Que de danse, que de danse !
Pas une ville touristique en France qui n'ait eu son festival d'été, pas une ruine qui n'ait été investie, pas un château qui n'ait été conquis ! Que retenir de cette frénésie ?
D'abord cette tendance : moins de complaisance, cette année, pour le courant gesticulant de la non-danse, mais un retour en force de l'esthétique, de l'exigence, et de la poésie (telle cette soirée au théâtre antique de Vaison-la-Romaine, le 19 juillet, où la surprenante troupe américaine Momix défiait la pesanteur). Mais surtout, trois femmes, trois étoiles, trois fées resteront dans la mémoire de l'été...
La première, Sylvie Guillem, a surgi, le 1er juillet, de son exil britannique, crinière rousse déployée, dans les jardins du château de Versailles. Sur une scène posée sur le bassin de Neptune, elle rendit hommage à Maurice Béjart en exécutant le fameux Boléro : debout sur une grande table, entourée de mâles frissonnants de désir (le Tokyo Ballet, moyennement inspiré), la ballerine s'éveille, s'anime, entre dans une transe qui s'intensifie à mesure que la partition de Maurice Ravel s'enrichit, jusqu'à l'assaut final. Sous le soleil couchant, le château en rougissait. Marie Antoinette aurait adoré.
La seconde fée, l'étoile Bernice Coppieters, est apparue, fin juillet, dos à la mer, aux Nuits de Monte-Carlo, dans le Roméo et Juliette de Jean-Christophe Maillot, version symbolique et subtile sur la musique de Prokofiev. Gestes précis, fluides, limpides... Juliette était une liane, et les princesses du Rocher, sous le charme.
Troisième magicienne, Delphine Moussin, étoile de l'Opéra de Paris, qui, en son Palais Garnier, incarnait, le 18 juillet, La Dame aux Camélias de John Neumeier. Un rôle taillé pour elle : avec Manuel Legris, la ballerine nous faisait oublier l'extrême difficulté de la chorégraphie, et accédait à l'intensité dramatique des plus grandes tragédiennes. Et on se laissait emporter dans le torrent musical de Chopin, hypnotisés par cette Marguerite Gauthier, si belle, si frêle, si sensuelle, symbole parfait de l'ambiguïté féminine.
Trois femmes donc, trois grâces, trois talents immenses, qui, chacune dans leur écrin, ont su transmettre leur amour inconditionnel de la danse. Quel bel été !
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