviendra demain – une reprise de La Flûte enchantée). Le chef italien, qui a également la mainmise sur le « petit » Festival de Pâques, a eu l’honneur de rendre hommage à Herbert von Karajan en donnant à sa mémoire, et trois fois de suite, Un requiem allemand de Brahms avec l’Orchestre Philharmonique de Vienne. Le 27 août, on retrouvait Muti pour Otello au Grosses Festspielhaus. Le chef-d’œuvre de Verdi n’y avait plus été donné depuis 1972, sous la direction (et dans une mise en scène) de… Karajan lui-même.

Est-ce un hasard ? Muti est l’un des héritiers du grand maestro autrichien car il parvient, comme son maître, à sculpter la pâte sonore des orchestres qu’il dirige. Sous sa baguette, l’Orchestre Philharmonique de Vienne s’est une fois de plus couvert de gloire, en déployant toutes les facettes de son talent collectif. La célèbre phalange a accompagné avec une tendresse ineffable la célèbre « chanson du saule » du quatrième acte. Elle a aussi fait retentir les chorals de cuivres avec une violence inouïe.

Dès les premiers accords de cet Otello tempétueux, orageux, d’une foudroyante intensité, le drame s’engage, et Muti lance la machine fatale. D’une grande élégance gestuelle, sa direction ne relâche jamais la tension. Les grandes scènes héroïques succèdent aux monologues tragiques, mais les accalmies sont trompeuses et les scènes d’amour toujours angoissantes. Cette intransigeance, qui révèle un sens inné du tragique, rappelle la manière sans concession de Toscanini. Karajan, Toscanini : ces comparaisons flatteuses indiquent à quel niveau se situe aujourd’hui Muti lorsqu’il dirige Verdi.

Avec lui, on l’aura compris, le drame vit avant tout par l’orchestre. Mais Otello est aussi – surtout ? – l’affaire du ténor. Depuis le 1er août et durant six représentations, Alexandre Antoneko s’était, d’après les différents commentateurs, couvert de gloire. Malheureusement, le 27, il était remplacé par Franco Farina, verdien bien connu du public parisien pour avoir chanté dans Macbeth ou Attila. Il est cruellement sous-dimensionné pour Otello, ne possédant ni l’endurance ni les aigus du rôle, ce qui l’a l’obligé à une performance plus proche du cri que du chant, sauf dans le troisième acte, où il est parvenu à faire illusion. Marina Poplavskaya pouvait dès lors faire triompher sa Desdemona.

Si je n’ai pas encore évoqué la mise en scène de Stephen Langridge, c’est parce qu’il n’y a rien à en dire. Plombée par un décor d’une grande laideur, elle est plus proche de la mise en espace que du travail théâtral. On attend désormais le Don Giovanni confié à l’excellent Claus Guth pour espérer un véritable dialogue entre la fosse et la scène, et attendre ce miracle, que propose, de temps à autre, l’art lyrique.

Le site officiel du Festival de Salzbourg 2008

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