Pour rugir de plaisir
Le lion Aslan et les enfants de Pevensie sont de retour en salles pour la sortie du Monde de Narnia, chapitre 2. Les librairies ne sont pas en reste, avec huit livres sur le sujet. L'occasion de réhabiliter l'auteur de cette saga merveilleuse, C.S. Lewis.
Aslan revient ! Si ce nom ne vous évoque pas grand-chose, vos enfants le connaissent forcément. Le grand lion est de retour sur les écrans à l'occasion de la sortie du Monde de Narnia, chapitre 2 : le prince Caspian. Succès cinématographique du Seigneur des anneaux et de Harry Potter oblige, les producteurs hollywoodiens n'ont pas hésité à s'engouffrer dans la brèche de la fantasy, en adaptant les classiques du genre. Disney a porté son choix sur les livres de C.S. Lewis, auteur extrêmement populaire chez les Anglo-Saxons mais, jusqu'alors, moins célèbre en France. La sortie du premier volet a changé la donne : 5,5 millions d'entrées dans l'Hexagone et 1 million d'exemplaires vendus en Folio Junior (dont, tout de même, 90 % après sa diffusion en salles). De quoi réhabiliter cet écrivain...
Né à Belfast en 1898, Clive Staples Lewis a eu une existence marquée par des rapports paradoxaux à la foi. À la mort de sa mère, son père le confie à une institution britannique on ne peut plus rigide. Lors de la Première Guerre mondiale, il est envoyé sur le front. Il faillit perdre la vie dans les tranchées. De retour en Angleterre, Lewis continue ses études de lettres à Oxford, où il devient professeur. Là-bas, il finit par se convertir au christianisme. Puis il rallie l'université « rivale » traditionnelle – Cambridge –, où ce « nouveau croyant », grand amateur d'histoires fantastiques, enseigne la littérature de la Renaissance et du Moyen Age. Il fait alors la connaissance d'un autre aficionado du merveilleux, avec lequel il évoque les créatures les plus étranges autour d'une bière au pub : un certain J.R.R. Tolkien. Lewis publie de très nombreux livres, oscillant entre romans « classiques », récits de science-fiction, essais philosophiques ou traités de théologie, mais c'est en 1950 qu'il rencontre le succès avec Le lion, la sorcière blanche et l'armoire magique, premier volume de ses Chroniques de Narnia qui devient presque immédiatement une référence de la littérature pour la jeunesse. Etant donné ce parcours, il n'est guère étonnant de trouver des relents bibliques dans les aventures de Peter, Susan, Edmund et Lucy Pevensie, sorte de « club des quatre » projeté dans un monde magique dont ils finissent par devenir les rois et reines, avec l'aide, donc, du lion Aslan.
Dans le deuxième épisode, à peine revenus à Londres, les enfants Pevensie sont rappelés dans ce royaume imaginaire pour aider le prince Caspian à détrôner le cruel Miraz, qui met en péril la paix entre les Telmarins et les créatures de Narnia. Pendant deux heures trente, le film d'Andrew Adamson (Shrek) respecte l'esprit de l'œuvre de Lewis. Il réunit les meilleurs atouts d'une bonne fresque spectaculaire, calibrée pour toute la famille sans (trop) tomber dans la niaiserie. On retiendra, entre autres, quelques créatures en images de synthèse (dont un blaireau qui parle), des scènes de bataille spectaculaires, et un méchant particulièrement réussi (l'Italien Sergio Castellito, plus habitué à la comédie, est épatant dans la peau du vilain Miraz).
Prévue pour remplir les salles pendant tout l'été, cette nouvelle mouture de Narnia impose, au-delà du septième art, une immense présence médiatique et un plan marketing très élaboré. Les gadgets à l'effigie des héros imaginés par C.S. Lewis seront mis en évidence dans toutes les boutiques. La librairie n'échappera pas au phénomène – d'une certaine manière, c'est la moindre des choses... Gallimard Jeunesse profite de cette actualité pour sortir pas moins de huit livres autour de Narnia : la réédition de Prince Caspian, l'intégrale des sept livres réunis en un volume, trois albums, un semi-poche, un ouvrage animé et un superbe « pop-up ». « L'éditeur anglais nous a proposé différents produits, et nous avons sélectionné ceux-ci, précise Catherine Bon de Sairigné, responsable du secteur jeunesse chez Gallimard. »
Une stratégie commerciale aussi « agressive » ne risque-t-elle pas de nuire à l'ensemble des livres ? « Pas du tout. Il n'y a aucune concurrence entre tous les titres que nous proposons, car les degrés de lecture estimés varient – même si, bien sûr, la question de l'âge reste toujours quelque chose de très intuitif. » Et pour cause : on peut garder toute sa vie une âme d'enfant, et aimer le rugissement des grands lions...
Le monde de Narnia - Le prince Caspian (Prince Caspian - The return to Narnia) par C.S. Lewis, traduit de l'anglais par Anne-Marie Dalmais, illustrations de Pauline Baynes, 234 p., Gallimard Jeunesse, 5,80 €
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