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Dvd d'exception : « De la maison des morts », de Leos Janácek

Le dernier opéra de Leos Janácek, De la maison des morts, d'après Dostoïevski est un hymne aux êtres que tout avilit et qui pourtant gardent une lueur d'espoir.

PAR Pierre Flinois | NEWS | 10 avril 2008
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Classica

     

Du spectacle, entre Vienne et Aix, tout a été écrit, et fêté déjà l'an dernier. Faut-il revenir alors sur le discours imprimé par Boulez, son âpreté, sa beauté formelle, son dramatisme puissant, son émotion sous-jacente ? Sur le béton nu des parois mouvantes de Peduzzi, magnifié par les lumières de Bertrand Couderc ? Sur le travail d'acteur de Chéreau, dense comme rarement, dans son grouillement humain comme dans ses pauses narratives, évidemment passionnant ?

Et sur une équipe, chanteurs et mimes, en totale osmose avec cet univers de bagne contemporain, troupeau humain, masse et détail à la fois, qu'on croirait surgir d'un reportage sur le vif dans quelque lieu de damnation temporelle d'aujourd'hui, à l'Est, pas si loin ? Et sur chacun d'entre eux, Ainsley, Margita, Grochowski, Stoklossa, Bär, et tous les autres, formidables parce qu'identifiables à l'instant quand trop souvent dans ce dédale de la déchéance humaine, on se perd ? On ne ferait que ressasser.

Laissez-vous donc saisir, dès le prélude, et emporter : cette expérience d'opéra, qui n'est, bien entendu, pas du type Flûte ou Tosca, vaut l'immersion, si l'on est sensible à la déchirure humaine la plus absolue, ce que sût scruter Janácek tout au long dans son ultime chef-d'œuvre, qu'on croit difficile, alors qu'il est d'abord exigeant. On renverra alors aux formidables documentaires en bonus, à commencer par les 19 minutes de répétition de Chéreau avec Ainsley et le groupe : on y voit comment se met en place un aboutissement, par la construction d'une action de détail qui n'est en rien une illustration, ni un plaquage d'idées.

Ce qui explique vite pourquoi les images seront si attachantes quand leur vérité dépasse le simple jeu théâtral. Et pourquoi on ne peut se détacher des récits de chacun, de la douceur interrogative d'Alieïa, de la folie douce de Skouratov... ponctués de la virevolte d'une cohorte de seconds plans (et d'acteurs pour la pantomime) exceptionnels, dont joue une caméra virtuose, qui sait aussi prendre le recul nécessaire pour les quelques effets scéniques, comme la terrifiante chute d'ordures qui conclut l'acte I.

Un événement ? Non, une évidence. Espérons cependant que son édition chez DG ne nous privera pas du retour en DVD de la seule autre version existante, plus purement émue, celle d'Abbado/Grüber/Salzbourg 1992, chez le même éditeur.

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