C’est un leitmotiv entêtant. Un classique des discussions d’après concert, que vous avez entendu mille fois. Le fameux « c’était mieux avant ». Appliqué à la musique classique, on en connaît de nombreuses variantes.
Par exemple : « Depuis
Machin, il est impossible d’entendre le Concerto
de Beethoven. » Ou bien : « Le chant wagnérien est mort en
1950. » Encore ? « Mais Paris, vous n’y pensez pas, c’est à New
York que cela se passe ! » Remplacez « Beethoven » par Brahms,
Mozart ou un autre, « Wagner » par Verdi, « 1950 » par « 1930 »
ou « 1965 », New York par n’importe quelle capitale d’Europe
et vous aurez un panel représentatif de la petite musique du
dénigrement ordinaire. À entendre les rumeurs entretenues
par ces mélomanes chagrins, Paris ne serait plus une fête et
notre époque d’une pauvreté incomparable. Qu’en est-il exactement ?
Et si la vérité était tout autre ?
Berlin et ses orchestres symphoniques, Vienne et son Musikverein,
New York et le Met, Londres et ses grands chefs sont
uniques. Mais Paris aussi ! Par la diversité de son offre de concert,
la vivacité unique de ses saisons de musique
ancienne, la richesse de sa programmation
lyrique, le nombre de récitals
en tous genres, la scène parisienne ne
souffre d’aucune comparaison. Autre cliché
qui a la vie dure : la vie musicale serait,
en outre, toujours plus… médiocre.
Le sentiment de s’éloigner toujours un peu plus de l’époque
des grands créateurs, la disparition de grandes figures charismatiques
à la Karajan, obsolètes à notre époque du toutdémocratique,
la concurrence forcenée des loisirs ont entretenu
ce sentiment. Mais il suffit de se rappeler la vie musicale
d’il y a seulement trente ans, de penser à la disette des programmations,
alors cachée par quelques grands événements,
de souligner l’absence de musique ancienne pour croire que
notre époque n’est vraiment pas pire qu’une autre. Moins de
prestige, mais plus de variété, voilà le credo d’aujourd’hui. En
cette saison de festivals d’été, sachez en profiter !