• Être fidèle à la musique | 

Aix 2008 : un début mitigé

Le Festival d’Aix 2008 s’est ouvert ce week-end avec un ratage (Zaïde) et une belle réussite (Siegfried). Témoignage de notre envoyé spécial.

PAR Bertrand Dermoncourt | SUR SCÈNE | 30 juin 2008
Réagir
Classica

Etranges débuts pour cette édition anniversaire – la soixantième – du Festival d’Art lyrique d’Aix-en-Provence, avec un hommage raté au compositeur phare de la manifestation depuis ses origines : Mozart. Les célébrations ont commencé le 27 juin au Théâtre de l’Archevêché avec Zaïde, un opéra inachevé qui n’offre qu’une quarantaine de minutes de musique, pas des plus inspirées. Alors que l’œuvre est généralement présentée en version de concert, le metteur en scène américain Peter Sellars a transformé ces ébauches en un spectacle de deux heures, en allemand. Par la magie de la « bien pensence », le sujet d’origine (une aimable turquerie, genre badin du XVIIIe siècle) est devenu une laborieuse dénonciation de « l’esclavage moderne » et une réflexion « sur les rapports entre le monde occidental et l’Islam ». On est bien loin des intensions de Mozart et le directeur du Festival, Bernard Foccroulle, a cru bon d’assortir ces huit représentations de Zaïde d’un colloque intitulé « pour en finir avec l’esclavage » animé par un journaliste de libération. Pourquoi pas ? Mais que pensera le public ayant payé 210 euros en première catégorie pour ce ratage indigne de Sellars (et de Mozart, cela va sans dire, et d’Aix par-dessus le marché) ? Ce pensum avait déjà été donné en 2006 au Festival de Vienne en Autriche. Pour ces nouvelles représentations, nous nous sommes, sans honte de l’avouer, abstenus.

Le véritable coup d’envoi d’Aix 2008 a eu lieu le lendemain – le 28 juin – au Grand Théâtre de Provence avec la suite du Ring inauguré deux ans plus tôt. Cette collaboration entre le chef Simon Rattle et le metteur en scène Stéphane Braunshweig a, une nouvelle fois, remporté tous les suffrages avec le pourtant difficile Siegfried. L’Orchestre Philharmonique de Berlin et Simon Rattle en ont été les grands triomphateurs de la soirée et ont été salués par une chaleureuse ovation. Le dégraissage entrepris par le chef britannique en dirigeant les partitions de Wagner est particulièrement éloquent, car la recherche de clarté des plans sonores va toujours de paire avec une grande intensité dramatique. Ben Heppner, le ténor wagnérien le plus réputé du moment, était Siegfried. Sur scène quatre heures durant, il n’a pas donné, le soir de la première, le meilleur de lui-même. Le fin musicien a constamment été bridé par le piètre acteur qu’il est aussi (malheureusement). Wotan, alias « Le Voyageur », était tenu une nouvelle fois par Willard White. On dit l’organe abîmé, mais la présence du chanteur est intacte. On retiendra aussi l’exceptionnelle prestation de Burkhaard Ulrich en Mime, voix puissante aux accents ironiques et glaçants, et une présence féminine (Anna Larsson, Katarina Dalayman) adéquate.

Que penser de la mise en scène de Stéphane Braunshweig ? Pas grand-chose. Son Ring est lui aussi clair, lisible, musical, mais sans enjeu. Certains prendront peut-être cette absence d’interprétation pour un début de point de vue… À Salzbourg, lors des reprises des premiers volets de cette Tétralogie, les critiques ont cru, face au symbolisme minimaliste proposé par le metteur en scène français, à une simple « mise en espace ». Ne soyons pas aussi sévère. Rares sont les soirées d’opéra aussi réussies et aussi intenses que celle-ci. Restent quatre représentations et une diffusion en direct sur Radio Classique le 4 juillet à 17h30, à ne pas manquer.

Le site officiel du festival

 Lire aussi

Votre avis

À découvrir autour de l'article

Fil d'actualités

Tous les Qobuz Studio Masters en promotion pendant 6 jours !

Jazz : Cap au Nord

Jusqu'au 30 juin, recevez un chèque remise de 25% pour tout achat de 25€ sur le label Naxos

Inscrivez-vous à nos newsletters